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27 février 2019

Antoine Sahler : interview pour son 3e album

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(©Aglaé Bory)

Quand on évoque Antoine Sahler, on pense irrémédiablement à François Morel dont il semble indissociable. Ils travaillent ensemble depuis plus de 10 ans dans une parfaite osmose/harmonie/amitié, mais Sahler existe surtout par lui-même. Et de quelle manière! Discrète, mais étincelante. Il n’a pas besoin de l’enchanteur Morel pour créer des chansons subtiles, classieuses, drôles ou tristes (ou les deux en même temps). Des chansons qui peuvent paraitre désuètes alors qu’elles sont d’une rare modernité. C’est troublant. Très.

A l’écoute des chansons de son 3e album (à découvrir ici par exemple), les repères habituels s’évaporent, explosent plutôt. On croit aller quelque part, on se retrouve aux antipodes. Je n’arrive pas à déterminer si Sahler est un magicien ou un sorcier, mais ce dont je suis certain c’est qu’avec ses petites histoires, qui sont finalement de grandes histoires (on n’est pas à un paradoxe près), il sait comme personne envoûter celui qui l’écoute. Dire qu’Antoine Sahler est un orfèvre comme il n’en existe plus beaucoup en France serait d’une impardonnable banalité (même si c’est la plus stricte vérité), je me contenterai de dire qu’il est aujourd’hui le meilleur. Disons, l’un des meilleurs sinon, on va encore prétendre que j’ai l’enthousiasme non mesuré (ce qui est parfaitement faux).

Je suis allé à sa rencontre le 14 février dernier (le jour de la fête des amoureux, mais ça n’a rien à voir) dans un bar de Pigalle et c’était bien.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorBiographie officielle:

Antoine Sahler est né en 1970 à Montbéliard. Après des études de piano classique, il s’intéresse au jazz, puis à la chanson française. Publie deux albums chez Harmonia Mundi / Le Chant du Monde (Je suis parti en 2002 et Nos Futurs en 2005). Le deuxième album est repéré par la chanteuse Juliette qui l’invite à faire sa première partie à l’Olympia en 2006. Depuis 2009, il écrit des chansons avec François Morel, qui donnent naissance aux disques et aux spectacles Le Soir, des Lions... puis en 2016, La Vie (titre provisoire) (en tournée actuellement). Il écrit également, seul ou avec François Morel, pour Juliette, Maurane, Juliette Gréco, Joséphine Draï ; il est également auteur-compositeur pour la chanteuse Lucrèce Sassella (spectacle 22h22 en 2012, et album 22 ans en 2015 qui a fait l’objet d’une mandorisation). Antoine écrit également plusieurs musiques pour le théâtre : Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry (avec Patrick Chesnais – Molière 2009 de la meilleure pièce comique et du meilleur comédien, La fin du monde est pour dimanche et Hyacinthe et Rose de François Morel. Vous n’aurez pas ma haine, texte d’Antoine Leiris mis en scène par Benjamin Guillard avec Raphaël Personnaz. Il fait également paraître deux livres CD pour la jeunesse, chez Actes Sud Junior : La Tête de l’emploi, puis La Colonie des Optimistes. En 2015, il créé le label associatif Le Furieux et produit des artistes de chanson française comme Armelle Dumoulin (mandorisée ici), Achille, François Puyalto ou Wladimir Anselme (mandorisé là)

Le disque (argumentaire officiel) :antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Voici le nouvel album solo d’Antoine Sahler, sur son propre label Le Furieux (distribution Differ-Ant), des chansons pop, où le désenchantement amusé côtoie l’humour absurde. L’écriture épurée, qui cherche la netteté des images, le goût des  harmonies inattendues mais des mélodies faciles inscrivent cet opus dans la tradition des chanteurs français marqués par la pop (Souchon, de la Simone, Katerine ...), où la douceur n’est jamais une faiblesse. Il y est beaucoup question de temps (qui manque ou qui passe), d’amour (qui reste ou qui part), mais aussi du désenchantement du monde et du besoin de consolation. 14 titres entrecoupés de  petits interludes, chantés par un choeur qui serait comme une voix intérieure. Accompagné par d’excellents musiciens, rencontrés au gré des projets, et pour la plupart devenus amis - Jeff Hallam à la basse (Dominique A...), Raphaël Séguinier à la batterie (Arthur H...), Thibaud Defever (lui-même excellent auteur et compositeur) à la guitare - Antoine Sahler utilise l’espièglerie comme arme d’auto-défense. Lucide, il voit le temps passer, mais pas de panique, à la fin, c’est le sourire qui gagne. Enregistré et mixé par David Chalmin au studio K, le studio parisien de Katia et Marielle Labèque (avec qui il a déjà collaboré plusieurs fois, et notamment pour le dernier album de François Morel, La Vie, titre provisoire (Jive-Epic / Sony Music).

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(©Aglaé Bory)

Iantoine sahler,interview,le furieux,mandornterview :

Vous êtes venu à la musique par le jazz, il me semble.

J’ai commencé la musique à 5 ans, là où j’habitais, dans un petit village de Franche-Comté, près de Montbéliard. Mon grand frère faisait du piano alors, comme je voulais tout faire comme lui, j’ai commencé à jouer du piano à la maison. Ce sont des souvenirs marquants pour moi. Je me revois au piano et adorer ça. Ma prof a vite remarqué que j’avais des facilités. C’est elle qui s’est rendu compte que j’avais l’oreille absolue. C’était mon jardin secret qui me prenait pas mal de temps et de place.

C’était évidemment du piano « classique », le jazz est donc venu tout de suite après.

A l’adolescence, j’ai beaucoup écouté de jazz. Je me suis même immergé dedans. Vraiment, j’aimais toutes formes de jazz, mais celle qui m’attrapait sans jamais me lâcher, c’était le jazz que jouait Chet Baker, les ballades assez courtes de Duke Ellington ou plus tard de Thelonious Monk. Ces jazzmen avaient des dimensions mélodiques assez fortes.

Clip de "Merci merci".

Pour vous, la mélodie est importante dans une chanson ?

C’est par rapport à moi. Je n’en fais pas une vérité absolue. J’ai eu ma période où j’adorais les grandes mélopées poétiques de 8 minutes avec un continuum. C’était un amour adolescent. Aujourd’hui, je me suis détaché de cela et ce n’est pas la définition que je donnerais de la chanson.

Quelle est-elle alors ?

A mon sens, une chanson c’est une économie de moyen, l’ellipse et le droit au but. J’aime bien comparer l’exercice de l’écriture de la chanson au dessin de presse ou d’humour comme Voutch ou Sempé. On doit pointer un détail et ce détail doit dire tout le reste. Les chansons que j’adore, ce sont celles où il y a la place pour que l’auditeur finisse la compréhension et, en même temps, où on est très clair sur le propos, même s’il n’est pas adressé frontalement. J’aime les choses de biais.

C’est grâce à votre passage à HEC que vous avez commencé la chanson. La légende dit que c’est parce que vous vous ennuyiez que vous avez commencé à écrire vos premiers textes…

Si je veux être très personnel et très précis, à HEC, je ne me suis pas ennuyé parce que j’ai beaucoup fait la fête avec les futurs dirigeants de l’élite. C’est dur d’y rentrer, mais après, c’est le Club Med. Ce ne sont pas des années douloureuses, mais des années où je me sentais un peu à côté de la plaque. Je me rendais compte que je n’étais pas sur de bons rails, mais je n’avais pas d’animosité particulière pour ce milieu ni pour les gens qui le composaient. Après HEC, je suis parti deux ans en Allemagne faire mon VSNE (volontaires du service national en entreprises). C’était une façon de ne pas faire son service militaire en tant que bidasse pour des gens qui avaient fait des études supérieures.

Clip de "Sénescence".

Tout ne s’est pas passé comme prévu…

J’ai eu un petit raté administratif. A la base, je  pensais aller dans des iles paradisiaques et je me suis retrouvé dans la banlieue de Francfort. C’est là que, réellement, je me suis pas mal ennuyé et que le soir j’ai commencé à écrire des chansons sérieusement.

Dans le but de devenir auteur ?

Non. Dans le but d’être content d’avoir écrit des chansons. Je ne me disais pas que j’allais en faire ma vie.

Après votre VSNE, vous avez travaillé dans la pub.

Pendant un an. Là encore, je me suis ennuyé et j’ai compris que ce n’était pas non plus mon truc. Je commençais à faire des petits concerts à gauche à droite, à fréquenter Le Limonaire et à trouver que c’était formidable d’aller là-bas. J’adorais ce que j’y voyais et l’ambiance qui y régnait.

Vous avez donc pris la décision d’arrêter de travailler pour ne faire que ça.

J’ai démissionné sur un coup de tête. Je suis parti sans chèque, sans droit aux ASSEDIC, sans rien. Au début je me suis dit que j’allais prendre un boulot fixe de pianiste de week-end dans les bars. Quand je me suis mis à écrire des chansons, ça a pris beaucoup de place dans mon cœur et dans ma vie. J’ai compris que je ne pouvais pas faire ça à moitié, mais uniquement à temps plein.

Vous avez fait des boulots alimentaires en attendant.

