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21 février 2019

Séverin : interview pour Transatlantique

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(Photo : Ambroise Tezenas)

22687810_10155666678090390_342518263329711993_n.jpgLe chanteur et compositeur Séverin vient de sortir son cinquième album, Transatlantique, sous le signe de l’Amour et de l’évasion. Sa fausse nonchalance m’a séduit depuis le début de sa carrière, en 2009 avec son album Cheesecake. Ce ciseleur de mots ne se laisse jamais aller à la facilité stylistique musicale et textuelle. Transatlantique est vraiment un disque joyeux, faussement naïf, souvent profond, sans oublier quelques accents de cynisme qui ne sont pas pour me déplaire.

Le 29 janvier dernier, je suis allé à la rencontre de ce garçon extrêmement sympathique et franc dans son studio d’enregistrement. Il était temps…

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le mot de l’éditeur :49389779_10156735164405390_3860636447564365824_n.jpg

«Ça ira tu verras», chantait-il en 2016, dans le disque éponyme qui avait confirmé l’importance de sa présence au sein de la scène française. Aujourd’hui, ça va encore mieux : avec ce nouvel album, Séverin confirme son talent à part, érigeant un pont reliant la chanson française à une île imaginaire, située quelque part entre l’Amérique du Sud et l’Afrique. Produit par Marlon B (Juliette Armanet, Brigitte…), le bien-nommé Transatlantique ne ménage ni la chèvre, ni le chou, se partage entre cérébralité et sensualité, interrogations existentielles et fausse nonchalance.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

IMG_8718.jpgInterview :

Ce dont tu parles dans tes chansons est systématiquement autobiographique ?

Celles que je garde sont celles qui parlent de moi, car j’ai l’impression que je ne triche pas du tout. Ce sont aussi celles dont je ne me lasse pas. J’ai remarqué que quand je fais écouter aux gens qui m’entourent ces chansons encore au stade de maquettes, ce sont celles qu’ils préfèrent également.

Tu parles des autres en parlant de toi ?

J’espère. Quand j’ai rencontré Etienne Daho il y a quelques années, il m’avait dit : « plus tu parleras de toi, plus tu parleras aux autres ». C’est vrai dans les chansons des artistes que j’aime et,  j’ai l’impression, dans les miennes.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est le côté pince-sans-rire. C’est le cas notamment dans « 30 minutes après ma mort ».

Une chanson est une construction de plusieurs évènements. Il y a d’abord la maladie du RIP sur les réseaux sociaux dès qu’une personnalité meurt. Ça part d’un bon sentiment, mais il y a au bout d’un moment une saturation. Les vrais fans vont rendre un hommage sincère qui ne voudra plus rien dire quand beaucoup qui connaissent peu l’œuvre de la personnalité vont pleurer sans un réel affect. Ça devient un peu malsain. J’ai été choqué par ce phénomène quand Hubert Mounier (ex L’Affaire Louis’Trio) est décédé. Plus grand monde ne s’intéressait à lui et quand il est mort, il est ressorti comme un héros que tout le monde aimait. Enfin, quand mon père est mort, j’ai reçu des lettres le louant. Des lettres que j’aurais aimé lire de son vivant… Je pense qu’il faut célébrer les vivants.

"En vacances" (pour l'émission Basique).

Tu parles beaucoup de ton métier d’artiste.

Je suis très heureux de faire ce métier. Il est difficile, mais il y en a des très très difficiles. Quand on est un artiste indépendant, il faut trouver beaucoup d’énergie, mais je ne me vois pas faire autre chose. C’est un sacerdoce en tout cas.

Etre indépendant, avoir son propre label, produire d’autres artistes, c’est une pression supplémentaire ?

Oui, mais c’est aussi là que tu fais de bonnes choses. Il faut être angoissé pour créer (rire).

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(Photo : Ambroise Tezenas)

C’est un combat de sortir un nouvel album ? Marie Charbonnier.jpg(Photo  à droite : Marie Charbonnier)

Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais écrire 10 chansons, c’est beaucoup de travail. Sur 10 chansons écrites, il y a 90 débuts de chansons qui ont fini à la poubelle.

