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20 novembre 2018

ÜGHETT : interview de Diane Villanueva et de Goulwen Courtaux pour l'EP Nectar"

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(Ella Hermë)

Diane Villanueva, Goulwen Courtaux, et Harold Kabalo sont les trois membres du groupe electro pop Üghett. C’est lors des 47e Rencontres d’Astaffort que j’ai rencontré la chanteuse de cette formation. Tout de suite, j’ai remarqué cette jeune femme à la forte personnalité aussi charismatique que sympathique. Nous avons fait connaissance et elle m’a fait découvrir Üghett. Je lui ai promis qu’à notre retour à Paris, je la contacterais pour une mandorisation. Ainsi le 6 novembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Diane et Goulwen (Harold étant excusé en Bretagne) dans un bar de la Gare du Nord.

Leur premier EP, Nectar sortant le 23 novembre prochain (dans 3 jours) et leur Release party étant le 28 novembre au Klub,  je publie l’interview aujourd’hui.

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloBiographie officielle :

Ce trio musical aspire l'air du temps et se l'approprie au gré de leurs compositions singulières. Le groupe Üghett fait un remous libérateur et décadent dans l’immense océan de la chanson. Puissant, cocasse et léger à la fois, des vibrations résolument techno et dance promettent de semer un agréable trouble dans les eaux calmes où se reflètent tant de mélodies consensuelles. Voilà un ouragan de bonnes ondes à la rythmique joviale et décomplexée impulsée par la voix de Diane, une diva excentrique au charme électrique, de Goulwen, le geek des synthés et d'Harold, un Dj aux influences électro et tribales. La fusion humaine et artistique est immédiate. Unis par une indéfectible amitié, ils forment un trio idyllique. Le groupe nait d’un délire entre potes où les idées saugrenues jaillissent et se muent en projet sérieux. Üghett fut l’enfant divin qui naquit d’un fruit semé dans ces trois esprits déjantés. Se ranger dans une case ? Pas question. A travers l’identité du groupe, le voyage dans le temps est garanti. Là où la techno underground fait écho, l'influence des Rita Mitsouko prend tantôt le dessus, en passant par la grivoiserie très 60’s de Colette Renard. Tabous au placard, le trio démarre une route artistique sans embûches, se passant de la bienséance et du politiquement correct. Üghett scande une ode au sexe avec une subtilité hilarante. Ajoutez à cela des sets travaillés avec précision, entre sons organiques et voix érotiques.

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(Photo : Ella Hermë)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloInterview :

Dans quel contexte avez-vous fait connaissance ?

Goulwen : Diane et moi nous sommes rencontrés avant de connaître Harold. J’étais à la recherche d’une chanteuse à cette époque-là pour monter un groupe. MaJiKer, qui a bossé avec Camille et sur le précédent disque de Zaza Fournier, m’a dit qu’il connaissait bien une bonne  chanteuse qui recherchait un projet. Il a considéré que ça pouvait « matcher » entre nous. Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois à une terrasse de café pour faire connaissance. C’est amusant, car nous étions très prudents, vraiment en mode observation l’un et l’autre. La semaine d’après, nous nous sommes revus chez moi et on a commencé à parler « prod » ensemble.

Diane : On a commencé ce projet, qui n’était pas Üghett, mais ça ne nous convenait pas encore tout à fait. On voulait un DJ pour ramener cette force electro. On a rencontré Harold, parce que c’était son truc. Il a fait partie d’une des premières vagues de techno française. Avec lui, on a donc construit Üghett il y a deux ans. On est complètement reparti à zéro. Les garçons m’ont poussé à écrire en français, alors qu’avant, je n’écrivais qu’en anglais. Ils m’ont mis en confiance pour que je me jette à l’eau, parce que je ne croyais pas vraiment en mes aptitudes à utiliser notre langue pour écrire des textes.

Vous vous  êtes cherchés un peu pour trouver le style d’Üghett ?

Goulwen : Nous nous sommes cherchés avant Üghett. Nous avons décidé d’aller une semaine chez Harold en Bretagne dans sa maison pour monter un projet tous les trois en nous disant que s’il n’y avait rien de concret pendant ces 7 jours, on allait passer à autre chose. Dès le premier jour, on a créé « Enfin je m’abandonne ». On a compris que c’était bon. C’était comme une évidence de travailler tous les trois.

Clip de "Enfin, je m'abandonne".

Vous vous êtes accordés sur une direction musicale, un style. Lequel ?

Goulwen : Techno, chanson française avec des textes qui correspondent à Diane. C’est une femme qui a un caractère prononcée et une histoire forte. Nous voulions qu’elle porte ce projet avec sa sensibilité et les propos qu’elle a envie de tenir.

Diane : Ensemble, il n’y avait plus de compromis, contrairement à notre ancien projet. Par contre, on a mis longtemps pour créer les autres chansons parce que nous étions pointilleux sur le son, la forme et le sens.

Au moindre détail qui ne plaisait pas à un autre, vous abandonniez la chose ?

