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10 décembre 2018

Arthur Ely : interview pour l'EP Standard

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MfmDoWIQ.jpeg.jpg« Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop; de dictions fantaisies, de variété française aux rimes acérées. » C’est ainsi qu’est présenté Arthur Ely dans un mail à destination des journalistes musicaux pour nous le faire découvrir. J’y ai vu de la malice et de l’autodérision, pas de la prétention. Le mail nous demande de nous « laisser embarquer dans l'univers totalement fantasque et cliché d'Arthur ELY,  jeune artiste "en quête de gloire, parachuté dans un marché de la musique standardisée" ». Soit, faisons ça !

Après écoute de ce premier EP, Standard, j’ai appelé immédiatement l’attaché de presse de l’artiste tant j’ai eu l’impression rare de déceler un énorme potentiel. Il ne faut pas que je passe à côté de ce jeune homme, de toute  évidence, brillant et malin qui a, nous dit-on, « l'ambition de créer une variét' pertinente ».

Le  4 décembre dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale. J’ai devant moi un jeune homme moins insolent qu’il en a l’air, mais sûr de lui et loquace.

Le Pitch (officiel) : "... Ambitieux et décomplexé, le strasbourgeois surfe sur les styles musicaux qui l’ont forgé et fait le pari de rénover une musique endormie : la variété française. Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte : des riffs de guitare électriques sur des basses sombres, du rap sur des synthés épiques et des refrains lyriques. Voilà ce qui différencie Arthur ELY des autres produits !..."

Le disque (argumentaire officiel) :IMG_7750 (2).JPG

Standard, son premier EP (re) vient de loin: tennisman en devenir, Arthur Ely ne jure que par la raquette jusqu’à ce qu’un mauvais coup mette un terme à son cursus de Sport Etudes en même temps qu’à ses rêves de Grand Chelem. La guitare servira la catharsis: entre colère et déception, les 6 cordes deviennent une obsession. Jamais naïf, comme il le révèle désormais -« J’fais ça pour la thune », chante-t-il semi-ironiquement sur « À Raison ou À Tort » -, il plonge dans la musique, rêve de Miles Davis et écoute Django Reinhardt, obsédé par la soul, le blues et Jimi Hendrix. Jusqu’à ce que surgisse le rap, monolithique, immense et plein comme un soleil noir. Les manières des stars du genre, le home-studio et la MAO deviennent nouvelle religion  au service d’un ego trip qui sert à la perfection ses rêves de gloire et se décline désormais sur ces 5 titres au creux desquels se mêlent les lignes de l’intime, de l’authentique, et celles du fantasme. Mais il y a plus : on ne sait pas bien si Arthur Ely rappe sur une variété française dont il a envoyé promener le beau-parler, MaBZSWJQ.jpeg.jpgla poésie désuète, au profit d’un verbe egocentrique hanté par les rappeurs  français, ou s’il chante de manière neuve sur les beats  abrasifs  du  hip-hop  moderne  ;  le  fil  est  fin,  le  rasoir  aiguisé,  la  diction  singulière,  repeinte  d’un  chant  personnel, d’inflexions discrètes pillées en secret chez une poignée de rappeurs comme chez les grands conteurs de la variété française.

Propulsé par le clip de son single « Le Dernier homme  », il crève désormais les baffles, armé d’une séduisante désinvolture, d’un verbe lourd et chargé de sens,  tour à  tour moqueur, bourré d’ego ou de mépris  rentré. Un  fantasme de petit garçon arrogant où Blanche-Neige est une pute et où les portes s’ouvrent comme par magie. Une mégalomanie de poche, assumée et parfaitement mise en scène. 

Le rêve, le Grand Chelem et la gloire: voici Standard.

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IMG_7748.JPGInterview :

As-tu l’impression d’être différent des autres artistes de ta génération ?

