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03 novembre 2018

Koutla : interview pour son album Sur les bords

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Après un 1er EP 7 titres (À la vôtre en 2015), Koutla sort un premier album comptant 14 titres, Sur les bords. Première constatation, cet artiste d’origine guadeloupéenne devient de plus en  plus rock, même si certains titres sont encore très intimistes. On le sent à fleur de peau, mais je vous le dis tout net : ce disque engagé, enragé est surtout un concentré d’émotion et de profondeur.

Cela fait 18 ans que Koutla est dans la musique. Il s’est pas mal cherché artistiquement, mais aujourd’hui, incontestablement, il s’est trouvé.

Nous nous étions rapidement croisé au Pic d’Or 2016, mais là, j’ai souhaité le mandoriser. J’avais l’étrange sensation de passer à côté d’un artiste de qualité. Bref, Koutla m’a donné rendez-vous le 12 octobre 2018, dans son fief parisien, un rade que je ne connaissais pas, mais dans lequel j’ai senti de l’énergie positive. Il s'appelle "La liberté".

Biographie officielle (mais raccourcie) :koutla,sur les bords,interview,mandor

Début 2000, Koutla se lance dans la musique. Il intègre l’univers du Dancehall et du reggae. Il écrit alors ses premiers textes. Quelques années plus tard, il rejoint le collectif Bad Side Crew, constitué de compositeurs et de chanteurs. Lors de cette période, il participe à des mixtapes et se produit sur plusieurs scènes. Après deux années d’expériences et d’enrichissement musical, le groupe se dissout. Koutla continue d’écrire et décide de poursuivre la musique en solo : guitare/voix. Le Dancehall disparait peu à peu de son registre. Petit à petit, son univers musical change, en s’influençant de styles musicaux variés qu’il écoute au quotidien : Sizzla, Mano Solo, Renaud, Brassens, NTM… Son morceau intitulé « Grève » (2010) ouvre une nouvelle page dans sa vie artistique. Ce titre marque un nouveau style d’écriture basé sur son expérience personnelle, au travers duquel il dévoile une partie de lui-même. Sa composition en est également changée, et dès lors, il crée son véritable univers musical, qui appartient désormais à la chanson française.

koutla,sur les bords,interview,mandorInterview :  

Tu sors un disque avec 14 titres très variés. Le premier morceau, « Sur les bords », est très rock et il ne me semble pas que ce soit dans tes habitudes.

Ça découle des nombreux live que je faisais avec mes musiciens de l’époque. Après mon premier EP, A la vôtre, on a monté un groupe et on avait tendance à aller vers le rock. Pas pour toutes les chansons, mais quand même.

Ton album est un cri du cœur ?

Toutes mes chansons le sont. La musique ça doit être un cri du cœur.

Comment te viennent les idées de chansons ?

J’ai l’impression que l’on me parle quand j’écris. Les mots viennent à moi. Je ne sais pas expliquer cela.

En tout cas, tu écris beaucoup dans des bars.

Ici, précisément à la table où nous sommes, j’ai écrit quelques morceaux. J’aime bien écouter les gens. Il y a quelques énergumènes qui passent et qui m’inspirent. Les gens m’inspirent. Mes chansons, sont comme de la peinture… des portraits.

Clip de "Geronimo".

 « Geronimo » parle de la désespérance d’un artiste et de sa remise en question.

Oui, notamment. Je me remets en question tout le temps. C’est pour ça que j’ai besoin d’écrire de nouvelles chansons en permanence. Je veux toujours faire mieux que les précédentes. Dans « Geronimo », je laisse sortir mon côté guerrier que j’ai un peu.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pas pour l’argent, sinon, ça fait longtemps que j’aurais arrêté (rires). J’en ai besoin, c’est tout. Evidemment, j’ai envie que mon travail soit reconnu et ça, ça prend beaucoup trop de temps. Je suis un peu pressé. Cet album a mis du temps à sortir parce qu’il y a beaucoup de gens sur le projet. Il y a 14 musiciens, alors tu imagines le boulot.

C’est énorme 14 musiciens !

J’ai voulu que ça joue vraiment. Cela dit, toutes les chansons peuvent être chantées en guitare-voix, mais elles n’ont pas le même impact. Je pense que c’est un bon disque. Un disque qui a des couilles.

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Koutla au Pic d'Or 2016 (photos : Cédrick Nöt)

koutla,sur les bords,interview,mandorTa voix, au Pic d’Or, me rappelait celle de Mano Solo. Ce vibrato que tu avais est atténué dans le disque.

Je n’ai pas appris à chanter comme ça. Ma voix chante ainsi naturellement pour faire passer les émotions. Bien sûr, Mano Solo est un de mes repères, comme Renaud… Parfois, on me dit que ma voix ressemble à celle de Bertrand Cantat. Moi, quand je m’écoute, je ne vois pas le rapprochement.

Tu es d’origine guadeloupéenne,  j’imagine que chez toi, on n’écoutait pas forcément de la chanson française. Pardonne-moi mon énorme cliché.

Mais tu as tellement raison. On écoutait pas mal de zouk. Mes parents ne sont pas mélomanes et je n’ai aucune éducation musicale. Je me suis fait musicien tout seul. J’étais très curieux, alors un jour, je me suis dit que j’allais écouter Brassens, Renaud, Brel et quelques autres. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Le truc c’est de faire attention à ne pas trop avoir d’influences marquées?

Il faut savoir devenir soi, c’est certain. Maintenant, ce que tu as beaucoup écouté est là en toi, tu ne peux pas y échapper.

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En 2017, Koutla, une des trois étoiles espoirs du Parisien.

Est-ce que tu te sens dans une famille musicale ?koutla,sur les bords,interview,mandor

Non. A Paris, je suis allé voir beaucoup d’artistes de ma génération sur scène, mais je me suis rendu compte que personne ne venait me voir. En arrivant dans ce milieu-là, je pensais qu’il y aurait du partage entre artistes. Moi, j’ai toujours envie de travailler avec plein de monde. J’aime l’émulation que cela provoque. Tout le monde ne doit pas être dans la même démarche et ce n’est pas grave.

Ne penses-tu pas que le fait que tu sois noir, que tu portes des dreadlocks et que tu chantes de la chanson française à texte puisse perturber ton auditoire ?

Si. C’est l’histoire de ma vie. Je suis déjà arrivé dans des endroits où on n’avait pas écouté mon disque et c’était marqué : Koutla, reggae. En même temps, j’aime bien que les spectateurs soient surpris. 

"A quoi tu mens".

koutla,sur les bords,interview,mandorQue représente la chanson pour toi?

Il n’y a rien de sérieux dans la musique. Quand j’écris, là, oui, c’est sérieux. Je suis limite autiste. Je suis dans ma bulle et je n’en sors pas facilement. Après avoir digéré une chanson, je considère que tout ça n’est qu’une blague. La chanson, c’est du divertissement. Même la chanson triste. Quand tu regardes un film triste, c’est du divertissement.

On a tendance à trop intellectualiser la chanson ?

Oui. A commencer par moi. Cela m’arrive de me surprendre à raconter mes chansons sérieusement. Mais quand je fais le bilan, je rigole.

C’est quoi la thématique principale de ton œuvre ?

Je parle d’amour et de poésie. Quand je dis poésie, c’est ce qu’il me semble être beau. Parfois, je ne comprends pas un de mes textes, ou alors après coup. Sur d’autres, j’ai des lectures différentes. Pour moi, une chanson, ce sont surtout des émotions, du son et des vibrations.

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