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31 octobre 2018

Laura Flane : interview pour son premier EP

LauraFlane_Crédit Justino Esteves.jpg

(Photo : Justino Esteves)

Bac avec mention très bien et 3 prix au concours de piano de Radio France. Sciences Politiques… Laura Flane suivra-t-elle une carrière toute tracée ?

Non. 30 ans. Congé sabbatique. La musique prend la place centrale. Les concerts s’enchaînent, un premier disque voit le jour. Laura Flane est une artiste qui déborde d'énergie et son EP variété, tendance pop (à écouter ici), m’a emballé dès la première écoute. Le 11 octobre dernier, pour sa première mandorisation, elle m’a donné rendez-vous dans un bar de la capitale…

Mini bio officielle (photo de la pochette : Jeanne Delecluse): 42158440_1138112726340498_7553311382905552896_n.jpg

Laura Flane grandit derrière son piano, avec Liszt et Chopin dans les doigts, des mélodies anglo-saxonnes dans les oreilles et des textes de chansons françaises sur la table de chevet.

Avec ces influences, c’est une pop douce, sensible et féminine qu’elle écrit et compose, dans un premier EP, sorti le 21 septembre 2018.

Ses chansons : des textes subtils et des mélodies qui marquent, avec des thèmes qui sortent des sentiers battus. Sur les pas de William Sheller, Jeanne Cherhal ou encore Zazie, ce premier EP raconte le parcours initiatique d’une jeune femme qui chante tout haut ce qu’elle avait gardé tout bas.

Sur scène, à nouveau derrière son piano, on comprend qu’elle s’est trouvée, et qu’il y a de belles choses à découvrir chez cette jeune femme qui flâne…

IMG_6882.JPGInterview :

J’ai lu dans ta biographie qu’après une formation classique en piano au conservatoire, tu as appris le chant et la guitare en autodidacte. Pourquoi ?

Je voulais prendre mes libertés sur la guitare. Je ne voulais pas d’un enseignement classique de cet instrument. Et j’ai choisi la guitare parce que je ne pouvais pas trimballer mon piano partout dès que j’avais besoin de jouer de la musique. Enfin, au départ, la guitare m’a permis de plus écrire de chansons.

Tes premières chansons étaient donc en anglais et à la guitare.

Oui, et aujourd’hui, je suis revenue vers le piano et la langue française.

Ta famille écoutait quoi ?

Mes parents, principalement de la musique classique. Mon père écoutait aussi beaucoup de pop rock anglo-saxon des années 60 et 70. J’entendais Bob Dylan, Jimi Hendrix  et pas mal de blues. Bref, j’écoutais beaucoup de musique en anglais. J’adorais Ben Harper, les Cranberries…

Le français est venu après j’imagine.

Oui. J’adore Zazie. Elle est un modèle important pour moi. J’ai découvert la chanson française à texte un peu sur le tard : Brel, Barbara, Brassens.

Qu’aimes-tu chez Zazie ?

Beaucoup de choses. Sa façon d’écrire. Elle arrive à mettre des textes intelligents qui ne font pas forcément « chansons à texte » sur des musiques qui sont très pop. En plus, elle fait passer des messages. J’aime la liberté qu’elle prend et sa manière de se renouveler sans cesse. C’est comme Radiohead. Ce groupe n’arrête pas de se renouveler et c’est ce que j’apprécie par-dessus-tout chez un artiste.

Audio "Avec la mer pour horizon".

La première fois que je t’ai croisé, c’était aux 3 Baudets. Je suis reparti avec ton disque en me disantIMG_E6873 (2).JPG que j’allais encore écouter du guitare-voix ou du piano-voix, et moi, je n’en peux plus du guitare-voix ou du piano-voix. On est en 2018, passons à autre chose. Bref, quand j’ai écouté ton disque, je l’ai trouvé bien produit et moderne. Un disque d’aujourd’hui.

Merci. C’est Fred Perriot qui a réalisé l’EP au Studio Little de Fabien Martin qui a d’ailleurs mixé les chansons. Ils se sont bien occupés de moi. Je suis arrivée avec mes mélodies, mes chansons en piano ou guitare-voix… mais ce sont eux qui les ont rendu « vivantes ».

Pourquoi avoir choisi Fred Perriot comme réalisateur?

Nous nous sommes croisés dans les couloirs de l’Atelier de Cédric. J’y ai participé presque un an. C’est amusant parce que je disais à Cédric que je cherchais un réalisateur comme Dominique Blanc-Francard, des gens comme ça. Fred était à coté de nous. Il s’est présenté comme réalisateur. Il a écouté mes chansons et il a saisi immédiatement ce que je voulais comme son. Les orchestrations, ce n’est pas mon truc. Lui a compris que ce devait être pop. Je trouve qu’il a révélé mes chansons musicalement.

Tu as été sélectionnée en 2012-2013 pour suivre le cursus Auteur-Compositeur-Interprète d’ACP - la Manufacture Chanson.

Oui, j’ai été formé là-bas. La Manufacture Chanson est une super école pour le chant. Je venais du monde classique et je débutais dans la « variété ». J’avais mes chansons, mais je ne savais rien du reste du métier. A ce moment-là de mon début de carrière, ce passage-là a été primordial.

Et l’Atelier de Cédric ?

Ça m’a beaucoup aidé pour professionnaliser mon projet et pour penser à tout ce qu’il y autour. On était plus sur l’environnement professionnel et l’image qu’on doit montrer que sur l’artistique. Le fait de rencontrer autant de pros était bénéfique pour moi.

Avant cet EP, il existait un album, il me semble.

Oui, mais je le considère comme une maquette améliorée. Je l’avais réalisé avec très peu de moyens. Depuis ce premier essai, j’ai pris du temps. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver à ce premier EP.

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MaMA Festival & Convention 2018. Laura Flane au PHONO Museum Paris -

(Photo : Jalal Aro)

Dans la chanson « Petite femme », tu parles d’une fillette qui joue à la femme plus âgée en se maquillant et en s’habillant comme une grande.

Il y a plein de sens possible, mais au départ, je pensais vraiment à une prostituée. Après, on peut aussi penser à une artiste qui monte sur scène. J’aime bien les doubles, voire les triples sens. Il y a une chanson de Barbara qui s’appelle « Silence » sur son album Soleil Noir. Je l’ai chanté plein de fois et il y a de multiples sens. J’adore ça. L’art existe aussi pour ça : que chacun puisse y donner son sens.

Dans « Je t’écoute », tu évoques bien les problèmes de communication au sein d’un couple ?

J’ai écrit cette chanson alors que je devais garder le silence pendant une semaine parce que j’ai eu un petit souci à la voix. C’était horrible. Je me suis donc mise dans la peau de quelqu’un qui ne pouvait pas parler et qui du coup, se contente d’écouter l’autre.

Il y a une chanson co-composée avec Fred Perriot, « Grandir un jour ».

J’ai écrit cette chanson lors d’un atelier d’écriture d’Éric Guilleton à la Manufacture Chanson. Il y avait une contrainte d’écriture. C’était un exercice de style, mais qui, au final, a donné une belle chanson. Ça parle de l’importance de l’enfance que l’on a pour l’adulte que l’on devient.

Clip officielle de "Ces mots".

Dans « Ces mots », tu parles des changements de vie. Il y a une raison bien précise à cela.

Il faut savoir s’écouter et se mettre en capacité de changer de vie. C’est vraiment un phénomène de société. Tu as plein de gens qui rêvent de pouvoir faire autre chose de leur vie.

Je voulais te faire dire que c’est aussi ton histoire.

Oui. Avant j’étais consultante en management dans l’entreprise. Pendant longtemps, j’ai mené cette vie-là tout en faisant de la musique, mais aujourd’hui, j’ai complètement arrêté. C’est un risque parce que je sais bien qu’aujourd’hui, vivre décemment de sa musique, c’est difficile. Petit à petit, j’essaie de constituer mon équipe. Maintenant, je cherche un éditeur pour me permettre d’écrire pour d’autres et je cherche une maison de disque. Pour cet EP je suis devenue artiste auto-entrepreneuse et c’est beaucoup d’énergie que je n’utilise pas pour la création.

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(Photo : Pan Pieper)

Tu as fait déjà quelques scènes ces dernières années.

Oui, je vais maintenant tenter des tremplins, des concours, des festivals… histoire de me faire connaître un peu.

Je crois que tu es programmée dans un festival en Allemagne.

Oui, grâce à Gerd Heger. Il a une émission sur une radio franco-allemande à Sarrebruck, SR2. Il semblerait qu’il ait adoré mon EP puisqu’il lui arrive de diffuser des morceaux. Du coup, il m’a invité à participer à un festival en juin prochain.

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Pendant l'interview...

Pourquoi veux tu être artiste ?

C’est une question que je me pose tous les jours. Je crois que la réponse est parce que j’en ai besoin. Personnellement, physiquement… j’ai besoin d’écrire des chansons, de jouer de la musique. J’ai fait Sciences-Po Paris en formation, j’ai travaillé en entreprise, mais mon plaisir est dans la musique. Je pense qu’il faut écouter la corde qui vibre en nous.

Es-tu pudique ?

Oui. Et justement, la chanson est un grand moyen pour s’exprimer.

Quel est ton souhait aujourd’hui ?

Pouvoir sortir un album, avec une équipe autour de moi.

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Après l'interview, le 11 octobre 2018.

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28 octobre 2018

Absol Vidéos, Anthox Colaboy, Sir Gibsy et Le DESSINATOR : interview pour leur BD Tubonia (tome 1)

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Vous le savez, j’ai passé beaucoup de moments dans les bureaux de l’agence Mixicom. Pendant ce temps-là, je n’ai cessé de rencontrer des YouTubers de tout poil. Des plus connus à de plus confidentiels. Un samedi, alors que je travaillais dans mon bureau, je vois arriver quelques personnes pour un tournage. Il y avait notamment les 3 vidéastes critiques sur YouTube : Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy. Ils venaient tourner un teaser pour un projet de BD. Je leur demande quelques explications et je comprends que cette bande dessinée leur permettra de prolonger leurs analyses de YouTube, sous un ton léger et un angle différent.

Après le tournage, en compagnie de LeDESSINATOR, ils sont venus m’en dire plus. C’était le 14 avril dernier. Je ne publie qu’aujourd’hui cette mandorisation parce que la BD  n’est livrée que depuis le début du  mois d’octobre.

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Le projet :

Les FDP de Tubonia ! Ou plutôt les Forces De Protection de Tubonia, est une BD mettant en scène une métaphore de YouTube dans un univers d'Heroic Fantasy.

C'est sous le crayon d'un 4e vidéaste, leDESSINATOR (Julien Parra), que Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy incarnent en BD 3 héros, Sir Gibsy, Anthox Colle-à-Bois et le Chevalier Mage Absol et ils s’apprêtent à sauver le Royaume de Tubonia d'un mal mystérieux qui ronge ses habitants !

Les porteurs du  projet :

-Absol Vidéos, un Youtuber qui fait des analyses des phénomènes liés à YouTube. www.youtube.com/absolvideos

-Anthox Colaboy, qui lui propose sous une forme humoristique des critiques de chaînes YouTube. www.youtube.com/wildesyde

-Sir Gibsy, qui à travers des coups de gueule donne son avis sur YouTube et les autres chaînes. www.youtube.com/AddictiVideoGibz

-leDESSINATOR, le dessinateur de la BD qui possède une chaîne de tuto de dessin. www.youtube.com/leDESSINATOR

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De gauche à droite, Anthox Colaboy, Sir Gibsy, LeDESSINATOR et Absol Vidéos dans mon bureau de Mixicom.

Iabsol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéenterview :

Je crois que c’est Anthox qui est à l’origine de ce projet ?

