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19 octobre 2018

Dani Terreur : interview pour Les portes du paradis

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(Photo : Julie Ona)

Dani Terreur est un futur grand qui avance palier par palier, tel un Bashung qui a su prendre son temps. Son rock romantico-mystique ne ressemble à rien d’autre qu’à du Dani Terreur. La marque des grands, je vous dis. Je ne vais pas m’attarder sur son passé, je l’ai fait en 2016 pour la sortie de son premier EP, Gri-Gri. Il m'en a déjà dit beaucoup dans cette première mandorisation qui explique bien qui est cet etrange et envoûtant artiste.

Le 4 octobre dernier, nous nous sommes réunis dans un café de la capitale pour qu’il nous explique en détail le changement de cap musical de son  premier album Les portes du paradis… et bien d'autres choses.

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisArgumentaire de presse officiel :

Ne vous fiez pas à sa gueule d’ange et à ses allures de dandy moqueur. Dani Terreur est un chaman. Un prophète des temps modernes qui, sans jamais se départir de son humour acerbe, vous entraine dans des contrées lointaines où la mer est émeraude, les corps fiévreux et le soleil liquide.

Musicien autodidacte et compositeur prolifique, Dani Terreur concocte en solitaire dans son homestudio des romances au vitriol et à la rose. Des invitations aux voyages où le cynisme des enfants des années 2000 côtoie sans complexe l’idéalisme des esthètes. En somme, de la chanson française néo-romantique fuselée aux sons électroniques et aux accords vintages adoubés par sa génération.

Avec son 1er album Les portes du Paradis, Dani Terreur pose un regard lucide et distancié sur une génération un brin désaxée, furieusement cita- dine et avide d’expériences, et l’invite à prendre de la hauteur, pour sublimer ses excès, avec désinvolture et élégance.

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(Photo : Maxime Gaudet)

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisInterview :

Il s’est passé deux ans depuis ta première mandorisation à l’occasion de la sortie de ton EP Gri-Gri. Tu n’as pas chômé puisque que tu as fait beaucoup de scènes. Et puis, surtout, tu joues désormais seul avec des machines.

Le son s’est affiné par rapport au premier EP. Quand j’ai fait Gri-Gri, j’essayais de mettre les mêmes arrangements sur chaque titre. Sur mon album, je suis plus tranché. On est plus dans la musique électronique, voire parfois psychédélique.

Tu m’en avais parlé lors de notre première interview. Tu as longtemps joué avec plein de  groupes différents. C’est la raison pour laquelle tu préfères être seul désormais ?

Je vais être franc avec toi, dans les groupes, j’avais des problèmes à partager le leadership. Et puis, quand tu commences dans la musique, c’est dur de s’entourer et de ne pas perdre sa liberté artistique. Je suis désormais prêt à la collaboration, mais plus tard, quand j’aurais fait mes preuves. Sans parler d’ego surdimensionné, j’ai besoin de me sentir respecté dans le métier. Pour le moment, on n’en est pas encore là.

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(Photo : Maxime Gaudet).

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisComment tu vas faire pour le live ?

Je vais exporter ma manière de travailler dans mon home studio sur scène. C’est un projet extrêmement solitaire. Je t’assure, la première fois que j’ai fait un concert seul avec mes machines, j’ai su qu’il fallait que je garde cette direction-là. Je me sens 1000 fois mieux, car j’ai un sentiment de liberté totale.

Je t’ai vu sur scène avec tes machines. Se concentrer sur ses machines, ce n’est pas au détriment de la liberté dont tu parles ?

Je parle plus de liberté artistique. Pour les concerts à venir, je suis en train de travailler pour que je puisse être en connexion plus avec le public qu’avec mes machines. Je vais avoir des phases où je pourrai beaucoup communiquer avec les gens. L’idée c’est d’avoir un groupe de rock, mais qui soit des machines.

En concert, les titres seront proches du disque ?

