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23 décembre 2018

Aelle : interview pour son album AMOURS

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(Photo : Vanessa Moselle)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Après avoir participé à l’album STAFF (mandorisation là), Aelle sort son nouvel album, AMOURS. Si la France entière ne la connait pas encore, l’Alsace, (la jeune femme est mi-Bretonne, mi-Haut-Rhinoise) estime cette artiste depuis des années. Elle y joue la comédie, chante, met en scène et dirige la compagnie L’Indocile avec un certain succès.

Elle a pris 2 années pour faire naître les chansons d’AMOURS avec sa talentueuse équipe : Gino Monachello, Foes Vom Ameisedorf, Stephane Escoms, Etienne Kreisel et Sébastien Kanmacher, en première ligne. L’album a été réalisé, arrangé et mixé par David Husser (Depeche Mode, Indochine, Mylène Farmer, Rodolphe Burger...) J’ai lu quelque part : « Ses compositions personnelles et sa musiqueaelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview vous attrapent par les sentiments pour ne plus vous lâcher : un peu pop, un peu rock, sensible et sincère. »

Pas mieux. 

Rendez-vous est donné dans un bar parisien, le 12 décembre dernier. Aelle est venue accompagnée de celui qui a été mandorisé le plus de fois (une bonne dizaine), l’écrivain-auteur-chanteur-musicien Jérôme Attal (tous deux venaient de participer à une émission sur Sud Radio, Loft Music, pour évoquer l’album STAFF.) Puis il nous a laissé pour une interview en tête à tête.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewArgumentaire de presse (officiel) :

Il y a des rencontres qu’on n’oublie pas. Taillée pour le rire au bord des larmes, Aelle a ce quelque chose en plus, « possède l’étoffe des grandes. De celles au magnétisme fou qui n’ont qu’un dénominateur commun: savoir toucher le cœur ».

Petite, à la maison, elle entendait Brel, Ferré, du classique, et aussi beaucoup de rock des années 60-70. C’est de là que vient celle qui nous ouvre aujourd’hui les portes de son premier et nouvel album AMOURS. Les amours d’une vie, pluriels, riches, tortueux ou lumineux, déchirants et passionnés, ou bâtisseurs de tous les possibles. Il y a quelque chose de cinématographique dans le monde atypique d’Aelle. C’est d’ailleurs pour ces raisons que s’est imposé le rêve d’envergure d’enregistrer un orchestre symphonique sur certains titres. La plume est élégante et profonde pour cette originale chanson française pop aux paysages sonores puissants et organiques. Il y a de la sensibilité, et de l’ampleur qui en font une artiste au talent à part, contagieux et séduisant. On dit de cette fille aux yeux noirs comme des promesses, qu’elle a « le feu sacré des planches » !

Son site.

Sa page Facebook.

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(Photo Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewInterview :

C’est ton premier album ?

Oui. Même si j’en ai fait un premier en 2010. J’ai du mal à dire que c’était un disque à moi, car j’étais juste interprète. Je n’écrivais pas et ne composais pas. C’était ma première apparition sous mon nom de chanteuse. Je considère ce disque comme un essai. En 2013, j’ai sorti un EP avec 5 titres. Mais, vraiment, je revendique AMOURS comme mon premier album. J’ai écrit les paroles et je suis co-compositrice de tous les titres.

Tu es connue en Alsace pour tes deux activités, la musique et le théâtre.

Je n’ai pas envie d’en lâcher une pour l’autre. Ces deux passions font partie de ce que je suis. Cela m’apporte une richesse de vie. En France, se diversifier, ça paraît toujours louche parce que cela veut dire que l’on n’excelle pas dans tous les domaines.

Tu as d’ailleurs eu ton premier cachet en jouant et en chantant,  je crois. C’est un beau symbole.

Effectivement, j’ai commencé avec Les Troyennes de Sénèque. Dans cette pièce, il y a une partition et il fallait que je chante dans la langue des Troyens de l’époque.

Clip de "Elle ose", extrait de l'album AMOURS.