J’ai donné des cours de piano. Petit à petit, l’oiseau que je suis à fait son petit nid.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorEn 2002 sort un premier album, Je suis parti.

Ça me fait marrer de dire ça aujourd’hui, mais je me rends compte que c’était déjà une autre époque. Je jouais aux Déchargeurs et le directeur de l'époque du label Le Chant du Monde est venu me voir à l’issue d’un concert pour me proposer un contrat. Aujourd’hui, ce genre d’histoire n’existe plus pour quelqu’un qui n’a pas de réseau, pas de vues YouTube, mais juste ses chansons. Bon, d’accord, ça ne m’a pas permis d’avoir une villa sur la côte, ni de piscine privée, très peu de drogues, aucune prostituée… mais c’était le début de quelque chose. Ce disque a existé et m’a permis de faire des concerts.

Toujours au Chant du Monde/Harmonia Mundi, en 2005, vous sortez un deuxième disque, Nos antoine sahler,interview,le furieux,mandorFuturs. Ce n’était pas un disque punk et rebelle en tout cas.

Non, ce n’est pas vraiment mon style, même s’il y avait quelques chansons sociétales. J’ai des idées, mais je n’aime pas faire de prêchi-prêcha dans mes chansons. Il y a des gens qui font ça très bien, mais moi je ne suis pas armé pour.

Il y a pourtant beaucoup de choses dites dans vos textes.

Je ne veux pas dire que je ne veux pas mettre de fond dans mes chansons. De façon générale, je n’aime pas que l’on me fasse des sermons, donc je n’en fais pas aux autres.

Beaucoup de vos chansons sont drôles et graves à la fois.

Avec François Morel, c’est une des choses qui nous réunit. On adore la juxtaposition, voire la fusion de l’humour et des choses tristes. Ce sont des émotions qui ont souvent les mêmes racines et quand on arrive à les fondre, c’est jubilatoire. On adore aussi les virages à 180°.

Il y a des chanteurs comiques qui ne sont que comiques. C’est difficile de ne pas être considéré comme cela uniquement ?

J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui ont eu ce destin-là. Dans l’histoire de la chanson, il y a eu des malentendus comme ça. Henri Salvador et Nino Ferrer en ont été victimes. Ils ont été Zorro ou Les cornichons alors qu’ils étaient des auteurs de magnifiques chansons nostalgiques. Je ne me pose pas ces questions-là aujourd’hui sous prétexte que je prends un risque. Je n’abandonnerai pas l’humour parce que c’est constitutif de moi. J’avoue aussi que je fais partie du club des gens qui aiment les chansons sans chute, les chansons qui créent un petit malaise… Je ne déteste pas (rires).

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©Marylène Eytier/Aubondeclic

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous avez rencontré François Morel grâce à Juliette, je crois. 

Il y a eu deux temps dans la rencontre. Au tout début de l’an 2000, avant que je ne sorte mon premier album, François a fait son premier seul en scène, Les habits du dimanche, après la période Jérôme Deschamps. Je l’ai attendu à la sortie du spectacle avec une enveloppe contenant un CD 4 titres et une lettre dans laquelle je disais « Monsieur Morel, un jour vous devriez faire chanteur. Et si un jour vous faites chanteur, vous devriez chanter mes chansons. » Ca l’a fait marrer et il m’a répondu très vite par courrier. En gros, il disait qu’il appréciait mes chansons, que lui n’oserait jamais franchir le pas car il était comédien et pas chanteur. Il a ajouté qu’il m’aiderait en parlant de moi sur les ondes. On en est resté là.

Le deuxième temps arrive 5 ans après. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Mon deuxième album est remarqué par Juliette. Elle m’appelle pour m’inviter dans une émission sur France Musique dans laquelle elle a carte blanche. Elle me propose d’y chanter deux chansons. Un autre invité de l’émission était François. Dans la foulée de l’émission, j’ai fait la première partie de Juliette à l’Olympia. François qui interprétait un duo avec la chanteuse était mon voisin de loge, il est devenu mon camarade de trac de la soirée. Nous sommes devenus copain à partir de ce moment-là. On a commencé très vite à travailler ensemble. Des disques, différentes scènes, musicales ou pas… on ne se quitte plus depuis 10 ans.

Qu’avez-vous pensé du billet de François Morel sur France Inter obligeant les auditeurs à acheter votre disque ? (A écouter là!)

J’étais presque gêné, mais super content. C’est un vrai acte d’amitié.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous êtes aussi directeur du label Le Furieux. Pourquoi ?

Il y a 5 ans, je faisais la direction artistique d’une amie, Armelle Dumoulin. On avait fait tout le boulot : le studio, les arrangements, le pressage du disque…etc. Le disque existait, mais il n’avait pas de structure pour l’accompagner. Il manquait un étage à la fusée pour qu'il arrive jusqu’aux professionnels dans de bonnes conditions. J’ai donc eu envie de faire exister des projets d’amis que j’aime beaucoup et dont j’admire le travail. On a créé une structure associative qui a accueilli d’abord le projet d’Armelle, puis d’Achille, de Wladimir Anselme et de François Puyalto.

Ça prend beaucoup d’énergie ?

Enormément. Et de temps aussi… un  peu d’argent bien sûr. Régulièrement, je me dis : « si j’arrêtais tout ça ? » Mais en même temps, chaque nouveau projet me galvanise. Quand je vois ce que l’on fait sur la durée, je me dis que, finalement c’est chouette ce que l’on construit ensemble. On a raison de faire exister des choses en se préoccupant surtout de ce qu’on a envie de raconter et en le faisant bien. Ça me récompense de tous les efforts fournis.

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Le 16 juin 2018, de gauche à droite : François Puyalto, Wladimir Anselme, Armelle Dumoulin, Achille et Antoine Sahler à la Blackroom d'Hexagone.

Aucun de vos artistes n’a le même univers que vous. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Il n’y a pas longtemps, on a fait un plateau tous ensemble. On a échangé nos chansons et c’était génial. Je me nourris de nos différences. Je suis passionné par l’écriture, toutes les sortes d’écritures. A partir du moment où une chanson tient debout, je suis impressionné et souvent, ça m’intrigue. Le talent des autres m’impressionne souvent.

On vous compare tout le temps à Souchon et à Katerine, comme si vous étiez un habile mélange des deux. Ça vous convient ?

Ça me va totalement. Ce sont deux artistes que j’admire énormément, dont j’adore le travail et dont je me sens proche sans les connaître. J’ai tous leurs disques. S’ils n’ont pas totalement le même esprit, ils ne sont pas si différents que cela. Ils pointent quelque chose qui peut paraitre anodin, mais qui va dire énormément. Souchon est plus dans le regard, la rêverie, tandis que Katerine est plus un dadaïste, plus mordant, plus dérangeant. Si on me demande de faire une reprise, spontanément, je vais vouloir interpréter soit « Caterpillar » de Souchon, soit « Mort à la poésie » de Katerine.

Parlons de votre voix. Elle est très originale… pas très grave quoi.

Comment vous m’épargnez (sourire)… Vous savez, ça m’arrive souvent que l’on me dise, avant de raccrocher au téléphone, « au revoir madame ». Je m’en suis fait une raison (rires).

A quoi sert les chansons ?

Si elles peuvent être des petits moments de consolation, c’est déjà beaucoup.

Pourquoi faites-vous ce métier ?

Je ne sais pas du tout. Je sais juste que quand je m’assieds à un piano ou que je marche dans la rue et que j’ai un début de chanson qui m’arrive, je suis à un moment et à un endroit de ma vie que j’adore. Je me sens tellement chanceux de pouvoir vivre ça, alors j’en profite.

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Après l'interview, le 14 février 2019.

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25 février 2019

Chloé Mons : interview pour l'album posthume d'Alain Bashung, En amont

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L'album posthume d'Alain Bashung, En amont, a eu un immense succès dès sa sortie il y a deux mois. Vous pouvez l'écouter . Pour le magazine des abonnés de la FNAC, Contact (daté du mois de février 2019), on m'a chargé d'interviewer sa veuve, Chloé Mons. Voici la version condensée d'une demie heure de conversation (avec le petit bonus de fin)… 

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Bonus mandorien :

Vous vous attendiez à ce que ce disque ait un tel succès ?

Non. Ça a été une très grande surprise. J’ai surtout été étonnée par le succès critique de la part des médias. J’ai évidemment toujours cru à la qualité de ce disque, mais je ne pensais pas qu’il allait avoir un tel rayonnement aussi populaire. C’est un disque qui a mis tout le monde d’accord.

Personne n’a critiqué le fait que sorte ce disque posthume. Cela vous a étonné ?

Il s’est passé dix ans entre le départ d’Alain et la sortie de ce disque. Je ne me suis pas précipitée pour éviter ce genre d’écueil. Je croyais beaucoup au potentiel de ces chansons, je ne me suis donc pas découragée.

Vous êtes émue quand vous écoutez ce disque ?

Oui. Je ne peux pas l’écouter chez moi en buvant un thé. Quand je tombe sur un morceau lorsqu’il passe à la radio, bien sûr que c’est émouvant… et très troublant.