Diane : Non. On tournait autour. Nous tentions de trouver la bonne clef en testant les choses, en chamboulant, en restructurant… On a toujours trouvé la solution parce que l’on se connait bien. Pour moi, Goulwen et Harold, ce sont mes deux frères. On s’entend admirablement.

Goulwen : Je ne comprends pas comment on peut travailler dans la douleur, dans la souffrance. Pour faire de la musique, on a besoin d’être bien dans nos vies et bien ensemble.

Diane : C’est pour cela que nous nous sommes isolés chez Harold. Dès 9 heures, nous bossions toute la journée en asseyant d’être assez carrés. Après une session de création, on se faisait des supers bouffes avec de bons produits locaux. C’est idiot, mais ça nous mettais dans un état de kiff total.

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Goulwen, l’argumentaire de presse te présente comme « geek des synthés ».

Goulwen : Je suis passionné par les synthétiseurs. J’aime passer du temps à faire des sons. J’ai une grande connaissance des synthés des années 70 jusqu’à ceux d’aujourd’hui.

Il parait que les premiers synthés étaient les meilleurs. C’est vrai ?

Goulwen : Oui et non. On  parle d’analogique et de numérique. Je compose indifféremment avec les deux. Avec les synthés d’avant, il y avait le charme de l’époque, mais aujourd’hui on réédite les synthés d’il y a 30 ans, mais en mieux, avec des mémoires…

Quand on écoute tes paroles Diane, on comprend vite que c’est un peu provocant, très charnel, sensuel…

Diane : C’est assez drôle parce qu’en fait, elles ne sont pas toutes de cet ordre-là quand tu écoutes l’EP. Dans l’album, il n’y aura pas que des chansons de cul, parce que j’ai beaucoup à dire. Mais pour celles dont tu parles, qui sont des chansons de culs élégantes, elles sont venues un peu comme ça. Il y a d’ailleurs toujours une double lecture. J’aime l’idée d’avoir pensé à quelque chose en écrivant un texte et qu’une autre personne va penser à une autre chose en l’écoutant. Par exemple, j’ai écrit une chanson, « Amour tannique ». Certains qui l’ont écouté pense que je parle d’amour ou de cul, mais pas du tout. Je parle de l’amour du vin. Tout le lexique que j’utilise est celui qui concerne le vin.

C’est ça la magie d’une chanson.

Diane : C’est ça qui me plait en tout cas. J’essaie de laisser une place à l’imaginaire des autres.

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(Photo : Victor Steve)

Ce sont des chansons féministes ?

Diane : C’est compliqué de dire ça parce que j’ai certaines idées, mais je ne veux pas rentrer dans des débats trop poussés ou extrémistes sur la condition de la femme. Je ne suis d’ailleurs pas sûr qu’une féministe apprécie le texte de Colette Renard que nous avons repris, « Les nuits d’une demoiselle ».

« Enfin je m’abandonne » aussi pourrait énerver quelques féministes.

Goulwen : Ceux qui trouvent ces chansons dégradantes pour la femme n’ont rien compris. C’est tout le contraire ! Dans ces deux titres, ce sont des femmes qui parlent, elles ont le droit elles aussi d’aborder ces sujets, d’assumer leurs désirs en les revendiquant. De sortir ces morceaux-là maintenant, nous trouvons que ça a du sens.

D’ailleurs, expliquez-moi pourquoi vous avez repris cette chanson « licencieuse » datant de 1963 ?

Diane : J’écoute cette chanson depuis que je suis pré-ado. Je me souviens que la première fois que je l’ai entendu, j’ai explosé de rire tout en me disant « quelle bijou ! » Quand il y avait du monde chez moi, je la faisais toujours écouter à ceux qui ne la connaissaient pas. Comme on nous a souvent reproché de ne pas faire de reprises et que cela m’énervait, un jour, je suis arrivée avec cette chanson et j’ai demandé à Harold et Goulwen si on pouvait essayer de l’adapter. Ils ont été très motivés. On a réussi à en faire une chanson qui colle bien à notre style. 

Clip de "Les nuits d'une demoiselle".

Ce qu’écrit Diane est facile à mettre en musique ?

Goulwen : Je ne peux pas te répondre parce qu’à 80%, on fait d’abord la musique en partant parfois d’une thématique, après ça inspire des paroles à Diane.

Diane : Je peux avoir des bouts de textes, des idées de chansons, je me dis que je peux les développer parce que ça me parle avec le son qu’Harold et Goulwen me proposent.

Vous travaillez les textes et la musique ensemble ?

Diane : Goulwen et Harold composent les premières idées sans aller trop loin, moi j’écris de la même façon. Ensuite, on va en studio et on développe tout ensemble.

Goulwen : Parfois quand Diane cale sur un mot, elle nous demande de l’aide ou un conseil. C’est vraiment du travail commun.

Diane : Ce tricotage à trois nous permet d’avoir du recul sur ce que l’on fait. 

