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08 novembre 2018

Bertille : interview pour #EP

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor« Bertille c'est un son, une humeur, une voix singulière, et le sensible comme étendard. L'élégance brute et sans compromis d'une chanson électronique et orchestrée ». C’est ainsi que nous est présentée Bertille dans son dossier de presse. Bien vu. Cela fait quelques temps que je suis cette multi-instrumentiste de formation classique dans ses différents projets. Déjà mandorisée en 2015 pour le duo qu’elle constituait avec Olivier Daguerre et plus récemment en 2017 pour sa participation au groupe Wallace. J’ai toujours apprécié l’artiste qu’elle est, mais aussi cette jeune femme, toujours souriante, un peu timide et d’une désarmante gentillesse.

Dans ce premier EP en solo (qui sort le 16 novembre), elle se livre donc pour la première fois sans se « cacher » derrière quelqu’un. Le dossier de presse l’indique parfaitement : « Un univers féminin, mélangeant le doux au dur, les caresses aux coups de griffes. »

Le 15 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à Bertille Fraisse en terrasse d’un bar parisien pour un troisième entretien… mais cette fois-ci, en tête à tête. C’était sa toute première interview pour ce disque.

Biographie officielle (par Samuel Rozenbaum) :bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor

Si c’était la bande annonce d’un film, ce serait au début de l’après-midi. Intérieur, jour. Une lumière bleutée envahit le salon. Sur le canapé, de dos, une jeune femme. Gros plan sur sa joue, une larme coule. Avant d’atteindre le menton, l’eau a séché. Seule une légère trace reste sur sa peau, comme en filigrane, invisible si ce n’est au soleil.

La montée des océans ne peut pas être imputée à Bertille. De ses histoires tourmentées, elle ne garde que l’essence, celle qui lui permet d'avancer. Inutile de s’encombrer de la part liquide de la tristesse, elle a confié ses larmes au vent. Peut-être est-ce par pudeur, peut-être par timidité. Quoiqu’il en soit, Bertille se cache moins qu’on ne l’imagine. Nous ne sommes pas en présence d’une éternelle indécise qui bascule de la chanson à l’électro selon la mode du moment. Nous ne sommes pas face à une musicienne qui ne sait que choisir entre son violon et ses claviers. Elle est de ces figures inspirées qui ne font pas la course, qui s’exercent et peaufinent leur art sans savoir qu’elles exercent et peaufinent leur art. Bertille ne fait qu’être. Et voici le moment de la révélation, dans la succession de ses mots, l’évidence de son oreille musicale. Tout est cohérent, tout est aligné. La fréquence de chaque élément qu’elle révèle entre en résonance avec ce qu’elle est. Tout sonne juste. Nous sommes en présence d’un accord parfait.

À n’apercevoir que la légèreté de Bertille, je n’avais pas fait attention à l’épaisseur de son talent. J’ai hâte de découvrir de quelle couleur sera la fin de l’après-midi.

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandorInterview :

Enfin, nous voilà en tête à tête. Jusqu’à présent, je t’ai toujours vu accompagnée d’autres artistes.

C’était pour moi plus facile de ne pas être seule. En termes de création, on est partie prenante, mais on peut doser l’implication, alors que seule, il faut y aller en entier.

Pourquoi as-tu franchi l’étape de l’EP en solo ?

C’est la suite de mon chemin. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette. J’avance au jour le jour. Dans mon parcours musical, j’ai toujours fonctionné ainsi : aux rencontres, à l’amitié et à l’intérêt que je porte aux projets qui me sont proposés… C’est ce chemin et les personnes que j’ai rencontré qui m’ont amené là. Le fait de chanter, par exemple, c’est quelque chose que j’ai fait petit à petit, au fil des collaborations, jusqu’à Olivier Daguerre avec qui j’ai fait l’album Daguerre et Bertille où là, j’ai trouvé une vraie place de chanteuse.

A la base tu es sidewoman (accompagnatrice).

Oui, j’ai mis ce que j’avais à proposer au service des projets des autres. J’ai fait ça très longtemps. Etonnamment, c’est l’écriture qui m’a donné envie de concrétiser ce projet solo. Moi, aussi j’ai des choses à dire.

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Bertille est aussi une formidable violoniste.

Tu les couches régulièrement sur papiers ces choses ?

Je n’ai pas encore trouvé mon fonctionnement. Parfois, ça vient d’une idée qui me traverse l’esprit, parfois ça vient d’une mélodie. Mon moteur, c’est l’émotion et le sentiment. Je suis assez novice en écriture, mais pour l’instant mes textes sont souvent ces émotions que je mets en abyme et que j’essaie de décrire le plus honnêtement  possible. Pour le moment, je suis dans ma bulle, mais dorénavant, j’essaierai d’écrire des chansons en arrêtant de regarder mon nombril pour mieux voir ce qu’il se passe autour de moi.

S’il te plait, ne fais pas de chansons engagées.

Je ne sais pas comment font ceux qui y parviennent. Je ne sais pas le faire.

Pour moi, ce n’est pas le rôle de l’artiste. Je préfère qu’il me fasse rêver plutôt qu’ils me donnent l’impression de regarder BFM TV.

Sur ce point-là, c’est très vrai. Je n’irai jamais dans cette direction. Mon engagement est dans ma vie de tous les jours.

Clip de "Je plonge".

Tu as écrit tous les textes de cet EP ?

Non, j’ai demandé à certains artistes que je connais bien et dont je suis admirative de m’accompagner. Cette façon de m’accompagner c’est aussi, de leur part, une façon de me placer sur la route. Olivier Daguerre a écrit « Les rivières" par exemple. « La véranda » est une chanson écrite par Jérôme Pinel de Strange Enquête. C’est quelqu’un que j’ai rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Le dernier jour de cette session, il a écrit cette chanson en 24 heures et je me la suis appropriée.

