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02 janvier 2019

Leïla Huissoud : interview pour Auguste

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorLongtemps armée de sa seule guitare et de sa voix magnifique, Leïla Huissoud nous revient aujourd’hui, accompagnée d'une dizaine de musiciens, pour un majestueux deuxième album, Auguste. « Ceux qui connaissent cette artiste le savent bien, son personnage scénique est un mélange de drôlerie, d’attitudes naturelles et de spontanéité quand elle interagit avec son public. Lui est alors venue l’idée de grossir ce trait comique qu’on lui prête et reconnecter avec ses années passées en école de cirque renouant avec l’Auguste, ce contrepoint du clown blanc » explique le dossier de presse*.

A l’écoute de ce disque important, on constate que la supposée fragile et innocente chanteuse ne l’est pas tant que ça, elle serait plutôt la reine de l’autodérision à l’humour grinçant et à l’engagement social déterminé, le tout enrobé d’émotions en tout genre. « Le drôle s’accommode du cruel, l’émouvant du sarcastique. Les états d’âmes personnels de son premier disque ont laissé la place aux histoires sentimentales »*.

Incontestablement, Leïla Huissoud est déjà une grande.

Le 20 décembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés pour  une première mandorisation (il était temps !)

Argumentaire de presse (officiel) :leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Après un premier album live (L’ombre) qu’elle a voulu très intime et dépouillé, Leïla Huissoud, bercée par Brassens, Moustaki ou Barbara, continue à s’engager dans un style résolument chanson qui laisse les paroles au premier plan et ne s’encombrera pas du kick-électro omniprésent dans les productions contemporaines. L’hommage est plutôt à trouver du côté du jardin d’Henri Salvador, du haut-de-forme d’Agnès Bihl et de la baraque à frites de Thomas Dutronc.

De l’intimité de la mort à la malice d’un vieux couple, de la lâcheté des projecteurs à la révolution du corps, Auguste traite tout de travers. Leïla Huissoud dramatise et dédramatise, questionne tour à tour la place de l’artiste de scène, la famille qui s’éloigne, l’ambition qui s’efface devant la routine, la Suisse, les victimes de Brassens… et l’amour pendant les règles. La femme a grandi et ne s’encombrera pas de tabous pour parler de toute la vie avec tendresse. C’est donc pleine d’autodérision grinçante que Leïla Huissoud joue, en se promenant sur le fil des clichés du spectacle et des sentiments.

Si « chanter ça ne change rien du tout » alors autant le faire de manière spectaculaire : Leïla Huissoud s’élance dans la vie avec les lacets attachés et vous êtes conviés à la chute. Beau et bancal, Auguste présente des chansons avec une larme à l’œil et de très grandes chaussures rouges.

Son site.

Sa page Facebook.

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorInterview :

Tu passes d’un premier disque enregistré en live à un disque bien produit avec beaucoup de musiciens.

L’ombre ayant eu un accueil positif, j’ai pu avoir des moyens plus importants pour enregistrer ce deuxième album. De plus, j’avais besoin et envie de ne plus être complexée par ma musique. Je ne voulais plus m’excuser de cette partie-là de mon travail. Autant je pouvais défendre mon écriture, même la jeunesse de mon écriture, mais la musique restait juste un support pour pouvoir chanter mes textes. J’ai conscience de ne pas avoir de compétence musicale, alors j’ai fait appel à Nicolas Vivier pour la direction artistique et Simon Mary pour tous les arrangements.

Simon Mary a décoré tes chansons alors ?

Plus encore. Ayant conscience de mes lacunes, je l’ai autorisé à bouger mes compositions. Il me proposait des idées et le plus souvent j’acceptais parce qu’elles étaient belles. Je suis fière qu’il ait accepté de travailler avec moi et qu’il ait obtenu un si beau résultat. Je l’ai beaucoup observé pendant la réalisation de l’album pour tenter d’apprendre son savoir.

