Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Caroline Loeb : interview pour l'album Comme Sagan | Page d'accueil | Collectif 13 : interview pour Chant Libre »

23 janvier 2019

Julien Blanc-Gras : interview pour Comme à la guerre

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

(© Corentin Fohlen)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorDepuis In Utero, on a bien compris que l’écrivain-voyageur Julien blanc-Gras n’allait plus se « contenter » (avec de gros guillemets) de nous trimballer aux quatre coins de la planète. Il sait parfaitement poser ses valises à Paris et en tirer des livres/romans/récits tout aussi jouissifs. Dans Comme à la guerre, il est question, de paternité et de transmission générationnelle dans un contexte de guerre et d’attentats. L’auteur est inquiet de la tournure que prend le monde, mais il élève son enfant à Paris en lui montrant le beau, ce qui donne un nouveau livre teinté d’humour, d’amour, d’émotion et de gravité (la patte Blanc-Gras quoi !)

J’apprécie tant cet auteur que je l’ai mandorisé maintes fois (la première en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, la troisième en 2015 et la quatrième en 2017.)

Cette 5eme interview a été réalisée dans un bar de la rue des Petites-Ecuries, le 17 décembre dernier.

4e de couverture :julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

« Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. » Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

L’auteur (mini bio de sa maison d’édition, Stock):

Journaliste, romancier, globe-trotter, Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Touriste et In utero.

Ce qu’ils disent de Comme à la guerre :

« Très juste, très touchant, Julien Blanc-Gras est en train de devenir un écrivain très important. » Frédéric Beigbeder

« Son livre est un impeccable antidote au désespoir et à la bêtise. » L’Obs

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor« Notre guerrier des temps modernes nous parle d'hier et d'aujourd'hui avec tendresse et un humour fou. » Marianne

« Hilarant, très juste, infiniment de tendresse. Julien Blanc-Gras est un vrai grand écrivain, découvrez-le. » Olivia de Lamberterie, Télématin

« Une plume frétillante et maîtrisée. » Causette

 « Un savoureux mélange d’humour et de gravité ! » Librairie au fil des pages

L’interview : julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Est-ce que je peux dire qu’après In Utero, Comme à la guerre est ton deuxième livre « parisien » ?

Oui, cela veut dire que j’ai deux veines dans mes romans : ceux de voyages et ceux un peu plus « domestiques ». Il y a ma part aventurière et ma part de papa à la maison. J’aime bien écrire sur la partie banale de ma vie, car elle permet à beaucoup de s’identifier.

Et en même temps, dans tes livres d’écrivain-voyageur-reporter, tu vends du rêve… ce n’est pas négligeable.

Les gens se disent qu’ils ne pourront jamais faire ce que je raconte, donc ils le vivent par procuration.

Expliquons le titre de ce nouveau livre. Tu évoques cette atmosphère guerrière qui s’est déroulée à Paris lors des attentats et la Seconde Guerre Mondiale vécue par tes grands-pères.

J’ai commencé ce livre au moment des attentats. Parallèlement, je tenais, juste pour moi, le journal de l’évolution de mon fils. A un moment, je me suis dit que si je mélangeais tout ça, peut-être que je parviendrais à en faire de la matière littéraire. Un troisième élément s’est ajouté là-dessus. En l’an 2000, mon grand-père maternel, Marcel Gibert, m’a donné le journal intime qu’il avait tenu au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Comme tu l’indiques dans ton livre, « c’était un récit factuel, minutieux, haletant et atroce ».

Oui. Je me suis dit que c’était le moment d’exploiter cette parole-là. J’ai mélangé ces trois fils narratifs pour construire Comme à la guerre. Du coup, sa structure est un peu plus complexe que ce que je fais habituellement.

C’était inespéré que tu aies en main ce carnet.

A l’âge de 24 ans, mon grand-père maternel m’a tendu un carnet en me disant : « ça n’est pas intéressant, mais si tu veux y jeter un coup d’œil… » Quand il est parti, j’ai lu un peu et je suis resté ébahi parce que je me suis rendu compte qu’il m’avait donné un journal intime qui commençait le 1er septembre 1940. C’était bouleversant à titre personnel parce que l’histoire racontée était très forte. Il m’a donné son journal à 24 ans et c’est l’âge qu’il avait quand a débuté cette guerre. J’ai relativisé immédiatement ma vie d’étudiant. Pendant que je faisais ma petite vie tranquille, lui se prenait des obus sur la tronche… J’ai fait un saut de maturité. Et puis, c’était la julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandordernière fois que j’ai vu mon grand-père. J’ai eu le temps de lui écrire une longue lettre pour lui expliquer ce que j’avais ressenti à la lecture de son carnet. Il me l’a donné l’air de rien, mais il y avait clairement un geste de transmission assez fort. Un an après ça, j’ai écrit mon premier livre.

Tu es allé piocher aussi du côté de ton grand-père paternel, Raphaël Blanc-Gras.

Il avait lui aussi beaucoup de choses à raconter. Mes deux grands-pères ont apporté à ce livre une dimension romanesque. Cela m’a permis de développer une réflexion sur la transmission  familiale de la violence. Il y a eu presque deux millions de prisonniers de guerre, il y a donc beaucoup de gens qui peuvent trouver des accointances avec ce que racontent mes deux papis.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Deux pages du livret militaire de Raphaël Blanc-Gras. (Document familial).

Quelle a été la plus grosse difficulté pour écrire ce livre ?

La principale était d’articuler le récit contemporain et le récit du passé dans une certaine fluidité et cohérence. Pour intégrer les deux époques, ça a été beaucoup de travail.

Au final, le texte se lit très agréablement.