A Astaffort, tu as appris à écrire pour les autres aussi ?

Quand tu écris pour toi, il faut interpréter en assumant le propos. Quand j’ai écrit pour les autres, j’ai eu l’impression de m’être autorisée beaucoup plus de choses. Grâce à Astaffort, au moment de l’écriture, je peux me dissocier de l’interprète. Avant, j’écrivais en m’imaginant interpréter ce que j’écrivais.

Tu écris à quelle fréquence ?

Pour tout t’avouer, je n’écris pas beaucoup. Je trouve que c’est un acte très précieux. Je suis très admirative des gens qui écrivent, du coup je me sens très petite par rapport à l’écriture. D’ailleurs certaines chansons ont eu trois ou quatre versions. Je suis une besogneuse.

Tu es pudique dans la vie ?

Très pudique.

Avec les chansons de cet EP, tu n’as pas eu l’impression de te mettre à nue, de te livrer à tout le monde ?

Je m’en suis rendu compte après la création. Quand j’ai écouté les chansons finies, j’ai été effarée par ce que je racontais sur moi (rires). Même si, quand on écrit une chanson on travestit un peu la réalité, il y a quand même beaucoup de moi dans mes textes.

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(Photo : François Mandor Alquier et iPhone5)

Il parait que tu puises aussi dans tes muses… Qui sont-elles ?

Mes muses, ce sont les gens qui m’ont appris des choses et qui m’ont fait ressentir des choses très fortes, qu’elles soient positives ou plus dures à vivre. Mon amoureux, d’anciens amoureux… parfois, je les mélange et je puise de l’inspiration dedans.

Tu comparerais la musique à quoi ?

A de la peinture par exemple. J’aime les paysages sonores. J’ai été forgée à l’école classique, donc il me faut de belles mélodies, mais j’aime la texture. C’est en cela que ça peut se rapprocher de la peinture. Ce que je trouve fabuleux avec la musique électronique, les synthétiseurs et les cordes, c’est la matière. Au moment de l’écriture, je décris quelque chose plus que je ne l’écris.

Tu pourrais faire des musiques de films ?

J’adorerais. Je suis toujours fascinée quand la musique fonctionne avec l’image.

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Bertille Fraisse et Maëlle Desbrosses.

Comment défends-tu tes nouvelles chansons sur scène ?

Nous sommes deux. Je travaille avec Maëlle Desbrosses, une musicienne magnifique. Elle est violoncelliste, altiste et fait les chœurs aussi. Ce que j’aime, c’est qu’elle vient de la scène jazz contemporain, expérimental même. Moi, j’ai mon ordinateur, mon synthétiseur, mon violon et ma voix. C’est la formule idéale pour mes chansons.

Que pensent Erwann de Wallace et Olivier Daguerre de cet EP? Je le rappelle, ce sont deux des artistes avec lesquels tu as collaboré.

Ils aiment beaucoup, mais c’est vrai qu’ils m’aiment beaucoup…

Tu veux dire par là qu’ils ne sont peut-être pas objectifs ?

Si, ils le sont. Ils sont honnêtes et de bons guides, alors leur avis était important car je leur fais confiance. Ils connaissent ma sensibilité et mes limites. Ce sont deux personnes qui m’ont beaucoup poussé et fait évoluer. Daguerre est à l’origine de cette envie de chanter seule. Il m’a montré que j’en étais capable.

A quelques jours de la sortie du disque, tu te sens comment ?

Je suis très entière, alors je ne peux pas faire comme si j’étais très sure de moi. La façon que j’ai de « survivre », c’est d’avoir été honnête avec ma proposition. Ce que je trouve génial, c’est que l’EP va sortir et je ne le vis pas comme une fin en soi, mais comme un début de quelque chose. Une continuité de mon chemin…

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Après l'interview, le 15 octobre 2018.

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07 novembre 2018

Zaza Fournier : interview pour Le déluge

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(Photo : Raphaël Neal)

Après 3 albums à son actif, Zaza Fournier livre un spectacle musical envoûtant à la croisée des genres. Cette fable poétique commence après le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Voyez le projet ci-dessous, mais je suis sûr qu’il intéressera autant les hommes que les femmes. La relation à l’autre ne va pas que dans un sens.

Cela fait 10 ans que je suis la carrière de Zaza Fournier (lire ici les mandorisations précédentes) et ce que j’apprécie par-dessus tout, c’est qu’elle évolue d’album en album et qu’elle ne se place jamais où on l’attend.

Respect.

Pour évoquer son nouveau projet, Le déluge, elle m’a donné rendez-vous, le 15 octobre dernier, au Café sans nom à Paris.

Elle sera le 13 novembre au Café de la Danse pour ce  nouveau spectacle.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorLe projet :

Cette histoire est celle du DÉLUGE du dedans, de l'intime. L'histoire de nos tempêtes secrètes.  Le DÉLUGE  qui se déchaîne en chacun de nous. Que nous avons appris à dompter. Nous, dresseurs professionnels de Déluges !  À l'heure où l'on nous demande d'être définissables, nets, lisibles, quand nous sommes des êtres mouvants, changeants, des corps qui bougent.  Cette histoire questionne le couple, le désir, défie la fidélité, interroge notre façon d'être ensemble.  Cette histoire est celle de nos monstres, tendres et féroces.  Elle se raconte en mots mais d'abord en chansons. Des chants qui parlent à la tête et au ventre. Des chants qui remuent. Treize chansons, que Zaza Fournier écrit pour ce spectacle.  Pour les porter, elle s'entoure de deux chanteuses et musiciennes, Diane Villanueva (chant et rythmiques) et Juliette Serrad (Chant et violoncelle). Pour raconter cette histoire, là-bas au fond du bois, où les doutes sont des bêtes qui se tapissent dans l'ombre, les désirs des poissons flottants, et les remèdes des chants qui agitent.