Quel est le rôle d’Harold, le DJ de la bande?

Goulwen : Il compose comme moi. Sur la musique, on essaie d’être aussi actif l’un que l’autre. On vient d’envoyer une dernière fournée de productions à Diane. On a dû faire cinq compositions chacun. Nous sommes très à cheval sur le fait de travailler autant les uns que les autres.

Diane : Pour la SACEM par exemple, on va jusqu’à déposer nos chansons en divisant en trois.

Goulwen : Les gens de chez BMG, qui nous éditent, nous ont dit que c’était ainsi que l’on évitait la discorde au sein d’un groupe.

Diane : Ils étaient contents que l’on règle le problème de nous-même.

Comment BMG vous a connu ?

Diane : Ça s’est passé aux Studios des Variétés. Au début d’Üghett, on a été en résidence un an chez eux. En 2017, ils ont organisé un speed meeting consacré aux Directeurs Artistiques. C’est ainsi que j’ai rencontré Sylvain Gazaignes, Directeur Artistique chez BMG. On s’est très vite bien entendu. Une semaine après, tous les trois, nous sommes allés le voir dans son bureau. On a signé trois mois après.

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(Photo : Ella Hermë)

Vous trouvez que les choses vont vite pour Üghett ?

Goulwen : Pour Üghett oui, mais ça fait des années que tous les trois nous sommes dans la musique. Il est temps que ça bouge un peu. Avec Üghett, les choses s’enclenchent vite, en effet.

C’est parce que votre projet ne peut pas laisser insensible. Il est insolent et musicalement original et moderne.

Goulwen : On a un côté OVNI. Ce n’était pas calculé, mais avec les premiers morceaux produits, on s’est vite rendu compte qu’on avait quelque chose de singulier. On peut difficilement nous comparer à d’autres groupes.

Diane : En tant que musicienne, j’écoute beaucoup de choses. Ce qui me plait dans les projets, c’est l’originalité et la sincérité. Par contre, professionnellement et médiatiquement, ce ne sont pas les plus simples à travailler. La porte n’est pas toujours ouverte à ce qui n’est pas déjà existant et référencé. Il faut pourtant que le public puisse t’identifier pour qu’il ait envie de venir te voir aux concerts. C’est le problème.

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(Pendant l'interview).

Cet esprit un peu « décadent » que vous avez fait du bien à la chanson. Est-ce que vous considérez que la chanson est un peu tristounette aujourd’hui ?

Diane : Ah ! Tu nous obliges à ouvrir un débat délicat là. Il y a des projets qui sont extraordinaires parce que c’est bien chanté et bien écrit, alors peu importe dans quel style ils sont, parce que c’est subjectif. Moi, je peux être touchée par quelque chose, même si ce n’est pas ce que je vais écouter tous les jours. Il y a tellement de styles et de voix différents qu’on peut se demander ce qu’est la chanson.

Goulwen : J’ai eu beaucoup de mal pendant des années avec la variété française, pas vocalement, ni textuellement, mais principalement à cause de la musique. Aujourd’hui, l’electro s’est vraiment injecté dans la chanson. Même les gros artistes de variété qui sont là depuis 20 ans se sont mis à ajouter de l’electro.

Diane : C’est très bien, parce que je trouve que la variété française avait besoin d’être dépoussiérée.

Goulwen : Notre génération est née avec les synthés, la techno, le rap, elle s’est donc réappropriée tout ça pour l’injecter dans sa production.

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(Photo : Rom Ain)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloÜghett, sur scène, ça donne quoi ?

Goulwen : On a une certaine facilité de passer des prods au live parce que tout est déjà dans le logiciel que l’on va utiliser sur scène. Je vais reprendre certains des synthés et Diane utilise une petite boite d’effet sur scène. On essaie de coller à ce qu’on a livré dans le disque. Mais nous voulons aller plus loin que ça, notamment dans les transitions. Même s’il y a une belle part en live, on a articulé le set comme un set DJ. On essaie de choper les gens et de ne pas les lâcher. Il n’y a quasiment aucun arrêt.

Diane : Je ne suis pas toujours sur le devant de la scène, parfois, je joue du synthé avec les garçons sans chanter, du coup, ça permet aux gens de pouvoir danser, s’éclater, sans s’occuper de la chanteuse. Si je chante sans cesse, les gens vont être occupés à me regarder, à essayer de comprendre ce que je raconte… donc, on leur offre une respiration pour leur permettre de lâcher prise.  

Le groupe est articulé autour de toi, Diane ?

Diane : Comme il y a deux garçons et une nana et que c’est moi qui chante, il y a un espèce de lead qui se crée inconsciemment.

Goulwen : C’est clair. On est un groupe, mais c’est un projet que l’on fait autour de Diane.

Diane : Ce n’est pas eux qui me font des chansons et ce ne sont pas mes musiciens, c’est un groupe à 100%. Il y a une vraie différence.

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Avec Diane Villanueva et Goulwen Courtaux, le 6 novembre 2018.

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