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30 janvier 2019

Maud Lübeck : interview pour Divine

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(Photo : Marie Magnin)

Cela fait un moment que je croise Maud Lübeck, que je l’entends chanter et qu’elle a retenu mon attention. Dans ses deux précédents albums, je trouvais sa voix encore un brin fragile, mais ses textes et ses compositions m’intéressaient beaucoup, m’envoûtaient souvent. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant attendu avant de l’interviewer. Mais je ne le regrette pas aujourd’hui, car je la rencontre pour un disque qui risque bien de devenir une pièce majeure de la chanson française. C’est élégant, simple et d’une redoutable efficacité pour toucher le cœur et l’âme. Ma première écoute de Divine m’a retourné et depuis, j’y reviens souvent. La sensible Maud raconte comme personne la rencontre amoureuse et les doutes et peurs qui peuvent en découler. On a tous pensé un jour ce qu’interprète brillamment cette chanteuse sur laquelle il va falloir désormais compter.

La rencontre s’est tenue le 21 janvier dernier dans un  bar parisien

Biographie officielle  à lire ici.

maud lübeck,divine,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Pour exprimer les amours recommencés, la boucle des sentiments, Barbara songeait, fataliste et un rien amusée : "On refait le chemin, en ne se souvenant de rien". De rien. Maud Lübeck écoute ses aîné.e.s, elle les respecte toujours, s’en inspire parfois. Elle ne demande qu’à les croire cependant, pour elle, côté cœur c’est différent : elle refait le chemin, intimement marquée par tout. Par tout. Moins fataliste, moins rieuse. Et tant mieux si elle se consume : les grands tourments forment les grandes chansons.

La preuve. Souvenez-vous de son album autofictionnel d’octobre 2016, Toi non plus - son deuxième album. Chemin faisant et comme en temps réel, elle y racontait la douleur primitive de la rupture. "A la fin", on la laissait seule à son chagrin. Diagnostic : un beau vertige. On ne doutait pas de sa capacité à se remettre sur ses jambes, elles l’ont instinctivement portée jusqu’à son piano, l’omniprésence de sa vie. C’est ainsi qu’à l’été 2017, Maud Lübeck donne à Toi non plus sa suite : le deuxième volet du diptyque de l’intime s’intitule Divine.

Le disque Divine (Chroniques d’une rencontre) :maud lübeck,divine,interview,mandor

Divine, le charme même. Divine, la chronique de l’amour renouvelé, un concept-album scénarisé par Maud Lübeck (ici auteur, compositeur, interprète et arrangeur). Il s’ouvre sur une rencontre délicieusement paralysante ("Divine") ; il s’achèvera par l’abandon de la très souchonienne "Cœur" et la prière faite aux cieux que ce "Dernier amour" ne se meure pas, comme les autres avant lui. Dans l’intervalle, tant d’atermoiements : la révélation ("Amoureuse"), la mémoire du vertige ("A deux"), la déclaration ("L’autre part"). La "Cardiophonie" d’une angoisse - peut-être - marque une respiration instrumentale avant un retour vers le passé : "Ne me dis pas" et "L’absente".

Pour cette audacieuse mise à nue, Maud Lübeck, née en chanson en 2012, immédiatement repérée par Dominique A, est escortée par les chœurs de Maissiat et d'Edward Barrow. Le piano et une rythmique légère accompagnent les confidences que nous délivre la voix devant, lovée dans nos oreilles. Tout nous suggère que Françoise Hardy compte, de près, de loin, parmi ses influences.

Comme elle, comme d’autres avant elle, Maud Lübeck dit tout et toujours avec pudeur. Son art : sublimer les émotions.

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maud lübeck,divine,interview,mandorInterview :

Tout le monde est dithyrambique sur ton nouveau disque. Ça te fait quoi ?

Ça me touche beaucoup. Je le vis comme une déclaration à Divine. Je la sens aimée et ça me fait du bien.