Pas totalement. D’abord, ils seront plus longs ou plus courts, selon l’humeur du public. Je pourrai même changer des arrangements. Ce sera plus musclé, plus rock, car il y aura plus de guitares électriques.

Clip de "Etoile du Kashmir".

Tu es vraiment un solitaire. Sur l’album, tu as tout fait seul. La réalisation, les musiques, les dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismachines, les arrangements, le mixage…

Non, le mixage, ce n’est pas moi. C’est l’excellent Perceval Carré qui s’y est collé. A ce stade de l’enregistrement, quand on ne s’appelle pas Prince, mon idole, on a besoin d’oreilles neuves. J’étais quand même là pendant le mixage. J’ai aussi lâché la prise son des voix. C’est  Dominique Ledudal (Higelin, Rita Mitsouko) qui s’en est occupé.

En parlant de ta voix, elle a évolué. Ça vient de tes nombreux concerts ?

Ce sont les concerts, mais c’est aussi parce que j’assume plus ma voix et je crois plus en ce que je chante. Dominique Ledudal m’a donné une belle confiance.

Tes textes sont très beaux, très originaux.

Ce qui me plait, c’est que l’on commence à les comprendre totalement après plusieurs écoutes. Dans une chanson, le texte, ce n’est pas la première chose que j’écoute, alors la démarche que j’ai est peut-être inconsciente.

Clip  de "Colosse de Rhodes".

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisLa chanson « Colosse de Rhodes » est une chanson à tiroir, non ?

C’est le texte le plus fou de l’album et j’ai même du mal à expliquer ce que j’ai voulu exprimer. Il y a des chansons nettement plus accessibles textuellement parlant.

Tu parles beaucoup de l’amour et de la frustration qu’il peut engendrer.

Je parle de ça notamment dans « Les anonymes ». C’est un titre que j’ai écrit il y a longtemps, à un moment où je n’avais pas envie de me fixer dans une relation amoureuse. Aujourd’hui, ça va mieux (sourire).

Tu as poussé plus loin la superstition qu’il y avait dans Gri-Gri.

J’ai poussé plus loin la superstition parce que je suis passé de Gri-Gri aux portes du paradis. Il y a trois morceaux dans le disque, « Etoile du Kashmir », « Montagne sacrée » et  « Femme fortune », qui sont un peu les piliers d’un temple bouddhiste. Je ne suis pas bouddhiste, mais quand tu les écoutes à la suite, ça peut devenir un cheminement sacré ou mystique. Dans « Air Inter », le pilote a aussi des hallucinations mystiques dans son cockpit.

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Dans « Beau souvenir », tel un poète maudit, tu portes un regard un peu désabusé sur les choses, dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismême celles qui sont jolies. Tu te sens un peu comme un poète maudit ?

Mais pas du tout. Moi, je suis quelqu’un d’optimiste. Un poète maudit reste dans sa chambre, déprime, pense que personne ne l’aime et que ça ne marchera jamais… et va s’ouvrir les veines. C’est l’opposé de moi. Moi j’ai des amis, quelqu’un que j’aime et qui m’aime, une famille. J’ai la chance de faire des concerts et de sortir un disque fait par une personne qui n’est pas un poète maudit. A 35 ans, je réviserai peut-être ma position.

Te sens-tu à ta place dans cette époque ?

Oui. Tout le monde à sa place. Cette époque est très large au niveau artistique. J’ai mon délire et je pense qu’il peut plaire. Le piège, quand on fait de la musique et de l’art, c’est de trop réfléchir à ce que l’on peut faire pour que cela marche. Je pense que je suis honnête et que je fais la musique que j’aime.

Je trouve que tu avances lentement, mais sûrement ?

Ce que je sais, c’est que je ne m’arrête pas. Je ne peux pas m’arrêter. 

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Après l'interview, le 4 octobre 2018.