Je connais des fans qui ont beaucoup aimé et qui ont été, comme vous, troublés.

C’est comme s’il était revenu juste pour chanter un nouvel album. En plus le disque commence par « Immortel », c’est encore plus troublant. C’est un titre qui lui ressemble très fort. On a travaillé dans cet esprit. 

Clip de "Immortel".

Pour finir (et parce que Mandor aime sortir ses archives, tout imbu de sa personne qu'il est), voici quelques photos d'une interview datant du 14 juin 1989 dans les locaux d'RTL. Il y a près de 30 ans…

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21 février 2019

Séverin : interview pour Transatlantique

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(Photo : Ambroise Tezenas)

22687810_10155666678090390_342518263329711993_n.jpgLe chanteur et compositeur Séverin vient de sortir son cinquième album, Transatlantique, sous le signe de l’Amour et de l’évasion. Sa fausse nonchalance m’a séduit depuis le début de sa carrière, en 2009 avec son album Cheesecake. Ce ciseleur de mots ne se laisse jamais aller à la facilité stylistique musicale et textuelle. Transatlantique est vraiment un disque joyeux, faussement naïf, souvent profond, sans oublier quelques accents de cynisme qui ne sont pas pour me déplaire.

Le 29 janvier dernier, je suis allé à la rencontre de ce garçon extrêmement sympathique et franc dans son studio d’enregistrement. Il était temps…

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le mot de l’éditeur :49389779_10156735164405390_3860636447564365824_n.jpg

«Ça ira tu verras», chantait-il en 2016, dans le disque éponyme qui avait confirmé l’importance de sa présence au sein de la scène française. Aujourd’hui, ça va encore mieux : avec ce nouvel album, Séverin confirme son talent à part, érigeant un pont reliant la chanson française à une île imaginaire, située quelque part entre l’Amérique du Sud et l’Afrique. Produit par Marlon B (Juliette Armanet, Brigitte…), le bien-nommé Transatlantique ne ménage ni la chèvre, ni le chou, se partage entre cérébralité et sensualité, interrogations existentielles et fausse nonchalance.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

IMG_8718.jpgInterview :

Ce dont tu parles dans tes chansons est systématiquement autobiographique ?

Celles que je garde sont celles qui parlent de moi, car j’ai l’impression que je ne triche pas du tout. Ce sont aussi celles dont je ne me lasse pas. J’ai remarqué que quand je fais écouter aux gens qui m’entourent ces chansons encore au stade de maquettes, ce sont celles qu’ils préfèrent également.

Tu parles des autres en parlant de toi ?

J’espère. Quand j’ai rencontré Etienne Daho il y a quelques années, il m’avait dit : « plus tu parleras de toi, plus tu parleras aux autres ». C’est vrai dans les chansons des artistes que j’aime et,  j’ai l’impression, dans les miennes.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est le côté pince-sans-rire. C’est le cas notamment dans « 30 minutes après ma mort ».

Une chanson est une construction de plusieurs évènements. Il y a d’abord la maladie du RIP sur les réseaux sociaux dès qu’une personnalité meurt. Ça part d’un bon sentiment, mais il y a au bout d’un moment une saturation. Les vrais fans vont rendre un hommage sincère qui ne voudra plus rien dire quand beaucoup qui connaissent peu l’œuvre de la personnalité vont pleurer sans un réel affect. Ça devient un peu malsain. J’ai été choqué par ce phénomène quand Hubert Mounier (ex L’Affaire Louis’Trio) est décédé. Plus grand monde ne s’intéressait à lui et quand il est mort, il est ressorti comme un héros que tout le monde aimait. Enfin, quand mon père est mort, j’ai reçu des lettres le louant. Des lettres que j’aurais aimé lire de son vivant… Je pense qu’il faut célébrer les vivants.

"En vacances" (pour l'émission Basique).

Tu parles beaucoup de ton métier d’artiste.

Je suis très heureux de faire ce métier. Il est difficile, mais il y en a des très très difficiles. Quand on est un artiste indépendant, il faut trouver beaucoup d’énergie, mais je ne me vois pas faire autre chose. C’est un sacerdoce en tout cas.

Etre indépendant, avoir son propre label, produire d’autres artistes, c’est une pression supplémentaire ?

Oui, mais c’est aussi là que tu fais de bonnes choses. Il faut être angoissé pour créer (rire).

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(Photo : Ambroise Tezenas)

C’est un combat de sortir un nouvel album ? Marie Charbonnier.jpg(Photo  à droite : Marie Charbonnier)

Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais écrire 10 chansons, c’est beaucoup de travail. Sur 10 chansons écrites, il y a 90 débuts de chansons qui ont fini à la poubelle.

Es-tu objectif sur ton travail ?

Je suis objectif, mais je peux me tromper. J’ai trois, quatre référents autour de moi auxquels je fais confiance. La réussite d’un artiste tient à ce que la musique lui ressemble, à ce qu’elle soit le reflet de sa personnalité. Ce sont les proches qui peuvent vous le confirmer (ou pas).

Tu as un sens très développé de la mélodie, je trouve.

Merci. Il se trouve que dans cet album, il y a des chansons comme « L’interview » où il n’y a pas de mélodie. C’est plus narratif. Mais évidemment, j’aime les jolies mélodies. L’émotion passe plus par-là que par les textes. Pour moi, le Graal c’est Paul Simon. C’est le mélodiste ultime. 

"Elle est là" (pour l'émission Basique).

PpLtrpM_.jpeg (2).jpgDans « L’interview », « Elle est là » et « 30 mn après ma mort », tu fais du parlé-chanté.

Le disque a été produit par Marlon B (Brigitte, Juliette Armanet…) C’est lui qui m’a guidé dans cette voix et cette voie. C’est d’ailleurs la première fois que je me fais diriger. Je dois devenir mature. Je réussis à faire plus confiance aux autres.

Tu y parvenais difficilement ?

C’est lié à ma génération. On fait de la musique seul avec des ordinateurs, donc on contrôle un peu tout très vite dans sa carrière. On joue moins de la musique en live… Dans ce disque, j’ai décidé de jouer en live. Chaque musicien a trouvé ses propres parties, je n’ai donné aucune indication. Je suis arrivé avec des compositions guitare-voix et eux ont joué à leur façon. L’enregistrement s’est déroulé en une semaine. Je redécouvrais peu à peu mes chansons. J’ai adoré.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

Dans « L’interview », tu te moques autant des journalistes (qui parfois le méritent bien) que de Axg79k4g.jpeg (2).jpgl’artiste. J’ai adoré ça.

J’ai eu peur d’en vexer quelques-uns. C’est un foutage de gueule qui concerne les deux forces en présence. Les questions redondantes des journalistes et l’interviewé qui est là pour vendre son produit.

Il y a un côté « à questions connes, réponses connes ».

Il y a un peu ça c’est vrai. Quand tu fais ce métier depuis pas mal d’années et que l’on te demande systématiquement « quelles sont tes influences ? » ou « raconte-moi ton parcours », il y a un moment où c’est un peu épuisant. J’aime bien quand il y a du donnant-donnant. Au début, je ne voulais pas mettre ce titre dans l’album. Je souhaitais juste l’envoyer au journaliste pour la promo de l’album à la place de la bio officielle écrite sur papier. Et puis j’ai changé d’avis.

Clip de "L'interview".

29598296_10156106427750390_7310672325006856102_n.jpgParle-moi du clip de « L’interview ».

Léa Salamé joue le rôle de la journaliste. Je l’avais rencontré, elle avait bien aimé mes chansons… J’ai donc pensé à elle tout naturellement parce que je savais qu’elle était capable d’autodérision. Elle a joué le jeu pour me rendre service et parce que ça l’amusait. Ça peut faire marrer les gens…

« La vie con » me fait penser, dans la thématique, à « Le bagad de Lann-Bihoué ».

C’est une de mes chansons préférées d’Alain Souchon. C’est la chanson la plus cynique du disque. Il n’y a pas beaucoup d’espoir à la fin. J’aime bien que dans mes chansons, ça pique un peu, et cela, dès la première phrase.

Tu as l’impression de progresser de disque en disque ?

Oui. J’ai l’impression d’être un ébéniste qui s’améliore d’expérience en expérience. Je crois que j’ai enfin trouvé mon ton et ma singularité dans ma musique, dans ma façon de chanter et dans le propos.

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(Après l'interview, le 29 janvier 2019).

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16 février 2019

OK Choral : interview pour son premier disque

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ok choral,grégory blanchonJ’avais le premier disque d’OK Choral depuis plusieurs semaines chez moi et je ne l’avais pas encore écouté. Je pensais que ce groupe chantait en anglais. Je ne sais pas pourquoi j’ai parfois des a priori… Bref, faisant un peu de tri des disques reçus pour décider si tel ou tel artiste sera une future mandorisation ou tout simplement rangé dans ma discothèque, j’ai décidé d’écouter une bonne fois pour toute cet album. Bonne surprise ! Textes aiguisés, mélodies entêtantes, sens du rythme diablement efficace, jeu de guitare original, loin d’être lisse.

Le 25 janvier dernier dans un bar de la capitale, j’ai rencontré Grégory Blanchon, le chanteur, tête pensante du groupe, pour en savoir un peu plus sur cette formation qui risque de faire bouger la planète pop française.