Pourquoi avoir choisi Simon Mary ? leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Je l’ai beaucoup vu sur scène avec Alexis HK. Je suis fan de ce qu’il fait et la contrebasse est un instrument qui me plait beaucoup. Pour moi, dans la chanson, la contrebasse c’est le Graal. Faire arranger mon disque par un contrebassiste m’a paru très intéressant.

Il te connaissait ?

Non. Il a écouté un peu ce que j’avais fait auparavant et il a accepté de me rencontrer. Rapidement, on a tenté un premier titre, qui est le premier de l’album : « La farce ». Je lui ai envoyé un guitare-voix et il m’a renvoyé la chanson avec les arrangements. C’était fou ! J’ai mis mon casque, j’ai écouté la chanson et je me suis mise à pleurer de joie. Il y avait tout. Je lui avais donné deux, trois indications, pas grand-chose, et lui a tout compris immédiatement.

Et après ?

Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer pour tout le disque… et c’était parti pour six mois de collaboration.

Clip officiel de "La farce".

« La farce », c’est une entrée en piste, non ?

Exactement. Je voulais une chanson qui ait du panache. Elle parle de l’engagement des artistes. Je me rends compte que l’on me félicite beaucoup de mon culot et de mes petits engagements. Il faut relativiser ça parce que je joue devant un public dont je suis presque certaine qu’il va aller dans mon sens et qu’il va être d’accord avec ce que je dis. J’ai l’impression que je me foutrais de la gueule du monde si je faisais semblant de prendre des risques. Dans « La farce », je me pose la question de savoir si un artiste prend vraiment des risques quand il chante des chansons dites « engagées », mais dans la bien-pensance, devant un  public acquis à sa cause.

Tu désacralises le métier de chanteuse dans certains textes. Dans « La chianteuse » par exemple.

Tout l’album découle de mes deux précédentes années où j’ai découvert le milieu de la chanson et ses acteurs. Je me suis pris une énorme baffe. Pour être claire, j’ai été super déçue. Bizarrement, ce deuxième album, qui est vraiment parti de cette déception avec la colère comme énergie, a tout changé. J’ai travaillé avec des personnes sérieuses et bienveillantes. Elles ont apaisé mes sentiments négatifs.

Es-tu comme tu te décris dans « Chianteuse » ?

Non. Il me semble être plutôt cool, mais je l’ai assumé pour moi. Sur scène, j’incarne donc ce personnage. J’ai écrit cette chanson sans trop réfléchir et très rapidement. Chianteuse, c’est une vanne que j’ai entendu quand j’ai découvert le métier, alors j’ai eu un peu honte d’être allée vers cette facilité-là tirée du jargon des musiciens. Je deviens de plus en plus féministe et je m’en suis voulu d’avoir « portraitisé » certaines chanteuses ainsi. Pour dire la vérité, je trouve que c’est un des textes les plus faibles de l’album, mais l’arrangement de Simon Mary en a fait une des meilleures finalement.

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(Photo : Marcel Aumard)

Tu as vraiment été malheureuse avant ce nouveau disque ?

Oui, vraiment. Je n’avais pas capté qu’il y avait autant d’acteurs autour de l’artiste et qu’au final il est une toute partie du milieu. Ceux qui entourent les artistes manquent de bienveillance. Ils nous mettent dans une situation de concurrence qui n’a pas lieu d’être. Tout nous pousse à se demander comment plaire au lieu de se demander comment faire quelque chose de bien. Du coup, beaucoup d’artistes font des chansons qui sont éloignées d’eux, parce que c’est ce qui plait en ce moment. De plus, ils le font mal parce que ce n’est pas du tout ce qu’ils savent et ont envie de faire.

La concurrence dont tu parles, n’existe-telle pas dans tous les métiers ?