14 octobre 2018

Guillaume Gamand : interview pour sa chaîne YouTube La Péloserie

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandor« SANS  est le premier projet de ma chaîne : la Péloserie. La Péloserie sera mon labo, je vais tester beaucoup de choses ici et les partager avec vous. Je serai là tous les 15 jours, les lundis à 18h. Bienvenue à tous ». C’est ainsi qu’a présenté récemment le comédien-auteur Guillaume Gamand sa chaîne YouTube.

Ayant été pendant longtemps dans les mêmes locaux (à Mixicom) que la team SideKick (un groupe de potes autodidactes à vocation humoristique composé de Kaza, Jérémy Nadeau, Vincent Scalera (mandorisé-là), Raphaël Liot, Guillaume Gamand, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri), j’ai vu Guillaume Gamand dans ce contexte de création constante. Et il m’a toujours impressionné. Grand gaillard barbu sympathique, sans jamais un mot de trop, mais toujours le bon. Et puis, je ne sais pas, je l’aime bien. Son sourire en coin et son humour noir, subtil ou potache. Quand j’ai appris qu’il lançait sa Péloserie, j’ai souhaité en savoir plus.

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandorInterview : 

Mine de rien, tu es un des premiers YouTubers français. Tu as commencé il y a très longtemps.

Même si je viens du théâtre, j’ai commencé des vidéos sur Internet il y a presque 13 ans, mais c’était sur Dailymotion pas sur YouTube. J’étais déjà avec mes deux compagnons du SideKick, Kaza et Raphael Liot. Sur Dailymotion, il y avait aussi le Palmashow, Kyan Khojandi, François Descraques et quelques autres. Norman et Hugo tout seul commençaient à peine. Ce que l’on faisait était sous l’appellation Silverhope. C’était la meilleure des écoles pour apprendre notre métier. On essayait des choses…

Pourquoi avoir créé ta chaine ?

J’avais besoin de monter ma chaine parce que je passais toutes mes journées du lundi au vendredi, de 9h à 20h à écrire non-stop pour différents projets qui n’étaient pas les miens et qui prenaient parfois du temps à se concrétiser. A un moment donné j’ai eu envie de voir se monter les miens.

Tu n’as jamais eu une frustration d’être dans les vidéos des autres, jamais dans des premiers rôles, guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandormême au sein de SideKick ?

Pas du tout. Je viens du théâtre. J’ai très vite appris que je ne jouerais pas tout de suite les premiers rôles, pourtant, on m’en a proposé beaucoup. Je ne le sentais pas. Je vais te faire une métaphore qui vaut ce qu’elle vaut. Dans Rasta Rocket, ils se battent tous pour avoir la première place, mais quand ils comprennent que le leader de l’équipe, celui qui va conduire le bobsleigh, c’est celui qui va se lever à 6 h du matin et qui sera le dernier couché, du coup, plus personne n’est partant. Je ne vais pas te mentir, il y a un peu de ça chez moi.

Je te vois bosser comme un dingue depuis des mois, je ne peux pas croire que ce soit de la fainéantise de ta part.

Si, un peu. J’ai aussi peut-être eu les pétoches. Quand tu es le premier rôle, tu portes beaucoup de choses sur tes épaules. Contrairement à l’image que tu peux avoir de moi, un type un peu extravagant, je ne le suis pas. Je suis même un peu sauvage. Je n’aime pas qu’on m’emmerde et quand on est devant, on finit par t’emmerder. 

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De gauche à droite, avec les membres de SideKick : Jérémy Nadeau, Guillaume Gamand, Kaza, Jonathan O'donnell, Akim Omiri et Vincent Scalera (manquait l'excellent Raphael Liot sur la photo).

Ce que vous avez fait avec le collectif SideKick et notamment la série que j’adorais Blablou marchait moins que d’autres vidéos inintéressantes et faites avec peu de moyens. J’ai toujours trouvé cela injuste.

