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12 mars 2019

Marvin Jouno : interview pour Sur Mars

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(Photo : Mélanie Elbaz)

marvin jouno,sur mars,interview,mandorLe nouvel album de Marvin Jouno est l’histoire du chaos qu’il a traversé ces deux dernières années. Depuis la sortie d’Intérieur nuit il y a deux ans, tout s’est accéléré. Il y a eu les tournées, les médias, les rencontres avec d’autres artistes. « Et puis il y a eu les luttes intimes, les amours imprévues, les déchirements du deuil. Autant d’épreuves que Marvin Jouno exprime avec pudeur mais sans se cacher, mettant sa voix éraillée au cœur de ce marasme personnel. Car au bout de cette période de solitude et d’errances géographiques, il y a la lumière d’un album qui retrouve l’espoir et prend de la hauteur sur les tourments terrestres. Sur Mars donc  » indique le dossier de presse.

Je trouve que ce disque est l’un des meilleurs de cette année. Il devrait faire rentrer Marvin Jouno dans la cour des grands. Il est possible que ce ne soit pas le cas, mais c’est injuste et incompréhensible. Ses chansons sont puissantes, profondes et universelles. La gaieté n’est pas ce qui s’impose à l’écoute de Sur Mars, mais on s’en fout. L’important c’est de vibrer et d’être touché. Je vibre et il me touche. Donc, une mandorisation s’imposait.

Le 15 février dernier, nous nous sommes attablés en terrasse d’un bar parisien. Et c’était bien.

Argumentaire de presse :marvin jouno,sur mars,interview,mandor

Le premier album de Marvin JounoIntérieur nuit (2016), a imposé un ton particulier dans le paysage des auteurs-compositeurs. La suite s’appelle Sur Mars et prolonge cette exploration de la chanson française à travers des influences venues de la pop anglo-saxonne, du hip-hop et des musiques électroniques. Le tout est au service d’une écriture intime et remplie d’images cinématographiques, que Marvin Jouno met en scène avec pudeur mais sans cacher sa sensibilité. Biberonné aux classiques de la chanson française, ce breton installé à Paris embrasse les horizons de son époque en mêlant la passion de la musique à celle du cinéma. La sortie de son premier album a d’ailleurs été accompagnée d’un film, également titré Intérieur nuit et écrit par Marvin Jouno lui-même. Car ce dernier vit ses textes autant qu’il fictionne sa vie, allant chercher en lui de quoi nourrir cette musique si particulière. Sur Mars est donc le nouveau chapitre d’une grande histoire qui reste à écrire. 

En tout, onze nouvelles chansons pensées comme des courts métrages, avec Agnès Imbault à la co-composition (Juniore, Canine…) Angelo Foley (Christine & The Queens, Eddy de Pretto…) à la réalisation et Scott Jacoby (Vampire Weekend, Coldplay…) au mixage.

marvin jouno,sur mars,interview,mandorLettre de Marvin :

En 2016, année de la sortie d’Intérieur Nuit - mon 1er album. J’ai tout perdu ou presque : J’ai détruit un grand amour au long cours, cru à un amour longue-distance impossible, puis perdu ma mère des suites d’une longue maladie. S’en sont suivis des mois d’errance et de débauche. J’ai touché le fond. J’ai erré à Paris ou ailleurs muni d’une simple valise pour y retenir ce qu’il me restait. 

À la manière de ces pionniers, de ces aventuriers qui n’avaient plus rien à perdre, j’ai décidé de partir. Loin, très loin... Pour me réinventer, me reconstruire ou disparaitre, digérer l’inacceptable. Je suis parti en éclaireur vers cet ailleurs, vers ce futur conditionnel que représente Mars. 

J’étais prêt au sacrifice consenti, au suicide probable que représenterait une telle odyssée.

Ce voyage hors du commun aura duré plus de deux années. Deux ans d’une expérience hors du temps où la solitude, l’aridité, le silence, le vide m’auront accompagnés.

J’ai pensé, écrit, composé mon second album Sur Mars - tout là-bas, loin de tout, loin de tous. Ces chansons sont des cartes postales envoyées de l’espace. Certaines s’adressent à ces trois figures féminines qui auront marqué ma vie, et conditionné mon départ. Elles témoignent de mon aventure à la manière d’un carnet de voyage.

Je suis revenu il y a peu. Le retour fût violent et difficile. Il est à présent de mon devoir de raconter, de partager ce que j’ai traversé.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

marvin jouno,sur mars,interview,mandorInterview :

Tu viens du monde du cinéma. C’était ton premier amour artistique.

J’ai fait mes études de mise en scène pendant des années. Un peu par hasard, je suis devenu décorateur. C’était ma première offre de stage à la sortie de l’école. J’y suis allé avec des pieds de plomb, mais j’ai découvert un métier fabuleux. Les 6 premières années étaient épanouissantes. Je faisais pas mal de longs métrages historiques.

Ça a duré 10 ans.

Le cinéma est une aventure collective prenante. C’est long, c’est beaucoup de gens et beaucoup d’argent. A un moment donné, j’ai eu besoin de retrouver une expression artistique plus personnelle. C’est passé par la photo et la musique. J’avais entamé ces deux activités à l’adolescence, mais pas sérieusement.

Tu es un solitaire ?

Oui et c’est de pire en pire.

Clip de "Sur Mars".

Tu as fait cet album seul ?

Ma pianiste, Agnès Imbault, courageusement, est venue me rejoindre quatre fois dans ma tanière située dans un hameau breton. Nous co-composons ensemble quasiment toujours. Je pose les bases de la composition et elle, elle vient étoffer tout ça.   