Anthox : Quand leDESSINATOR a fait nos bannières, j’ai eu envie d'aller plus loin encore. Je lui ai demandé qu'il nous fasse un fan art (un poster) où nous serions tous les trois en mode Chevaliers de la Table Ronde, tel les justiciers de YouTube. C’est ainsi qu’on nous appelle. LeDESSINATOR m’a répondu qu’il n’avait pas le temps car il était très occupé. Le lendemain, il m’appelle et me dit : « Mec, on va faire mieux. On va faire une BD! »

LeDESSINATOR : J’ai pensé que décliner Anthox, Gibsy et Absol en personnages de bande dessinée était une bonne idée. Une fois que l’on a décidé d’ouvrir un financement participatif avec Ulule (voir là), nous sommes allés chez Absol pour écrire le tome 1.

(M’adressant aux trois YouTubers). L’idée de la BD, ça vous a plu immédiatement ?

Sir Gibsy : Tu m’étonnes, mégalos comme nous sommes ! (Rires) Ce qui nous a intéressé, c’est que personne n’avait eu l’idée de retranscrire l’univers de YouTube en BD.

Absol : Ce qui est fou, c’est qu’au départ, c’était un délire entre potes. Nous nous étions fixés de sortir au maximum 1000 exemplaires, donc sur Ulule, nous espérions obtenir 15 000 euros.

Mais la machine s’est emballée !

Absol : On a obtenu 521 825 euros grâce à 26 122 contributeurs. On a été le premier projet européen en termes de contributeurs en financement participatif. On a battu le record.

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Le 12 octobre 2018, tous réunis chez Anthox  pour dédicacer les bandes dessinées.

Comment expliquez-vous ce succès inouï ?

Absol : Comme le sujet évoquait YouTube, ça a intéressé les YouTubers d’en être et du coup, beaucoup, et pas des moindre, nous ont fait de la pub.

Anthox : Comme l’a dit Sir Gibsy, au départ, personne n’avait fait une BD parodiant YouTube France dans son intégralité, en plus, dans un univers médiéval fantastique. Des YouTubers ont déjà fait des bandes dessinées mais c’était des histoires fictives ou des histoires centrées sur eux. Dans notre BD à la Game of Thrones, certes, il y a nous, mais tous les YouTubers préférés des français. De plus, il y a pleins de clins d’œil à la pop culture.

LeDESSINATOR : Anthox Colaboy, Absol Vidéos et Sir Gibsy étaient déjà regroupés et considérés par le public comme les justiciers du Net. D’une certaine manière, il ne restait qu’un pas à faire pour créer une véritable histoire ancrée dans l’univers de Youtube. Les trois personnages des Forces de Protection (FDP) de Tubonia étaient là, sous mes yeux, bien vivants. Toutes les idées du scénario viennent de nos quatre expériences partagées, remaniées...

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Est-ce que tous les YouTubers figurant dans la BD ont donné leur accord ?

LeDESSINATOR : Bien sûr. Les trois personnages principaux sont Absol, Anthox et Sir Gibsy, mais nous voulions inclure des cameos. Et il était hors de questions qu’on ne leur demande pas l’autorisation. J’ai donc envoyé de nombreux mails à des YouTubers. Le premier qui m’a répondu positivement était Cyprien, ensuite Kevin Tran du Rire Jaune. C’est amusant parce que le premier est auteur de bande-dessinée et le second de manga. Ils ont été très curieux du projet. Tous les autres ont accepté et en ont parlé sur leur chaine. Ça a fait boule de neige.

Anthox et Sir Gibsy, votre spécialité dans vos videos, c’est de critiquer YouTube… enfin de donner votre avis sans langue de bois. Pourtant, les gens qui vous regardent vous aiment bien j’ai l’impression.

Sir Gibsy : Je me sens obligé de répondre. En fait, j’énerve un peu plus que les autres, je le sais. Dans la BD, qui n’est pas du tout polémique, on a mis aussi des YouTubers qu’on a nous-même critiqué. Il n’y a pas de rancœur.

LeDESSINATOR : Dans la  BD, il y a beaucoup d’autodérision dans le personnage de Sir Gibsy. Il est le gueulard, le gros bourrin qui fait parfois foirer la mission. On caricature ce que représentent Sir Gibsy, Anthox et Absol dans la tête des gens. Absol, c’est le sage par excellence, Anthox, c’est un mélange de fouine et de pile électrique. En tout cas, il n’y a aucune attaque ad hominem, ni aucun clash. D’ailleurs, le sujet du tome 1, ce sont les haters.

Définition d’haters : expression pour désigner un groupe de personnes qui, en raison d'un conflit d'opinion ou parce qu'ils détestent une personne, passe son temps à dénigrer une cible, par exemple les célébrités (ou des émissions de télévisions ou des films ou éventuellement des youtubers) grâce aux réseaux sociaux ou en commentant des articles sur internet ».

Anthox : Dans la BD, les haters ne sont pas des êtres humains à part entière. Pour répondre à ta question, j’ai l’impression que les gens aiment bien le recul et le cynisme que je mets dans mes vidéos. Les gens savent que je critique le contenu des chaines et pas les personnes. Cela dit, il m’arrive aussi de déborder de ce côté-là, mais je tente de faire attention.

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Tournage du teaser de la BD, le jour de l'interview, le 14 avril 2018.

Vous avez des personnalités clairement différentes. Ça a été facile d’écrire ensemble ? absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

Absol : Nous sommes différents, mais très complémentaires. En écrivant, nous nous stimulions.

Anthox : On arrivait avec nos idées et les autres les rendaient encore meilleure.

Il fallait l’unanimité pour chaque gag ?

Absol : Oui. C’est arrivé que l’on perde deux heures pour un petit détail.

Qui était le plus chiant ?

Sir Gibsy : Absol, justement.

Anthox : Je vais dire aussi Absol. Ce n’est pas qu’il est chiant, mais il est perfectionniste. Il y a des détails qu’il voulait absolument ajouter et, du coup, on a perdu beaucoup de temps à le convaincre qu’il ne fallait pas en faire plus.

LeDESSINATOR : Moi, j’ai trouvé très intéressant toutes ces discussions. De plus, chacun a mis son ego de côté. Même si une personne trouvait son idée hyper drôle et que les autres n’étaient pas d’accord, chacun respectait la décision commune. C’est normal de défendre son bout de gras, mais il faut l’intelligence de céder.

Anthox : LeDESSINATOR était là aussi pour calmer nos ardeurs. Lui, il sait ce que c’est une BD. Il connait les difficultés, alors il nous disait parfois que telle ou telle idée n’était pas possible, car cela prendrait trop de pages par exemple. Il était notre modérateur.

Sir Gibsy : Pour nous, un combat, ça prend 3 cases, mais en vrai, ça prend 8 pages (rire collectif).

LeDESSINATOR : Comme j’ai une vision personnelle, si je n’arrive pas à visionner celle des autres, je ne peux pas la dessiner.

absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéeVous trois, être personnages de BD, ça vous fait quoi ?

Anthox : Mais jamais de la vie je n’aurais pensé devenir un personnage de bande dessinée. C’est juste ahurissant.

Sir Gibsy : Bien souvent, les gens voient YouTube comme un moyen de subvenir à ses besoins en faisant des vidéos. Personnellement, pour moi, YouTube, c’est un tremplin. Tu commences à faire tes vidéos, tu fais tout toi-même au départ, ensuite tu rencontres d’autres personnes, tu envisages des projets… et c’est comme ça que tu finis par aller au-delà de YouTube. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans cet étrange état : personnage de bande dessinée.

Absol : Moi, je suis surtout content parce que c’est un objet physique. On fait des vidéos YouTube, c’est numérique, alors je trouve génial d’avoir quelque chose de physique, de concret entre les mains.

Et, mine de rien, ça vous réunit ad vitam aeternam !

Absol : Mais, je vais plus loin. Ca réunit tout YouTube ! C’est un univers qui n’appartient pas qu’à nous trois. Après le tome 2, on a même envie de faire une série de spin-off avec d’autres YouTubers. Il y a énormément de YouTubers qui sont partants pour faire leur propre spin-off avec leur univers.

LeDESSINATOR : Et avec des dessinateurs différents, je précise.

Pourquoi avez-vous décidé que les histoires se déroulent dans un univers héroïco-médiéval ?

LeDESSINATOR : A la base, nous sommes partis sur l’idée d’Anthox, les Chevaliers de la Table Ronde, mais quand nous nous sommes donné rendez-vous chez Absol pour écrire le premier tome, on a hésité entre le médiéval, la SF ou le contemporain. On a choisi le médiéval.

Anthox : Je pense que le médiéval est ce qui touche le plus de monde. On pensait à Donjons et Dragons, les jeux de rôles papier, Kaamelott, Game of Thrones,  Le Seigneur des anneaux…

Absol : C’est très geek tout ça.

LeDESSINATOR : De plus, je suis moins bon en SF.

Sir Gibsy : Et j’ai l’impression que les métaphores sont plus faciles à faire dans l’univers médiéval. Je ne sais pas pourquoi.

Ce projet de BD peut-être déclinable en série télé ou dessin animé…absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

LeDESSINATOR : Ce projet plait beaucoup. Il faut que l’on transforme l’essai avec un tome 2 plus percutant et spectaculaire.

Absol : Il n’y aura plus le phénomène de nouveauté, de curiosité, alors il va falloir faire beaucoup mieux encore. Même sur Ulule, il va y avoir des contreparties encore plus folles dont une qui n’a jamais été proposée de par le monde.

Anthox : On ne peut pas en dire plus, c’est trop gros !

Sir Gibsy : Nous avons conscience que si le tome 2 marche comme on le souhaite, ce sera déclencheur de beaucoup de choses. Pour l’instant, le plus dur est de se tempérer.

Dernière question. Pourquoi ce livre n’est pas vendu en magasin ?

LeDESSINATOR : Je viens du milieu de la bande dessinée. Le constat que je fais est clair : les auteurs/dessinateurs ne sont plus respectés, ils sont mal payés. Depuis 2012, j’ai arrêté avec ce système. Je voulais revenir dans ce milieu-là, mais dans un circuit alternatif ou les auteurs sont rémunérés à leur juste valeur. Il n’y a pas de grands méchants dans les circuits traditionnels. Les libraires sont cools, mais ils prennent 36%, les diffuseurs distributeurs prennent 20%, après, pour l’auteur, il ne reste plus grand-chose. Si on élimine ces intermédiaires-là, tout le travail revient aux auteurs. Je voulais donc passer par un système comme ça. De plus, avec YouTube, il y a un relais pas possible pour ce livre, que ferait de plus un éditeur ? J’ai donc créé ma maison d’édition personnelle pour ces deux premiers livres, pour les spin-off avec d’autres dessinateurs. Je veux lancer un circuit parallèle avec une meilleure économie. L’auteur, au lieu de toucher 8% va toucher 80%. Ce que je fais est aussi idéologique.

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De gauche à droite, Absol Vidéos, LeDESSINATOR, bibi, Anthox Colaboy et Sir Gibsy.

Pour finir, voici les 3 premières pages de la bande dessinée.

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26 octobre 2018

Gilles Paris : Interview pour La lumière est à moi et autres nouvelles

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans la lignée de son roman devenu culte, Autobiographie d'une courgette (Plon, 2002), adapté au cinéma en 2016 et récompensé par deux césars, Gilles Paris signe chez Gallimard (dans la collection « Haute enfance » dirigée par Colline Faure-Poirée) le recueil de nouvelles, La lumière est à moi. Une fois de plus, la plupart de ses personnages sont entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Comme souvent chez Gilles Paris, ses histoires sont habitées par la perte et le manque d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une sœur. C’est beau, poignant, émouvant parfois noir... même si la lumière n’est jamais loin.