Es-tu objectif sur ton travail ?

Je suis objectif, mais je peux me tromper. J’ai trois, quatre référents autour de moi auxquels je fais confiance. La réussite d’un artiste tient à ce que la musique lui ressemble, à ce qu’elle soit le reflet de sa personnalité. Ce sont les proches qui peuvent vous le confirmer (ou pas).

Tu as un sens très développé de la mélodie, je trouve.

Merci. Il se trouve que dans cet album, il y a des chansons comme « L’interview » où il n’y a pas de mélodie. C’est plus narratif. Mais évidemment, j’aime les jolies mélodies. L’émotion passe plus par-là que par les textes. Pour moi, le Graal c’est Paul Simon. C’est le mélodiste ultime. 

"Elle est là" (pour l'émission Basique).

PpLtrpM_.jpeg (2).jpgDans « L’interview », « Elle est là » et « 30 mn après ma mort », tu fais du parlé-chanté.

Le disque a été produit par Marlon B (Brigitte, Juliette Armanet…) C’est lui qui m’a guidé dans cette voix et cette voie. C’est d’ailleurs la première fois que je me fais diriger. Je dois devenir mature. Je réussis à faire plus confiance aux autres.

Tu y parvenais difficilement ?

C’est lié à ma génération. On fait de la musique seul avec des ordinateurs, donc on contrôle un peu tout très vite dans sa carrière. On joue moins de la musique en live… Dans ce disque, j’ai décidé de jouer en live. Chaque musicien a trouvé ses propres parties, je n’ai donné aucune indication. Je suis arrivé avec des compositions guitare-voix et eux ont joué à leur façon. L’enregistrement s’est déroulé en une semaine. Je redécouvrais peu à peu mes chansons. J’ai adoré.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

Dans « L’interview », tu te moques autant des journalistes (qui parfois le méritent bien) que de Axg79k4g.jpeg (2).jpgl’artiste. J’ai adoré ça.

J’ai eu peur d’en vexer quelques-uns. C’est un foutage de gueule qui concerne les deux forces en présence. Les questions redondantes des journalistes et l’interviewé qui est là pour vendre son produit.

Il y a un côté « à questions connes, réponses connes ».

Il y a un peu ça c’est vrai. Quand tu fais ce métier depuis pas mal d’années et que l’on te demande systématiquement « quelles sont tes influences ? » ou « raconte-moi ton parcours », il y a un moment où c’est un peu épuisant. J’aime bien quand il y a du donnant-donnant. Au début, je ne voulais pas mettre ce titre dans l’album. Je souhaitais juste l’envoyer au journaliste pour la promo de l’album à la place de la bio officielle écrite sur papier. Et puis j’ai changé d’avis.

Clip de "L'interview".

29598296_10156106427750390_7310672325006856102_n.jpgParle-moi du clip de « L’interview ».

Léa Salamé joue le rôle de la journaliste. Je l’avais rencontré, elle avait bien aimé mes chansons… J’ai donc pensé à elle tout naturellement parce que je savais qu’elle était capable d’autodérision. Elle a joué le jeu pour me rendre service et parce que ça l’amusait. Ça peut faire marrer les gens…

« La vie con » me fait penser, dans la thématique, à « Le bagad de Lann-Bihoué ».

C’est une de mes chansons préférées d’Alain Souchon. C’est la chanson la plus cynique du disque. Il n’y a pas beaucoup d’espoir à la fin. J’aime bien que dans mes chansons, ça pique un peu, et cela, dès la première phrase.

Tu as l’impression de progresser de disque en disque ?

Oui. J’ai l’impression d’être un ébéniste qui s’améliore d’expérience en expérience. Je crois que j’ai enfin trouvé mon ton et ma singularité dans ma musique, dans ma façon de chanter et dans le propos.

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(Après l'interview, le 29 janvier 2019).

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