Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Aelle : interview pour son album AMOURS | Page d'accueil | Leïla Huissoud : interview pour Auguste »

24 décembre 2018

Evelyne Gallet : interview pour La fille de l'air

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

(Photo : Nicolas Michel)

Après 2 années de transition-création, revoilà Evelyne Gallet avec de nouvelles chansons, de nouvelles couleurs et plein de nouveaux collaborateurs. En tout, dans La fille de l'air, 15 titres sensibles, tendres, engagés, authentiques, avec cette touche d’humour et de force qui caractérise la chanteuse au caractère bien trempé.

Il est très curieux que nos chemins ne se croisent qu’aujourd’hui étant donné l’estime que je porte à cette artiste. Le 13 décembre dernier, j’ai profité d’une halte parisienne de cette lyonnaise d’adoption pour converser un peu.

Son site internet.

Sa page Facebook.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandorMini biographie (officiel) :

Voilà quelques années déjà qu’Evelyne Gallet, la chatoyante, promène son Orange French Folk aux quatre coins du pays et même au-delà. Elle ne cesse d’avancer, elle fonce même, laissant dans son sillage une armée d’admirateurs fidèles séduits par sa verve, son charisme, sa présence volcanique et des textes au vitriol. Ce sacré bout de femme qui n’est pas du genre à couiner mollement « gna-gna-gna-mon-amour-pourquoi ? » trace sa route, encore plus forte et plus indépendante que jamais.

Cette artiste avec 5 albums et plus de 600 concerts à son actif, est un univers à part entière, une personnalité hybride qui se plait à faire rire et pleurer, le grand 8 à chaque concert et l’instant présent, tout le temps.

Entourée de son mixed band, Evelyne Gallet reprendra la route pour exposer sa nouvelle collection. Ses spectacles sont toujours des grands moments de plaisir et de vie qui grattent et qui caressent, qui prennent à rebrousse-poil et remplissent vos verres.

Il y a de la matière, de la chair et de la liberté : cette liberté qu’elle porte  depuis toujours et qui fait tellement de bien partout où elle passe.

Argumentaire de presse (officiel) de l’album :evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

C'est dans un ancien atelier canut des pentes de la Croix Rousse qu'Evelyne Gallet confectionne sa nouvelle collection de chansons Haute Couture. Elle dessine, épingle et décatit, avec ses stylistes habituels (Patrick Font, Matthieu Côte, Jeanne Garraud, Stéphane Balmino), mais dautres rejoignent la maison (Dimoné, Martin Luminet, Presque Oui, etc.). Avec des couleurs et des saveurs venues d'horizons bien différents La fille de l’air sera un défilé détonnant fait sur mesure : ça swingue, ça danse, ça dit, ça rit... de l’humain à foison, des émotions à la pelle. Un habillage porté par une seule et même voix qui en fait un tout harmonieux et unique.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandorInterview :

Tu as 22 ans de carrière…

Elle m’interrompt en rigolant.

Mais c’est horrible de dire ça comme ça.

Tu as bien commencé en 1996 avec un duo humoristique, non ?

Ah oui ! Tu as raison. 22 ans. Paf  dans la gueule !

Ça te paraît fou ?

Ça me parait incroyable. En même temps, j’ai toujours eu l’impression de n’avoir fait que ça de ma vie. Pour moi, c’était hier (rires).

Tu as commencé quand la musique très exactement ?

En 1986.

Bon, je ne fais pas le calcul alors.

Je ne préfère pas, non. J’ai commencé par la flute à bec pendant deux ans à l’école municipale de Rumilly, en Haute-Savoie.

C’est un choix volontaire ?

Non. C’était une obligation de la part de mes parents. Mon père était trompettiste de fanfare. Plus exactement, il faisait de la trompette pour supporter le rugby (rires). Ma mère n’a jamais fait de musique et chantait comme une casserole, du coup, ils ont eu envie que je fasse de la musique. A l’âge de six ans, j’ai donc fait de la flute à bec puis pendant six ans, j’ai joué de la flute traversière et un peu de saxophone et autres instruments.

Teaser de l'album La fille de l'air.

Et la guitare est arrivée à quel âge ? evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

A 11 ans, parce que j’avais envie de m’accompagner seule.

Il faut préciser qu’en 1991, tu rejoins la compagnie du Chalet dirigé par Patrick Font.

Oui, avec Anaïs Tampere-Lebreton, celle avec qui j’avais monté un duo de café-théâtre.