Ça tombe bien pour un disque qui ne parle que d’amour.

En fait, l’amour répond à l’amour.

On  peut dire que c’est un album à thème ? 

Je sortais d’un autre album à thème, Toi non plus, dont le sujet était la séparation. Comme j’étais en train de vivre une rencontre, j’ai ressenti le besoin de parler d’amour et de laisser une grande place à la part positive de ma vie. 

Ne serait-ce pas le disque d’un début d’histoire ?

C’est comme un temps suspendu juste après une rencontre. C’est avant même de s’engager dans une histoire. J’ai peur que cette nouvelle histoire se termine, parce que ça s’est toujours terminé. Alors, c’est le moment où on se dit « j’y vais, je n’y vais pas ? »

Clip de "Ne me dis pas" réalisé par Robi.

Tu ne parles de ce que tu vis alors ?

Je me retrouve à en parler, mais je rends universelle, je sublime ce que je vis et ce que je ressens. Ça aide à être juste, à être dans le vrai. Je travaille mes chansons dans la conscience des autres, avec l’intention de les toucher.

Quand tu écris, tu penses à ceux qui vont écouter ?

Oui. C’est ce qui a rendu mon écriture plus simple. Si je reviens aux origines de mon écriture, j’ai parfois du mal à comprendre ce que j’ai voulu dire (rires). A l’époque, je n’écrivais que pour moi. A partir du moment où tu prends conscience des autres, tu parviens à être plus claire et à toucher plus de monde.

Comment as-tu fait pour faire des chansons si simples et efficaces ?

J’ai lâché prise. Ça s’apprend avec le temps. Je me demande juste pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt.

Ce sont des chansons qui touchent autant les hommes que les femmes.

Rien ne peut me faire plus plaisir. Ça veut dire que j’ai réussi ce que je voulais transmettre. C’est amusant parce que je crois que je ne me suis jamais aussi peu pris la tête pour écrire. Il y a des textes que je n’ai même pas retouchés. C’était souvent des premiers jets immédiats. Ça a été le cas pour les chansons « Cœur » et « Le dernier amour ».

Session acoustique de "Cœur" pour du SON dans mon Salon (Jean-Philippe Boisumeau et Denis Piednoir).

Ça t’a fait du bien d’écrire ce disque ?

Quand je vis des choses fortes, ce que je ressens me sert de matière. C’est tellement intellectualisé que du coup, je n’ai pas l’impression que c’est thérapeutique. Ce qui me fait du bien, c’est de créer. A partir du moment où je crée, je me sens bien. Avec ce disque, je n’ai pas eu l’impression de faire une déclaration d’amour à quelqu’un, même si au final, c’est exactement ça. J’avais surtout envie d’écrire sur « pourquoi ça fait mal d’aimer ? »

Parlons musique. Comment composes-tu ?

La musique, c’est quelque chose qui passe par mon corps. C’est une question d’émotion, contrairement aux textes où là, c’est plus cérébral.

C’est un album que j’ai du mal à interrompre au milieu. Quand je le commence, j’ai envie de l’écouter entièrement.

Ça me plait beaucoup cette remarque. Pour moi, cet album est comme une chanson unique avec un thème divisé en neuf parties qui forment un tout. Je l’ai construit avec une pensée globale.

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(Photo : Marie Magnin)

Les chansons de Divine doivent être agréables à chanter sur scène.

Beaucoup. Ce sont des chansons qui me font vraiment du bien, même si elles sont mélancoliques.

Tu dis beaucoup de choses de toi, de tes préférences, mais avec classe et discrétion, je trouve.

Je dis sans dire. J’ai fait un disque sur une rencontre. Si dans mon histoire c’est une rencontre au féminin, je ne le dis pas dans mes chansons. C’est une rencontre que j’ai voulu universelle. Je n’ai pas envie que l’aspect « deux femmes » prenne le dessus, car ce n’est pas du tout le propos. Je parle juste d’amour.