Petites biographies des 3 artistes :

Zaza Fournier pourrait être étiquetée « chanteuse française », et l’est d’ailleurs par un public friand zaza fournier,le déluge,interview,mandord’identité marquée… Elle a un petit rien de la tradition réaliste parisienne et pourtant les mots qu’elle utilise, son jeu de scène, sa recherche de sonorités la place dans une catégorie de jeunes contemporains qui fluctuent entre l’iPod et le vintage.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorDiane Villanueva – Percussions :

Diane a commencé la musique, au conservatoire du 9ème en chant. Elle continuera en horaires aménagés au CNR de Paris puis dans une école pluridisciplinaire (chant, danse et théâtre).

Plus tard elle découvre la percussion corporelle et décide de se perfectionner dans cet art. Elle travaillera avec des artistes comme Camille, Leela Petronio et sa compagnie le " Hip Tap Project ".

Forte de son expérience avec  Squid and the stereo, dont elle était la chanteuse, elle décide de lancer son nouveau projet Üghett, trio house/dance en français avec univers nineties élégant et culture street.

Juliette Serrad – Violoncelle :zaza fournier,le déluge,interview,mandor

Violoncelliste et chanteuse, après une formation de violoncelle classique, Juliette fait entrer dans son univers la soul, le jazz, l'électro. C'est sa rencontre avec Ibrahim Maalouf au Conservatoire de Paris qui la mène à travailler avec d'autres artistes, en mêlant le chant et le violoncelle. Elle a notamment collaboré avec Isabel Sorling, Yael Naim, le Starpop Orchestra, Gino Sitson, LAAKE... 

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(Photo : Raphaël Néal).

zaza fournier,le déluge,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu évolues de disque en disque et que tu participes à plein de projets différents. C’est pour ne pas te lasser de ce métier ?

Le résultat, c’est celui-là, mais je ne me pose pas la question ainsi. Je me demande à chaque fois : « que veux-tu faire exactement pour de vrai ? » Ce métier, c’est beaucoup de joie, mais c’est aussi plein de moments de remises en question, de frustrations…. On est sans arrêt à la merci du regard des autres, à la merci du désir des autres aussi, mais moi, j’ai décidé de faire uniquement ce qui m’est nécessaire. Si je commençais à penser à ce qu’on attend de moi, je ne ferais plus ce métier aujourd’hui. Je n’aurais pas tenu. La seule raison de continuer à faire ce métier, c’est de faire ce qui n’est pas négociable en soi.

C’est amusant, parce que finalement, c’est le thème du déluge.

Exactement.

Le déluge parle beaucoup de comment il faudrait être par rapport à ce que les gens attendent de toi, c’est ça ?

Pas que les gens. C’est une injonction que l’on peut se faire à soi-même en fonction des grands schémas qui construisent nos sociétés occidentales. Le mariage, la famille, exister socialement, être adulte c’est gagner de l’argent… Il y a des grandes lois comme ça. Il y a aussi une nécessité de se situer vis-à-vis de ces lois parce que le monde fonctionne ainsi. Moi, je crois qu’il y a un endroit de liberté à ne pas lâcher. Il faut continuer à être proche de sa singularité, de ce qui nous rend unique, voire parfois monstrueux.

Monstrueux ?

Je pense que c’est bien de se faire des amis des monstres que nous avons en nous. Ils sont là, autant que l’on s’entende bien avec eux.

C’est quoi les monstres ?

Ce sont les désirs coupables, les impulsions sauvages, ce que l’on n’assume pas de soi-même. On nous demande souvent d’être très définissables, d’être très clairs sur ce que l’on est, d’être complètement lisibles.

Etre clair sur ce que l’on est… mazette ! C’est compliqué d’être clair avec soi-même.

Tu as raison, c’est impossible. On est en mouvement permanent. L’être humain est une sacrée bestiole. 

L'EPK du projet "Le déluge".

Le poids moral est important en Europe ?zaza fournier,le déluge,interview,mandor

On a plus ou moins de marche de manœuvre selon l’endroit où l’on vit, il faut être honnête. C’est plus facile pour moi, trentenaire à Paris, que pour un jeune garçon qui se découvre homosexuel au fin fond de Nord-Pas-de-Calais dans un village de 200 habitants et qui se rêve femme.

Tu parles de la norme dont la société exige que nous soyons intégrés. Dans ta vraie vie, l’es-tu ?

Aujourd’hui, je ne me pose vraiment plus cette question. Dans mon adolescence, je me sentais complètement à côté de la plaque et donc, pas validée socialement. Je ne me reconnaissais pas dans les désirs des gens autour de moi. Je ne m’habillais pas de la même façon que les filles de mon âge. Je sentais qu’il ne fallait pas sortir des rails pour ne pas prendre le risque d’être visible pour de vrai.

Tu ne te sentais pas visible ?

Si. Je n’avais pas de problèmes avec le fait d’être moi-même. Par contre, je m’en suis plein la gueule d’être ainsi.

Devenir artiste t’a aidé à t’intégrer ?

Le luxe phénoménal que j’ai, c’est qu’en tant qu’artiste, on me demande absolument l’inverse. J’ai le droit d’être qui je veux être et d’être absolument moi-même. On me paye et on paye pour venir voir la personne que je suis moi. Ce sont ma musique et mes mots et ce n’est absolument pas interchangeable.

La Zaza Fournier de la scène est la même que la Zaza Fournier de la vraie vie ?