Argumentaire de presse officiel :ok choral,grégory blanchon

OK Choral distille un mélange de pop en français, d’electro et une énergie venue du rock. Un mariage qui ne surprend plus quand on sait que le trio est originaire de Reims, qui a vu rayonner aussi bien Yuksek, The Shoes que The Bewitched Hands.

Emmené par le chanteur/auteur Grégory Blanchon, les chansons du premier album (paru en octobre 2018 - 33 Degrees / Universal Music France) parlent essentiellement de rencontres, d’histoires qui se font et se défont. Côté musique, OK Choral est une expérience froide et rythmée. On aperçoit des ombres s’abandonnant sur la piste d’un club, avec pour seule obsession de profiter de l’instant présent. Des corps qui se frôlent et se cognent dans un ballet sensuel futuriste. Un beat efficace, des sons synthétiques et quelques guitares sont là pour nous faire espérer que la nuit sera longue et que demain ne verra pas le jour…

Le groupe OK Choral est composé de Grégory Blanchon (chant, guitare, basse, claviers), Eddy Lambin (guitare) et Arnaud Lesniczek (batterie, percussions).

ok choral,grégory blanchon

ok choral,grégory blanchonInterview :

Tu as vécu dans un milieu familial ou la musique était très présente, je crois.

J’ai toujours été baigné dans un univers de musique. Mon père faisait beaucoup de piano et il était passionné de jazz. Il m’a transmis le virus. Je continue aujourd’hui à collectionner les vinyles de jazz.

Et de la bonne. La variété n’a pas franchi votre maison ?

Je vais te raconter une anecdote. Je suis allé en Irlande il y a une dizaine d’année avec des potes. A un moment, on va au Connemara et soudain, mes quatre potes se sont mis à chanter à tue –tête « Le lac du Connemara ». Je les ai regardés bizarrement, car je ne connaissais pas cette chanson. Par contre, à 8 ans, je savais que Louis Amstrong était trompettiste de jazz (rires).

Tes parents ont voulu que tu fasses du piano.

J’ai pris des cours particuliers pendant 5 ans. A 12 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais jouer l’instrument que je voulais, c’est-à-dire la guitare.

Cela dit, les bases acquises en faisant du piano te permettent aujourd’hui de savoir jouer aussi du clavier.

Tu as raison. Je domine bien le solfège et je connais bien la musique il me semble.

Clip de "Collision".

Il faut les bases pour se permettre d’en sortir un peu ?

Pas forcément. Il faut désapprendre une partie de son bagage pour pouvoir se rouvrir l’esprit. Le tout est de ne pas être formaté, comme certains musiciens peuvent l’être en sortant d’une école de musique. Quand tu as un projet artistique, ce qui est intéressant, c’est de mettre de côté la partie technique acquise pour aller chercher ce que tu es. Même tes éventuelles erreurs font que ça sera peut-être intéressant. Personnellement, j’ai un côté brouillon, un peu sale, dans mon jeu de guitare… je me suis attelé à ne pas le gommer. Pour Ok Choral, je l’ai accentué, ou plutôt, je l’ai cultivé. 

Quand as-tu décidé de faire de la musique sérieusement, au point d’en faire ton métier ?

Dès le départ. Au début de mon adolescence,  j’avais un pote fou de guitare et tous les deux, on a bien compris que cet instrument était un des seuls trucs qui nous intéressait dans la vie.

Plus que les filles.

Oui, on avait douze ans, les filles c’était une autre sphère. Vraiment, la  guitare était notre priorité. On a monté un groupe. Be & Be. C’était les deux premières lettres de nos noms de famille. Nous avons tout de suite composés et écrits nos propres morceaux. On avait fait une cassette avec la pochette réalisée à la main. C’était sérieux, quoi !

Tu chantais déjà ?

Oui. Mon ami aussi, mais comme il était vraiment meilleur que moi à la guitare, j’avais tendance à plus chanter que lui pour contrebalancer. On ne faisait pas de reprises, on voulait créer tout de suite quelque chose à nous. On adorait créer… et c’est toujours le cas pour moi aujourd’hui.

Clip de "Le centre du monde".

Tu es resté avec ces amis musiciens jusqu’à l’âge de 20 ans.

Oui, on a changé plusieurs fois de noms, mais globalement, c’était la même équipe. Notre groupe, Huck, avant Ok Choral, a duré un peu quand même. On avait des rendez-vous avec des maisons de disque, on a fait pas mal de tremplins, bref, on a mené notre barque avec sérieux et envie d’en découdre.

Au tout début, tu chantais en Anglais.

Au bout de 3 ans, je me suis dit qu’en France, si tu veux développer un projet, c’est en français qu’il faut le faire. Je suis content d’avoir fait ce choix, mais ça a été long de trouver mon écriture en français.

Le premier concert d’OK Choral s’est tenu sur une scène du  Printemps de Bourges.

C’était en 2013. On s’était fait repérer mais nous n’avions que deux morceaux prêts. On a dû en bosser d’autres et en réadapter certains qu’on avait dans les tiroirs. Je suis repassé par une période de doute musicalement. Faire du pur rock, ajouter des touches electro ?

Et finalement ?

Aujourd’hui, je considère que ce que nous faisons est de la chanson et de la pop française. Pour être plus clair, je pense qu’on a trouvé le bon équilibre entre la chanson, la pop et l’electro.

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(Photo : ArtEos)

Revendiquer la chanson, c’est revendiquer le texte.

Exactement. Les textes ont une place importante dans OK Choral. Je veux marier la langue française avec des ambiances musicales qui ne sont pas forcément françaises.

Tes textes racontent l’histoire d’un jeune un peu désabusé, pas très heureux, qui vit la nuit, qui picole pas mal et qui se cherche un peu.

Dans les chansons, je cherche un peu la noirceur. Je trouve intéressant le côté « dark » des gens. Je présente aussi ma fragilité, je me mets à nu.

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(Photo : Christian Pitot)

Dans la vie, tu es quelqu’un de « dark ».

Pas vraiment. Je suis assez léger et déconneur au quotidien. Il n’y a rien qui m’inquiète vraiment, je relativise tout. A part la santé et le bien-être de mes proches, le reste est accessoire. Je suis comme ça peut-être parce que j’évacue mon côté noir par le biais de mes chansons.

Ça te fait du bien d’écrire de la musique.

Rarement j’atteins une  aussi grande plénitude que quand je sais que je suis en train d’écrire une bonne chanson. Il n’y a pas grand-chose qui égale ce frisson-là. Ça m’a fait ça pour « Collision ». C’est mon titre préféré de l’album et je l’ai écrit en deux heures.

Es-tu content de l’accueil de ce premier album ?

La visibilité de l’album est encore confidentielle, mais il est très bien accueilli par ceux qui l’ont écouté.

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Après l'interview le 25 janvier 2019.

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09 février 2019

Maryline Martin : interview pour La Goulue, Reine du Moulin Rouge

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Louise Weber, dite La Goulue, est une figure emblématique de Paris, du Moulin Rouge et du French Cancan. Elle a su s’imposer dans le milieu mondain et côtoyer les plus grandes personnalités de son temps avant de tomber en disgrâce. A l'occasion du 90e anniversaire de sa mort, découvrez l’histoire de cette danseuse, de cette muse, de cette icône du Paris de la Belle Epoque grâce au magnifique livre de Maryline Martin (déjà mandorisée là et un jour, c'est elle qui m'a invité), La Goulue, Reine du Moulin Rouge. Nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale le 28 janvier dernier.

maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor4e de couverture :

À seize ans, la future reine du cancan est blanchisseuse. Mais le soir, Louise Weber « emprunte » les robes des clientes pour courir à l'Élysée Montmartre. Celle que l'on va surnommer La Goulue se fait rapidement remarquer par sa gouaille et son appétit de vivre. Au Moulin Rouge, elle bouscule les codes en arrivant avec un bouc en laisse, détournant ainsi l'interdiction faite aux femmes d'entrer dans un lieu public sans être accompagnées par un mâle ! Immortalisée par Toulouse-Lautrec et Renoir, elle va également s'imposer dans le milieu mondain et côtoyer les plus grandes personnalités de son temps – le prince de Galles, le shah de Perse, le baron de Rothschild, le marquis de Biron… – avant de tomber en disgrâce.

Pour mener à bien cette biographie, Maryline Martin s'est plongée dans le journal intime de la danseuse, conservé au Moulin Rouge. Elle a également consulté les archives de la société des amis du Vieux Montmartre, le service de la mémoire et des affaires culturelles de la préfecture de Police et les divers documents des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris. À partir de ses recherches, elle a pu dessiner le portrait tendre et intimiste d'une figure incontournable de la Butte Montmartre : une femme libre, fantasque, généreuse et attachante.

L’auteure :

Journaliste littéraire, Maryline Martin a écrit des nouvelles et des romans dans lesquels elle s'interroge sur la place et le rôle des femmes dans l'histoire.

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(La  Goulue)

maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorInterview :

Avec ce livre, tu as voulu réhabiliter l’image et la mémoire de La Goulue ?