La première qualité d’un livre, il me semble, c’est qu’il ne tombe pas des mains. Je travaille donc beaucoup le rythme et le style pour qu’il soit limpide.

Tu abordes beaucoup de sujet. Il y a une réflexion du monde dans lequel on vit, la vie d’un père de famille, le terrorisme… mais rien n’est plombant. C’est grave en étant drôle. C’est la touche Blanc-Gras ?

Je pense que l’on peut parler de choses sérieuses sur un ton léger.

Tu as vécu les attentats parisiens de quelle manière ?

J’habite dans le 19e. J'ai entendu les rafales depuis mon balcon. Ca faisait tac tac tac tac tac.  Je le raconte dans le livre. Ma compagne m’a demandé s’il y avait un feu d’artifice de prévu ce soir-là. On a vite compris que ça ne faisait pas le même bruit qu’un feu d’artifice.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu écris sur les attentats, je crois.

Après celui de Charlie Hebdo,  Le Livre de Poche a sorti un recueil de nouvelles intitulées Nous sommes Charlie. Comme 60 autres écrivains, j’ai écrit un texte de deux pages. J’ai aussi fait un petit texte pour Bibliobs (Nouvel obs). Ces deux textes-là sont une des matrices de Comme à la guerre.

Tu parles beaucoup de Paris.

Je voulais que ce livre soit aussi un portrait du quartier où j’habite. J’ai voulu traiter Paris comme je le fais dans mes récits de voyage.

C’est un livre positif ?

La première phrase du livre est : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien... » On vit dans un monde de merde, essayons de ne pas sombrer avec l’ensemble des nouvelles dramatiques qui nous assaillent. Essayons de voir le verre à moitié plein, malgré l’atmosphère délétère. Il y a dans ce livre du volontarisme d’optimisme en rapport à la naissance d’un enfant. On n’a pas envie de se dire qu’on a fait un enfant qui va vivre dans un monde catastrophique.

Tu dis aussi dans ton livre que tu ne veux pas "encombrer le monde avec un pessimiste de plus". C’est joli dans un texte, mais y parviens-tu dans la réalité ?

Je fais tout ce qui est possible de faire pour ne pas contribuer au pessimisme ambiant et je suis heureux de constater que c’est ça que les gens retiennent de ce livre. Un journaliste du Nouvel Obs a écrit que mon bouquin était un antidote au désespoir. Rien ne peut me faire plus plaisir. Ce n’est quand même pas un manuel de développement pour savoir comment aller bien (rires).

Tu écris aussi : « Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Je raconte juste ma façon d’appréhender les choses, ensuite, les lecteurs se servent, ou pas, de la posture que j’ai par rapport au monde.

Présentation du livre Comme à la guerre par l'auteur pour Hachette France.

Je trouve que tu as une écriture qui « adoucit » les évènements.

Ce n’est pas conscient, mais concernant ce livre, plusieurs fois les mots « douceur » et « tendresse » sont revenus. Je pense que c’est parce que je parle de mon enfant avec émerveillement, malgré son petit côté agaçant parfois (rires). J’ai décrit certaines situations qui en vrai peuvent être compliquées à vivre en les transformant en tranches de vies burlesques et en scènes cocasses… ce par la magie de l’autodérision.

Les nuits étaient courtes avec ton fils.

Oui, j’avoue. Et le manque de sommeil est une méthode  de torture pratiquée par les plus grands tortionnaires.

Tes premiers livres étaient assez désabusés. Beaucoup moins aujourd’hui. Que s’est-il passé ?

A 25 ans ou à 40 ans, on n’est plus tout à fait la même personne. La naissance de l’enfant change ton rapport à l’existence. Je ne peux plus me contenter d’une attitude un peu narquoise vis à vis des évènements. La fin du monde, « what the fuck ! » Ben, non, pas « what the fuck ! » parce que j’ai un enfant et que c’est important.

Tu prends plus de plaisir à écrire des livres d’écrivain voyageur ou de père de famille à Paris ?

J’aime les deux. La beauté de notre métier de journaliste et d’auteur, c’est la diversité des sujets que tu peux aborder. Ce que j’essaie de fuir, c’est la routine. J’essaie donc de passer d’un sujet à un autre.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Julien Blanc-Gras en 4e de couv' de Libération et à côté de moi. (Pour lire son portrait, cliquez là!)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorPour finir cette interview, je me suis laissé dire que tu écrivais des chansons.

J’aime la musique et j’aime la chanson française. J’aimerais bien écrire pour de jeunes chanteurs.teuses. Les artistes qui ont nourri mon enfance sont Gainsbourg, Renaud et Brassens. J’ai aussi une petite marotte pour Joe Dassin. Il cachait une âme torturée.

Dans tous tes livres, tu glisses des paroles de chansons.

J’en ai toujours plein dans la tête, il m’arrive donc, en effet, d’en glisser pour  m’amuser. Ce sont souvent des paroles de « classiques ». Dans celui-ci, je suis dans le train et je dis que je suis « bercé par les ronrons de l’air conditionné »…

Ah oui ! Téléphone !

Tu es fort (rires). Dans Touriste, j’ai glissé « une nuit que j'étais à me morfondre dans quelques pubs anglais du cœur de Londres… » Ça te dit quelque chose ?

(Après un  long temps de réflexion.) C’est du Gainsbourg ? Je ne me souviens plus du titre.

« Initials BB ».

Ah oui, c’est ça ! Bon, si un artiste veut te contacter pour avoir tes textes, il le peut ?

Mais absolument. Je le souhaite ardemment.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Après l'interview, le 17 janvier 2018.

Écrire un commentaire