Maintenant, il n’y a pratiquement plus d’écart. Quand j’ai commencé il y a 10 ans, il y avait un décalage évident. A 23 ans, je me sentais 10 fois plus moi-même sur scène que dans la vie. Allez, je vais plus loin. J’avais l’impression d’être moi puissance 1000.

La première fois que je t’ai interviewé, pour ton premier disque, je t’ai trouvé très timide.

Bien sûr. A 23 ans, j’étais encore une enfant. Tout était nouveau pour moi et je ne me sentais pas légitime.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorEn 2018, quand tu es applaudie sur scène, tu as l’impression d’être le maître du monde ?

Non, il ne s’agit pas de ça. J’ai juste l’impression d’avoir le pouvoir du temps. C’est grisant d’avoir une heure et demie où c’est moi qui malaxe l’espace et l’air.

Tu veux mettre en mouvement les sens des spectateurs ?

Quand ils le permettent. C’est plus que grisant, c’est carrément addictif. Je partage parfois plus avec le public qu’avec les gens qui font partie de mon quotidien.

Le déluge, c’est un spectacle musical ?

Oui, il y a autant de textes que de chansons. Il se passe beaucoup de choses, mais on ne sait jamais ce qu’il va se passer au tableau d’après.

Tes années de comédienne t’ont servi pour ce spectacle ?

Comme j’ai commencé le métier de chanteuse par accident, il a fallu que je travaille sur ce sentiment de légitimité. J’ai mis 10 ans à accepter tous mes endroits. Je fais des chansons depuis toujours, mais je sais que je ne suis pas une grande musicienne. L’écriture est centrale dans mon travail. Ce qui m’intéresse, c’est d’être dans l’incarnation.

Tu aimes transcender le réel ?

Oui, parce que je m’en fous du réel quand je vais au théâtre ou au concert. J’ai besoin d’être surprise. Je ne veux pas voir ce que j’avais prévu de voir.

Le réel, tu l’aimes bien ?

Ça dépend. Je suis très attentive à trouver de la joie dans la vie. C’est presque ma mission. Je pense que je suis fatigante parce que je suis capable de tricher pour inventer un peu de joie. J’essaie de me concentrer sur le sublime du quotidien.

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Zaza Fournier avec ses deux musiciennes, Diane Villanueva et Juliette Serrad.

(Photo : Raphaël Neal)

Un artiste a-t-il une mission ? zaza fournier,le déluge,interview,mandor

L’artiste doit témoigner du monde tel qu’il est. Quand on monte sur scène, nous avons la responsabilité d’avoir un truc à dire. C’est un métier. Les gens payent et prennent de leur temps pour venir te voir.  La mission, c’est d’avoir travaillé.

Le #metoo correspond bien aux propos que tu tiens dans ton spectacle, mais c’est une coïncidence ?

Oui. Mes obsessions sont les mêmes depuis 10 ans, donc, on ne peut pas dire que je suis ce mouvement. Je ne cesse de parler de la tentative de vivre ensemble, de vivre avec l’autre.

Faut-il se laisser aller à son propre désir ?

Qu’est ce que la fidélité ? Nous sommes des êtres en capacité d’être troublés en permanence. Il y a des interactions physiques incontrôlables. Nous sommes tous sujets à ça. Pour lutter contre, certains finissent dans le déni absolu parce que le poids moral est le plus fort. Ma théorie est que c’est une émotion sublime d’être troublée par l’autre. Il y a des gens qui passent leur vie à se taper sur la gueule, il y a des guerres à travers le monde, alors quand je me sens troublée par quelqu’un, je ne pense qu’à l’amour du prochain. Après chacun fait ce qu’il veut de cette émotion-là, mais je la trouve extrêmement précieuse. Je tiens à dire que mon spectacle ne dit pas quoi faire avec cela.

Le teaser du Café de la Danse, le 13 novembre prochain.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorTu poses de nombreuses questions dans le spectacle, mais, effectivement, tu ne donnes pas forcément les réponses.

Mes réponses bougent. Tout est une question de contexte dans la vie, c’est pour ça que je ne peux pas faire de généralité. Je ne peux donner que des réponses en rapport à ce que j’ai vécu moi à tel moment de ma vie. Il faut juste se dire qu’il n’y rien d’irréversible. Est-ce qu’être ensemble, ce n’est pas d’abord être avec soi-même? C’est la grande question.

C’est un spectacle très féminin.

C’est normal. Nous sommes trois femmes sur scène. Mais, je pense que mes chansons pourraient toutes être chantées par des hommes. J’ai eu des conversations avec des hommes qui se sentent concernés par ce que je raconte et d’autres qui sont en résistance totale.

Avec Le déluge, tu lâches les chiens ?

C’est génial.

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Pendant l'interview...

Tu te sens apaisée ?

Non, pas spécialement, parce que ce sont des questions que j’ai résolu avant de les évoquer. C’est la première fois de ma vie que je me sens aussi alignée avec ce que je suis aujourd’hui. D’être absolument moi-même, ça me donne une sensation de super pouvoir.

La légitimité dont tu me parlais tout à l’heure, tu l’as maintenant ?

C’est une question que je n’ai pas résolu. Je sais que j’ai une place et j’ai conscience de ce que je sais faire. Mais je ne suis pas dupe sur mes faiblesses et ce n’est pas toujours facile à assumer. Je ne me sentirai jamais une musicienne incroyable, en même temps, je n’ai jamais travaillé pour ça. Je ne me suis jamais enfermée 15 heures par jour pour faire de la musique parce que cela n’est pas ce qui m’intéresse.

Quel rapport as-tu à la langue ?