Quand on est chanteuse, le fait d’être comédienne sert-il à quelque chose ? (Photo : Daniels Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Après les concerts, on m’a beaucoup dit « ça se voit que vous êtes comédienne ! » C’est gentil, mais je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie quand je chante mes chansons. En concert, je suis plus proche de moi-même que quand je joue un rôle au théâtre. Je discerne bien ses deux activités. Quand je chante, avec ma voix,  je ressens comme une vraie mise à nue.

J’ai l’impression que cette impression de nudité se niche plus dans ta voix que dans tes textes… alors que ces derniers sont très personnels.

J’ai l’impression que, grâce à la voix, la chanson impacte la transmission d’une vérité, d’une fragilité, d’une mise à nue plus importante. Parfois, je me demande pourquoi je fais ce métier (rires).

Je te le demande alors. Pourquoi fais-tu ce métier ?

La vraie raison ou la raison qui fait bien dans les interviews ?

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(Photos : Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewLa vraie, je préfère.

Je dis toujours la vérité (sourire). Ce métier est avant tout un métier de partage et de transmission d’émotions, c’est ce qui fait beau sur le papier, mais c’est vrai. Après, je pense profondément que tous les artistes qui montent sur scène ont besoin d’être aimé. Il faut être honnête là-dessus. Nous sommes en recherche d’un amour inconditionnel de la part d’un public. Etre chanteur, c’est quand même une drôle de posture. Il y a quelque chose de l’ordre du sacré. C’est peut-être une réminiscence des cérémonies grecques de l’époque. L’artiste est le nouveau Dieu. Une foule est réunie dont la focale est orientée vers une seule personne qui généralement est un peu plus en hauteur et qui serait censée avoir un truc différent des autres.

Je suis d’accord avec toi, mais tu es la seule à m’avoir dit ça si clairement. Es-tu à la recherche d’une forte notoriété ?

Je te l’ai écrit dans un message pour me présenter. Je n’ai pas de réseau, je ne connais personne dans le milieu, je suis une petite artisane qui travaille toute seule. Je ne crois pas être à la recherche de paillettes et de gloire, par contre j’aspire à ce que ma musique soit plus largement diffusée et à ce que je puisse chanter dans des conditions beaucoup plus faciles qu’aujourd’hui. Donc, ça suppose une mise en avant, une mise en lumière, une visibilité plus importante. On ne fait pas des chansons pour les chanter chez soi dans sa cuisine. On aspire tous à montrer ses chansons, les partager et rentrer dans la vie des gens.

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(Photo : Daniel Stanus)

Tu étais dans la promotion n°45 des Rencontres d’Astaffort, celle qui a pu faire un disque validé par aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewFrancis Cabrel. La classe, non ?

C'est une chance incroyable. Je suis bien tombée. De toute manière, même sans ce disque, on m’avait prévenu que j'allais prendre une grosse claque à Astaffort. Voix du Sud devrait prévoir une cellule psychologique pour quand on doit quitter le stage (rires). Nous sommes 11 jours déconnectés de tout dans cette école.

Ça t’a fait évoluer professionnellement ?

Ça m’a secoué dans mes réflexes d’écriture. Je me suis complètement remise en question. J’avais envie de refaire entièrement mon disque en sortant, ce que je n’ai pas fait, car il était terminé. Les Rencontres d’Astaffort, c’était très riche et bénéfique. La sève des Rencontres, c’est de mêler les solitudes pour voir ce qu’il se passe de créatif. Le fait d’avoir vécu cette aventure dans la promotion des stagiaires ayant pu faire un disque, c’est gravé à jamais en moi. Je suis allée à Astaffort pour vivre chaque seconde intensément… de toute façon, je ne peux rien vivre à moitié.

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Aelle avec notamment Francis Cabrel et Julien Doré lors des 45e Rencontres d'Astaffort.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Parlons de ton disque. Comme son nom l’indique, tu y abordes toutes sortes d’amours.