Avec ce recueil, est organisé une exposition (photographies : Didier Gaillard-Hohlweg/textes : Gilles Paris). "Des paysages saisis dans la fugacité, cet 1/125s entre ombres et lumières, comme une ouverture vers le champs des possibles, espace-temps où tout se décide. Issus de la chambre-noire, des portraits rouges, incarnations des émotions interdites. celles des personnages de Gilles Paris dans son nouvel opus La lumière est à moi.
Des extraits de textes qui ponctuent le parcours, donnant vie au tout."

Teaser de l'exposition La lumière est à moi.

J’apprécie beaucoup humainement Gilles Paris. Ses romans aussi. Ce n’est pas pour rien que je l’ai mandorisé déjà trois fois (là en 2012, là en 2014 et là en 2017). Je pense pouvoir affirmer qu’on aime bien notre rendez-vous « interview » à chaque sortie d’un de ses livres. Pour ce recueil de nouvelles, il s’est tenu le 10 octobre dernier dans le salon jaune de sa nouvelle maison d’édition, Gallimard.

4e de couverture : Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune... Les hérosgilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d'enfance déchue, le   désir de s'échapper, happés par l'espoir d'une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l'océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l'heure où les paysages s'incendient en fin de journée.

L’auteur : Gilles Paris travaille dans le milieu de l’édition depuis plus de 30 ans. Il a publié 5 romans, parmi lesquels Autobiographie d’un Courgette dont l’adaptation cinématographique en octobre 2016, sélectionnée aux Oscars, a reçu 20 prix dans le monde entier et deux Césars.

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

Igilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnterview :

Tu viens de sortir un recueil de 19 nouvelles. En fait, tu as commencé l’écriture par ce genre-là.

J’en écris depuis l’âge de 12 ans. Chaque fois que j’ai signé un contrat dans une maison d’édition,  j’ai demandé si, après, je pouvais sortir un recueil de nouvelles et tous m’ont répondu non. A commencer par mon premier éditeur, Jean-Marc Roberts, qui m’a confirmé que mes nouvelles étaient superbes, qu’il y avait une atmosphère, mais qu’il préférait que j’en étire une pour en faire un roman. Il en résulte que mes deux premières nouvelles « Papa et maman sont morts » et « Icare et Camille » sont devenus mes deux premiers romans. « Icare et Camille » a été débaptisé pour devenir « Autobiographie d’une courgette ». Les éditeurs ont toujours été frileux pour publier des nouvelles, car les recueils se vendent moins bien que les romans.

La belle histoire c’est que tu as été contacté par Gallimard quand tu étais en pleine promotion de Le vertige des falaises l’année dernière.

Ils ont adoré Autobiographie d’une courgette et L’été des lucioles et ils m’ont demandé si j’accepterais d’écrire un recueil de nouvelles. Pour moi, c’était le rêve total qui se réalisait.

C’est agréable d’être demandé ?

Ça n’arrive pas souvent  parce que le milieu de l’édition est un milieu très conservateur, très hypocrite, à quelques exceptions près. Il faut vraiment trouver les bonnes personnes pour avoir une confiance mutuelle. Aujourd’hui, beaucoup d’éditeurs, pour des raisons économiques compréhensibles, font moins de paris et s’enthousiasment beaucoup plus pour des succès colossaux. Il faut faire son petit bonhomme de chemin au milieu de tout ça, ce qui n’est jamais évident. On demande davantage aux auteurs aujourd’hui qu’on ne le faisait il y a 30 ou 40  ans.

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Gilles Paris dans le salon jaune de chez Gallimard.

Il y a quelque chose qui m’interpelle sur le fait de te demander de rallonger tes nouvelles. Une gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnouvelle se suffit à elle-même. Tout y est dit, normalement. Tu n’as pas l’impression de faire du remplissage ?

Non, vraiment pas. Papa et maman sont morts, par exemple, était une longue nouvelle, voire un très court roman si j’y réfléchis. Dans mon recueil La lumière est à moi, les deux nouvelles qui font l’ouverture,  « Les pins parasols »  et « Anton-Les pins parasols », je pourrais tout à fait aller bien au-delà de ce que j’ai écrit. Ce sont deux nouvelles qui se déroulent sur près de 40 ans, je me sentirai très bien le transformer en roman.

Quel plaisir prends-tu à écrire ?

J’aime prendre le lecteur et l’emmener dans une histoire forte, passionnante, passionnelle ou l’amour et l’enfance sont très présents. J’aime l’emmener vers quelque chose qui soit de l’ordre de la lumière et du vivant. Le vivant étant quelque chose qui nous fait battre le cœur et qui nous fait avancer dans la vie.

Dans ce recueil de nouvelles, tu t’es beaucoup intéressé aux étymologies des prénoms.

L’étymologie est intéressante parce qu’elle définit le prénom. Il parait que mon prénom, Gilles, vient d’un vieux nom allemand qui veut dire otage. C’est intéressant d’apprendre ça (rires).

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"Il y a une brisure nette entre les pierres, en bas de l’avenue. Les pavés écorchés semblent suspendus au-dessus de la flaque d’eau, où se reflètent les feuilles des arbres, en ombres noires et mobiles. Une herbe humide et résistante pousse entre les pierres. J’y vois comme une promesse." 
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardL’ombre et la lumière sont dans tous tes romans.

Les deux vont ensemble. On ne peut pas traverser une vie guilleret, léger, insouciant, à moins d’avoir un pois chiche dans la tête. La vie n’est pas comme ça. On traverse tous des épreuves qui peuvent nous affaiblir, mais si nous les affrontons, les supportons et les dépassons, ça nous rend plus grands et forts. Et ça nous emmène justement vers la lumière. 

Une des nouvelles qui m’a le plus touché dans ton recueil, c’est « La petite dernière ». L’histoire d’une petite peste qui fait ce qu’elle veut car ses parents, les élèves et le professeur à l’école, lui passent tout… il y a évidemment une triste raison à cela.

Elle a semé la terreur partout et tout le monde se tait. La chute de l’histoire est encore plus terrible que ce que l’on pouvait imaginer. Dans « Incendie » aussi, il y a une petite peste qui accuse son professeur de l’avoir violé… sauf que.

Sauf que ce n’est pas possible. Et pour cause. Bref, on ne dira rien de plus, mais bravo parce que tu nous retournes toujours à la fin de chaque nouvelle.

Quand je trouve ce qui va faire le sel de ma nouvelle, je suis entre la jubilation et la jouissance. Ecrire, c’est comme faire l’amour. Tu peux écrire machinalement, mais quand ton texte prend une sorte de relief, comme une envolée lyrique, tu ressens presque une excitation.

Je crois savoir que tu n’es jamais totalement satisfait de ce que tu écris.

C’est parce que je me dis toujours que je peux faire encore mieux. Parce que je doute perpétuellement de moi, cela m’incite à beaucoup travailler mes textes.

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"Thomas, photographe, venu pour ces montagnes roses, ce ciel qu’il dépeint d’un bleu insolent, ces gens aussi rêches que la pierre, ce vide abyssal, ce rien loin du monde. Il m’a demandé si j’accepterais d’être photographiée par lui. J’ai haussé les épaules. Une insouciance pareille n’a pas sa place dans mon monde." 
Gilles Paris « Sur le toit du monde » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

On voyage beaucoup dans ton livre. gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard

Oui. A Nice, aux Etats-Unis et en Italie notamment. Je trouvais intéressant de montrer différents décors,  différents lieux. Je voulais montrer que les sentiments et les émotions  restent les mêmes où que l’on soit.

Dans ton recueil, il y a des histoires racontées par des enfants, ça chez toi, c’est systématique, mais il y a aussi, pour la première fois, des histoires racontées par des adultes.

Les nouvelles « adultes », je les ai écrites spécifiquement pour Gallimard. Elles sont sorties de moi entre juillet et octobre dernier. Il y a quelques nouvelles « enfants » qui étaient déjà écrites depuis quelques années. On a convenu avec la directrice de la collection « Haute enfance », Colline Faure-Poirée, de faire une sorte d’alternance entre les adultes et les enfants, ce qui a donné une forme de respiration, de souffle. Malgré tout, chez les adultes qui racontent, l’enfance et l’adolescence sont primordiales. Soit, ils ont vécu quelque chose pendant cette période qui ne cesse de décrire leur destinée, soit ils sont observés par un neveu, une nièce, un fils ou une fille comme un personnage presque de fiction.

Tu vas finir par l’écrire ton roman dans le registre adulte ?

Oui, ce sera le prochain roman sur lequel je travaille depuis un an. C’est un gros livre, touffu, complexe, avec beaucoup de personnages, qui va me demander encore deux ans de travail. Il sera bien sûr question de l’enfance et de l’adolescence. Ça, je ne pourrai jamais l’enlever.

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"On fait du mal sans le vouloir. On sauve des vies, on en perd d’autres. On apprend à nuancer, à ne plus s’emporter autant. C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes."
Gilles Paris « Les pins parasols » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans ton recueil, j’ai trouvé une définition sur le fait d’être adulte exprimé par ton personnage Anton : « C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes. »

Je fais mienne cette phrase. Quand je dis additionner les petites lâchetés, je veux parler des petits coups bas que l’on fait dont on ne parle jamais parce que l’on en est pas très fier. Ils s’additionnent les uns après les autres et en même temps, ça nous aide à grandir parce que l’on est passé à autre chose. Personne n’a été le meilleur amant, le meilleur ami, la meilleure relation possible… je parle aussi de cette petite satisfaction que l’on peut avoir de soi-même qui est un peu agaçante. Mais, il faut bien l’avouer, l’autosatisfaction, nous aide aussi à grandir.

Tu refuses d’être adulte ?

Non, parce qu’on est obligé de l’être. J’ai un appartement, je paye un loyer, des impôts… Etre adulte, c’est ça aussi malheureusement. Mais l’année prochaine, j’ai 60 ans… je n’ai pas l’impression de les avoir. Dans ma tête, j’en ai toujours 30 ans. Bref, je n’ai pas le sentiment de n’être qu’un adulte.

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Le vernissage de l'exposition "La lumière est à moi" le 2 octobre à la galerie 55 Bellechasse.

Parlons de cette histoire de photo  avec Didier Gaillard-Hohlweg. Il y a une exposition parallèlement gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardà la sortie de ton livre.

Je suis très attiré par la photographie depuis longtemps et je connais le travail de Didier depuis un an et demi. J’ai vu la plupart des reportages qu’il a faits. Il a travaillé longtemps dans le domaine de la mode, ensuite comme la mode ne lui plaisait pas, il est allé couvrir des pays en conflit, en Serbie, en Bosnie, en Israël… Au lieu de photographier les gens, il a photographié les lieux. Les murs criblés de balles, des affiches de propagandes déchirées, des traces de mémoires de ce qu’il reste finalement. Il a aussi beaucoup travaillé sur la seconde guerre mondiale et ses lieux de mémoires qui existent notamment en Allemagne et en Argentine. A un moment donné, j’ai vu un reportage qu’il avait fait en Uruguay, à Colonia, et  je lui ai demandé de me passer 5 photos. Je les ai regardé un quart d’heure chez moi et j’ai inventé une histoire autour.

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"Je viens d’arriver à Colonia del Sacramento. Je suis restée longtemps sous la douche, les yeux fermés, appuyée contre le carrelage frais. Je sors de l’hôtel et marche au hasard dans cette ville d’Uruguay où j’ai vécu autrefois."
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

Comment se présente cette exposition ?

Il y a des photos de paysages prisent par exemple à Malte, en Urugay, en Bretagne, en Argentine… L’idée, c’était que l’on accorde nos émotions. Le texte que l’on a mis sous chaque photo résonne sur l’émotion propre à elle. On a choisi 100 phrases tirées de mon recueil, on en a gardé 16. Lors du vernissage à la galerie 55 Bellechasse à Paris, nous étions contents, car les visiteurs regardaient autant les photos que les textes qui correspondaient. Il y avait une totale adéquation.