Je ne m’excuse jamais de ce que j’écris. C’est peut-être l’endroit où je me sens le mieux. Je me sens autrice. Un musicien virtuose n’a pas de problème pour ce définir comme tel, mais il peut devenir baba devant quelqu’un qui fait des chansons simples et qui improvisent parce qu’eux ne parviennent pas à ça.

Avec tes deux musiciennes, vous êtes sur la même longueur d’onde ?

On adore ce spectacle parce qu’il n’est pas confortable.

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Le 15 octobre 2018, après l'interview.

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05 novembre 2018

Liz Van Deuq : Vanités

(c) Stéphane Merveille.jpg

(Photo : Stéphane Merveille)

lizvandeuq-merveille7.jpgL’espiègle Liz Van Deuq n’y va pas toujours de main morte. Écriture subtile, sensible, elle dit beaucoup de choses « mine de rien ». Elle envoie sous son air enjôleur quelques scuds bien sentis sur la vie, sur la sienne et notre jolie société irréprochable (ironie). Sous des airs de pianiste/chanteuse de formation classique, elle se dévoile rapidement en concert comme un personnage à double facette, la diva punk expulsant en une seconde la trop sage diplômée du conservatoire.

Après un premier album très remarqué et une tournée de deux ans, Liz Van Deuq  revient avec un nouvel album, Vanités. La sortie de ce disque est associée à une tournée 2018-2019. Pour ce nouveau projet, elle s'accompagne du label Neômme (Amélie-les-crayons), du distributeur L'Autre Distribution, de la salle Les Bains Douches (Lignières 18) et d'une solide réputation scénique.

(Pour en savoir plus sur cet album, l'excellente critique du siteNos Enchanteurs signé Michel Kemper).

(Toutes les photos professionnelles en studio sont signées Stéphane Merveille.)

J’ai donné rendez-vous à la chanteuse dans un café de Pigalle, le 18 octobre dernier, la veille de la sortie du disque. Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’elle n’a pas la langue dans sa poche… et c’est tant mieux.

Biographie officielle :

Pianiste au touché rugissant, Liz Van Deuq est au cœur d’un piano-solo qu’elle mène au doigt et à l’œil. De son tempérament vigoureux et ultra-sensible, l’artiste fait exploser les barrières de la chanson en nous promenant, entre poésie éclairée et humour acidulé. Un spectacle qui manie la dextérité ; autant dans l’écriture des textes que dans son jeu de piano bien personnel.

Anna-Liz est son premier album. Il reçoit en 2015 le Prix Georges Moustaki, le prix de l‘ UNAC-SACEM (Union Nationale des Auteurs Compositeurs) ainsi que le Prix de la Ville du Mans. En 2015, la ville de Nevers attribue aussi à Liz Van Deuq une médaille d‘honneur pour la chanson Nevers with an «S». Un EP - 6 titres piano-voix est sorti en 2016, Musique de chambre. Son deuxième album Vanités est sorti le 19 octobre LizVanDeuq_Vanites_Cover_Square_rvb.jpg2018 chez Neômme / L'Autre Distribution.

Le disque (argumentaire officiel):

Vanités sort avec une couleur musicale plus « British », moderne et pop. C'est le duo de réalisateurs lyonnais JMZ/Sarro qui s'est attelé avec Liz à fabriquer ces textures et ambiances aériennes ou robotiques à coups d'expérimentations, pianos traités, bandes passées à l'envers, et autres alchimies musicales. En ressort un album enveloppant, où les mélodies superbes de la chanteuse sont sublimées par un habillage automne-hiver extrêmement séduisant.

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(Photo : Stéphane Merveille)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorInterview :

Tu as commencé le piano à l’âge de 7 ans. C’est tôt.

Oui, mais je ne fais pas partie des prodiges non plus. Je ne suis pas une grande technicienne de l’instrument.

Tu as pourtant cette réputation-là dans le métier.

Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être que c’est parce que le piano est mon accompagnateur constant. Il y a sans doute une attente du public pour qu’il y ait quelqu’un de virtuose… mais ce n’est pas moi (rires). En chanson, la place à la virtuosité musicale est moindre. On n’est pas là pour ça, je crois.

L’envie de faire de la chanson est très vite arrivée ?

Disons que j’ai commencé à 24 ans, ce n’est pas si tôt que cela. Avant, j’étais claviériste pour des groupes. Accompagnatrice est d’ailleurs une place que j’aurais envie de reprendre, même aujourd’hui.

Comment as-tu découvert la chanson française ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

J’étais journaliste dans une radio associative. Mais j’étais aussi programmatrice et je passais beaucoup de temps à écouter les disques que nous recevions. J’ai eu de la curiosité plus profondément pour les textes un peu plus tard, mais je me suis quand même rendu compte qu’il y avait une certaine pauvreté dans les paroles des chansons, même si la musique était bonne. Je me suis dit que mes chansons avaient peut-être une place dans ce milieu…

Dans ce que tu recevais à la radio, il n’y avait vraiment pas d’artistes intéressants textuellement ?

Si, bien sûr. Je faisais là une généralité. Il y a 10 ans, j’ai reçu le disque de Claire Diterzi, Tableau de chasse. C’est en tout point une merveille. Cette chanteuse instrumentiste est libre, ses paroles sont originales et elle a une façon de chanter unique. Il y a aussi des artistes comme Agnès Bihl que je trouve formidable. Elle propose de la bonne chanson engagée comme on n’en fait pas si souvent. J’aime aussi beaucoup Jeanne Cherhal. Je me sens proche de son travail.

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En  2015, Liz Van Deuq, la gagnante du Prix Georges Moustaki de cette année-là interviewée par Thierry Cadet et moi-même. (Photo : Marylène Eytier-Aubondeclic.com)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorJe trouve que tu as un style tout à fait personnel. C’est difficile de s’extraire des influences des artistes que l’on admire ?

