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03 janvier 2019

Stéphanie Berrebi : interview pour Les nuits d'une damoiselle "Après vous Messieurs"

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Quel livre ! Il devrait être lu par tous pour comprendre les finesses des relations hommes-femmes… qui ne sont pas toujours simples. A travers les chansons qui ont rythmé ses jours et ses nuits, ma collègue journaliste musicale (et néanmoins amie, ne le cachons pas), Stéphanie Berrebi, se livre comme jamais. Il est certain que je porte un autre regard sur sa personne depuis que j’ai lu son récit. Celui d’une femme moderne, libre et libérée. Mais aussi celui d’une femme sincère qui n’a jamais eu la langue de bois. Les nuits d’une damoiselle « Après vous Messieurs ! » tient des propos qui ne vont pas toujours dans le sens de la marche féminine tant entendue après l’apparition des mouvements #metoo et #balancetonporc. Et c’est bien parce que, personnellement, je ne crois pas beaucoup au manichéisme des êtres.

Rendez-vous le 20 décembre dernier avec Stéphanie Berrebi dans un bureau du Studio des Variétés.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorL’auteure (photo de Cédric Nöt):

Journaliste culturelle, elle travaille pour le magazine FrancoFans. Elle représente également le magazine au sein de nombreux jury de tremplins d'artistes (Mans Cité Chanson, Grand Zebrock, Prix Georges Moustaki, Mégaphone Tour, Pic d’Or ...)

Stéphanie Berrebi est aussi co-animatrice de l’émission TriFaZé sur Radio Campus où elle accueille des artistes qui brillent dans la chanson française. En parallèle, elle écrit pour les Editions First 3 Livres (Le petit livre illustré de ceux qui sont nés en 1961, 1985 et 1986). Sortie en 2018 de son premier roman, Les Nuits d'une damoiselle (chez Vox Scriba).

Extrait de l’avant-propos : stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor(Photo de la couverture : "Musica Nuda/Cédric Nöt)

« Dans ce qui est devenu une grande foire tout à la fois de la guerre des sexes, du retour au puritanisme et un règlement de compte entre « people », j’étais une anonyme qui ne se retrouvait nulle part, à qui on ne donnait pas la parole Aujourd’hui, je la prends ! J’avais l’impression d’être face à des robots, qui avaient catégorisé le monde en deux parties : hommes = porcs, femmes = saintes. Je suis de celles qui voguent dans cette zone grise, se retrouvant dans un discours médiatiquement minimisé, celui de l’ambiguïté.

Oui, j’ai été victime, non, je ne suis pas qu’une petite chose fragile victime des hommes ! J’aime séduire et je sais en jouer quand ça m’arrange. Le sexe est devenu mon arme ! Viol, pervers narcissique, tromperies, homme marié… J’ai dans ma vie cumulé le tout, accompli le combo gagnant. Est-ce seulement de leur faute si j’ai laissé tous ces hommes entrer dans ma vie ? »

Vous pouvez commander le livre .

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorInterview :

Pourquoi as-tu décidé de livrer un récit aussi intime ?

Lors de ma dernière rupture avec un homme marié, la première chose que je me suis dite c’est qu’il fallait que j’écrive un livre sur le fait qu’être maîtresse, ce n’est pas nécessairement être une salope. Je voulais exprimer ce que l’on est quand on est avec un homme qui n’est pas libre. Je voulais signifier que ce n’est pas obligatoirement « chercher à détruire un couple ». Avant d’attaquer ce projet, des amis m’ont conseillé de prendre un peu de recul. J’ai commencé une psychothérapie parce que cette relation était la conséquence d’une vie qui n’allait pas.

Tu as suivi ta psychothérapie alors qu’arrivaient les #metoo et #balancetonporc.

Ça m’a donné encore plus envie de prendre la parole, mais je voyais bien que sur les réseaux sociaux, je ne pouvais pas me permettre parce que je n’étais pas dans la parole dominante. J’avais cette sensation qu’il fallait avoir une vision des rapports hommes-femmes. Dès qu’on en sortait, on se faisait insulter, laminer… ce qui a été le cas pour Brigitte Lahaie, Catherine Deneuve ou Christine Angot.

Il n’y aurait pas eu ces mouvements #metoo et #balancetonporc, aurais-tu songé à écrire ce livre ?

