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17 novembre 2018

Naouack : interview de Mc Yacé pour Trop bien mais trop court

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(Photo zOz)

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand"En réponse à un Hip-hop sérieux fait de clashs et d’égotrips, les Naouack prêchent le faux pour nous mettre face au vrai. En bref, du gros son et des textes ironiques pour  nous permettre de nous agiter… mais avec le sourire.

Leur style musical s’inscrit dans un hip-hop hybride mêlant les phrasés énergiques et ironiques (voire loufoques) d’un rap alternatif, les riffs d’un rock survolté et les rythmes effrénés de l’électro ou de la dubstep. Le tout accompagné d’une bonne dose d’énergie. Les textes sont cash et dénonciateurs, teintés d’humour mais conscients." Voilà… conscients, pas engagés, pas moralisateurs (ce que je déteste par-dessus tout dans la chanson française).

Le 23 octobre dernier dans un bar de la capitale, j’ai rencontré l’un des trois Naouack, Mc Yacé, peut-être le plus turbulent et le plus sage du groupe (mais non ce n'est pas paradoxal) pour parler de ce premier album, Trop bien mais trop court.

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Argumentaire de presse officiel :

L’injonction désuète « Tu fais vraiment NAOUACK ! » prend une toute autre tournure et même un renouveau avec ce groupe « Comédie Rap » s’insurgeant sourire béant en mettant leurs fantaisies au service de la triste réalité. Ils produisent une musique à scander, à danser ou à débattre en faisant entrer le rap dans des contrées ou personne n’avait jamais encore empoigné un micro.

Ces 3 Clermontois ont déjà sillonnés la France, la Belgique et la Suisse avec plus de 280  concerts et 2 EP en 6 ans ! Ils nous reviennent en ayant franchi le cap de la singularité artistique avec ce 1er Album Trop bien mais trop court sorti en Mai 2018.

L’album : naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

On sent qu’ils ont digérés l’ironie de notre société en la dénonçant sans jamais abaisser leurs mots et même en les ouvrant à l'émotion, à la tendresse, au fantasque jusqu’à la rage dénonciatrice ! Un duo plus présent dans les morceaux avec d’un côté, le timbre guttural d’un nihiliste bienveillant, Mr Vince, et de l’autre, la contestation nasillarde d’un amuseur caustique pour Mc Yacé. Wizz quand à lui pose son flow d’infatigable geek utopiste quand leur message se veut un hymne de leur vision controversé de l’Homme et de ses travers. C’est également lui qui a perfectionné les compositions et les univers sonores aux accents trap, jazzy ou boom-bap, avec l’aide de notre indissociable Maître Gume, leur incompressible technicien du son, compositeur d’un titre et mixeur de cet album.

Ce projet est ancré dans un état d’esprit rap humaniste et résolument « rock’n’rolla » révolté par l’idiocratie et ne ratant aucune occasion de faire la part belle à l’ego-dérision.

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(Photo zOz)

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandInterview :

Ainsi, tu es l’amuseur caustique du groupe, si j’en juge l’argumentaire de presse ?

Oui, même si on peut parfois partager les rôles. Rien n’est gravé dans le marbre, mais généralement, je suis celui qui ironise pas mal. On tient chacun le rôle de ce que nous sommes dans la vie. Ce que nous sommes dans nos chansons ou sur scène, ça transpire notre vécu et ce que nous sommes dans la vie de tous les jours.

Vous faites beaucoup de scènes un peu partout en France.

On a un vrai spectacle à proposer. Il y en a pour tous les âges et tous les goûts. Chaque morceau à un univers grâce à des samples cinématographiques. On essaie de donner une puissance aux mots et à la musicalité des mots, ce qui se perd un peu de nos jours, à cause de la technique… Même dans notre façon de rapper, on a décidé de changer. On rappe plus lentement pour que notre propos soit écoutable plus facilement.

Avant, vos flows étaient trop rapides ?naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

Surtout le mien. Je suis un peu le speed du groupe. J’étais trop rapide et j’avais un côté instantané, même dans l’écriture. Là, on a pris deux ans pour faire cet album comme il le fallait. On a véritablement mis en avant le travail studio, ce que nous avions eu du mal à faire sur les deux EP précédents.

Monter sur scène, c’est comme monter sur un ring ?

Oui. On se met en ligne et on se tatane les fesses. C’est notre rituel pour se donner un coup de fouet. On veut que le public soit satisfait. On ne veut décevoir personne. Qu’ils aiment ou pas nos textes, on ne veut pas entendre dire par les gens dans la salle que nous n’avons pas travaillé. Il y a un aspect théâtral dans notre spectacle très millimétré, notamment avec une fausse bagarre qui dure une minute trente sur scène. Ça nous a demandé 6 jours de 9 heures du matin à 22 heures. On va vraiment au-delà du simple concert musical.

Clip de "Trop  bien".