Ça se passe un peu malgré nous. Par inconscience, par impression, par mémoire tout simplement. La mémoire inconsciente mémorise beaucoup de choses, il faut donc essayer de ne pas être dans la répétition et le mimétisme. Personnellement, je n’invente rien non plus. Mes harmonies sont assez simples.

Quelles sont les différences entre ton premier album, Anna-Liz, et celui-ci ?

Elles sont plus dans la réalisation, dans la manière d’enregistrer les instruments et la manière d’y aller directement dans les synthés et les boites à rythmes. Harmoniquement, je suis restée sur du conventionnel.

Dans le titre « Le wifi ou dieu », on est carrément sur du slam, là !

Dans cette chanson, ce qui est marrant, c’est qu’on ne sait pas vraiment où on va… On est dans un état émotionnel.

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Liz Van Deuq au Pic d'Or 2016 (photo : Cédrick Nöt).

Que s’est-il passé dans ta tête pour faire une corrélation entre dieu et le wifi ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

C’est débile (rires). J’étais dans un bus, fatiguée, je ne sais pas pourquoi, je me suis dit qu’il y avait plein de points communs entre le wifi et dieu. C’est un peu la même chose, sauf que le wifi, c’est pour les jeunes et dieu, pour les vieux. Chacun son placebo. Il y a une sorte de rite entre les jeunes qui sont derrière leurs écrans et la génération de mes grands-parents qui sont dans le rite d’aller à la messe et de retrouver régulièrement, eux aussi, une communauté. C’est marrant, j’en parlais à quelqu’un qui m’a indiqué qu’il existait une expression : « Google God ». Google est dieu car il sait tout. C’est ça : la connaissance aspirée par le web ou la connaissance par dieu… c’est une théorie qui fonctionne.

(Aparté mandorien : ce matin j’ai appris dans un quotidien qu’un nouveau jeu arrivait sur les écrans. Après Pokémon Go, voici Follow Jesus Christ Go. L’Eglise catholique s’inspire du jeu qui permet de chasser des créatures Pokémon en réalité augmentée, avec cette appli en mode « biblique », où l’on capture dans les rues Jésus, Moïse ou Saint Thomas…)

Il y a des chansons où tu t’amuses vraiment avec les mots. C’est le cas de « Le béguin » par exemple.

Celle-là, j’ai mis deux ans à l’écrire. Je pensais la faire en duo avec un copain, mais en fait, elle marche toute seule. Je ne regrette pas d’y avoir passé autant de temps parce qu’aujourd’hui j’en suis satisfaite.

Clip de "Supporter".

Dans « Supporter », tu te moques de la « beauferie » de certains.

Je comprends cet engouement pour le foot, mais je trouve que c’est une attitude moutonnière un peu vide de sens.

« Disque dort », c’est une pointe d’ironie sur l’industrie du disque ?

Les plateformes d’écoute de disques en streaming et certains réseaux sociaux gagnent beaucoup d’argent sur le dos des auteurs et des compositeurs. A la SACEM, ils disent qu’il y a au moins 15% de ce qui circule sur Internet qui est de la culture. Le titre est payé 0,07 centimes. Pour m’acheter une baguette, il me faut au moins 1000 écoutes. Ça ne nous rapporte rien et ça tue la profession. Ça tue aussi l’entente qu’il y avait entre l’artiste, les producteurs de disques, les managers... beaucoup n’ont plus de boulot à cause de ça. On s’est fait avoir, alors que je suis certaine que les gros groupes savaient ce qui allait nous tomber dessus.

Parfois, tu n’as pas envie de baisser les bras ?

Si. Tous les jours. Je n’ai aucune certitude, je reste lucide, alors je profite de chaque instant que m’apporte ce métier.

Ecrire une chanson, c’est facile pour toi ?

Je suis hyper précautionneuse et laborieuse vis-à-vis des chansons que j’essaie de bâtir. Je peux mettre des années à être convaincue d’une chanson. La plupart de celles qui sont dans ce deuxième album ont eu deux-trois années de taillage, de polissage. Je considère une chanson comme mon bébé, alors je dis à mon équipe d’en faire très attention (rires).

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(Photo : Marisa Winter)

C’est sérieux de faire une chanson ?

Oui, c’est sérieux. Je veux que mes chansons me plaisent et qu’elles aient de l’originalité, que ce soit au niveau de la musique, des textes et de la facture.

Il faut que les chansons soient aussi faites pour la scène.

Le disque est une chose. La scène, c’est comment on assume la fluctuation d’énergie, en fonction des tempos, en fonction de l’enchainement.

Tu as étudié la théorie musicale dans différentes universités.  Ça t’a beaucoup servi pour écrire.

Oui, pour la question du vocabulaire, du côté précieux et sérieux de la chose. La théorie musicale, c’est bien pour pouvoir définir les choses. Moi, je me raconte mes histoires et ma manière de faire des chansons avec cette théorie-là, ce qui ne m’empêche pas de ne pas être très académique.

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorQuand on apprend des théories officielles, a-t-on justement envie d’en sortir ?

On est là pour ça. Aujourd’hui, le gars qui fait des chansons comme Georges Brassens et qui pense que c’est ça la modernité, je pense qu’il se plante. Je ne comprends pas le succès de la plupart des chansons que j’écoute dans les médias. C’est trop glucose pour moi. J’ai l’impression que c’est écrit en français pour les quotas. Dans la catégorie dans laquelle je suis, nous sommes nombreux à faire attention, mais on ne nous entend pas trop en radio.

Il y a des sujets que tu n’aborderas jamais ?