Naturellement, j’ai toujours l’impression d’être super différent de tout le monde, pas que dans la musique d’ailleurs. J’ai la sensation que ma vie est plus forte et que mes émotions sont décuplées par rapport à celles des autres. Dans le métier, je me sens décalé, parce que j’évoque aussi l’Histoire et la mythologie dans mes chansons, mais je sais qu’il y a beaucoup de choses à choper dans l’énergie vivante des gens de ma génération.

Avant cet EP, tu étais plus dans la chanson « poétique ».

Au départ, j’étais simplement guitariste donc je faisais de la musique instrumentale. J’écoutais principalement du hard rock et du jazz. Quand j’ai commencé à écrire seul mes chansons, il est vrai que mon écriture était poétique. L’adolescent que j’étais visait Baudelaire, Rimbaud… c’était le passage obligé. Un jour, l’écriture poétique m’a fatigué parce qu’elle me paraissait désuète, déconnectée et superficielle, je me suis donc mis à écouter du rap. Beaucoup. Cela m’a incité à parler plus frontalement de ce que je vivais, quitte à ce que la poésie qui était encore en moi puisse sortir de manière différente.

Quel est ton rapport à la musique ?

Je suis persuadé, et ce de manière têtue, que je vais faire de la musique mon métier et que j’atteindrai la gloire. J’écris moi-même ma mythologie pour que la prophétie se réalise.

Clip de "Le dernier homme", extrait de l'EP Standard

La plupart de tes chansons évoquent aussi ta musique.XYE2MQLg.jpeg.jpg

J’ai tendance à être fatigué par les artistes qui prétendent que leur création est quelque chose de totalement pure et autonome. Je n’y crois pas. Il y a aussi beaucoup de business derrière. Ca me parait normal et sain, en tant qu’artiste, d’être un peu traversé et perturbé par ces trucs-là. De tout temps, l’art a été contraint par des considérations économiques. Je peux paraitre un peu provocateur sur le monde de la musique, mais je le suis surtout envers moi. Quand je dis « au début, la musique, c’était une passion, maintenant, j’ai l’impression de faire ça pour la thune », je ne dis pas ça pour énerver les gens, c’est quelque chose qui me perturbe vraiment.

Comme chez les rappeurs, il y a beaucoup d’ego trip dans tes chansons.

Quand j’ai commencé à mettre la poésie de côté dans mon écriture, je me suis beaucoup servi de l’ego trip. Ça m’amusait. L’ego trip finalement est plus sincère que tout autre texte poétique et faux modeste… et au final, ça permet de moins se prendre au sérieux et d’être plus direct. C’est aussi une manière de dédramatiser un peu quelque chose que j’ai en moi. Je me choque moi-même de la pulsion que j’ai de vouloir me sentir supérieur aux autres et de vouloir dominer tout le monde. En parler de manière assumée, ça me permet de ne pas être comme ça dans la vie de tous les jours avec ma famille et mes potes… et de ne pas être insupportable.

Je comprends en t’écoutant me parler que tes chansons sont au premier degré, alors que je pensais qu’elles étaient au second.

Tu as raison, il fallait que ça sorte et c’est sorti ainsi. Mais le second degré, je crois l’avoir vis-à-vis de moi-même.

Clip de "A raison ou à tort", extrait de l'EP Standard.

sME_oi5Q.jpeg.jpgEst-ce qu’Arthur Ely est un personnage ?

Ce n’est pas un personnage comme Matthieu Chédid se métamorphose en M par exemple. J’aime juste jouer sur un côté théâtral. Je fais en sorte qu’il y ait plusieurs personnages qui représentent chacune de mes pulsions. Je montre cela dans mes clips.