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandDans « Trop bien », vous racontez nos vies qui passent à une vitesse folle.

C’est ça. La nouvelle génération ne pense pas à la retraite, mais pense à l’instant présent. Nous on espère avoir une retraite, mais on ne sait pas trop. Cette chanson explique qu’il faut choisir les petits instants les meilleurs que nous traversons. Avant que l’on ait dit ouf, on est déjà parti, alors profitons de la vie. C’est un peu le message.

Vos chansons racontent vos histoires ?

Les nôtres et celles des gens. C’est pour ça que beaucoup de personnes se retrouvent dans nos chansons. On essaie de saisir les instants de chacun.

"Walking raide", audio.

Vous vous moquez de vous-même aussi dans les chansons. Dans « Walking raide » notamment.naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

J’ai arrêté de boire il y a 6 ans, donc, là, il ne s’agit pas de moi. Si je n’avais pas arrêté, je serais parti assez vite, je pense. Dans cette chanson, du coup, je joue un rôle. Nous sommes des gens de la nuit, ainsi que les gens qui viennent nous voir. Je sais qu’on s’alcoolise trop et que le lendemain, au réveil, on a l’impression d’être des zombies. Le parallèle avec The Walking Dead était donc logique. Il faut savoir s’arrêter de boire pendant qu’on est encore rigolo, mais pas encore un zombie.

Vous ne faites jamais la morale dans vos chansons ?

C’est hors de question. Nous ne sommes pas moralistes pour un sou. Nous, on a fait des erreurs et on continuera à en faire avec délectation. C’est comme ça que l’on vit. Il y a tellement de choses tristes dans la vie que nous avons pris le parti de faire sourire les gens, même avec des choses parfois morbides.

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naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandIl y a cette notion de faire sourire dans tous les titres ?

Non.

Dans « Loto papers », effectivement, ce n’est pas très drôle.

C’est inspiré du « Panama paper ». On ne dit pas que réussir est une tare et que ça rend les gens mauvais. On dénonce ceux qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui ne pensent pas aux autres malgré les avantages qu’ils ont. Ils ont même tendance à écraser l’autre… et nous, on n’aime pas ceux qui ne pensent pas aux autres, ceux qui ne pensent pas à ceux qui sont en dessous. Coluche disait : « Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur. » C’est navrant de savoir que des gens peuvent aider d’autres personnes, peuvent équilibrer un peu la balance, et qu’ils ne le font pas.

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(Photo : zOz)

Vous faites du rap social et humaniste ? naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

On a choisi de dire que nous faisons de la comédie rap, en référence à la comédie humaine. Le terme de comédie est là pour amener à différentes déclinaisons de comédies. Il y a la comédie de mœurs, la comédie dramatique, la comédie burlesque aussi. On est fan de Terry Gilliam et de Wes Anderson. Ils font de la comédie qui n’est pas forcément très drôle quand on comprend le fond. Nous on veut faire pareil : donner à sourire et à réfléchir en même temps. On est les Ken Loach de la chanson (rires).

C’est toi qui écris les textes de Naouack ?

Non. Nous écrivons à trois ou au moins à deux. Nous définissons une thématique, ensuite, l’un a plus d’aisance sur le sujet et commence avec son propre angle d’attaque, ensuite les autres surenchérissent et proposent leurs idées. Ça prend plus de temps que quand on écrit seul, mais c’est beaucoup plus riche. Il y a des débats, des concessions, des compromis… c’est ce qui permet d’avoir une chanson aboutie. Quand on écrit seul, on a tendance à s’auto-satisfaire. Je crois qu’il faut vraiment plusieurs regards sur un texte.

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naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandLe fait d’avoir un style d’écriture différent, ce n’est pas gênant ?

Si, mais c’est aussi ça notre force. Avoir des tournures de phrases qui ne sont pas forcément les nôtres, ça nous enrichit et ça nous amène vers des directions vers lesquelles nous ne serions jamais allés seuls.

Dans « Rien à branler », il faut comprendre exactement le contraire.

On adore les pieds de nez. On dénonce les futilités qu’il ne faudrait pas que nous ayons. Parfois, on s’intéresse à des choses sans importances par rapport à l’état du monde.

Mais l’Homme a besoin de futilité, non ?

De temps en temps oui. Dans la musique, il y en a tellement qu’on a voulu s’attarder à donner un peu plus de sens. Les albums qui ont marqué nos esprits, c’est plus L’école du micro d’argent d’IAM que les derniers albums de PLK ou de PNL. Je ne dénigre pas sur la forme, mais je reste circonspect sur le fond. Nous, on est de la culture Pierre Desproges, Coluche ou plus récemment Haroun, Nicolas Bedos ou Gaspard Proust. Ils savent faire de la futilité, mais avec des messages porteurs et symptomatiques de ce que l’on a au fond de nous… de vraies valeurs.

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