Tu as un deuxième livre en préparation pour ton éditrice Colline Faure-Poirée.

On a signé pour deux livres. Ce recueil de nouvelles et un livre jeunesse illustré, Inventez les couleurs, qui sortira en mars 2019 au moment du Salon du livre de Paris.

As-tu le sentiment de construire une œuvre ?

Non. De par mon métier d’attaché de presse, j’ai défendu de grands écrivains depuis 35 ans, donc je sais rester à ma place. J’estime qu’une œuvre, c’est quand tu as publié au moins 50 livres.

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Après l'interview, le 10 octobre 2018, dans les jardins de chez Gallimard.

24 octobre 2018

Samuel Cajal : interview pour Une issue

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorSamuel Cajal, connu pour avoir été l’un des deux 3 Minutes Sur Mer, sort un premier projet solo articulé autour d'une voix, d'une guitare et d'un looper. Dans Une issue, on est dans la grâce et l’épure rock. Quoi? Il y évoque la mort, la folie, l’amour, la haine, ses états d’âmes personnels ! La belle affaire ! Il parle franc, parfois cru. Ça fait du bien. On décèle en lui des zones d’ombre, mais c’est vers la lumière qu’il nous amène (tout à fait paradoxal, mais l’homme est paradoxal). Et s’il ne nous prend pas par la main pour nous accompagner dans son univers, dans son monde intérieur, c’est tant mieux… il faut trouver le chemin seul, mais comme le paysage est d’une étrange beauté, on tente d’y déceler tous ses mystères. Et il y en a.

Bref, il fallait que je rencontre Samuel Cajal pour une première mandorisation. Ce fut fait le 8 octobre dernier dans un bar de la capitale.

(Toutes les photos professionnelles sont signées Pierrick Guidou

Mini biographie (par Thomas Burgel) :

Avec K!, Jérémie Kiefer, Albane Aubry ou Andoni Iturioz, avec les furieux et punk Zissis the Beast, avec bien sûr 3 Minutes Sur Mer, ces très remarqués et voltigeurs cousins de Radiohead, Bashung ou Patrick Watson, Samuel Cajal a beaucoup écrit, produit, accompagné – mais jusqu’ici, jamais pour-lui-même. Se lancer en solo était une exigence impérieuse intime, et le grand bond dans le vide du Parisien est vertigineux.

Le disque (par Thomas Burgel) :samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Conçu avec ses comparses Johan Guidou et Matthieu Lesenechal dans la même veine minimaliste et incandescente que son héros Troy Von Balthazar, son premier album Une issue va droit au but et droit au beau, plein de colère retenue (l’implacable introduction « Cœur Noir », avec Wilfried Hildebrandt), de rage gracieuse, de clairs et d’obscurs, d’arrangements à la discrète amplitude, de mélodies lumineuses (« Langoureusement »), rappelant Bertrand Cantat, Low, Pascal Bouaziz, Flotation Toy Warning, Dominique A. La politique générale et les renoncements personnels (la douce et amère « Indigné », avec Nellyla), l’amour et la haine, les batailles universelles du quotidien ou le deuil d’un père (la crépusculaire « Décibels », avec K!), les mots du garçon marquent l’âme d’un bel acide. Au-delà de cette Issue naît ainsi un chemin : celui qu’emprunte, poétique et rageur, un auteur qui s’affirme.

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorInterview :

Tu fais partie d’une famille où on écoutait beaucoup de musiques ?

Oui. Mes parents écoutaient pas mal de chansons et de rock. J’ai grandi avec dans les oreilles Brassens, Pink Floyd, Renaud, les Doors, Jimi Hendrix, les Rolling Stones…

Certains de ces artistes t’ont-ils un peu influencé ?

Très jeune, j’ai eu une grande fascination pour les Doors. C’est amusant parce qu’en primaire, j’aimais les Doors et les New Kids and the Block. J’ai fait un grand écart monumental (rires).

Mais le vrai déclic pour envisager de faire de la musique s’est produit dans quelle circonstance ?

J’avais 13 ans quand je suis tombé raide de Nirvana. Au collège, la même année, les 3emes avaient fait un petit concert de fin d’année où ils avaient repris « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin et d’autres titres comme ça. Ça m’avait fasciné. C’est à ce moment précis que je me suis convaincu de faire ce métier.

Tu as donc demandé à tes parents de t’offrir un instrument ?

Oui, une guitare. J’ai commencé par essayer de jouer « Come As You Are » de Nirvana correctement, puis certains morceaux des Red Hot Chili Peppers.

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© PIERRICK GUIDOU

Comme tout bon musicien qui se respecte, j’imagine que tu as fait partie d’un groupe au lycée.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Oui, j’ai trouvé des élèves assez motivés pour jouer avec moi. Ce groupe a duré 5 ans sous le nom d’Ugra Karma. C’était le nom d’un disque d’un groupe de black metal qui s’appelait Impaled Nazarene. On a gagné quelques tremplins dont un qui s’appelait «les Class’EuRock » à Aix-en-Provence. Ce sont mes vrais débuts. Un premier groupe, c’est le meilleur. Il y a l’innocence, tu crois que tu vas tout casser et que tu vas révolutionner le monde de la musique.  

Que se passe-t-il après ?

J’ai fait une école de musique à côté d’Avignon. Un professeur m’a dit un jour que la meilleure école de musique, c’est de jouer en groupe. Très vite, je me suis retrouvé avec une bande de copains pour jouer, donc. On nous demandait par exemple de faire des reprises et nous, très vite, on s’est amusés à les pervertir. On a fait « Get Back » des Beatles en zouk, « Fire » de Jimi Hendrix en néo metal. De là a découlé un groupe instrumental, Petit four et clarinette, qui a aussi gagné quelques tremplins. On faisait un mélange de jazz et de metal. J’étais bassiste. Ce groupe a continué sans moi sous l’appellation 1980. Ils ont fait un super album et j’espère qu’ils vont en faire un second.

"Une issue" en version acoustique par M-B Prod.

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorPhoto à gauche : avec 3 Minutes Sur Mer lors du Prix Georges Moustaki en 2013 (Marylène Eytier).

Tu arrives à Paris en septembre 2002.

J’ai commencé par faire les petites annonces pour trouver des groupes bien ciblés dans lesquels jouer. Au final, ça n'a jamais marché. Moi qui venais de la campagne, humainement, à chaque fois, il n’y avait pas d’évidence. En 2005, je rencontre Guilhem Valayé via une petite annonce. On devient potes, on se voit souvent et en vient à se dire que ce serait intéressant de tenter de monter un duo. On avait la même envie de s’engager sérieusement dans un projet en français avec des compositions originales. On a donc monté 3 Minutes Sur Mer en 2007.

L’histoire a duré 12 ans.

Une très belle histoire. On a fait deux albums officiels, des EP officieux et de nombreux concerts.

Et toi, tu n’avais pas envie de chanter dans ce duo ?

Pas du tout. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Déjà à la base, j’étais bassiste, je suis devenu guitariste… c’était un pas en avant vers quelque chose de nouveau. Etre devant un micro, mais jamais de la vie !

 Audio de "Décibels" (avec K!)

Et en 2018, tu sors ton premier disque en tant que chanteur, sans passer par la case EP d’ailleurs.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Je n’ai pas fait d’EP alors que beaucoup de gens me le conseillaient. J’avais le nombre de titres suffisant pour faire un disque, alors je l’ai fait. Pour découvrir un univers musical, je trouve qu’une demie heure de musique, c’est l’idéal.

Faire un disque solo, ça veut dire être leader, être devant…

Pour l’instant, je joue seul, je suis donc leader de moi-même… c’est déjà pas mal.

Mais chanter quand on n’a jamais été chanteur, c’est quand même un autre pas en avant gigantesque, non ?

J’ai pris quelques cours, mais je n’ai pas un répertoire qui nécessite d’être un grand technicien de la voix. Il y a pleins de gens qui sont chanteurs, mais qui ne le sont pas vraiment. Le point de départ, c’est que j’avais beaucoup de chansons et que je ressentais le besoin qu’elles existent. Garder des chansons dans son ordinateur sans les faire vivre, c’est un peu tristounet. Mine de rien, j’ai pris du temps avant de franchir le pas. Il fallait que je sois suffisamment bien dans mes baskets pour aller jusqu’à la création de cet album.

Tu y pensais déjà à l’époque de 3 Minutes Sur Mer ?

Ça s’est chevauché sur les deux dernières années. Après, effectivement, la fin de 3 Minutes Sur Mer a fait accélérer ma décision.

Audio de Cœur noir (avec Wilfried Hildebrandt).

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorDans ce disque, il y a des « guests » comme K ! (sur la photo à gauche), Nellyla et Hildebrandt.

K ! et une amie, mais je ne connaissais pas Wilfried Hildebrandt. Je l’ai découvert avec son album Les animals. Je l’ai beaucoup aimé, c’est pour ça que je l’ai contacté pour lui proposer une participation sur la chanson « Cœur noir ». Il a été adorable, a répondu positivement, s’est rendu disponible très vite. C’est vraiment un super chanteur. Il a été ultra pro et humain.

Certains journalistes te rapprochent de Dominique A. Tu en penses quoi ?

C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Quand on a commencé 3 Minutes Sur Mer, des artistes qui faisaient de la chanson rock en français, il n’y en avait pas des masses, surtout avec des formules réduites. Dominique A, c’est une évidence. Il y a sa musique, son propos, son parcours qui s’inscrit dans la durée… Et dans tous ses disques, il y a au moins un ou deux chefs d’œuvres. Cela dit Dominique A n’est pas l’alpha et l’oméga de la musique en France, heureusement. Il force juste le respect.

Vous avez le même coiffeur, en plus.

Sérieusement, si j’avais les cheveux longs, je me demande si on me comparerait à lui si souvent.

Tu te sens plus dans la culture pop rock anglo-saxonne ?

Pas du tout. J’ai horreur du discours anti chanson française ou anti variété française. Je considère faire une sorte de variété française. Quant à qualifier ce qu’est la variété, c’est une autre histoire.

Extrait de "Une issue" (LaCouveuse / Differ - Ant - Believe). Auteur-Compositeur: Samuel Cajal. Produit par Johan Guidou. Prise de vues: Samuel Cajal Montage : Samuel Cajal et Pierrock Guidou.

Tes paroles sont à la fois poétiques et compréhensibles si on gratte un minimum.

Je n’aime pas écrire des textes cryptés, ni des textes premiers degrés. Je suis entre les deux. La vérité, c’est que je ne réfléchis pas à tout ça quand j’écris. Je n’auto-analyse pas mes textes, ce serait vite chiant. On se regarde déjà suffisamment le nombril.

Il y a des artistes dont je ne comprends pas les paroles… parfois, ça me gêne.

J’aime bien le « barré », mais je n’ai décidément pas la culture pop. Je n’aime pas perdre les gens pour perdre les gens. La chanson « Tu mords » par exemple est la ligne que je ne franchirai pas (rires). Mais, en tout cas, chez les autres, je n’ai pas de problèmes avec le côté abstraction, images poétiques, parcours sensitif. Peut-être que je ne suis pas encore capable de le faire, mais pour autant je n’aime pas les narrations hyper claires et linéaires.

En tout cas, tu as fait là un bien bel album.

Je te remercie.

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© PIERRICK GUIDOU

23 octobre 2018

Bancal Chéri : interview pour leur premier album

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De gauche à droite : Nicolas Jules, Imbert Imbert, Roland Bourbon et Dimoné.