Toute la bande est comme moi. On s’en contrefout. Je suis content que les mecs fassent des vues parce que certains ne partaient de rien et ont quand même travaillé pour parvenir à un résultat. Nous ne sommes jaloux de personne, je t’assure. Si la qualité était ce qui marchait le plus, ça se saurait. 

Avec Blablou, vous avez encore été précurseurs. Une sorte de Monthy Python à la française. Je me régalais.

(Par humilité, Guillaume ne répond pas à ce compliment). On tente de progresser d’année en année. On apprend tous les jours et il faut être hyper humble. On continue certaines formations d’écriture pour ne jamais stagner. On veut se surprendre et surprendre ceux qui nous regardent. Pour cela, c’est du travail constant. Personnellement, j’ai un objectif ultime : avoir un point de vue sur les choses… C’est ce qui marque dans le temps.

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandorJe déplore que vous n’ayez pas continué Blablou.

On a écrit la deuxième saison, mais comme la première a marché moyennement, on ne la pas tourné parce que nous n’avions plus de budget. Je suis sûr qu’elle aurait cartonné. On a trouvé un public, mais qui était de notre âge. On avait des vannes tellement perchées que c’était normal qu’un gamin de 12 ans ne les comprenne pas. On était très second degré.

Parlons de ta chaîne La Péloserie.

Le premier projet actuellement visible s’appelle « Sans ». C’est un monde imaginaire où par exemple, les lampes n’existent pas. Quelles en seraient les conséquences ? Sans couteau, sans ceinture, sans happy end. Le but est de surprendre ceux qui regardent la vidéo. « Sans », c’est rapide, efficace, rythmé, avec plein de styles de jeux.

C’est autoproduit ?

Oui, je ne voulais pas d’entrée de jeu être en coproduction avec quelqu’un. Je voulais être libre d’être ce que je suis et de faire ce que je veux. Cette chaîne n’est pas ma vie. C’est un terrain de jeu dans lequel je vais tenter des choses et m’amuser avec des gens. Il y a plein de guests. Des gens pour lesquels j’ai écrit et avec lesquels ça s’est bien passé. Je pense à Tim, Jimmy fait le con, Jhon Rachid,  Nicolas Meyrieux, Thaïs Vauqières…

Et toute l’équipe de SideKick.

Bien sûr, c’est un plaisir de travailler avec eux tous les jours. On a chacun notre truc personnel, c’est ça qui est bien. On a créé une famille… On bosse chez les uns, chez les autres et on se voit même hors travail.

1er épisode de "Sans".

C’est quoi le déclic qui t’a incité à créer ta chaine ? guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor

De ne pas enchainer une deuxième saison de Blablou. Ça a été une grande frustration pour  moi parce que je n’avais plus notre terrain de jeu. Je sentais aussi que mon entourage professionnel avait besoin que j’aille vers autre chose, que je les surprenne.

Maintenant que tu as tourné pas mal d’épisodes, comment as-tu vécu le tournage ? 

C’est du sport. Je n’avais jamais été le centre d’une fiction comme celle-là. Je suis dans absolument tous les sketchs et chaque situation est complètement différente, du coup c’est extrêmement intense. À cela s’ajoute la gestion des autres comédiens, heureusement qu’Ilyes Harouni est là pour me libérer dans le jeu (c’est le réalisateur des sketchs). Mais même si cela était costaud niveau rythme, c’était beaucoup de fous rires avec les comédiens et l’équipe. Quand tu écris les sketchs, tu ne sais jamais comment les autres comédiens vont s’approprier les personnages, du coup c’est très souvent de très bonnes surprises.

2e épisode de "Sans".

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor(Photo à gauche : avec Guillaume Gamand et Kaza)

Après la diffusion des deux premiers épisodes, quels sont les retours que tu as eus ?

Très positif, je ne pensais pas que j’allais en avoir autant. Surtout le milieu pro qui m’a fait énormément de retour et d’encouragement. Je ne vais pas te cacher que ça fait du bien. C’est la première fois que je la joue solo et quand tu as la tête dans le guidon pendant plusieurs semaines à cause de l’écriture, la prod, l’organisation, le tournage, le montage et autre… et bien, tu es déjà très content que les gens aiment quand ça sort...ça te booste carrément !