Oui, c’est exactement ça. C’est une femme dont l’image a été malmenée par des clichés réducteurs : vicieuse dénuée d’intelligence, perle sortie d’une fosse d’aisance, chair à plaisir… Personnellement, j’ai fait sa connaissance par le biais du peintre Henri de Toulouse-Lautrec. Dans sa biographie, j’ai lu qu’il avait été nommé « le peintre officiel de La Goulue ». J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur elle. J’ai voulu feuilleter des bouquins qui parlaient de Louise Weber, son vrai patronyme, et j’ai constaté qu’il y en avait très peu. En faisant des recherches sur Internet, j’ai visionné un film sur le Moulin Rouge où il était mentionné l’existence d’un journal écrit de sa main. J’ai pris rendez-vous avec le chargé de communication du Moulin Rouge, Jean-Luc Péhau-Ricau. Je me suis présentée et lui ai exposé mon projet d’écriture. Au terme de cet entretien, riche en émotions, il m’a permis de repartir avec une copie du journal. Lui et moi avons beaucoup d’empathie pour cette femme.

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(La Goulue par Henri de Toulouse-Lautrec).

Ce n’est pas le seul document que tu as pu avoir.maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Non, en effet. La directrice du Musée du Vieux Montmartre, Isabelle Ducatez, m’a permis d’accéder à des documents, des photos, des extraits de journaux… En regroupant tous ces  éléments riches en informations je me suis rapidement aperçue qu’il y avait chez La Goulue autre chose qu’une personne fantasque, légère et peu cultivée. Elle était bien plus complexe que cela.

Je me suis dit en lisant ton livre que La Goulue aurait pu être une people d’aujourd’hui. Il y avait des gazettes qui parlaient des vedettes de l’époque, pas toujours de manière bienveillante, comme aujourd’hui dans Voici par exemple.

Tu as tout compris. Le Gil Blas, le quotidien dans lequel elle est le plus citée, était le Closer de l’époque. Louise Weber était très intelligente. Elle n’avait pas forcément les mots qu’il fallait pour s’exprimer à cause de son éducation, mais elle s’est beaucoup servie de la presse. Elle faisait souvent des procès, ce qui lui permettait d’avoir de la publicité dans les journaux. 

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maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorDans la relation homme-femme, La Goulue a toujours mené la danse, au propre comme au figuré.

Dans le quadrille naturaliste, plus communément appelé le French-Cancan, les femmes se démarquaient des hommes. Les hommes étaient des coqs dans un poulailler. Les femmes, elles, menaient le cavalier seul. Même si elle était en couple, elle souhaitait mener ses affaires en solo.

Au niveau de la pudibonderie, elle a été victime d’une certaine hypocrisie, non ?

Si elle levait trop haut son jupon, elle était mise à l’amende parce qu’il ne fallait pas montrer trop de chair, mais si elle ne levait pas assez haut la jambe, elle était aussi mise à l’amende parce qu’on considérait qu’elle n’exerçait pas son rôle de danseuse professionnelle. Ceci dit, on lui doit son fameux « coup de cul » (où elle montrait en retroussant ses jupons, le cœur brodé sur sa culotte) et le coup de pied  au chapeau, quand elle décoiffait d’un coup de pied le chapeau d’un spectateur qu’elle avait repéré dans l’assistance.

Sa façon de communiquer passait par la vulgarité et par les gestes.

Elle ne savait pas faire autrement, elle n’avait ni les mots, ni les codes. Elle s’était d’ailleurs vite affranchie des codes sociaux. Ce n’était pas facile d’être une femme à la Belle Epoque. L’article 213 (du code pénal) proclamait l’obéissance des femmes à leur mari et celles-ci ne pouvaient pas exercer une profession sans demander leur permission. Comme toute femme devant se rendre dans une administration devait être accompagnée d’un homme, elle a pris un bouc qu’elle promenait au bout d’une laisse. Elle portait autour du cou un petit collier de chien, c’était une de ses manières de dire « je n’appartiens à personne ». Dans le livre, je lui fais dire : « Ni dieu, ni maître ! »

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Ce n’est ni une courtisane, ni une demi-mondaine. maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Non, elle n’a ruiné personne et personne ne s’est suicidé pour elle. La preuve qu’elle n’était pas vénale, elle avait aussi des amants qui n’étaient pas fortunés.

Elle en avait beaucoup ?

Oui. Ça n’en faisait pas une prostituée pour autant. Quand les hommes qui collectionnent les femmes, on les considère comme des Don Juan et les femmes se font traiter de « trainées ». Je n’ai jamais compris ça.

Elle aime le sexe… avec les hommes et avec les femmes.

Elle aimait bien les femmes parce que ça la reposait des hommes.

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maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorQu’est ce qui faisait craquer les hommes chez La Goulue ?

Son petit côté borderline devait les émoustiller. Quand le bourgeois rentrait chez lui, il avait une femme clean, avec les codes de l’époque. Il avait besoin de s’encanailler, donc il allait voir un spectacle peu orthodoxe.

Beaucoup pensent que c’est elle qui a inventé le French-Cancan.

Non, elle l’a juste fait évoluer. Le chahut est devenu cancan dans  l’art de manipuler le jupon et de lever la  jambe. Grace à elle, on ne venait plus au bal pour danser, mais pour regarder danser. C’est elle qui a amené la professionnalisation de la danse. Elle était payée pour danser, ce qui était nouveau.

En te lisant, on comprend qu’elle avait un caractère bien trempé.

Au Moulin Rouge, elle menait son monde à la baguette. Avec ses copines danseuses, ce n’était pas toujours rose. Elle était la reine du Moulin Rouge et le montrait bien. Il y avait beaucoup de jalousie, mais elle voulait garder sa place. Parfois, elle pouvait en découdre avec une danseuse après le spectacle devant témoins. Un jour, elle est tombée sur plus forte qu’elle. C’était Aïcha, une femme qui allait enfanter de la mère d’Edith Piaf.

Pourquoi quitte-t-elle le Moulin Rouge ?

Elle avait pratiquement 30 ans, elle était fatiguée et en plus, elle était enceinte. Elle a accouché et très vite, Charles Zidler, l’un des deux créateurs du Moulin Rouge avec Joseph Oller, lui a intenté un procès parce qu’il l’accusait de concurrence déloyale. En effet, elle continuait à danser… même si c’était de la danse orientale.

Gros coup de cœur de Gérard Collard.

Après les années fastes du Moulin Rouge, elle s’essaie à pas mal d’activité.

Elle va danser dans une cage avec des animaux, puis carrément devenir dompteuse.

Elle était complètement inconsciente du danger. Elle a failli se faire manger par un puma.

C’est quelqu’un qui vivait l’instant présent. C’était une intuitive, une instinctive. C’était une performeuse de son époque et elle aimait attirer l’attention sur elle.

Elle a toujours été proche des animaux.

Même à la fin de sa vie, elle préférait nourrir ses animaux qu’elle-même. Elle a longtemps vécu avec une petite guenon qui est morte de pleurésie.

Symboliquement, c’est parce qu’elle n’a jamais été déçue des animaux, je suppose. Pourtant, elle a dompté tous les hommes qui ont traversé sa vie.

Le seul homme qu’elle n’a jamais réussi à dompter, c’est son fils… c’est lui qui va la mener à la ruine.

La Goulue au début des années 20, devant sa roulotte à Saint-Ouen (cette archive exceptionnelle ne contient pas de son). 

Elle a aimé son fils?maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Oui, à sa façon. Déjà, elle ne l’a pas élevé. Elle s’en est lassée très vite. Elle l’a donc mis en nourrice, puis en pension. Quand il est revenu vivre avec elle, c’était un jeune ado. Je subodore qu’il était jaloux de son cousin Louis, le fils de la sœur de Louise, Victorine. Elle s’en est occupée de sa naissance jusqu’à l’âge de 7 ans.

Ce fils a fait pas mal de conneries.

Pendant la Grande Guerre, en 1917, il a été condamné pour faux et usage de faux.  Il s’est battu, commis des vols. Des faits qui l’ont conduit au pénitencier… Ces informations m’ont été transmises par les Archives de Paris que je remercie d’ailleurs vivement.

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Louise Weber, à la fin de sa vie.

A la fin de sa vie, malgré elle, Louise Weber a perdu de sa superbe et est devenue, malgré elle, un peu pathétique.

Elle m’émeut beaucoup parce qu’au fond, c’est une femme qui n’a pas eu de veine. Elle n’a pas eu l’éducation lui permettant de se reposer sur des valeurs et de se construire. Elle s’est faite toute seule et à un moment donné elle a tout lâché. Ça devenait trop compliqué. Elle a épongé les dettes de son fils et a vécu d’expédients. C’est moche parce qu’elle ne méritait une fin comme ça.

"Entrée Libre" sur la 5 parle du livre de Maryline Martin.

Tu parles de déterminisme quand tu évoques Louise Weber.

Elle n’est partie de rien du tout, ensuite elle a côtoyé les grands de ce monde, puis elle a fini de là où elle venait.

Tu es romancière, as-tu inventé certaines situations ?