En 1993, avec Anaïs et une autre artiste, vous avez monté un trio.

Les Body Girls. Ça n’a pas duré longtemps. Ensuite, avec Anaïs, nous nous sommes retrouvées toutes les deux. Quand la compagnie du Chalet à cesser d’exister, on a ressenti le besoin de continuer à faire des spectacles, ainsi est né le duo Les pieds dans le plat. On faisait des sketchs et des chansons. Un jour, à 25 ans, Anaïs m’annonce qu’elle veut faire un bébé. Quand elle m’a dit ça, j’ai paniqué. J’ai joué 10 ans avec elle. Qu’allais-je faire sans Anaïs ?  

Tu pensais à l’époque que, quand on avait un bébé, on ne pouvait plus rien faire de sa vie.

J’étais jeune à l’époque, je ne savais pas. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je chante… et autrement que pour faire rire. Je commençais à avoir une lassitude de cette obligation de faire rire depuis 10 ans. C’était la grande époque des producteurs québéquois. Ils nous disaient qu’il fallait un rire toutes les 30 secondes. Je trouvais insupportable ce diktat du rire.

Tu avais fait le tour de la question ?

Voilà, c’est ça. J’avais envie de me mettre à l’épreuve. Est-ce que j’allais être capable de procurer d’autres émotions sur les gens que le rire.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

Comment as-tu réussi à faire ce virage tant désiré ?

Je suis arrivée à la chanson presque par accident. Il y avait le tremplin de chansons A Tout Bout d’Champ, dans la petite salle en bas de chez moi. J’ai décidé de m’y inscrire. Je suis arrivée en final. Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement. Au début, je gardais dans mon répertoire des chansons drôles parce que ça me rassurait. Quand je chantais des chansons pas drôles, je trouvais ça angoissant parce que je n’entendais pas les gens réagir. Le rire, c’est sonore. Quand tu touches quelqu’un au cœur, tu ne l’entends pas. C’était déstabilisant parce que je me nourris beaucoup des gens et de ce qu’il se passe dans la salle.

En 2005, tu sors ton premier album Les confitures.

Je ne m’assumais pas encore comme une chanteuse. Pas plus aujourd’hui d’ailleurs. Dans ma vie, j’ai pris 9 cours de chant d’une demi-heure, alors quand on me demande ce que je fais comme métier, j’ai du mal à répondre « chanteuse ». Je préfère dire « saltimbanque ». Au CP, quand il fallait expliquer ce que je voulais faire plus tard, je me souviens que j’avais répondu avec ce mot, « saltimbanque ». Je savais que je voulais être dans le spectacle, mais je ne savais pas dans quel domaine, musique ou théâtre.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

Ce nouvel album, La fille de l’air, est un album collectif. Il y a même un duo avec Dimoné sur une chanson écrite par Martin Luminet, « On s’emb(a)rasse ».

Je suis fan de Dimoné. Quant à Martin, c’est une des grandes rencontres de cet album. Nous travaillions tous les deux dans le même lieu en résidence, mais on ne se croisait pas. Je l’avais déjà entendu chanter et il m’avait vraiment donné envie d’avoir une relation humaine dans le but de travailler éventuellement une chanson pour ce disque. Ça a été une superbe rencontre. Il est d’une gentillesse et d’une générosité rare.

Il y a aussi des gens avec lesquels tu collabores depuis longtemps.

Oui. Stéphane Balmino que je connais depuis très longtemps et avec qui j’avais déjà collaboré sur l’album précédent, Nuits blanches avec un hibou sage, Thibaud Defever (Presque Oui) que j’ai rencontré lors des spectacles dédiés à Bobby Lapointe, Lapointe repiqué, tout comme Dimoné d’ailleurs. Pour que je travaille avec quelqu’un, la première chose qui compte, c’est l’humain.

Il y a des chansons qui sont des commandes, je crois.

« Je ne sais pas » par l’auteur compositeur lyonnais Reno Bistan. C’est un super artiste, étonnamment très peu connu. Il a des chansons hyper drôles et hyper efficaces. Il sait chanter merveilleusement, mais il n’arrive pas à se faire connaitre plus des médias. Il mériterait de sacrés coups de projecteur. Un jour, je le rencontre à l’école où nous avons tous les deux nos enfants. Je lui explique que j’aimerais qu’il m’écrive une chanson  sur une thématique bien particulière: la pudeur. Pour moi, la pudeur, elle ne se situe pas là où on le pense. C’est oser parler de ses sentiments. Le lendemain, il m’a envoyé cette chanson.