(Photo : Marc Ginot)

Bancal Chéri, c’est une créature à quatre têtes. Un projet dans lequel sont réunis Dimoné (mandorisé , et ), Nicolas Jules, Imbert Imbert (mandorisé et ) et Roland Bourbon ne peut être que démentiel, foutraque, poétique, divin et essentiel. De ce côté-là, nous sommes servis. Je ne pouvais pas ne pas recevoir ici ce groupe. J’ai d’abord interviewé Dimoné le 5 septembre dernier et Nicolas Jules et Imbert Imbert, plus récemment, lors de leur passage au Pan Piper le 5 octobre 2018. Dans l’interview, j’ai fait comme s’ils étaient tous les trois ensembles pour une meilleure cohésion. Roland Bourbon était excusé.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri unit jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui (mandorisé ), Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier (mandorisée ici), Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Le disque (par Patrice Demailly) : bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental. Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer, Dutronc, de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks, de rendre hommage à un maître du rythm and blues, d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent. Il y a aussi des fulgurances, une pensée libertaire, les méandres sentimentaux d’un membre du groupe, une poésie à la fois joueuse et régressive. Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen, bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent. Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.

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(Photo : Marc Ginot)

Ibancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertnterview (photo à gauche : Anne Baraquin):

C’est facile de trouver sa place dans un groupe avec 4 grandes personnalités ?

Dimoné : Oui, parce que l’on se respecte vraiment beaucoup. Il n’y a aucun critère de jugement sur ce que propose l’autre. S’il le propose, c’est que c’est bien. C’est tout. Nous avons nos propres histoires par ailleurs, celle-ci, c’est du plus plus. Réussir à avoir 15 ans à nos âges, ce n’est pas facile, alors nous le vivons comme un privilège. On a constitué un groupe comme chacun de nous l’avait fait à son adolescence. Très rock.

Imbert Imbert : C’est comme si nous nous étions mis d’accord pour partir en vacances ensemble.

Nicolas Jules : Nous sommes des adolescents attardés en colonie de vacances. Je suis d’accord avec Dimoné, on fait des choses différentes, mais on a une idée commune qui est très liée avec l’énergie. Une énergie physique. Le corps est important pour nous quatre.

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Avec Nicolas Jules et Imbert Imbert.

Il a fallu créer une cohésion ?

Nicolas Jules : Au départ, on a essayé d’écrire ensemble avec l’idée de mélanger nos univers et ça n’a pas du tout marché. Nous sommes rentrés chez nous et sommes revenus avec nos propres chansons. Finalement, c’est ce que l’on sait faire de mieux. Après, on ne s’est pas demandé comment on allait être cohérent, cela s’est fait naturellement. On s’est fait confiance.

Imbert Imbert : C’est ça le point commun que l’on a : la confiance que l’on a les uns envers les autres.

Nicolas Jules : Chacun venait avec ses chansons, mais nous faisions les arrangements ensemble. On a enregistré 15 chansons en 5 jours, on n’avait pas trop le temps de discuter.

Imbert Imbert : La première semaine, nous nous sommes retrouvés en pleine canicule dans les Landes. Il faisait si chaud que l’on a enregistré très à l’arrache. 

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Avec Dimoné.

Il ne manquerait pas une fille dans votre groupe ?

Dimoné : Si… ça pourrait nous tempérer. Nous mettons du rouge à lèvres pour pallier à cela (sourire). En vrai, on est juste quatre larrons avec un coté enfantin, puéril. Comme on pense à la mort et à nos vies tout le temps, ensemble, nous avons des grands moments où tout cela n’existe plus. On est juste dans le plaisir. C’est la grande bouffe.

Nicolas Jules : Oui, on est content de se retrouver avant, pendant ou après la scène. L’idée, c’est d’en retirer le maximum de plaisir.

"Les épaules".

Je ne sais pas si je me trompe, mais Roland Bourbon parait encore plus barré que vous trois.

Dimoné : C’est celui de nous quatre qui nous incite à nous exciter encore plus. Il n’est pas là pour nous calmer. Il nous trouve toujours trop sages, trop charmeurs… il nous dit qu’il faut faire chier, bousculer tout le monde, surtout le public.

Imbert Imbert : Oui, l’idée de bousculer et de surprendre est impérative. Quand les gens sont déboussolés, ça nous plait.

Nicolas Jules : Nous ne sommes pas fait pour jouer ensemble, c’est ça qui est drôle. Nous sommes ancrés initialement dans la solitude et nous avons le point commun de ne pas être dirigés. Il n’y a aucun chef d’orchestre dans Bancal Chéri. On s’aime beaucoup humainement, mais on s’aime beaucoup aussi artistiquement.

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bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertIl y a une folie en chacun de vous.

Nicolas Jules : J’ai un peu de mal avec le mot folie, parce que la folie est quelque chose qui existe. Par respect pour les gens qui souffrent de ce problème, j’évite cette dénomination. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie d’être sage.

Imbert Imbert : (Il chante) « La sagesse, c’est de ne pas être sage, et la folie, c’est de ne pas être fou… » C’est une de mes dernières chansons.

Dimoné, dans « Les tampons de ouate », tu incites les jeunes à dépasser les bornes.

Dimoné : C’est exactement ça ! Ma cinquantaine me fait avoir des sursauts de jeunesse et des ambitions de jeune. J’avais envie de faire mon petit réac à leur endroit en disant, « mettez fort le son », « dépassez la marge », « dépassez les bornes », « décapotez-vous »… Il y a une arrogance de ma part à leur dire ça.

"Qu'est ce que tu dis".

Vous ne chantez pas le quotidien dans ce disque. bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Imbert Imbert : La vie, c’est souvent un peu triste. On a envie que ce soit une fête.

Nicolas Jules : Parfois, on ressent chez les gens une espèce de folie qui est en fait juste une envie de liberté, de récréation et de fête. La folie, c’est de ne pas se plier à l’ordre établi. Il y a un côté libertaire dans ce que l’on fait.

C’est une aventure qui peut durer ?

Nicolas Jules : Oui, à ce niveau-là, on ne peut rien prévoir. On n’en parle jamais entre nous.

Imbert Imbert : Si. En fait, on  réfléchit à un deuxième album. De temps en temps le sujet est lancé.

Nicolas Jules : Il n’y a aucune pression car on ne vit pas avec ce projet. Bancal Chéri, c’est un bonus, un cadeau.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Les chansons que vous avez écrites pour Bancal Chéri auraient pu figurer sur vos albums persos ?

Imbert Imbert : Non, là, j’ai lâché les chiens. J’étais moins dans la perfection. Avec Bancal Chéri, je suis plus dans la spontanéité. Je me permets l’erreur dans l’écriture. Je m’aperçois que c’est très beau l’erreur dans l’écriture, le truc mal terminé. Mais, au final, je trouve ce disque parfait. C’est tout à fait paradoxal.

Nicolas Jules : Les rencontres humaines, ce que l’on vit, ce que l’on écoute, ce que l’on découvre, influencent les chansons que nous créons. J’ai envie d’évoluer, de progresser et de changer en même temps.

Quand vous êtes Bancal Chéri, vous êtes les mêmes que dans vos carrières respectives?

Nicolas Jules : Oui, exactement.

Imbert Imbert : Oui, mais là, nous sommes nourris des énergies des autres.

Nicolas Jules : On parle souvent de la schizophrénie des chanteurs, nous ne sommes pas de vrais schizophrènes. On est les mêmes dans tous les projets que nous avons. Les rendus sont différents, c’est tout.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Je crois que tu n’aimes pas le mot carrière Dimoné.

Dimoné : Dans carrière, il y a le mot carie. Il y a donc une notion de soin. Nous, on n’a pas envie de soigner notre carrière. Là, je prends une posture parce qu’au fond, je sais bien que tous les quatre, on fait une carrière… sans trop savoir laquelle d’ailleurs.

Quand vous rentrez sur scène vous vous sentez comment ?

Imbert Imbert : Il faut quand même avoir la sensation d’être le roi du monde à un moment donné. Il faut donc resserrer les énergies.

Nicolas Jules : J’ai l’impression de vivre un peu en stand-by, comme une lumière éteinte qui ne s’allume que sur scène. Sur scène, j’ai la parole. Avec les mots, le corps et ma guitare.

Dimoné : Un artiste donne une présence à ses tourments. Il ne doit pas abandonner les gens qui te permettent d’être dans ce grand « tous ensemble », même quand il ne va pas bien. Un artiste ne doit pas fuir le public. Il peut fuir ses responsabilités, mais pas sa condition humaine à tous les postes.

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(Photo : Marc Ginot).

Il faut avoir un peu d’ego pour faire ce métier ?

Imbert Imbert : Ce n’est pas l’ego qui doit dominer, mais la confiance en soi.

Que vous a apporté Bancal Chéri ?

Nicolas Jules : De l’amitié.

19 octobre 2018

Dani Terreur : interview pour Les portes du paradis

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(Photo : Julie Ona)

Dani Terreur est un futur grand qui avance palier par palier, tel un Bashung qui a su prendre son temps. Son rock romantico-mystique ne ressemble à rien d’autre qu’à du Dani Terreur. La marque des grands, je vous dis. Je ne vais pas m’attarder sur son passé, je l’ai fait en 2016 pour la sortie de son premier EP, Gri-Gri. Il m'en a déjà dit beaucoup dans cette première mandorisation qui explique bien qui est cet etrange et envoûtant artiste.

Le 4 octobre dernier, nous nous sommes réunis dans un café de la capitale pour qu’il nous explique en détail le changement de cap musical de son  premier album Les portes du paradis… et bien d'autres choses.

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisArgumentaire de presse officiel :

Ne vous fiez pas à sa gueule d’ange et à ses allures de dandy moqueur. Dani Terreur est un chaman. Un prophète des temps modernes qui, sans jamais se départir de son humour acerbe, vous entraine dans des contrées lointaines où la mer est émeraude, les corps fiévreux et le soleil liquide.

Musicien autodidacte et compositeur prolifique, Dani Terreur concocte en solitaire dans son homestudio des romances au vitriol et à la rose. Des invitations aux voyages où le cynisme des enfants des années 2000 côtoie sans complexe l’idéalisme des esthètes. En somme, de la chanson française néo-romantique fuselée aux sons électroniques et aux accords vintages adoubés par sa génération.

Avec son 1er album Les portes du Paradis, Dani Terreur pose un regard lucide et distancié sur une génération un brin désaxée, furieusement cita- dine et avide d’expériences, et l’invite à prendre de la hauteur, pour sublimer ses excès, avec désinvolture et élégance.

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(Photo : Maxime Gaudet)

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisInterview :

Il s’est passé deux ans depuis ta première mandorisation à l’occasion de la sortie de ton EP Gri-Gri. Tu n’as pas chômé puisque que tu as fait beaucoup de scènes. Et puis, surtout, tu joues désormais seul avec des machines.

Le son s’est affiné par rapport au premier EP. Quand j’ai fait Gri-Gri, j’essayais de mettre les mêmes arrangements sur chaque titre. Sur mon album, je suis plus tranché. On est plus dans la musique électronique, voire parfois psychédélique.

Tu m’en avais parlé lors de notre première interview. Tu as longtemps joué avec plein de  groupes différents. C’est la raison pour laquelle tu préfères être seul désormais ?

Je vais être franc avec toi, dans les groupes, j’avais des problèmes à partager le leadership. Et puis, quand tu commences dans la musique, c’est dur de s’entourer et de ne pas perdre sa liberté artistique. Je suis désormais prêt à la collaboration, mais plus tard, quand j’aurai fait mes preuves. Sans parler d’ego surdimensionné, j’ai besoin de me sentir respecté dans le métier. Pour le moment, on n’en est pas encore là.

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(Photo : Maxime Gaudet).

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisComment vas-tu faire pour le live ?