L’époque (de la Belle Epoque aux années folles) et le décor, je ne les invente pas. Quand Louise est dans l’atelier de Renoir, tu t’imagines bien qu’il n’y avait pas de témoins de leurs conversations et de leurs actes, donc là, je fais fonctionner mon imagination. Mais comme je n’aime pas l’à peu près, au contraire je suis d’une grande rigueur, je ne balade pas le lecteur et l’atelier du peintre, je le restitue d’après mes lectures de plusieurs biographies liées à Renoir.

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Pendant l'interview…

Du coup, ta biographie se lit comme un roman.

Je ne voulais pas faire un catalogue de coupure de journaux et d’extraits du journal de Louise. J’ai juste pris de ce que jugeais essentiel et j’ai souhaité raconter son histoire dans l’Histoire.

Je crois savoir que le Moulin Rouge continue à entretenir la tombe de La Goulue.

Oui. Ils ne l’ont pas oublié. Elle a été la plus grande vedette de ce formidable établissement.

Christophe Hondelatte raconte l'histoire de La Goulue d'après le livre de Maryline Martin (qui est interviewée par lui à l'issue de sa narration).

Ce livre va-t-il déclencher des choses en faveur de Louise Weber ?

Tant que rien n’est fait, je ne préfère pas en parler.

Quel beau film ça ferait !

Tu n’es pas le seul à me le dire…Ce serait mon rêve parce que c’est un personnage, une gouaille. Je verrais bien Myriam Boyer ou Anne Benoit dans le rôle de La Goulue… 

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Après l'interview, le 28 janvier dernier.

04 février 2019

Laurent Montagne pour l'album Souviens-moi

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(Photo : Julie Rodriguez)

Ex-chanteur des Acrobates, Laurent Montagne est ensuite repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies. Depuis il sillonne les routes. Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival... Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, Il a notamment fait les 1ères parties de Gaëtan Roussel, Emily Loizeau, Jean Louis Murat, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen et bien d’autres encore...

Je l’avais déjà mandorisé en 2013 pour son album A quoi jouons-nous ? et nous avions évoqué son début de parcours. Cette fois-ci, j’ai voulu savoir où il en était. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il continue à être un chanteur en état de marche. Il vient de sortir coup sur coup, un disque « jeune public », La rue Chocolat et un disque de superbes chansons dans lesquelles, la pop et le rock trouvent une belle place, Souviens-moi.

Pour écouter l'album jeune public La rue chocolat, c'est ici.

Pour écouter l'album de chansons Souviens-moi, c'est là.

Le 24 janvier dernier, nous avons conversé autour d’un bon chocolat chaud en terrasse d’un bar parisien.

16864852_10155026805968838_1935717488274116723_n (2).jpgBiographie officielle (photo : Julie Rodriguez):

Toujours en dehors des sentiers battus, Laurent Montagne n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il se pose là où on ne l’attend pas. Il y a d’abord cette poésie, tantôt revendicative, tantôt contemplative où l’âme se raconte à fleur de peau et les sentiments se déclinent en mode espoir.

A la poésie s’ajoute, aujourd’hui, l’énergie et l’élégance d’envolées post rock, de mélodies entêtantes et hypnotiques, portées par un trio de musiciens issus de formations emblématiques de la scène montpelliéraine et valentinoise : Laurent Guillot, Cyril Douay, son ancien acolyte des Acrobates, membres de Poussin, The Chase…, Pierre-Yves Serre, fondateur de Horla, Mes Anjes Noires.

Par-delà la formidable intensité musicale apportée par ces derniers, il y a surtout ce plaisir à être ensemble sur scène. Une complicité irrésistible et addictive partagée en toute simplicité avec le public.

Du sens et du son, voilà le leitmotiv incessant qui baigne les chansons de Laurent Montagne. Des textes où chaque paysage devient un moment de la vie des hommes avec à l’horizon cet espoir, inamovible, qui continue de briller au fil des chansons.

Argumentaire officiel du disque :LaurentMontagne-CoverRVB.jpg

Dans son nouvel album Souviens-moi, Laurent Montagne nous ramène vers ses sujets de prédilection, d’abord la contemplation. Celle des paysages majestueux de la cathédrale de « Maguelone », vaisseau immobile lové sur une langue de terre entre les étangs et la mer, où derrière l’ode poétique, apparaissent les premières vagues d’un puissant crescendo musical. On continue avec la solitude mystique d’ « Un lieu » qui côtoie l’effervescence folle de « Ma Ville », et sa cohorte de promoteurs d’artifices. Puis vient la contemplation des Hommes, celle des ouvriers de sa terre natale dans « La Vallée du Rhône » où les notes égrenées d’une guitare, cèdent d’un seul coup la place à une rafale Post/Rock soulignant la force du vent qui souffle sa colère jusque devant les portes closes des usines désaffectées. Il reste, enfin, la contemplation des artistes qu’illustre la très poétique « Peau d’âme », portée par la belle sobriété d’un duo basse – voix.

Puis viennent les textes plus acérés sur les désillusions de notre monde, les jeux de pouvoir avec toujours en fond cet espoir inamovible qui continue de briller au fil des chansons. Sonne alors l’heure du bal des vampires avec le « Système » un duo à l’accent Orwelien où résonne l’écho des cris de Patrick Mc Goohan, célèbre n°6 de la série le Prisonnier. Ou encore le cinglant « Il pleut » fustigeant la novlangue politique d’un « toi tu dis qu’il pleut et tu nous pisses dessus ».

Place à « Un Homme est mort » chanson rock hypnotique qui explose sa rage face à la lâcheté des hommes. Une chanson qui est un rappel au fait divers relaté dans le film 38 témoin de Lucas Belvaux, et, qui tire son nom d’une BD de Kris et Etienne Davodeau sur les grèves à Brest dans les années 50 filmées par le cinéaste René Vautier. Puis, dans un registre plus en douceur, porté par un texte de toute beauté où les mots s’entrechoquent, arrive « La Rumeur », sublimée par les cordes du Trio Zephyr.  Reste pour définir cet album l’amour, dans sa version espoir, avec la pop très entraînante de « Ça ne te dirait pas ».

« C’est le Laurent nouveau qu’on découvre, et le moins qu’on puisse dire, c’est  qu’il décoiffe et sort des sentiers battus de la chanson formatée prête à consommer. Le temps lui appartient, et l’espace devant lui, avec des formules qui sont de purs diamants. »

Alain Fantapié Président de l’Académie CHARLES CROS 

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IMG_8642 (2).jpgInterview :

Tu commences à avoir une belle discographie.

Oui, et je n’oublie pas mes trois albums avec Les Acrobates. J’ai arrêté ce duo quand ça a commencé à bien marcher. Quand je fais de la musique, il faut que je sois en accord 100% avec moi-même, sinon, je fais autre chose.

Tu ne fais aucune concession ?

Je ne peux pas dire ça non plus, je suis quelqu’un d’assez ouvert quand même. J’ai une ligne blanche, de temps en temps je la dépasse. Je joue avec. Avec Les Acrobates, nous étions deux, nous nous sommes éclatés pendant 7 ans, mais à un moment, c’est devenu difficile de partager. Cyril Douay, mon acolyte des Acrobates, voulait jouer dans des stades, faire de la pop anglaise, moi j’avais envie d’aller chez les gens avec ma guitare chanter de la chanson française… Mais, tu vois, Cyril rejoue avec moi dans ce nouveau disque.

Tu as enregistré Souviens-moi avec tes musiciens de scène.

Oui, je joue avec eux depuis trois ans. Dans l’album pour lequel tu m’avais reçu la première fois, A quoi jouons-nous ?,  les musiciens, à une exception près (Pierre-Yves Serre, son guitariste), je les avais rencontrés le jour du studio. Pour Souviens-moi, basse, batterie et guitare électrique ont été enregistrées dans les conditions du live,  parce que l’on se connait par cœur et que l’on avait bossé les morceaux. J’ai juste rechanté par-dessus, en gardant parfois les voix témoins.

Teaser de l'album.

Tous tes musiciens ont laissé la place aux textes.

Parce qu’ils savent que, pour moi, c’est important. Pour un musicien, laisser la place aux textes, ce n’est pas évident… surtout qu’ils viennent de la pop en langue anglaise. Il y a des musiciens avec lesquels je joue depuis 20 ans, alors on peut mettre nos egos de côté. Il y a vraiment entre nous une écoute mutuelle. Ils savent à quel moment, ils vont pouvoir partir dans le post rock et envoyer le bois.

FrancoFans dit que tu fais des chansons à message et que tu as besoin de s’insurger. Es-tu d’accord sur ces deux points ?

Je suis d’accord, mais je mets d’abord la poésie avant tout. Je ne suis pas un représentant de la CGT quand j’écris mes textes (rires). Par contre, il est vrai que j’ai un intense besoin de sens. Quand j’écoute un chanteur, j’aime bien savoir d’où il vient, où il a grandi. Comme nous sommes forgés par les paysages dans lesquels on vit ou dans lesquels on a grandi, j’ai écrit des textes contemplatifs sur les paysages. Personnellement,  j’ai grandi dans la Vallée du Rhône, j’en ai fait une chanson dans cet album.