Oui. La politique. Je ne me sens pas prête non plus pour la chanson engagée. L’engagement fort, militant, s’il n’est pas étayé sur le sujet, ça n’a aucun intérêt. C’est comme si on faisait un communiqué de presse pour dire qu’il faut arrêter la pollution, sinon, on est tous morts dans quelques années. S’il n’y a pas des gens qui disent qu’il faut réduire nos déchets et qu’il faut arrêter de rouler comme des cons dans des bagnoles, ça ne sert à rien.

Tu fais beaucoup de concerts, j’ai remarqué.

Oui. Des petites et des moyennes jauges. J’ai la chance de pouvoir vivre de mes spectacles. La sortie de l’album va relancer l’intérêt que l’on peut déjà me porter.

Avec cet album plus pop, plus moderne que le précédent, est-ce que tu vas changer la configuration de tes concerts ?

Je continue à me présenter sur scène souvent seule au piano, mais j’ai une petite machine en plus avec moi…  petite,  mais elle fait pas mal de trucs. Je reste un personnage derrière son piano, absolument pas planqué derrière des synthétiseurs à lancer des trucs qui le dépassent. Cela reste des concerts intimistes.

J’ai lu quelqu’un dire de toi que tu es « moqueuse, tendre, pince-sans-rire et très légèrement dérangée ».

Je suis un peu critique, mais je dis les choses en douceur. Quant à « pince-sans-rire », je l’entends beaucoup parce que c’est vrai. Par contre  « très légèrement dérangée », uniquement sur scène, pas dans la vie. C’est l’effervescence de me présenter devant des gens qui me fait accentuer mon comportement, je pense.

Je t’ai croisé deux fois. La première au Prix Moustaki 2015, que tu as d’ailleurs remporté et laliz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor seconde au Pic d’Or en 2016. J’avais l’image de toi, un peu timide.

Peut-être que c’est parce que je suis quelqu’un qui ne prend pas sa place tout de suite. Moi, je n’aime pas les gens qui parlent fort et très longtemps. Ca me dérange. Je ne m’impose jamais en société.

Ton vrai prénom est Vanessa. Doit-on considérer que Liz est un personnage ?

Oui. C’est un personnage, un habit, une manière d’être. Je ne veux pas que les gens s’ennuient et Vanessa est un peu ennuyeuse, alors je me transforme en Liz. Il y a tellement de constructions et de recherches dans mes chansons et mes spectacles que je ne peux pas y aller en moi simplement. Je veux être libre de dire ce que je pense et que cela rejoigne des gens.

Tu es contente de ce disque ?

Oui. Je suis aussi contente de ne pas l’avoir fait toute seule. J’ai fait les arrangements et il y a eu quatre regards dessus. Les deux arrangeurs, JMZ et Sarro, Bruno Cariou, de mon nouveau label Neômme, et le mien. 

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Le 18 octobre 2018, après l'interview.

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03 novembre 2018

Koutla : interview pour son album Sur les bords

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Après un 1er EP 7 titres (À la vôtre en 2015), Koutla sort un premier album comptant 14 titres, Sur les bords. Première constatation, cet artiste d’origine guadeloupéenne devient de plus en  plus rock, même si certains titres sont encore très intimistes. On le sent à fleur de peau, mais je vous le dis tout net : ce disque engagé, enragé est surtout un concentré d’émotion et de profondeur.

Cela fait 18 ans que Koutla est dans la musique. Il s’est pas mal cherché artistiquement, mais aujourd’hui, incontestablement, il s’est trouvé.

Nous nous étions rapidement croisé au Pic d’Or 2016, mais là, j’ai souhaité le mandoriser. J’avais l’étrange sensation de passer à côté d’un artiste de qualité. Bref, Koutla m’a donné rendez-vous le 12 octobre 2018, dans son fief parisien, un rade que je ne connaissais pas, mais dans lequel j’ai senti de l’énergie positive. Il s'appelle "La liberté".

Biographie officielle (mais raccourcie) :koutla,sur les bords,interview,mandor

Début 2000, Koutla se lance dans la musique. Il intègre l’univers du Dancehall et du reggae. Il écrit alors ses premiers textes. Quelques années plus tard, il rejoint le collectif Bad Side Crew, constitué de compositeurs et de chanteurs. Lors de cette période, il participe à des mixtapes et se produit sur plusieurs scènes. Après deux années d’expériences et d’enrichissement musical, le groupe se dissout. Koutla continue d’écrire et décide de poursuivre la musique en solo : guitare/voix. Le Dancehall disparait peu à peu de son registre. Petit à petit, son univers musical change, en s’influençant de styles musicaux variés qu’il écoute au quotidien : Sizzla, Mano Solo, Renaud, Brassens, NTM… Son morceau intitulé « Grève » (2010) ouvre une nouvelle page dans sa vie artistique. Ce titre marque un nouveau style d’écriture basé sur son expérience personnelle, au travers duquel il dévoile une partie de lui-même. Sa composition en est également changée, et dès lors, il crée son véritable univers musical, qui appartient désormais à la chanson française.

koutla,sur les bords,interview,mandorInterview :  

Tu sors un disque avec 14 titres très variés. Le premier morceau, « Sur les bords », est très rock et il ne me semble pas que ce soit dans tes habitudes.

Ça découle des nombreux live que je faisais avec mes musiciens de l’époque. Après mon premier EP, A la vôtre, on a monté un groupe et on avait tendance à aller vers le rock. Pas pour toutes les chansons, mais quand même.

Ton album est un cri du cœur ?

Toutes mes chansons le sont. La musique ça doit être un cri du cœur.

Comment te viennent les idées de chansons ?

J’ai l’impression que l’on me parle quand j’écris. Les mots viennent à moi. Je ne sais pas expliquer cela.