Je vais exporter ma manière de travailler dans mon home studio sur scène. C’est un projet extrêmement solitaire. Je t’assure, la première fois que j’ai fait un concert seul avec mes machines, j’ai su qu’il fallait que je garde cette direction-là. Je me sens 1000 fois mieux, car j’ai un sentiment de liberté totale.

Je t’ai vu sur scène avec tes machines. Se concentrer sur elles, ce n’est pas au détriment de la liberté dont tu parles ?

Je parle plus de liberté artistique. Pour les concerts à venir, je suis en train de travailler pour que je puisse être en connexion plus avec le public qu’avec mes machines. Je vais avoir des phases où je pourrai beaucoup communiquer avec les gens. L’idée c’est d’avoir un groupe de rock, mais qui soit des machines.

En concert, les titres seront proches du disque ?

Pas totalement. D’abord, ils seront plus longs ou plus courts, selon l’humeur du public. Je pourrai même changer des arrangements. Ce sera plus musclé, plus rock, car il y aura plus de guitares électriques.

Clip de "Etoile du Kashmir".

Tu es vraiment un solitaire. Sur l’album, tu as tout fait seul. La réalisation, les musiques, les dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismachines, les arrangements, le mixage…

Non, le mixage, ce n’est pas moi. C’est l’excellent Perceval Carré qui s’y est collé. A ce stade de l’enregistrement, quand on ne s’appelle pas Prince, mon idole, on a besoin d’oreilles neuves. J’étais quand même là pendant le mixage. J’ai aussi lâché la prise son des voix. C’est Dominique Ledudal (Higelin, Rita Mitsouko) qui s’en est occupé.

En parlant de ta voix, elle a évolué. Ça vient de tes nombreux concerts ?

Ce sont les concerts, mais c’est aussi parce que j’assume plus ma voix et je crois plus en ce que je chante. Dominique Ledudal a su m'apporter une belle confiance.

Tes textes sont très beaux, très originaux.

Ce qui me plait, c’est que l’on commence à les comprendre totalement après plusieurs écoutes. Dans une chanson, le texte, ce n’est pas la première chose que j’écoute, alors la démarche que j’ai est peut-être inconsciente.

Clip  de "Colosse de Rhodes".

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisLa chanson « Colosse de Rhodes » est une chanson à tiroir, non ?

C’est le texte le plus fou de l’album et j’ai même du mal à expliquer ce que j’ai voulu exprimer. Il y a des chansons nettement plus accessibles textuellement parlant.

Tu parles beaucoup de l’amour et de la frustration qu’il peut engendrer.

Je parle de ça notamment dans « Les anonymes ». C’est un titre que j’ai écrit il y a longtemps, à un moment où je n’avais pas envie de me fixer dans une relation amoureuse. Aujourd’hui, ça va mieux (sourire).

Tu as poussé plus loin la superstition qu’il y avait dans Gri-Gri.

J’ai poussé plus loin la superstition parce que je suis passé de Gri-Gri aux portes du paradis. Il y a trois morceaux dans le disque, « Etoile du Kashmir », « Montagne sacrée » et  « Femme fortune », qui sont un peu les piliers d’un temple bouddhiste. Je ne suis pas bouddhiste, mais quand tu les écoutes à la suite, ça peut devenir un cheminement sacré ou mystique. Dans « Air Inter », le pilote a aussi des hallucinations mystiques dans son cockpit.

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Dans « Beau souvenir », tel un poète maudit, tu portes un regard un peu désabusé sur les choses, dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismême celles qui sont jolies. Tu te sens un peu comme un poète maudit ?

Mais pas du tout. Moi, je suis quelqu’un d’optimiste. Un poète maudit reste dans sa chambre, déprime, pense que personne ne l’aime et que ça ne marchera jamais… et va s’ouvrir les veines. C’est l’opposé de moi. J’ai des amis, une femme que j’aime et qui m’aime, une famille. J’ai la chance de faire des concerts et de sortir un disque. Et je t'assure qu'il n'est pas fait par une personne se considérant comme un poète maudit. A 35 ans, je réviserai peut-être ma position.

Te sens-tu à ta place dans cette époque ?

Oui. Tout le monde à sa place. Cette époque est très large au niveau artistique. J’ai mon délire et je pense qu’il peut plaire. Le piège, quand on fait de la musique et de l’art, c’est de trop réfléchir à ce que l’on peut faire pour que cela marche. Je pense que je suis honnête et que je fais la musique que j’aime.

Je trouve que tu avances lentement, mais sûrement ?

Ce que je sais, c’est que je ne m’arrête pas. Je ne peux pas m’arrêter. 

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Après l'interview, le 4 octobre 2018.

14 octobre 2018

Guillaume Gamand : interview pour sa chaîne YouTube La Péloserie

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandor« SANS  est le premier projet de ma chaîne : la Péloserie. La Péloserie sera mon labo, je vais tester beaucoup de choses ici et les partager avec vous. Je serai là tous les 15 jours, les lundis à 18h. Bienvenue à tous ». C’est ainsi qu’a présenté récemment le comédien-auteur Guillaume Gamand sa chaîne YouTube.

Ayant été pendant longtemps dans les mêmes locaux (à Mixicom) que la team SideKick (un groupe de potes autodidactes à vocation humoristique composé de Kaza, Jérémy Nadeau, Vincent Scalera (mandorisé-là), Raphaël Liot, Guillaume Gamand, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri), j’ai vu Guillaume Gamand dans ce contexte de création constante. Et il m’a toujours impressionné. Grand gaillard barbu sympathique, sans jamais un mot de trop, mais toujours le bon. Et puis, je ne sais pas, je l’aime bien. Son sourire en coin et son humour noir, subtil ou potache. Quand j’ai appris qu’il lançait sa Péloserie, j’ai souhaité en savoir plus.

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandorInterview : 

Mine de rien, tu es un des premiers YouTubers français. Tu as commencé il y a très longtemps.

Même si je viens du théâtre, j’ai commencé des vidéos sur Internet il y a presque 13 ans, mais c’était sur Dailymotion pas sur YouTube. J’étais déjà avec mes deux compagnons du SideKick, Kaza et Raphael Liot. Sur Dailymotion, il y avait aussi le Palmashow, Kyan Khojandi, François Descraques et quelques autres. Norman et Hugo tout seul commençaient à peine. Ce que l’on faisait était sous l’appellation Silverhope. C’était la meilleure des écoles pour apprendre notre métier. On essayait des choses…

Pourquoi avoir créé ta chaine ?

J’avais besoin de monter ma chaine parce que je passais toutes mes journées du lundi au vendredi, de 9h à 20h à écrire non-stop pour différents projets qui n’étaient pas les miens et qui prenaient parfois du temps à se concrétiser. A un moment donné j’ai eu envie de voir se monter les miens.

Tu n’as jamais eu une frustration d’être dans les vidéos des autres, jamais dans des premiers rôles, guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandormême au sein de SideKick ?

Pas du tout. Je viens du théâtre. J’ai très vite appris que je ne jouerais pas tout de suite les premiers rôles, pourtant, on m’en a proposé beaucoup. Je ne le sentais pas. Je vais te faire une métaphore qui vaut ce qu’elle vaut. Dans Rasta Rocket, ils se battent tous pour avoir la première place, mais quand ils comprennent que le leader de l’équipe, celui qui va conduire le bobsleigh, c’est celui qui va se lever à 6 h du matin et qui sera le dernier couché, du coup, plus personne n’est partant. Je ne vais pas te mentir, il y a un peu de ça chez moi.

Je te vois bosser comme un dingue depuis des mois, je ne peux pas croire que ce soit de la fainéantise de ta part.

Si, un peu. J’ai aussi peut-être eu les pétoches. Quand tu es le premier rôle, tu portes beaucoup de choses sur tes épaules. Contrairement à l’image que tu peux avoir de moi, un type un peu extravagant, je ne le suis pas. Je suis même un peu sauvage. Je n’aime pas qu’on m’emmerde et quand on est devant, on finit par t’emmerder. 

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De gauche à droite, avec les membres de SideKick : Jérémy Nadeau, Guillaume Gamand, Kaza, Jonathan O'donnell, Akim Omiri et Vincent Scalera (manquait l'excellent Raphael Liot sur la photo).

Ce que vous avez fait avec le collectif SideKick et notamment la série que j’adorais Blablou marchait moins que d’autres vidéos inintéressantes et faites avec peu de moyens. J’ai toujours trouvé cela injuste.

Toute la bande est comme moi. On s’en contrefout. Je suis content que les mecs fassent des vues parce que certains ne partaient de rien et ont quand même travaillé pour parvenir à un résultat. Nous ne sommes jaloux de personne, je t’assure. Si la qualité était ce qui marchait le plus, ça se saurait. 

Avec Blablou, vous avez encore été précurseurs. Une sorte de Monthy Python à la française. Je me régalais.

(Par humilité, Guillaume ne répond pas à ce compliment). On tente de progresser d’année en année. On apprend tous les jours et il faut être hyper humble. On continue certaines formations d’écriture pour ne jamais stagner. On veut se surprendre et surprendre ceux qui nous regardent. Pour cela, c’est du travail constant. Personnellement, j’ai un objectif ultime : avoir un point de vue sur les choses… C’est ce qui marque dans le temps.

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandorJe déplore que vous n’ayez pas continué Blablou.

On a écrit la deuxième saison, mais comme la première a marché moyennement, on ne la pas tourné parce que nous n’avions plus de budget. Je suis sûr qu’elle aurait cartonné. On a trouvé un public, mais qui était de notre âge. On avait des vannes tellement perchées que c’était normal qu’un gamin de 12 ans ne les comprenne pas. On était très second degré.

Parlons de ta chaîne La Péloserie.

Le premier projet actuellement visible s’appelle « Sans ». C’est un monde imaginaire où par exemple, les lampes n’existent pas. Quelles en seraient les conséquences ? Sans couteau, sans ceinture, sans happy end. Le but est de surprendre ceux qui regardent la vidéo. « Sans », c’est rapide, efficace, rythmé, avec plein de styles de jeux.

C’est autoproduit ?

Oui, je ne voulais pas d’entrée de jeu être en coproduction avec quelqu’un. Je voulais être libre d’être ce que je suis et de faire ce que je veux. Cette chaîne n’est pas ma vie. C’est un terrain de jeu dans lequel je vais tenter des choses et m’amuser avec des gens. Il y a plein de guests. Des gens pour lesquels j’ai écrit et avec lesquels ça s’est bien passé. Je pense à Tim, Jimmy fait le con, Jhon Rachid,  Nicolas Meyrieux, Thaïs Vauqières…

Et toute l’équipe de SideKick.

Bien sûr, c’est un plaisir de travailler avec eux tous les jours. On a chacun notre truc personnel, c’est ça qui est bien. On a créé une famille… On bosse chez les uns, chez les autres et on se voit même hors travail.

1er épisode de "Sans".

C’est quoi le déclic qui t’a incité à créer ta chaine ? guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor

De ne pas enchainer une deuxième saison de Blablou. Ça a été une grande frustration pour  moi parce que je n’avais plus notre terrain de jeu. Je sentais aussi que mon entourage professionnel avait besoin que j’aille vers autre chose, que je les surprenne.

Maintenant que tu as tourné pas mal d’épisodes, comment as-tu vécu le tournage ? 

C’est du sport. Je n’avais jamais été le centre d’une fiction comme celle-là. Je suis dans absolument tous les sketchs et chaque situation est complètement différente, du coup c’est extrêmement intense. À cela s’ajoute la gestion des autres comédiens, heureusement qu’Ilyes Harouni est là pour me libérer dans le jeu (c’est le réalisateur des sketchs). Mais même si cela était costaud niveau rythme, c’était beaucoup de fous rires avec les comédiens et l’équipe. Quand tu écris les sketchs, tu ne sais jamais comment les autres comédiens vont s’approprier les personnages, du coup c’est très souvent de très bonnes surprises.