J’ai su que tu avais fait un voyage Brest-Tokyo sans prendre l’avion en 45 jours. Raconte-moi ça.

C’est un délire d’ado que j’ai fini par assouvir en 2017. J’ai toujours souhaité prendre le transsibérien. Quand je me suis transposé à Vladivostok, j’ai trouvé géniale l’idée de rejoindre le Japon par la mer. J’ai bien complexifié le voyage, j’avoue.

Ce voyage était une parenthèse entre tes deux disques, Intérieur nuit et Sur Mars ?

C’est exactement ça. Pendant 5 ans, je me suis occupé uniquement de ces deux albums, j’ai donc ressenti le besoin de me retrouver face à moi-même. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’outre ces 45 jours de voyage, j’ai mis aussi 45 jours pour revenir dans ma tête.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Ce voyage a-t’ il été source d’inspiration ?

Pas du tout. Je n’ai écrit aucune chanson. Je tenais juste un carnet dans lequel j’ai tenté de romancer mon voyage.

Ton prénom vient de la passion de tes parents pour Marvin Gaye je crois.

Oui. La musique a toujours été centrale dans ma vie depuis avant ma naissance. Dans le ventre de ma mère, j’entendais la voix de Nina Simone. Ma mère adorait et l’écoutait souvent. Quand aujourd’hui, j’entends cette chanteuse, sa voix me transperce. Ca a dessiné un paysage musical permanent et aujourd’hui, je passe ma vie à écouter de la musique. Ca embellit tout. Parfois, ça renforce les sentiments et les sensations. La musique triste, quand on ne va pas bien, elle peut aussi faire du mal.

Ton écriture à légèrement changé. Elle est plus simple il me semble.

Je voulais avoir une écriture plus immédiate. J’avais envie d’être plus frontal, moins codé, bref, d’être compris. Il y avait beaucoup de pudeur sur le premier disque et je m’amusais parfois à ne pas être lisible, mais ça n’a aucun sens d’écrire des chansons que personne ne comprend. Je veux tendre à l’universel. Lors de la première tournée, j’ai constaté à quel point une chanson est belle quand elle est accaparée par le public.

Clip de "Je danse".

Sur Mars est un album dense et pas très joyeux.

Je suis inspiré par des trucs qui font mal au ventre et qui rendent tristes. Dans ce disque, j'évoque les trois années qui viennent de s'écouler entre les deux albums. J’ai perdu beaucoup et j’ai vu tout se dérober sous mes pieds. J’ai perdu des personnes très chères. Je suis devenu très solitaire et j’ai vécu dans des conditions de vie assez précaires… c’est tout ce que je raconte.

C’est dur de s’en sortir dans ce métier.

Ce métier est à l’image de notre société. Il y a quatre, cinq projets qui cartonnent et, après, il n’y a que des gens qui galèrent. Il n’y a plus trop de classe moyenne dans le milieu de la musique. J’ai l’impression que l’on se dirige sur une scène francophone ultra indé. Il va falloir se battre ses prochaines années.

Pour moi, ton disque est l’un des plus beaux de cette année.

Merci. Je suis très fier de lui. J’essaie d’être contemporain et d’une certaine modernité. On est dans une grande phase de revival et je ne trouve pas ça très intéressant. On n’est pas là pour revisiter en  permanence le passé.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Tu utilises l’Auto-Tune dans ce disque.

Je sais que c’est très discutable.  Pour certains l’Auto-Tune, c’est le diable, mais moi, cette sonorité m’émeut beaucoup. Il y a quelque chose de très oriental qui me plait beaucoup. J’aime bien l’idée aussi que ce procédé date mon album, comme s’il était témoin de cette époque.

C’est curieux parce que, souvent, les artistes veulent éviter que leur disque soit daté.

Je voulais que mon premier album soit intemporel pour qu’il puisse bien vieillir. Celui-là, je voulais absolument qu’il vieillisse mal. Il y a des albums de Daho des années 80 qui sont très datés et tant mieux.

Il y a du fond, mais tu ne fais pas de chanson engagée…

J’ai beaucoup de mal avec la chanson sociale ou contestataire. Il est hors de question que je fasse la morale.

Dans tes chansons, on sent un homme fragile, pas très bien dans sa peau.

Ça ne va pas en s’arrangeant en plus. Je trouve que le monde de la musique n’est pas équilibrant. Je me suis accroché à cet album pour sortir la tête de l’eau. Je pensais qu’il allait changer mon quotidien, alors qu’en fait, il m’isole beaucoup. En fait, je me sens à la fois fort et fragile, mais surtout, je suis à fleur de peau et hyper sensible. Forcément, la manière dont est appréhendé mon projet me percute aussi.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Mais écrire te fait du bien ?

Oui. C’est du domaine de la catharsis. J’exorcise mes démons. Je m’accapare d’un sujet et j’essaie de l’amener au bout. Parfois, je pense que c’est salvateur.

Tu parles de toi, mais du coup, tu parles des autres…

C’est même le but.

Il y a des figures féminines dans cet album.

Il y en a trois centrales, dont ma mère, et parfois, elles se mêlent.  J’ai créé une espèce de créature hybride qui pourrait être La femme.

On progresse toujours en musique ?

J’ose espérer que quand l’expérience s’accumule, on apprend et on progresse. En termes de compositions et d’écriture, j’ai l’impression que c’est le cas. Le live m’a beaucoup apporté sur la compréhension de mon personnage et sur la compréhension de l’interprétation et du chant. J’ai compris que la voix était un instrument Je chante plus qu’avant. J’ose plus. 

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Après l'interview, le 15 février 2019.

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