Quand on te compare à Françoise Hardy, tu trouves que c’est justifié ?

Ça me va parce que j’aime beaucoup son travail, sa voix, ses textes, ses mélodies et son exigence, mais pour moi, ce n’est pas une référence immédiate.

Quelles sont tes références ?

Ce qui m’a marqué quand j’étais ado, c’est la découverte de la musique classique des romantiques. A 14 ans, mon truc c’était d’écouter Bach.

Il t’en reste quelque chose musicalement.

Oui, vraiment, ça m’a beaucoup influencé.

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(Photo : Marie Magnin)

A part la musique classique, tu n’écoutais rien d’autre ?

Si, des musiques de films. J’adore le travail de François de Roubaix par exemple.

Pas de chansons à textes ?

J’avais beaucoup d’admiration pour Gainsbourg. A la maison, on avait le coffret de l’intégrale, j’ai donc découvert ses textes. La chanson de lui qui m’a le plus marquée est « Manon ». C’est vraiment Gainsbourg qui m’a donné envie de mettre des mots sur les musiques que je composais. J’avais 18 ans.

Avant tes trois albums officiels, tu en avais sorti des autoproduits ?

J’ai des tas de démos depuis les années 90, certaines sur cassettes. Beaucoup de chansons n’ont jamais été écoutées. Pour moi, la musique était une forme de refuge, c’était mon endroit. Mais j’avais extrêmement peur de faire de la scène. Ce sont des rencontres qui ont fait que, progressivement, j’ai osé en faire et enregistrer de vrais disques.

Tu avais vraiment peur de la scène ?

C’était comme si je montais à l’échafaud. C’était affreux. Heureusement, maintenant, je suis très heureuse de monter sur scène. Je ne suis plus encombrée par le trac.

Tu viens de me dire que la musique était ton refuge. Tu fuyais la vraie vie et les autres ?

Ado j’étais complètement asociale. J’étais une grande timide, je le suis toujours d’ailleurs, mais je ne suis plus asociale (rires). Quand on est timide, ça peut être un handicap, moi, j’essaie d’en faire une force. J’essaie de détourner ma timidité pour qu’elle ne se retourne plus contre moi.

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(Photo : Marie Magnin)

L’exercice de l’interview, c’est pénible pour toi ?

Ça s’apprend. Ça fait peur quand on n’en fait pas souvent et après, on s’y habitue… c’est comme tout.

Avec le succès de ce disque, te sens-tu  plus légitime dans ce milieu ?

J’en suis encore à me demander si tout ne va pas s’arrêter demain. Je sens que cet album est accueilli, ça me fait du bien, mais j’espère que ça va se poursuivre.

« Ravissant », « délicat », « mélancolique », ce sont des mots qui reviennent beaucoup quand les journalistes parlent de Divine. Ça te va ?

Cet enthousiasme me surprend parce que je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de tellement différent. Soudain, on me dit des choses gentilles. Je suppose que ce nouveau disque est plus ouvert et qu’il touche plus au cœur, mais je suis incapable d’expliquer par quel prodige. Il y a toujours une part de mystère dans la création.

C’est magique parfois ?

Moi, l’inspiration me tombe dessus.  Pour Divine, je savais ce dont je voulais parler, mais je n’avais aucune idée des angles d’approches. Je voulais que cet album se fasse rapidement, en deux-trois mois. Et le matin, quand je me mettais au piano, les choses arrivaient et elles me touchaient. Il fallait que je sois touchée par les mélodies, parce que les morceaux, on les garde longtemps. Il faut bien s’entendre avec eux.

Tu as déjà une idée de ce que sera ton prochain disque ?

J’en ai deux. Ce qu’il se passe autour de Divine me donne envie de retourner dans la création… de toute façon, il n’y a que dans  ces moments que je me sens à ma place.

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Après l'interview, le 21 janvier 2019.

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