Oui, parce que ça n’a rien à voir. Je te le répète, il y a deux ans, je voulais écrire un livre sur le rôle de la maîtresse. Je pense qu’il serait sorti de la même manière après la thérapie. Je l’écris au début du livre, quand j’ai rompu avec mon amant, j’ai passé mes nuits à lui écrire. C’était compulsif. Finalement, on retrouve pas mal de ce que je lui ai écrit dans le livre. Les débats d’après les mouvements #metoo et #balancetonporc m’ont juste aidé à trouver comment raconter cette histoire.

Tu expliques bien dans ton récit que tu n’es pas la femme parfaite, que tu n’es pas innocente de tout stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandoret que tu as ta part de responsabilité dans ce qu’il t’est arrivée avec les hommes.

C’est ça. Il y a par exemple toute une partie sur un pervers narcissique, que j’appelle « le salaud » dans le bouquin. J’aurais très bien pu prendre mes responsabilités pour ne pas vivre cette vie-là avec lui. Je ne l’ai pas fait. Je l’ai laissé me bouffer, comme beaucoup de femmes se font bouffer en laissant faire. Ce que je n’ai pas aimé dans les débats, c’est que l’on plaçait les femmes comme sexe faible, éternelles victimes des hommes. Non, nous ne sommes pas des petits anges envoyés sur cette Terre, en souffrance permanente.

Tu racontes que ta vie sexuelle a commencé à l’âge de 18 ans par un viol. Est-ce déterminant pour tout le reste ?

C’est ce que j’ai essayé de raconter. Le viol en soi, je n’en étais pas responsable. Ma responsabilité, c’était d’avoir été dans le déni pendant plus de 15 ans.

Comment peut-on être dans le déni d’un viol ?

Pendant longtemps, je n’ai pas considéré avoir été violée. J’ai trouvé ces instants bizarres et pas vraiment normaux. On a toujours l’image d’un viol comme quelque chose de violent, mais ce n’est pas toujours le cas. Là, j’étais chez une personne alors que j’étais dans une situation de faiblesse, j’avais un bras dans le plâtre. Je pensais que cette personne allait m’aider, mais elle m’a enfermé chez elle. J’ai dit non, non, non, plusieurs fois, mais quand j’ai vu que l’homme était déterminé, j’ai fini par accepter cet état de fait.

Quel a été le déclic pour que tu prennes conscience que c’était un viol ?

Après une conversation avec une amie à qui j’ai raconté l’histoire il y a 10 ans. C’est elle qui m’a fait prendre conscience que c’était un viol. Malgré cela, j’ai encore mis 5 ans pour accepter l’idée. Par fierté mal placée, je ne voulais pas être une victime. C’est en grande partie pour cela que pour moi, le sexe est devenu une espèce de guerre. Pour être plus précise, une espèce de jeu qui est devenu une guerre contre moi-même.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu expliques aussi que tu as toujours su jouer de ton corps.

Oui, mais jamais dans le cadre professionnel. Je n’ai jamais couché avec qui que ce soit pour obtenir quelque chose ou pour me faire avancer professionnellement. J’ai utilisé mon corps pour charmer les hommes que je voulais pour le plaisir. Je te le redis, ça devenait un jeu qui s’est transformé en arme contre moi-même. C’est tellement facile de conquérir un homme. Les hommes qui disent non ne sont pas très nombreux au final. Les femmes ont cette supériorité sur les hommes.

Ce qui est fou, c’est que tu ne choisis jamais un prince charmant, mais toujours des hommes dans un certain schéma, à part l’homme dont tu as été la maitresse pendant des années, qui est quelqu’un de normal. 

La conséquence du viol, c’est que je suis allée vers de mauvaises relations et de mauvaises personnes. C’est un manque de confiance en soi, une espèce de haine de soi. Pendant 15 ans, j’ai reproduit les mêmes schémas, c’est pour ça que j’ai suivi une psychothérapie. Ça me rappelle une chanson d’Orelsan qui dit que « si tu as des problèmes avec tout le monde, c’est peut-être toi le problème ? »

Professionnellement, tu es considérée comme quelqu’un qui brille, de toujours joyeuse…

Alors qu’en fait, quand cette fille rentrait chez elle, elle pleurait tout le temps parce qu’elle n’allait pas. J’ai beaucoup fait semblant.

Tu as eu ton premier coup de foudre à l’âge de 11 ans.