2e épisode de "Sans".

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor(Photo à gauche : avec Guillaume Gamand et Kaza)

Après la diffusion des deux premiers épisodes, quels sont les retours que tu as eus ?

Très positif, je ne pensais pas que j’allais en avoir autant. Surtout le milieu pro qui m’a fait énormément de retour et d’encouragement. Je ne vais pas te cacher que ça fait du bien. C’est la première fois que je la joue solo et quand tu as la tête dans le guidon pendant plusieurs semaines à cause de l’écriture, la prod, l’organisation, le tournage, le montage et autre… et bien, tu es déjà très content que les gens aiment quand ça sort...ça te booste carrément !

Après la série « Sans », que proposeras-tu dans ta péloserie ?

Je vais tourner encore quelques épisodes de « Sans », puis ensuite j’ai deux nouveaux programmes que je tournerai d’ici fin novembre et qui seront sur la chaîne en décembre. Je peux difficilement t’en dire plus, mais ça sera différent de « Sans ». Toujours dans l’humour mais dans un autre format.

A 35 ans, tu es très déterminé.

Je le suis depuis des années. J’ai en moi un moteur qui me dépasse.

Je suis sûr que bon nombre des membres de Sidekick vont se retrouver partout dans les médias, voire au cinéma…

C’est notre ambition. Sous l’émulation de Kaza, qui est pour beaucoup dans tout ça, on a le projet de placer nos billes partout et ensemble. Mais on veut surtout rester libres et avoir la liberté de création la plus totale.

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Après l'interview.

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11 octobre 2018

Alexis HK : interview pour Comme un ours

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(Photo: Pierre Leblanc)

La dernière fois que j’ai reçu Alexis HK, c’était une semaine après les attentats parisiens. Il venait pour parler du spectacle Georges& moi. Lui et moi, complètement choqués, avions du mal à nous projeter en mode « promo ». On a fait à peu près le job (voir là). Ce n’était pas la première fois que nous nous voyions pour parler musique  (là en 2009 pour le clip des « Affranchis » et ici en 2012 pour l’album L’instant présent.)

J’étais donc ravi de le revoir le 19 septembre dernier en terrasse de La Maroquinerie, plus sereinement, par une belle journée ensoleillée, pour évoquer Comme un ours (sortie vendredi dernier), dans lequel Alexis HK nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie.

alexis hk, comme un ours, interview, mandor, la familiaArgumentaire de presse (version un peu écourtée):

Alexis HK chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Après le succès des Affranchis, couronné par un Olympia en 2010, et de son spectacle Georges & moi en 2015, Alexis a pourtant voulu rentrer dans son antre. De là est né Comme un ours, projet de solitude intentionnelle dans lequel le chanteur, d’habitude si friand de collaborations, tient les commandes de A à Z. Mais les événements de 2015 ont fait trembler la plus profonde des cavernes, et même isolé au milieu du vignoble nantais, l’ours volontaire s’est retrouvé plongé tête la première dans un monde qu’on ne peut plus tourner en dérision. Il écrit alors la noirceur, la violence, et la peur en empruntant aux styles musicaux émergents leurs rythmiques électrisées et électrisantes qui remplacent les traditionnelles batteries, leurs loops aux basses lancinantes, et les syllabes martelées comme des halètements qui s’abattent frénétiquement sur les consonnes les plus dures.

Alexis HK a façonné cet album comme un exemple : partant des nuages les plus noirs de notre époque, du fascisme rampant et du racisme banalisé (« Les pieds dans la boue », « La chasse »), l’ours-chanteur s’accroche à la chanson pour faire refleurir nos sourires en trouvant du réconfort auprès d’un chien (« Je veux un chien »), d’une femme (« La fille à Pierrot ») ou d’un enfant (Salut mon grand). Et comme ultime défi, Alexis réussit la prouesse de rassembler dans une même chanson l’horreur et la beauté, se souvenant que le soleil brillait le 13 novembre 2015, et que les bières rousses s’empilaient sur les tables des terrasses (« Marianne »). Enfin, en guise de point final, Alexis s’envole le temps d’un dernier morceau (« Un beau jour ») qui rassemble tout ce qui fait la force de cet album : nous quittant sur une mélodie légère, il porte un dernier regard lucide et sensible sur cette vie au goût parfois amer qu’il aime pourtant de toutes ses forces.

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(Photo : Pierre Leblanc)

alexis hk,comme un ours,interview,mandor,la familiaInterview :

Il est indiqué dans l’argumentaire de presse que tu as fait ce nouveau disque seul. Or, tu tiens à préciser que Sébastien Collinet (Rover, Florent Marchet) est intervenu comme coréalisateur.

Il est intervenu après les maquettes. Il m’apporte énormément parce qu’il arrive à faire des choses que je ne parviens pas à régler moi-même. Il gonfle les morceaux de manière fine et intelligente. Avant qu’il n’arrive pour m’aider, je me suis enfermé volontairement.

C’était une expérience solitaire que tu souhaitais ardemment ?

Je voulais goûter cette solitude impossible. Cela m’a permis de comprendre que, décidément, on a vraiment besoin des autres pour avancer. Pour le savoir, il fallait que je prenne le temps de m’isoler.

Il parait que tu te levais à 5 heures du matin et que tu travaillais toute la journée. C’est vrai ?

Oui. Tu es déjà venu chez moi à la campagne, tu vois donc mon cadre de vie. C’est agréable. Je me suis acheté un tas d’instruments et je me suis fait plaisir. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je ne sais pas trop quel va être mon avenir social, par contre, je sais que mon avenir personnel est dans le plaisir et l’amusement. Si je continue à avoir la chance de faire des albums, il faut que je m’en donne les moyens.

Tu continues à chercher de nouveaux sons ?

Oui, j’en cherche que je voudrais entendre. J’en trouve parfois. Je me suis aussi posé des questions sur mes propres envies. Là, j’ai vraiment pris le temps de la réflexion, ce qui n’était pas le cas dans les albums précédents. J’avais plus donné les clefs à Matthieu Ballet qui avait fait un super travail de réalisateur, mais là j’avais envie de garder le double des clefs.

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C’était aussi pour savoir si tu pouvais t’en sortir seul après toutes ces années ?

Oui, tu as raison. C’était un bilan de compétence personnel. Je voulais savoir jusqu’où je pouvais aller seul. Ça m’a permis de faire des recherches musicales tranquillement. Je pouvais faire, défaire, refaire, redéfaire… Par ignorance, j’ai fait des détours qui m’ont amené à des résultats inattendus qu’au final j’aime bien.

L’histoire de la contrebasse que tu as voulu apprendre tout seul, c’est vrai ?

Tout à fait. C’est un instrument que j’aime énormément depuis toujours et j’ai envie de progresser encore et encore. J’adorerais être accompagnateur d’un autre artiste avec cet instrument (rires).

Goldman a fait ça pour certains potes comme Gildas Arzel. Il n’était que guitariste.

Oui, c’est très fort étant donné sa notoriété. Tu sais, c’est agréable de changer de poste.

"Marianne" audio.

La dernière fois que nous nous sommes vus pour une interview, c’était une semaine après les attentats parisiens. Je me souviens que tu étais meurtri. Ce nouvel album est marqué par ces évènements, notamment dans la chanson « Marianne ».

Ca a dû te rappeler des propos que je t’avais tenu.

Oui, nous avions beaucoup parlé en off de tout ça.

L’histoire de la chanson « « Marianne » est vraie. J’ai clairement raconté ce que j’ai vécu. Marianne n’est pas le symbole de la république, même si ça le devient au fur et à mesure de la chanson, mais au départ c’est ma grande amie, Marianne, avec laquelle je déjeunais ce jour-là, rue Jean-Pierre Timbaud, pas loin du Bataclan. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas vus, elle était très déprimée. Elle craquait un peu. Elle avait l’impression que le monde était en pleine régression. J’ai essayé de la réconforter et je suis parti jouer dans le 77. Et est arrivé ce qui est arrivé quelques heures plus tard. J’ai trouvé qu’il y avait quelque chose à raconter sur cette femme qui ne croyait plus trop en ce monde et qui habitait à côté des lieux où se sont passés ses attentats.

Cette chanson est aussi un devoir de mémoire ?

Oui, parce que c’est un événement crucial dans l’histoire.

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(Photo : Pierre Leblanc)

Depuis 2015, peux-tu continuer à tourner le monde en dérision ?

Ce qui est sûr, c’est que je n’écris plus de la même façon. Mais, ce n’est pas qu’à cause de cela. On n’écrit pas les mêmes choses à 44 ans qu’à 22 ans. J’ai voulu faire une introspection sur ce que je ressentais par rapport à l’état du monde.

Et il t’inspire quoi le monde ?

Il y a des avancées incroyables et je suis persuadé qu’il y a de très belles choses dans l’époque d’aujourd’hui, même si on ne nous les montre pas forcément. Mais en même temps, il y a une régression des mentalités, des régressions idéologiques et plus de racisme ordinaire. Le nouveau président des Etats-Unis est une caricature à lui tout seul, on ne peut même pas le tourner en dérision. On n’est plus dans l’époque où il y avait les guignols de l’info qui était le baromètre, qui pouvait se moquer de tout… Il y a clairement quelque chose qui a changé.

"La chasse" audio.

Ce racisme ordinaire, tu l’as traité dans deux chansons : « Les pieds dans la boue » et « La chasse ».

Dans « La chasse », j’ai pensé que j’étais allé trop loin parce que je parle de chasse à l’homme, mais j’ai lu un article récemment sur une chasse à l’homme, pour être clair, une chasse aux migrants, qui a eu lieu en Allemagne après la mort d’un allemand. Du coup, ma chanson reflète bien la réalité. Je n’ai pas été excessif.

Dans « Les pieds dans la boue », tu vises clairement le Front National, enfin le désormais Rassemblement National.

Non, je vise tout le monde parce que presque tous les partis se sont mis sur la même ligne idéologique. Il y a même des partis de gauche qui brisent la ligne de leur parti en disant qu’il faut arrêter de faire de l’angélisme et que les migrants est un problème qu’il faut savoir gérer. Je pense par contre qui si on accueille des personnes, il faut qu’elles soient bien accueillies. Dans cette chanson je parle plus de sentiments que de situations politiques. Je n’ai pas de solutions politiques, par contre la régression me fait peur et c’est quelque chose que je ressens profondément.

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(Photo : Pierre Leblanc)

Pour passer à un sujet plus tendre, il y a une chanson qui m’a fait fondre : « Salut mon grand ». J’adore cette phrase que tu chantes : « une pensée douce au mec que m’a donné ta maman ».

Un chanteur qui écrit pour son enfant, je sais, ce n’est pas original, mais j’avais envie de le faire. J’en ai profité pour parler de notre génération à nous, la tienne et la mienne, qui sont sensiblement les mêmes.

Cette chanson me met dans un état de mélancolie.

On parle de la jeunesse d’aujourd’hui. On la caricature un petit peu avec les smartphones ou toutes sortes d’écrans. Nous aussi on était tout le temps sur un écran, mais c’était un seul et même écran avec trois chaînes de télé. La télé a rapidement compris son pouvoir. Je dis à la jeune génération qu’il y a eu pire qu’eux. Nous, nous voyions le monde avec très peu de prismes. Mon fils de 10 ans me sort des trucs que je n’aurais jamais pu dire à son âge. Les enfants d’aujourd’hui sont beaucoup plus mûrs que nous l’étions. Internet, c’est mieux que la télé.

Tu ne vas te faire que des amis…

(Rires) Comme je ne passais pas beaucoup à la télé, ça va continuer.