En tout cas, tu écris beaucoup dans des bars.

Ici, précisément à la table où nous sommes, j’ai écrit quelques morceaux. J’aime bien écouter les gens. Il y a quelques énergumènes qui passent et qui m’inspirent. Les gens m’inspirent. Mes chansons, sont comme de la peinture… des portraits.

Clip de "Geronimo".

 « Geronimo » parle de la désespérance d’un artiste et de sa remise en question.

Oui, notamment. Je me remets en question tout le temps. C’est pour ça que j’ai besoin d’écrire de nouvelles chansons en permanence. Je veux toujours faire mieux que les précédentes. Dans « Geronimo », je laisse sortir mon côté guerrier que j’ai un peu.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pas pour l’argent, sinon, ça fait longtemps que j’aurais arrêté (rires). J’en ai besoin, c’est tout. Evidemment, j’ai envie que mon travail soit reconnu et ça, ça prend beaucoup trop de temps. Je suis un peu pressé. Cet album a mis du temps à sortir parce qu’il y a beaucoup de gens sur le projet. Il y a 14 musiciens, alors tu imagines le boulot.

C’est énorme 14 musiciens !

J’ai voulu que ça joue vraiment. Cela dit, toutes les chansons peuvent être chantées en guitare-voix, mais elles n’ont pas le même impact. Je pense que c’est un bon disque. Un disque qui a des couilles.

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Koutla au Pic d'Or 2016 (photos : Cédrick Nöt)

koutla,sur les bords,interview,mandorTa voix, au Pic d’Or, me rappelait celle de Mano Solo. Ce vibrato que tu avais est atténué dans le disque.

Je n’ai pas appris à chanter comme ça. Ma voix chante ainsi naturellement pour faire passer les émotions. Bien sûr, Mano Solo est un de mes repères, comme Renaud… Parfois, on me dit que ma voix ressemble à celle de Bertrand Cantat. Moi, quand je m’écoute, je ne vois pas le rapprochement.

Tu es d’origine guadeloupéenne,  j’imagine que chez toi, on n’écoutait pas forcément de la chanson française. Pardonne-moi mon énorme cliché.

Mais tu as tellement raison. On écoutait pas mal de zouk. Mes parents ne sont pas mélomanes et je n’ai aucune éducation musicale. Je me suis fait musicien tout seul. J’étais très curieux, alors un jour, je me suis dit que j’allais écouter Brassens, Renaud, Brel et quelques autres. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Le truc c’est de faire attention à ne pas trop avoir d’influences marquées?

Il faut savoir devenir soi, c’est certain. Maintenant, ce que tu as beaucoup écouté est là en toi, tu ne peux pas y échapper.

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En 2017, Koutla, une des trois étoiles espoirs du Parisien.

Est-ce que tu te sens dans une famille musicale ?koutla,sur les bords,interview,mandor

Non. A Paris, je suis allé voir beaucoup d’artistes de ma génération sur scène, mais je me suis rendu compte que personne ne venait me voir. En arrivant dans ce milieu-là, je pensais qu’il y aurait du partage entre artistes. Moi, j’ai toujours envie de travailler avec plein de monde. J’aime l’émulation que cela provoque. Tout le monde ne doit pas être dans la même démarche et ce n’est pas grave.

Ne penses-tu pas que le fait que tu sois noir, que tu portes des dreadlocks et que tu chantes de la chanson française à texte puisse perturber ton auditoire ?

Si. C’est l’histoire de ma vie. Je suis déjà arrivé dans des endroits où on n’avait pas écouté mon disque et c’était marqué : Koutla, reggae. En même temps, j’aime bien que les spectateurs soient surpris. 

"A quoi tu mens".

koutla,sur les bords,interview,mandorQue représente la chanson pour toi?

Il n’y a rien de sérieux dans la musique. Quand j’écris, là, oui, c’est sérieux. Je suis limite autiste. Je suis dans ma bulle et je n’en sors pas facilement. Après avoir digéré une chanson, je considère que tout ça n’est qu’une blague. La chanson, c’est du divertissement. Même la chanson triste. Quand tu regardes un film triste, c’est du divertissement.

On a tendance à trop intellectualiser la chanson ?

Oui. A commencer par moi. Cela m’arrive de me surprendre à raconter mes chansons sérieusement. Mais quand je fais le bilan, je rigole.

C’est quoi la thématique principale de ton œuvre ?

Je parle d’amour et de poésie. Quand je dis poésie, c’est ce qu’il me semble être beau. Parfois, je ne comprends pas un de mes textes, ou alors après coup. Sur d’autres, j’ai des lectures différentes. Pour moi, une chanson, ce sont surtout des émotions, du son et des vibrations.

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01 novembre 2018

Françoise Bourdin : interview pour Gran Paradiso

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françoise bourdin,gran paradiso,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorNée à Paris en 1952 de parents chanteurs lyriques, Françoise Bourdin est plongée dès son plus jeune âge dans le monde artistique. Passionnée d'équitation depuis l'adolescence, elle l'est aussi par la littérature. Elle commence, dès quinze ans, à écrire des nouvelles et publie son premier roman, Les Soleils mouillés, à l'âge de vingt ans. Plusieurs grands succès littéraires font d'elle une romancière reconnue. Elle a également signé de grandes sagas télévisées à succès : Un été de canicule et Terre indigo. Mère de deux filles, Françoise Bourdin vit en Normandie. Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan daté des mois de septembre/octobre 2018, j'ai interviewé à la fin du mois d'août l'auteure pour évoquer son nouveau roman, Gran Paradiso.

 

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Photo datant du 3 juin 1999 à Radio Notre Dame… (donc 19 ans avant cette interview).