Les amours que nous traversons, qu’ils soient positifs ou qu’ils se finissent mal, font partie de notre chemin. Ils nous construisent. Je suis une passionnée, je vis les choses passionnément, je suis sur scène passionnément, je vis ma vie passionnément et donc, il y a des écueils et des chutes… mais pas que.

Dans ta chanson « J’ai décidé », tu chantes « le corps que j’habite n’a pas froid aux yeux ». Te considères-tu comme une femme libre et libérée ?

Il y a quatre ans,  je n’aurais pas dit la même chose, aujourd’hui, je commence à me connaître. J’ai grandi, j’ai évolué. La vision que j’avais de moi petite fille n’est pas celle qui finalement existe aujourd’hui. C’est le cadeau merveilleux de la vie. On est aussi là pour se cogner.

Pourquoi « amours» au pluriel ?

Je n’ai pas la prétention de ne donner qu’une seule vision de l’amour. Il y a plusieurs approches, plusieurs angles pour parler d’amour : la fidélité, l’infidélité, les amours… c’est ce qui construit une vie, un chemin. Je pourrais écrire 14 albums sur l’amour. On n’a jamais fini d’écrire sur ce thème. 55 chansons sur 56 qui passent à la radio parlent d’amour. 

Images des résidences de travail d'Aelle à l'Espace Culturel de Vendenheim et à l'Espace Tival pour le live de l'album "AMOURS". Images et montage Marc Muller.

Dans « Je n’oublie pas », il y a de la hargne dans ta façon de chanter. (Photo : Daniel Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Oui, comme si j’étais une guerrière. C’est marrant, c’est sur cette chanson que la rencontre s’est faite avec Philippe Prohom (mandorisé là). Il est venu en janvier 2017 m’aider à travailler sur la mise en scène du spectacle. Il m’a fait pleurer sur cette chanson, je me suis écroulée devant les musiciens qui m’avaient toujours vu très forte. Il me disait sans cesse « mais qu’est-ce que tu veux dire dans cette chanson ? » C’est une chanson de guerrière, mais c’est aussi un cri d’amour désespéré.

"Kong" est une chanson très rock. Il fallait ça pour évoquer King Kong, « qui a porté aux nues, une blonde ingénue » ?

Cette chanson est à part dans le disque. Elle existe depuis longtemps. En concert, elle impacte beaucoup parce qu’elle a une couleur différente des autres titres. C’est un angle d’attaque pour l’amour qui était intéressant. Le plus grand amoureux de tous les temps, c’est King Kong. Il se heurte à la vie, aux codes, à la bien-pensance, à la société. C’est un bel amoureux.

Puisque tu parles d’amoureux, il y a une chanson qui s’appelle « L’amoureux ». Un amoureux déçu peut être très méchant…

Je raconte la difficulté de garder une bonne relation avec l’autre quand l’histoire d’amour est terminée. Il arrive que la vie ne permette pas que certains amours puissent se vivre. Il faut faire avec ça.

Séance d'enregistrement au Studio St-Germain à Paris + "L'amoureux", extrait de l'album AMOURS.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Il y a un orchestre symphonique sur cette chanson.

Sur « Où nous sommes » également. Entendre sa musique jouer par un symphonique, c’est un rêve réalisé. 

Ce disque est superbement produit.

Je l’ai voulu massif, dense avec de la matière. Il y a donc du monde derrière.

Dans la vie, tu es pudique ?

Je suis pudique dans la souffrance. Je suis très secrète concernant mes problèmes. Mon éducation fait que j’ai peur d’embêter les gens avec mes soucis. Par contre je témoigne très facilement mon amour. Je dis aux gens que j’aime que je les aime. Il  y a tellement de façons d’aimer que c’est beau de le dire et c’est beau de le vivre.

Artiste, c’est le plus beau métier du monde ?

Je pense que oui (rires). Je me sens à la place où je devais être. Je n’ai pas de doute sur cela. Je doute à peu près une seconde sur deux, mais je sais profondément que je prends le bon chemin.

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A la fin de l'interview, le 12 décembre 2018.

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