Je le dis dans le livre, il n’y a pas d’âge pour aimer. C’était le meilleur ami de mon grand frère. Celui-là n’a pas joué avec mon corps, mais il a joué avec mes sentiments et ça a été déjà une vraie blessure dont j’ai eu du mal à me remettre.

Avoir suivi une thérapie et avoir écrit ce livre font que tu vas mieux aujourd’hui ? stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Le travail que j’ai fait sur moi pour reprendre confiance à fonctionné. J’ai réussi à détruire mes mécanismes pour aller vers d’autres. Lors d’une première séance, ma psychologue m’a expliqué que même si mes mécanismes étaient mauvais, ce sont les seuls que je connaissais alors je m’y confortais. J’ai réussi à passer à autre chose. Le fait est qu’aujourd’hui je viens de sortir ce bouquin et j’ai quelqu’un dans ma vie depuis quelques mois… et tout se passe bien.

Au début ce livre devait s’appeler « une vie cachée ».

Oui parce que c’était d’une régularité déconcertante. Les hommes et les cadres n’étaient pas les mêmes, mais c’était des relations qui devaient rester cachées. Finalement, les quinze dernières années, j’étais la célibataire de service.

Avais-tu une piètre opinion des hommes ?

Même pas. Non, j’avais juste une piètre opinion de moi-même.

Est-ce un livre pour les femmes uniquement ?

C’est un livre qui fait réfléchir les femmes en tout cas concernant leur part de responsabilité dans leurs histoires foireuses. Les hommes devraient aussi le lire. Certains ne se rendent pas compte de leur comportement. Je crois que ce livre permet de mieux comprendre le mécanisme féminin. En règle générale, c’est un bouquin qui fait réfléchir sur notre relation à l’autre.

Tu es un peu un personnage public, n’as-tu pas peur que les gens qui lisent ton  livre te regardent autrement ?

J’ai tellement vécu cachée que le fait de tout lâcher ne m’est pas désagréable. Ça m’a même fait du bien. J’ose espérer que les regards qui changent sur moi seront pour des regards plus bienveillants. Beaucoup ne comprenaient pas certains de mes comportements et certaines de mes souffrances, j’espère qu’avec ce livre, ils auront quelques explications.

Tes parents ont-ils lu le livre ?

Ils l’ont acheté pour me soutenir. Ma mère n’a pas commencé, mon père a commencé mais comme je suis sa fille, il n’a pas pu continuer. Il n’était pas prêt. Je me demandais s’ils allaient le lire, mais je crois que ce n’est pas possible. Il y a toujours beaucoup de pudeur entre les parents et les enfants… et vice versa.

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Pendant l'interview...

Dans ce livre, la musique est très présente. C’est bien raccord avec ton métier de journaliste musical.

J’ai ajouté des extraits de chansons, souvent populaires, qui correspondaient aux propos tenus. Ça met une distance, une respiration par rapport au livre et ça permet aussi d’universaliser le discours. Je n’ai pas réfléchi  une seconde à ce procédé, ça m’est venu immédiatement. Quand je me suis fait plaquer, les chansons « Je déteste ma vie » de Pierre Lapointe et « Amoureuse » de Véronique Sanson étaient devenues mes refuges. 

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu cites souvent Georges Brassens. Il est vrai qu’il a souvent parlé de cul.

Oui et on l’a souvent taxé de misogyne alors qu’il me semble que c’est un des mecs qui a le mieux compris les femmes… et les femmes frivoles. Quand il chante des chansons comme « Embrasse-les tous » ou « Le mouton de Panurge » c’était à une époque où on ne parlait pas beaucoup de la sexualité féminine. Il m’a beaucoup appris. Brassens m’a fait comprendre qu’aimer le sexe, ce n’était pas grave.

Es-tu féministe et est-ce un livre féministe?

Je pense être féministe, mais je ne me reconnais pas dans tous les discours féministes. Je n’arrive pas à adhérer aux discours des femmes qui engagent une guerre virulente contre les hommes. Après, j’ai une conscience de femme, je suis quelqu’un d’engagé et d’humaniste, donc je vais revendiquer l’égalité des droits. Par exemple, ça me fait poser la question suivante : pourquoi tant d’hommes sur la scène française et pas assez de femmes ? Quant au livre, est-il féministe ? Je dirais que c’est un livre féministe, mais un peu à contre-courant de la pensée actuelle. En tout cas, c’est une autre voix de femme…

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Après l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.