Es-tu un homme pressé ?ef4newfo.jpeg.jpg

Par rapport au fait d’atteindre la gloire à tout prix, oui. Je suis pressé, mais avec une certaine exigence. Quand je suis arrivé à Paris en guitare-voix, beaucoup me demandaient pourquoi je ne faisais pas The Voice. Je sentais que je n’étais pas encore assez solide et que se presser pour se presser ne servait à rien. Il fallait que je sois plus en accord avec ce que je voulais faire. Oui, je suis pressé, oui, j’ai la dalle, mais en sachant qu’il faut le temps de construire un vrai projet.

Vouloir dominer le monde, c’est bien dans ce métier. Ça permet d’avancer plus vite, sans état d’âme non ?

Ce métier est une grosse compétition quand même. J’ai fait pendant longtemps du sport de compétition, donc j’ai ce truc-là en moi. Il faut croire en soi, c’est le seul moyen d’avancer.

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(Photo : Photograsmique).

Tu sens que l’on s’intéresse à toi de plus en plus, professionnellement. Tu étais la semaine dernière, 3ZGuDdBw.jpeg.jpgl’invité de Didier Varrod dans Foule Sentimentale sur France Inter avec Patrick Bruel et Gringe notamment. Ça te fait bizarre de te retrouver dans ce genre de situation ?

Non, ça ne me fait pas bizarre. Depuis que j’ai commencé la musique, il y a 6 ans, je sais où je veux aller. Ça peut paraître prétentieux, mais je t’assure que ça ne l’est pas. Je ne suis surpris par rien parce que je suis au début de ma carrière et que je continue à construire, alors je n’ai pas le temps d’être subjugué par ce que je traverse. 

Tu es au début de ta période promo. Tu aimes ça ?

Les chansons de l’EP ont été composées entre 6 mois et un an. Je dois défendre des titres alors qu’en termes de création, je suis déjà sur autre chose. Il y a un léger décalage.

Tu sais que tu es un peu clivant ? Tu peux énerver certaines personnes par ton côté un peu arrogant et sûr de toi.

Ça ne me dérange pas. Je ne veux surtout pas être lisse et ne rien provoquer. Je lutte pour ne pas paraître banal. Dans mes chansons, il y a pas mal d’ego trip, je te l’accorde, mais si on écoute bien, il y a aussi beaucoup de sensibilité, de paradoxes. Il y a des jeux contradictoires.

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Tu parles aussi de tes parents. Le père disparu, la maman que tu as envie de gâter pour ne pas qu’elledPYDFzVg.jpeg.jpg ressente la perte de son mari…

Tout est vrai. Ça va avec la prophétie que je me souhaite. La figure de la mère et du père dans les cieux, c’est un peu ma mythologie… j’en ai besoin.

Vocalement, tu varies beaucoup les tonalités de ta voix.

Je me suis aperçu que les chanteurs que j’appréciais étaient ceux qui avaient des modulations différentes. J’essaie de travailler ça. Avoir une voix virile, puis enchaîner avec quelque chose de très rappé, puis plus susurré… je suis à l’étape 10 sur 100 de mon travail vocal, j’en ai conscience.

Te considères-tu comme un produit ?

Oui, et il vaut mieux l’assumer. C’est ce que je fais en appelant mon EP Standard et en mettant en avant une bouteille de parfum. C’est à la fois un produit de luxe et quelque chose que tout le monde peut acheter parce qu’au final, ce n’est pas si cher par rapport à d’autres produits de luxe. Une fois que l’artiste assume que c’est un produit, il est plus libre de créer comme il veut.

C’est dur d’être libre dans ce métier ?

La liberté, il faut savoir où elle est, il faut savoir la préserver, c’est très mouvant. J’essaie d'y penser sans cesse pour me sentir plus libre que je ne le suis. La liberté se construit et doit se maitriser.

Je crois savoir que tu apprécies Daniel Balavoine. Qu’aimes-tu chez lui ?

Le souffle, la voix, la force des paroles et des mélodies. Balavoine, c’est l’idéal que j’essaie d’atteindre.

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A la fin de l'interview, le 4 décembre 2018.

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