Sur "Maguelone" aussi.

Oui, car aujourd’hui, je vis à Montpellier. Mais FrancoFans a raison, il y a des chansons plus engagées parce que le pouvoir aussi nous façonne… de manière moins belle que les paysages. Il y a quelque chose qui m’obsède dans le rapport des êtres humains au pouvoir, donc je l’écris en chanson.

Clip de "Le système".

Ta chanson « Le système » est vraiment d’actualité.

Oui, mais je n’utilise aucun mot lié à l’actualité. Il y a ni « Macron », ni « Gilets jaunes » dans ce titre… Malheureusement, ce qu’il se passe aujourd’hui est assez intemporel. Dans quelques années ce seront d’autres personnes et d’autres mouvements…

« Le système » est finalement ta chanson la plus antisystème.

(Rires) On ne me l’avait jamais faite celle-là, mais c’est bien vu. Je ne sais pas si c’est la plus antisystème, parce que j’ai une autre chanson dans ce disque, « Il pleut » qui est sur un sujet similaire. Je parle de ces gens qui vivent dans une tour d’ivoire et qui sont censés nous représenter. Ces hommes ont un savoir, mais ils ne savent pas sentir le peuple, ils ne peuvent donc pas les représenter. Il y a une impasse totale. Avec Les Acrobates, il y a longtemps, nous avions une chanson qui s’appelait « Le journaliste » qui parlait de course à l’information et des personnes qui donnaient l’information sans l’avoir vécu.

Et, avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, ça n’est évidemment plus d’actualité.

Evidemment… ne parlons même pas des chaînes d’infos en continue. Mais déjà à l’époque de la chanson des Acrobates, je me levais et j’écoutais la matinale de France Inter. A la fin, j’étais hyper énervé parce que je réagissais à tout ce qu’ils disaient. Je vivais à un rythme d’un journal par heure. Quand j’ai arrêté d’écouter, j’ai trouvé que le monde allait mieux.

Les Acrobates : clip en animation de "Le journaliste", réalisé par Vincent Farges en 2003.

Et aujourd’hui ?

Je n’écoute plus que des radios musicales, soit des petites radios associatives, soit FIP. C’est très éclectique. Sinon, j’écoute des conférences. J’essaie de ne pas écouter des gens qui pensent comme moi, pour m’ouvrir un peu. Il y a des gens qui me rendent beaucoup plus intelligent que quand j’écoutais la matinale.

Une chanson doit élever ceux qui l’écoutent ?

Je ne suis pas non plus dans la chanson « utile », comme celle d’Etienne Roda Gil pour Julien Clerc, « Utile ». Il chantait : « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés… » Pour moi une chanson peut avoir des airs de futilité, mais a des moments, peut aussi toucher à l’essentiel.

Comment apprend-on à écrire avec de la poésie et du sens ?

En écrivant, en lisant beaucoup et aussi en écoutant les autres.

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47032331_10156868600438838_2321929482803347456_n.jpgTu fais de la chanson pour enfant, avec des enfants… et ça donne Rue Chocolat.

Ça a commencé avec le Chantier des Francofolies en 2007. Ils m’ont incité à proposer mes chansons au jeune public. Je venais d’être papa, donc je pense qu’il y avait une part d’enfance qui ressortait en moi. Dans une ville, je suis tombé sur un conseiller pédagogique en musique qui a constaté l’interaction qu’il y avait avec les enfants qui venaient me voir en concert. Il m’a presque imposé de faire de la pédagogie dans les écoles. J’ai donc décidé de tenter de faire écrire des chansons aux enfants. On est parti là-dessus et ça a cartonné.

Comment ça se passe concrètement ?

Je vais plusieurs mois dans une école. Je fais écrire des chansons aux enfants, ensuite on enregistre un disque avec eux. Après cela, accompagnés par mes musiciens, ils viennent faire ma première partie de concerts de chansons rock. Ça fait 7 ans que je fais ça, je dois avoir une cinquantaine de chansons. Parmi elles, il y a des merveilles, je trouve.

Rue Chocolat sur France 3 Languedoc-Roussillon.

Sur le disque, il y a 13 chansons. 42337895_10156711472213838_2273435011359178752_n.jpg

J’ai invité une grande partie de la scène montpelliéraine de chansons et de musiques du monde. Il y a Iaross, Imbert Imbert, DimonéScotch & Sofa, Didier Super, Trio Zephyr, Zob et plein d’autres… J’ai fait ce projet de manière artisanale. On a tout bricolé chez moi et ça a été des rencontres géniales.

Le jeune public est-il le plus exigeant ? Je sais qu’il est incapable de faire semblant d’aimer.

Je n’ai pas ce souci là avec ce public. Ce qui est le plus difficile, c’est qu’il n’a pas toujours les codes. Comme dans mes spectacles il y a un côté ludique et un côté très poétique, c’est un jeu d’équilibre. Il faut être très direct avec les mômes.

Il y a un peu plus de 20 ans que tu es sur scène. Est-ce qu’en 2019, tu es content de ton sort professionnel ?

Je suis content de l’évolution de mon écriture et de celle de ma musique au fil des années. Ce qui est difficile pour moi aujourd’hui, c’est d’accéder aux médias et de faire beaucoup de concerts. J’ai l’impression que c’est plus dur qu’il y a 20 ans. Je trace ma route quand même parce que je pense que c’est là que je suis le plus utile à la société. Je ne sais pas si je le suis, mais c’est la place où je me sens le mieux en tout cas.

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Le 24 janvier 2019, après l'interview.

01 février 2019

Frédéric Lo : interview pour Hallelujah!

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(Photo : Nicolas Despis)

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorFrédéric Lo est impressionnant. Il s’est bâti une riche et prestigieuse discographie en tant que producteur, réalisateur, compositeur et/ou arrangeur : Daniel Darc (l’album culte, Crève-Cœur, c’est lui), Stephan EicherAlex BeaupainChristophe Honoré, Maxime Le Forestier, Pony Pony Run RunThousand et encore Alain Chamfort (liste non exhaustive, pour les autres, voir là). Il sort enfin la tête de son studio pour nous présenter un troisième disque bien à lui, Hallelujah ! Car, oui, Frédéric Lo est aussi auteur-compositeur-interprète depuis toujours.

« Il a fallu me recentrer sur mes propres compositions après avoir passé tant d’années à arranger et réaliser les chansons d’autres interprètes », explique-t-il.

Quand on m’a proposé de le mandoriser, j’ai accepté avec une joie non dissimulée. « On » me l’avait décrit comme un homme charmant et courtois. J’ai pu constater le 23 janvier dernier à l’Hôtel Grand Amour à Paris qu’ « on » ne m’avait pas menti.

Argumentaire de presse de l’album :frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

À force de voir et lire son nom au générique des disques des autres, on avait fini par oublier le chanteur Frédéric Lo. Dix-huit ans après son deuxième album (Les Anges de verre, 2000), le natif de Rodez s’est enfin décidé à passer la troisième. D’où ce titre en forme de libération en même temps que de clin d’œil à l’immense Leonard Cohen : Hallelujah !

Depuis toutes ces années, Frédéric Lo a accumulé des compositions, trouvant à la faveur de ses collaborations multiples des paroliers amis et inspirés qui confèrent à l’album un déroulé naturel, comme si les onze plages coulaient de source et s’enchaînaient sans coup férir, indistinctement de l’interprète ou du musicien invité. Inclus les participations de Stephan Eicher, Elli Medeiros, Benjamin Biolay, Alex Beaupain & Robert Wyatt.

Ce troisième album oscille ainsi entre pop songs et ballades diaprées, qui font autant ressortir le talent de mélodiste hors pair de Frédéric Lo que sa voix grave et familière. Multi-instrumentiste, il sait néanmoins s’entourer de quelques pointures : le batteur Philippe Entressangle (Étienne Daho, Miossec, Cali), le guitariste François Poggio (Étienne Daho, Lou Doillon, Florent Marchet), le bassiste Nicolas Fiszman (Benjamin Biolay, Jacques Higelin, Vanessa Paradis), sans oublier le courtisé François Delabrière (Daniel Darc, Marc Lavoine, Alain Chamfort) pour le mixage d’Hallelujah!.

À l’écoute de l’album, on est d’ailleurs bluffé par l’addition des talents rassemblés sans que ceux-ci n’altèrent jamais le propos ni le pouvoir d’évocation de Frédéric Lo, qui signe le meilleur disque de sa carrière.

Pour écouter quelques extraits d'Hallelujah!, c'est par ici.

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frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorInterview (photo à gauche 1 Epok Formidable):

Pourquoi revenir en tant que chanteur 18 ans après le précédent album ?

Au début de ma carrière, j’étais dans un groupe, ensuite j’ai fait des disques comme interprète et un jour, j’ai fait Crève cœur de Daniel Darc. Dans ce disque, j’ai tout composé, tout joué,  j’ai produit et réalisé. Pour ne rien vous cacher, une partie de Crève cœur, c’était mon troisième album que j’étais en train de commencer à créer. Je n’avais pas l’intention d’arrêter de faire des disques sous mon nom, mais cet album de Daniel ayant eu un  tel succès critique  que le téléphone n’a jamais arrêté de sonner pour que je travaille pour les autres.