Après la série « Sans », que proposeras-tu dans ta péloserie ?

Je vais tourner encore quelques épisodes de « Sans », puis ensuite j’ai deux nouveaux programmes que je tournerai d’ici fin novembre et qui seront sur la chaîne en décembre. Je peux difficilement t’en dire plus, mais ça sera différent de « Sans ». Toujours dans l’humour mais dans un autre format.

A 35 ans, tu es très déterminé.

Je le suis depuis des années. J’ai en moi un moteur qui me dépasse.

Je suis sûr que bon nombre des membres de Sidekick vont se retrouver partout dans les médias, voire au cinéma…

C’est notre ambition. Sous l’émulation de Kaza, qui est pour beaucoup dans tout ça, on a le projet de placer nos billes partout et ensemble. Mais on veut surtout rester libres et avoir la liberté de création la plus totale.

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Après l'interview.

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11 octobre 2018

Alexis HK : interview pour Comme un ours

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(Photo: Pierre Leblanc)

La dernière fois que j’ai reçu Alexis HK, c’était une semaine après les attentats parisiens. Il venait pour parler du spectacle Georges& moi. Lui et moi, complètement choqués, avions du mal à nous projeter en mode « promo ». On a fait à peu près le job (voir là). Ce n’était pas la première fois que nous nous voyions pour parler musique  (là en 2009 pour le clip des « Affranchis » et ici en 2012 pour l’album L’instant présent.)

J’étais donc ravi de le revoir le 19 septembre dernier en terrasse de La Maroquinerie, plus sereinement, par une belle journée ensoleillée, pour évoquer Comme un ours (sortie vendredi dernier), dans lequel Alexis HK nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie.

alexis hk, comme un ours, interview, mandor, la familiaArgumentaire de presse (version un peu écourtée):

Alexis HK chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Après le succès des Affranchis, couronné par un Olympia en 2010, et de son spectacle Georges & moi en 2015, Alexis a pourtant voulu rentrer dans son antre. De là est né Comme un ours, projet de solitude intentionnelle dans lequel le chanteur, d’habitude si friand de collaborations, tient les commandes de A à Z. Mais les événements de 2015 ont fait trembler la plus profonde des cavernes, et même isolé au milieu du vignoble nantais, l’ours volontaire s’est retrouvé plongé tête la première dans un monde qu’on ne peut plus tourner en dérision. Il écrit alors la noirceur, la violence, et la peur en empruntant aux styles musicaux émergents leurs rythmiques électrisées et électrisantes qui remplacent les traditionnelles batteries, leurs loops aux basses lancinantes, et les syllabes martelées comme des halètements qui s’abattent frénétiquement sur les consonnes les plus dures.

Alexis HK a façonné cet album comme un exemple : partant des nuages les plus noirs de notre époque, du fascisme rampant et du racisme banalisé (« Les pieds dans la boue », « La chasse »), l’ours-chanteur s’accroche à la chanson pour faire refleurir nos sourires en trouvant du réconfort auprès d’un chien (« Je veux un chien »), d’une femme (« La fille à Pierrot ») ou d’un enfant (Salut mon grand). Et comme ultime défi, Alexis réussit la prouesse de rassembler dans une même chanson l’horreur et la beauté, se souvenant que le soleil brillait le 13 novembre 2015, et que les bières rousses s’empilaient sur les tables des terrasses (« Marianne »). Enfin, en guise de point final, Alexis s’envole le temps d’un dernier morceau (« Un beau jour ») qui rassemble tout ce qui fait la force de cet album : nous quittant sur une mélodie légère, il porte un dernier regard lucide et sensible sur cette vie au goût parfois amer qu’il aime pourtant de toutes ses forces.