Certainement, mais moi, je préfère me mettre au service de la chanson. Je n’ai pas l’impression que quand un artiste marche, l’autre ne va pas marcher. Au contraire, on se tire vers le haut. Quelqu’un comme Gauvain (Sers), il a pris plein de « petits » artistes pour ses premières parties, dont moi alors qu’on ne se connaissait pas. Il a fait l’effort de donner un peu de son succès aux autres, c’est généreux. Aujourd’hui, quand je dis que je fais de la chanson française, on ne me rapproche plus de Louane,  mais de Gauvain Sers, ce que je préfère de loin. J’estime avoir un vrai projet « chanson » plus qu’un projet « variété ». Il faut que la variété continue d’exister, mais j’aime que l’on fasse le distinguo entre ces deux identités différentes.

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(Photo : AUUNA / Alexandre Fournel)

C’est quoi la différence entre la chanson et la variété ?

Elle se voit surtout sur scène. Quand on fait de la chanson, on n’a pas l’obligation d’être un divertissement.

Et pourtant, je connais des artistes qui font de la chanson qui me divertissent…

Oui, c’est vrai. Moi, on m’a reproché sur le premier spectacle de ne pas faire de rappel. Je partais sur la dernière chanson, avant la fin de la musique.

Pourquoi ?

C’était une mise en scène qui allait avec ma chanson. Quand tu fais de la variété, tu ne peux pas te permettre cela. Je rapproche la variété du cinéma. J’adore aller voir la dernière comédie romantique de l’année, ça me permet de ne pas réfléchir et de passer un bon moment. Je sais la fin au bout de cinq minutes de film et ça me va bien. Pour moi, la variété est là pour qu’on aille à un concert dans cette optique. Se faire plaisir en posant son cerveau… ou pas. Avec la variété, j’estime qu’il y a l’obligation de passer un bon moment. Moi, je pense que quand tu vas à un concert de chansons, tu peux sortir avec le bide en vrac et pas bien. Au moins, ça a créé quelque chose en toi. La chanson doit éduquer et faire réfléchir. C’est ce que je cherche à provoquer en tout cas.

Je suis désolé de te dire que ton disque m’a aussi divertit.

Je ne me dis jamais : « surtout, il ne faut pas que les gens ce divertisse », mais je ne veux pas provoquer que ça. Je préfère voir des gens un peu fébrile après un concert, qui sont agacés par ma fin, que j’ai un peu piqué… alors, je me dis que j’ai réussi.

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(Photo  : Denis Charmot)

Sur scène, joues-tu un personnage ?

J’ai fait beaucoup de cirque, donc j’ai abordé le spectacle par ce biais-là. J’ai toujours eu envie de faire comme si j’étais sur la piste. J’ai toujours besoin d’amplitude, d’envois vers les gens, d’une projection violente à 360°.

Tu as des chansons dont les sujets sont peu évoqués par les autres artistes. « En fermant les yeux » parle de la masturbation féminine, « Un enfant communiste » (chantée en duo avec Mathias Malzieu) parle de faire l’amour avec une femme qui à ses règles…

On dit souvent qu’on a écrit sur tout. Je ne sais pas si ces deux sujets ont déjà été évoqués, mais j’ai tenté quand même de le faire le plus sincèrement possible… et, j’espère, le plus subtilement (rires).

A travers une collaboration entre les projets lyonnais The Toolshed Studio, Spline Studio, Kosmic Webzine et Woodlark studio, Leïla Huissoud présente “le vendeur de paratonnerres” tiré de son album : Auguste.

« Le vendeur de paratonnerres » est une chanson réponse à « L’orage » de Georges Brassens.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de reprendre un morceau de Brassens sur scène ou de l’évoquer d’une manière originale. Mais il y a eu tellement de beau spectacle autour de sa personne que je n’osais pas.

Celui d’Alexis HK, Georges et moi (mandorisé là) était extraordinaire !

Je l’ai vu trois fois. C’était incroyable !

Et donc cette chanson ?