Ce succès à mis un terme provisoire à votre carrière perso de chanteur.

Pour moi, il n’y a aucune différence entre faire un disque pour moi ou faire un disque pour d’autres. C’est exactement le même travail. C’est juste l’aspect promotionnel qui me concerne moins. Ça ne me dérange pas parce que ce que j’aime le plus est la création. Mon chemin a été parsemé de rencontres de beaucoup d’artistes.

Chanter ne vous manquait pas ?

Je n’ai jamais arrêté de chanter ou de composer des morceaux pour moi, juste, je n’en ai pas fait profiter les gens. Mon premier album, La Marne Bleue (1997), je l’ai réalisé seul et je trouvais qu’il y avait des choses qui n’allaient pas. Le deuxième, Les Anges de verre (2000), je l’ai fait avec mon maître en réalisation, Dominique Blanc-Francard. Il avait déjà travaillé avec Eicher, les Pink Foyd, Gainsbourg… Une partie du résultat me plaisait, l’autre moins. Pour ce troisième disque, le challenge pour moi était de faire rencontrer l’interprète que j’avais été et le réalisateur que j’étais devenu. Il y avait un truc un peu schizophrénique. Comment j’allais arriver à obtenir ce que je voulais de l’interprète que je suis aujourd’hui?

Et la rencontre avec vous-même s’est bien passée ?

Nous ne nous sommes pas toujours bien entendus (rires). J’ai trouvé très intéressant d’oublier que la personne qui chante est moi et intéressant aussi de la guider comme si c’était un autre artiste.

Clip de "La clairière".

C’est quoi le plus difficile quand on se dirige seul ?

Soit vous n’êtes pas assez exigeant avec vous-même, soit vous l’êtes trop. Il faut trouver le juste milieu. Quand je réalise un artiste, il y a des moments où je vois bien qu’il faut que je le secoue et à d’autres moments où il faut l’encourager. La psychologie est importante quand on dirige quelqu’un. Quand on est face à soi-même, c’est un peu compliqué.

Vous travaillez dans la souffrance ou dans le plaisir ?

Un peu dans ces deux états. Faire un disque demande des efforts. Ça ne se fait pas en claquant des doigts.

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(Photo : Nicolas Despis)

Vous savez quand une chanson est terminée ?

J’ai une boussole interne qui me l’indique. Je ne dis pas que quand elle est finie, elle n’aurait pas pu être faite autrement. La notion de « finie » est juste la notion de proposition et de ce que l’on donne. Je vais prendre une métaphore d’un autre art. La photo peut être floue, mais elle a une poésie et quelque chose de rare.

Au fond, pourquoi sortir ce troisième album?

Des gens pour lesquels j’ai travaillé sont morts, comme Daniel Darc et Hubert Mounier, ça m’a fait prendre conscience qu’il fallait que j’y retourne un jour. J’insiste là-dessus, ce « retour », je ne le considère pas comme tel, c’est juste un cheminement global de la même chose. C’est aussi pour cela que j’ai invité tous les artistes qui figurent dans mon disque, c’est pour boucler une boucle.

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Frédéric Lo et Daniel Darc.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorComment avez-vous connu Daniel Darc ?

J’avais fait sa première partie au New Morning il y a longtemps. Je faisais partie d’un groupe dans lequel il y avait le clavier de Taxi Girl, Laurent Sinclair (le compositeur de « Cherchez le garçon »). Jeune, j’aimais beaucoup Taxi Girl. Un ami me contacte un jour pour que je travaille pour Dani et j’ai eu l’idée de demander à Daniel d’écrire un texte pour elle. C’est ainsi que notre collaboration a commencé. Ce qui est marrant, c’est que l’on était voisin, j’été au 1 d’une rue, lui habitait au 3 mais c’était le même immeuble. Comme dit la chanson, il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous...

Vous n’en avez pas marre que l’on vous parle de Crève cœur tout le temps ?

Au début, ça me rendait un peu parano. Je vais dire un truc qui est horrible, mais il a fallu que Daniel meure pour que, soudainement, ça m’oblige à me retourner sur ce que l’on avait fait ensemble. J’ai ainsi réalisé à quel point cet album avait compté pour lui et moi. Quand on fait des choses, on ne sait jamais quelles seront leurs portées. Aujourd’hui, j’en suis modestement fier.

Autre collaboration importante, celle avec Alex Beaupin.frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

Oui, notamment pour la BO du film de Christophe Honoré, Les chansons d’amour. Il y était question d'amours contrariées, compliquées, du deuil, de l'absence et de Paris. C’était une belle collaboration. J’ai fait une autre BO avec Alex pour Christophe Honoré, Les Bien-Aimés et un album normal 33 tours. Je ne l’ai jamais perdu de vue depuis. Nous nous aimons beaucoup. C’est pour cela qu’il interprète un duo avec moi sur ce disque, « Dire ».

Cet album, est-ce pour montrer aux autres que vous existez aussi par vous-mêmes ?

Non. C’est juste pour que je puisse m’exprimer différemment. La musique fait partie de moi depuis que je suis enfant. Je ne fais pas de la musique pour faire du théâtre (rires).

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(Photo : Nicolas Despis)

Pour que vous travailliez avec un artiste, il faut que vous l’aimiez profondément artistiquement et humainement ?

Je préfère évidemment m’entendre avec la personne, je préfère aimer ce qu’elle fait, après, il y a des gens qui ont un talent dingue et qui peuvent être exécrables. Je peux être prêt à bosser avec quelqu’un de pas facile dont l’œuvre est intéressante. C’est le résultat qui prime. J’adore le Velvet et Lou Reed, mais j’imagine que ce n’était pas facile de bosser avec ce personnage qui pouvait être odieux.

Qui est le chef quand vous travaillez pour quelqu’un ?

Il n’y a aucune hiérarchie. D’ailleurs, je ne cherche pas à avoir toujours raison. J’ai juste mon point de vue. Si l’artiste n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Quand je réalise un disque, mon rôle est d’apporter des conseils et ma vision, si on ne les veut pas, on n’est pas obligé de s’y soumettre. C’est l’artiste qui s’impose à lui-même mon point de vue… s’il a envie de travailler avec moi. On est dans un échange, c’est un travail collectif. Rien ne se fait seul.

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Frédéric Lo et Stephan Eicher.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorIl y a un duo avec votre pote Stephan Eicher, « Cet obscur objet du désir ». Je suis étonné d’entendre cette chanson interprétée par deux hommes.

Le titre de ce morceau vient d’un film de Luis Buñuel. Le film raconte l’histoire d’un homme âgé qui tombe amoureux d’une jeune femme. Cette femme est jouée par deux comédiennes, parce qu’il y a une dualité. Une est très prude et innocente et l’autre tout à fait son opposé. Ma chanson parle d’amour et je trouvais intéressant que le narrateur soit schizophrène. Donc le narrateur à deux voix masculines.

Il y a une touche Frédéric Lo, non ?

Il y a un point de vue. J’ai travaillé avec Maxime Le Forestier et avec Pony Run Run, je ne suis pas certain que mon travail se ressemble dans ces deux projets. Il y a des choses qui sont proches et en même temps qui sont très différentes.  Disons qu’il y a une identité reconnaissable.

C’est quoi votre touche ?

Vous insistez avec ce mot là (rires). Elle serait de proposer quelque chose à la fois de tenue et de libérée. Pour moi, une chanson doit être à la fois simple et élaborée. La mélodie doit être si efficace qu’elle doit pouvoir être sifflée dans la rue. C’est ce que j’essaie de réaliser pour tout le monde et pour moi-même.

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous, les textes ou la musique ?

C’est la musique qui a pris le dessus ces dernières années, c’est sûr, mais j’aime autant l’écriture. Ce que je trouve intéressant en fait, c’est le bloc terminé.

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Pendant l'interview...

Pourquoi vous n’avez pas écrit tous les textes de ce disque ?

Comme je réalise, arrange, compose, écrit et produit,  je n’aurais pas eu le temps.  Et puis aussi parce que j’aime le fait d’être en équipe. Prendre des auteurs m’a permis de ne pas rester dans une bulle isolée.

Vous ne travaillez pas beaucoup avec des inconnus ?

Quand les Pony Run Run ont frappé  à ma porte, ils n’avaient encore rien fait. Je n’ai pas de critère de sélection basée sur la notoriété des uns et des autres. Il faut juste que je sente que je peux amener quelque chose et que la personne qui fait appel à moi soit suffisamment structurée et qu’elle ait quelque chose à proposer. J’encourage vivement les jeunes artistes à oser venir me voir.

Quels ont été vos premiers chocs musicaux?

Gamin, c’était les Beatles. J’aimais leur musique, leur mélodie… mais aussi leurs fringues et leur attitude. Après, j’ai écouté de l’After Punk. Elvis Costello, Devo, Blondie, les Talking Heads, Roxy Music, Bowie, le Velvet… c’est cette musique qui m’a vraiment formé.  Ces gens ont énormément de talent, mais on énormément travaillé. Ils ont été mes exemples professionnels.

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Après l'interview, le 23 janvier 2019.