Audio de "Je ne sais pas".

«La fille de l’air », tout  comme « Je ne sais pas », est un joli portait de toi.

"La fille de l'air" est un texte de Stéphane Balmino. Il me l’a envoyé alors que ça ne correspondait à rien de ce que je lui avais demandé. Il a écrit cette chanson un matin en pensant à moi. Je suis complètement tombée amoureuse de ce texte qui était sa vision de moi.

Qui correspond à ce que tu es ?

Je crois. Il insiste sur le fait que l’on peut être beaucoup de choses à la fois. Les autres nous connaissent mieux que nous-mêmes, il me semble.

J’aime aussi beaucoup « Fais-moi risette ». Il faut toujours faire la paix avec ses amis qui sont devenus amants.

C’est un texte de Mathieu Côte. Il développe le concept du sex friend (rires).

Audio de "La pluie".

Tu étais très proche de Mathieu Côté, artiste surdoué, trop tôt disparu.

Nous étions à l’école ensemble. J’ai même été un court moment sa manageuse. Après mon premier album, Les confitures, je ne savais plus ce que je voulais faire. Je suis retournée à l’école pour faire un master de management de carrière d’artistes. Je venais d’avoir ma fille et Mathieu me voyant indécise sur ma carrière personnelle m’a proposé de m’occuper de lui. J’ai eu la chance pendant 6 mois, d’être sa manageuse. Et ce con est mort. Comme on avait fait beaucoup de concerts ensemble, à sa disparition, j’ai décidé de continuer le métier de chanteuse. Ça a été un déclic.

Musicalement, ce nouvel album est très rock, avec même des guitares saturées. C’est très différent de tes précédents disques qui étaient plus « traditionnels ».

Dans mes albums précédents j’ai beaucoup plus composé. Pour La fille de l’air, j’avais tellement d’auteurs-compositeurs qu’ils m’ont quasiment tous apporté la musique. Je n’ai fait que deux compositions, « Fais-moi risette » et « Ouvert les yeux ».

Audio de "Poupée".

Tu as besoins des autres artistes ?

Oui, parce que seule, j’ai l’impression de tourner en rond. Je peux même dire que sur les textes de Patrick Font, j’étais rentrée dans un ronron de compositions musicales. J’avais besoin de chercher ailleurs mon renouveau. Ainsi la musique est plus rock et je peux me concentrer sur mon rôle d’interprète… et j’adore ce rôle-là ! Chaque chanson, je l’ai pris comme un cadeau.

Peut-on dire que tu es rentrée dans l’univers musical de tout le monde et que tout le monde a respecté le tien ?

Tout à fait. C’est un croisement d’univers.

Celui de Dimoné n’a rien à voir avec celui de Presque Oui, par exemple, et pourtant, l’album n’est pas disparate.

Ca a donné un disque varié et cohérent. C’est grâce au réalisateur Freddy  Boisliveau. C’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur et je ne le regrette pas. Il a respecté mes envies et mes idées d’instrumentarium.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

Pendant l'interview...

Le dernier album est-il toujours celui que l’on préfère ?

Clairement, aujourd’hui c’est mon préféré. Est-ce que c’est parce que c’est le nouveau ? Je ne sais pas. Je précise que j’avais plus de moyens pour le produire. Avant, je travaillais à l’économie. J’ai toujours eu conscience de ce que coûtaient les choses. Là, pour la première fois, quelqu’un m’a dit de faire ce que j’avais envie sans regarder l’argent. Je l’ai presque fait (rires). Il y a six musiciens sur le disque et sur scène, nous sommes quatre. J’ai enfin pu faire ce que j’avais en tête depuis longtemps, mais que je ne faisais pas pour des raisons économiques.

C’est quoi ta grande peur artistique ?

J’ai peur de me caricaturer. C’est pour cette raison que j’ai pris ce risque de faire un album différent. Je veux sortir de l’Evelyne Gallet chanteuse un peu marrante, poilante qui joue avec un guitariste. Je veux décoller cette étiquette tenace.

Tu n’as plus cette réputation-là, je t’assure. Beaucoup louent aussi ton côté sensible et profond.

Je ne me rends pas compte de l’image que je projette et je ne sais pas trop ce que les gens pensent de moi. Je me sens un peu « en dehors ». Ce nouvel album est là aussi pour me sortir de la case « chanson » uniquement, en proposant des titres explosifs et irréels pour moi.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

Après l'interview, le 13 décembre 2018.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

Écrire un commentaire