Ton fils aime cette chanson ?

Oui, il l’adore. En plus, sa mère, Liz (Cherhal), en a aussi écrit une sur lui. Il est donc très content.

"Je veux en chien" audio.

Une autre chanson que j’aime beaucoup, c’est « Je veux un chien ».

Je voulais parler des chiens parce que je les adore, mais j’adore les chats aussi. Je voulais parler des tempéraments. On est dans des sociétés où les gens sont plutôt chats. Il faut être à leur service et ils sont imprévisibles. Les chiens, eux, donnent tout… et je connais des gens qui sont comme ça, avec un tempérament chien, qui vous suivent, qui ne vous jugent pas et qui vous aiment. Dans cette chanson, il y a évidemment une double lecture possible, je ne voulais pas faire juste « 30 millions d’amis » (rires).

Parlons de « La fille à Pierrot ». La façon d’écrire cette histoire m’a fait penser à Pierre Perret.

Déjà ça me fait très plaisir. Je l’ai découvert sur le tard. J’ai même participé à l’album lui rendant hommage avec les Ogres de Barback. Je l’ai donc rencontré et je me suis plongé dans son œuvre. Je ne connaissais que les basiques très populaires, mais j’ai réalisé le niveau d’écriture extraordinaire qu’il a. Que tu me rapproches de ce grand homme me touche profondément.

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Tu n’aimes pas entendre cela, mais dans le métier, nous savons bien que tu es une des plus belles plumes de la chanson française.

Je pense que j’essaie d’avoir une écriture personnelle et que j’essaie de soigner mes mots. C’est mon arme pour pouvoir proposer quelque chose d’artistique. Dans la scène française d’aujourd’hui, il y a quand même du monde et des gens extrêmement brillants. Je pense à des gens comme Laura Cahen, Babx, Liz Cherhal… ils ont un sens de l’écriture qui est très fort et qui me rassure beaucoup parce que j’ai l’impression qu’on en a besoin. Nos cerveaux qui reçoivent tellement d’informations ont besoin de temps en temps qu’on leur parle de manière un peu apprêtée.

Tu as une façon d’interpréter tes chansons assez unique.

Quand on écoute Brel ou Brassens, deux artistes diamétralement opposés, ce sont eux qu’on écoute. Barbara, Juliette, Nougaro, Gainsbourg sont des gens qui ont mis aussi la barre très haute en matière d’écriture  et qui ont proposé quelque chose de reconnaissable. C’est ce qu’il y de plus difficile en musique et c’est ce que je tente de faire. J’ai bien dit « je tente ».

Clip officiel de "Come un ours".

Tu racontes la solitude des êtres dans « Comme un ours ».

Souchon, ce génie, avait trouvé la formule idéale : « l’ultra moderne solitude ». Je parle dans cette chanson de cette solitude pas seule. C’est parfois agréable, mais comme toutes les drogues, il ne faut pas en abuser parce qu’après, on perd le contact et c’est là que l’on réalise tout ce qui nous manque, tout ce que l’on a perdu et ainsi de suite. Moi, j’ai un mode de vie assez solitaire parce que je vis dans un endroit isolé. J’ai eu à un moment le sentiment de me perdre. Je me disais que si je continuais comme ça, j’allais commencer à parler à mes glaïeuls et penser à mes aïeux. Ça m’a inspiré cette chanson. La solitude est une maladie très dangereuse.

Une maladie ?

Le virus de la solitude qui nous pousse à nous retrancher, ça peut devenir une maladie mentale.

Dans « Porté », tu écris « la prose apaise les ecchymoses ». Là, j’ai besoin de précisions.

Je dis au premier degré qu’écrire apaise. La prose est là pour mettre en avant des états d’âme qu’on garderait pour soi. Il faut chercher les mots qui sont les plus proches de ce que l’on ressent, c’est apaisant comme thérapie.

« Le cerisier » a été écrit par ton père.

Mon père aime bien écrire et il voulait que je chante une chanson à lui. Il m’a proposé plein de choses, mais je lui ai répondu que je voulais chanter quelque chose qui parle de la vie simple et réelle. Un jour, j’étais dans son jardin et je lui fais la remarque que ce cerisier dont on croyait qu’il allait mourir chaque année restait bien vivant. Chaque année il est toujours là et très productif. J’ai trouvé que c’était un message d’espoir. C’est une image qui contient la mélancolie de la mort et la joie de la renaissance. Il a tout de suite écrit ce texte et j’ai tout de suite adhéré.

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Quel rapport as-tu avec la reconnaissance ?

Je ne suis pas dans l’obsession de la reconnaissance, mais je suis comme tout le monde, quand j’ai des marques de considérations appuyées, j’apprécie et ça peut être très touchant. Après, si c’est le seul objectif d’une démarche artistique, je pense que c’est un peu gâché. Il faut que ça arrive à la toute fin… quand on a bien travaillé.

Tu sais quand tu as réussi un album ?

Je pense que Comme un ours est un album réussi. Les autres me semblaient plus expérimentaux. Je suis heureux de ce disque parce que je trouve qu’il y a une vraie cohérence. Le dernier présent s’approchait de ça, mais Comme un ours est plus abouti.

Tu t’es sorti facilement du spectacle Georges et moi ?

Oui et non. Ca a créé une dynamique en tout cas. J’ai écrit les chansons de Comme un ours pendant la tournée Georges et moi. Tu sais, j’ai le cerveau fragmenté. Une chose en appelle une autre, donne envie d’une autre, mais je suis rarement en focus sur un seul truc. J’ai un problème de dichotomie interne qui fait que j’avais l’impression d’être en dialogue avec le fantôme de Brassens, mais que ça ne m’empêchait pas d’être dans mes sons et mes textes à moi. J’ai l’impression qu’il me soufflait sa philosophie : « fais les choses par toi-même, trouves ton truc à toi ». C’est ce qu’il a fait lui. Je pense que j’ai écouté son message subliminal.

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08 octobre 2018

Adeline Dieudonné : interview pour La vraie vie

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Tous les médias spécialisés en littérature (et les autres également) le disent avec force conviction : le premier livre d’Adeline Dieudonné est un bijou finement ciselé. Qu’il provoque toutes sortes adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacd’émotions oscillant entre peur, rire, tristesse…et espoir. La Vraie Vie touche tout le monde sans exception. Perso, je suis resté scotché du début à la fin. Coup de poing au cœur et à l'âme. Ce roman est un petit miracle comme on en fait peu.

J’ai interviewé Adeline Dieudonné pour le catalogue de Noël 2018 de la FNAC (voir photo à droite). Je vous propose l'article placé dans le contexte, à la fin de l'interview complète. Par souci d’honnêteté, je précise que nous avons échangé par mail, l’auteure étant en promotion (vrai tourbillon médiatique, devrais-je dire) dans toute la France, nous ne sommes pas parvenus à caler un tête à tête avant ma deadline (date à laquelle je dois rendre mon interview à ma rédaction).

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacArgumentaire de presse :

LA CONDITION PAVILLONNAIRE

Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.

Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR

La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacpersonnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

L’auteure (photo à droite : Jean-François Robert):

Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman.

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(Photo : Stéphane Remael)

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacInterview :

On suit votre héroïne de 10 à 15 ans. Pourquoi avoir écrit sur la perte de l’innocence d’une jeune fille en construction ?

Je ne sais pas trop. Cette histoire est née toute seule, je n’avais pas de volonté de parler d’un sujet en particulier. Mais l’adolescence est une période qui me fascine, c’est le moment des grandes métamorphoses, des émotions brûlantes…

Peut-on dire que votre roman est une fable sur la violence et la maltraitance ?

Oui, il y a de ça. J’aime bien l’aspect fable ou conte, ça permet de prendre du recul sur la violence, tout en la restituant avec beaucoup d’intensité. Mais de nouveau, ce sont des sujets qui se sont imposés à moi, je n’ai pas prémédité l’écriture…

Le père qui a trois passions (la chasse, la télé et le Whisky) lui propose deux alternatives dans la vie: adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacêtre prédatrice ou une proie. Où trouve-t-elle la force de s’opposer à cette vision binaire ? (Photo de droite : Gael Maleux)

C’est une bonne question. Probablement dans l’amour qu’elle ressent pour son petit frère. Peut-être aussi qu’il y a une forme d’instinct de survie là-dedans. Et puis elle a le modèle de sa mère, auquel elle ne veut surtout pas ressemble. Son amie Monica arrive au bon moment avec la figure de Marie Curie, qui fait mouche. Avec Marie Curie ma jeune héroïne comprend que rien n’est joué d’avance, que ce sera certainement plus compliqué pour elle parce qu’elle est une fille mais qu’elle a la possibilité d’échapper au déterminisme de son père.

La narratrice aime son frère avec la tendresse d’une mère. Pourquoi se sent elle obligée de tout faire pour le sauver du traumatisme dont il fait l’objet ?

Parce que leurs parents font défaut. Et qu’elle sait que le petit ne peut compter que sur elle. Elle a peur de la solitude. Si elle perd son petit frère, elle sera complètement seule dans cette famille. Socialement, il est tout ce qu’elle a. Du moins au début de l’histoire…

adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacL’accident du glacier est à la fois épouvantable et presque drôle. Il fallait envisager l’humour pour décrire l’horreur ? (Photo de gauche : Gael Meleux.)

Oui, je crois que c’est indispensable. En tout cas, je ne pouvais pas imaginer raconter cette scène autrement. C’est tellement atroce que sans humour, on tombait vite dans le pathos. Et puis j’aime bien mélanger les émotions, c’est là que le travail d’écriture devient intéressant.  Jusqu’où des mélanges atypiques peuvent rester harmonieux? C’est un peu comme en cuisine…

Tout le monde s’accorde à dire que votre écriture est au scalpel. « Il n’y a pas un mot en trop et pas un mot qui manque ». C’est difficile de trouver l’efficacité immédiate ?

Ça n’est pas difficile mais ça m’oblige à être extrêmement connectée à mes émotions. Et puis c’est aussi du travail de réécriture, je dois repasser sur le texte et le nettoyer de tout ce qui est superflu.

François Busnel a dit que ce roman était à ranger entre Stephen King et Amélie Nothomb. Ce sont deux références qui vous conviennent ?

Oui et elles sont extrêmement flatteuses! Mais j’ajouterais Thomas Gunzig, qui m’influence aussi énormément. Si on parle du mélange d’émotions, de l’étrangeté, du ton grinçant, de la jubilation dans la noirceur, ce sont des choses que j’ai puisées dans son écriture.

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Adeline Dieudonné a reçu son prix des mains de Daniel Pennac, invité d'honneur du 3e salon Fnac Livres, lors de l’inauguration de la manifestation le 14 septembre à Paris à la Halle des Blancs-Manteaux.

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacQu’avez-vous ressenti en apprenant que vous aviez remporté le prix du roman Fnac ?

Tout d’abord l’incrédulité. J’avoue que je n’avais pas envisagé cette possibilité. Puis j’ai pleuré comme une gamine avec mon éditrice… C’est incroyable d’être choisie par des libraires et des lecteurs, dans un contexte extrêmement démocratique et ce, parmi d’autres romans exceptionnels. Avec toute l’équipe de l’Iconoclaste, on est sur un petit nuage…

Vous êtes nommés pour de nombreux prix donc les prix Goncourt et Renaudot. Vous en revenez ?

Non. Pas du tout. Au mois de mai, quand mon éditrice m’a dit qu’elle allait envoyer La Vraie Vie pour les prix littéraires, j’ai rigolé. Je n’aurais jamais imaginé que les jurys de ces grands prix puissent se pencher sur mon petit roman.

Voici donc l'interview telle qu'elle est parue dans le catalogue de Noël 2018 de la FNAC.

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