Ce texte est le seul qui n’est pas de moi, mais de Nicolas Vivier. Un jour, je l’ai entendu chanter cette chanson à la guitare. J’ai lourdement insisté pour la lui piquer parce que je trouvais que c’était l’angle idéal pour rendre hommage à Georges Brassens. Ce côté hommage, mais foutage de gueule, si on a vraiment écouté Brassens, on ne pouvait pas rêver mieux. Cela n’aurait eu aucun sens de faire un léchage de postérieur endeuillé et tristounet.

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(Photo : AUUNA / Geoffrey Saint-Joanis)

Ton album n’est pas triste, lui, en tout cas.

C’est gentil de me dire ça. Je suis fière qu’il ne le soit pas. Comme beaucoup d’auteurs, j’écris plus facilement dès que je parle de sujets tristes. Les gens sont plus touchés par les chansons tristes, alors écrire des textes qui ne le sont pas, dans lesquels ils vont se reconnaitre et qui vont les émouvoir sans être plombés, ça me rend heureuse.

Tu envisages ton métier comme une mission ?

C’est la place où je me sens la moins inutile, la moins encombrante en tout cas. Je fais partie d’une génération un peu paumée. Je ne savais pas trop où je voulais aller artistiquement. Je suis devenue chanteuse un peu par hasard, ce qui me pose un problème de légitimité. J’y travaille.

L'EPK de l'album Auguste.

Je sais que tu n’aimes pas que l’on parle de ton physique.

Je déteste que l’on me dise que je suis mignonne. J’ai envie d’être une femme de scène comme peuvent l’être Juliette (mandorisée ici) et Evelyne Gallet (mandorisée là). Ces femmes apportent tellement à la chanson. Quand je les ai vues sur scène, j’avais envie d’être une « bonne femme ». Mon éventuelle sensualité ne m’intéresse pas. Sans perdre mon côté féminin, je le répète, je veux avoir leur côté « bonne femme ». Angèle et Pomme sont aussi de beaux exemples de nanas qui assurent et qui ont une forte personnalité.

Pourquoi ne voit-on pas ta tête sur la pochette d’Auguste ?

Mes nouvelles chansons sont moins premiers degrés que celles du premier album. Je m’y racontais beaucoup. C’était des histoires de jeunes filles. Auguste est un album que l’on peut réécouter plusieurs fois pour que chacun puisse se faire sa propre mosaïque. Avant, j’avais envie que l’on comprenne mes textes, à présent, je préfère que les gens comprennent ce qu’ils ont à comprendre.

Cela n’explique pas pourquoi on voit juste ta gorge sur la pochette.

Si j’avais montré ma tête, cela aurait déjà donné une interprétation de l’album. Si on m’avait vu sourire, on aurait attendu des chansons joyeuses, si on m’avait vu triste… enfin, tu as compris le truc.

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(Photo : David Desreumaux)

Faire la couverture d’Hexagone, en compagnie d’Alexis HK (mandorisé récemment là), ça te prouve que tu es acceptée dans la famille de la chanson d’aujourd’hui ?

C’est très encourageant en tout cas. David Desreumaux, qui dirige la revue, est quelqu’un de doux et bienveillant. Il savait que j’adorais Alexis HK, donc il a estimé que ce serait bien de me faire poser avec lui, sachant que nos albums sortaient presque en même temps et que ça me ferait plaisir. C’est un geste gentil et c’est une des choses qui me réconcilie avec le métier.

Tu te sens accepté par le métier ?

Oui, même si j’ai un peu ramé parce que je suis arrivée là par le biais de The Voice. Le milieu de la chanson indé aime moyennement ça. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé une place…

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Pendant l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

Bonus : Le reportage de mon ami Frédéric Zeitoun sur Leïla Huissoud pour Télé Matin diffusé début avril 2019.

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Commentaires

pas mal cela me va a bientot a vitry le francois

Écrit par : durand | 02 avril 2019

Les commentaires sont fermés.