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(Photo : Pierre Leblanc)

alexis hk,comme un ours,interview,mandor,la familiaInterview :

Il est indiqué dans l’argumentaire de presse que tu as fait ce nouveau disque seul. Or, tu tiens à préciser que Sébastien Collinet (Rover, Florent Marchet) est intervenu comme coréalisateur.

Il est intervenu après les maquettes. Il m’apporte énormément parce qu’il arrive à faire des choses que je ne parviens pas à régler moi-même. Il gonfle les morceaux de manière fine et intelligente. Avant qu’il n’arrive pour m’aider, je me suis enfermé volontairement.

C’était une expérience solitaire que tu souhaitais ardemment ?

Je voulais goûter cette solitude impossible. Cela m’a permis de comprendre que, décidément, on a vraiment besoin des autres pour avancer. Pour le savoir, il fallait que je prenne le temps de m’isoler.

Il parait que tu te levais à 5 heures du matin et que tu travaillais toute la journée. C’est vrai ?

Oui. Tu es déjà venu chez moi à la campagne, tu vois donc mon cadre de vie. C’est agréable. Je me suis acheté un tas d’instruments et je me suis fait plaisir. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je ne sais pas trop quel va être mon avenir social, par contre, je sais que mon avenir personnel est dans le plaisir et l’amusement. Si je continue à avoir la chance de faire des albums, il faut que je m’en donne les moyens.

Tu continues à chercher de nouveaux sons ?

Oui, j’en cherche que je voudrais entendre. J’en trouve parfois. Je me suis aussi posé des questions sur mes propres envies. Là, j’ai vraiment pris le temps de la réflexion, ce qui n’était pas le cas dans les albums précédents. J’avais plus donné les clefs à Matthieu Ballet qui avait fait un super travail de réalisateur, mais là j’avais envie de garder le double des clefs.

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C’était aussi pour savoir si tu pouvais t’en sortir seul après toutes ces années ?

Oui, tu as raison. C’était un bilan de compétence personnel. Je voulais savoir jusqu’où je pouvais aller seul. Ça m’a permis de faire des recherches musicales tranquillement. Je pouvais faire, défaire, refaire, redéfaire… Par ignorance, j’ai fait des détours qui m’ont amené à des résultats inattendus qu’au final j’aime bien.

L’histoire de la contrebasse que tu as voulu apprendre tout seul, c’est vrai ?

Tout à fait. C’est un instrument que j’aime énormément depuis toujours et j’ai envie de progresser encore et encore. J’adorerais être accompagnateur d’un autre artiste avec cet instrument (rires).

Goldman a fait ça pour certains potes comme Gildas Arzel. Il n’était que guitariste.

Oui, c’est très fort étant donné sa notoriété. Tu sais, c’est agréable de changer de poste.

"Marianne" audio.

La dernière fois que nous nous sommes vus pour une interview, c’était une semaine après les attentats parisiens. Je me souviens que tu étais meurtri. Ce nouvel album est marqué par ces évènements, notamment dans la chanson « Marianne ».

Ca a dû te rappeler des propos que je t’avais tenu.

Oui, nous avions beaucoup parlé en off de tout ça.

L’histoire de la chanson « « Marianne » est vraie. J’ai clairement raconté ce que j’ai vécu. Marianne n’est pas le symbole de la république, même si ça le devient au fur et à mesure de la chanson, mais au départ c’est ma grande amie, Marianne, avec laquelle je déjeunais ce jour-là, rue Jean-Pierre Timbaud, pas loin du Bataclan. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas vus, elle était très déprimée. Elle craquait un peu. Elle avait l’impression que le monde était en pleine régression. J’ai essayé de la réconforter et je suis parti jouer dans le 77. Et est arrivé ce qui est arrivé quelques heures plus tard. J’ai trouvé qu’il y avait quelque chose à raconter sur cette femme qui ne croyait plus trop en ce monde et qui habitait à côté des lieux où se sont passés ses attentats.

Cette chanson est aussi un devoir de mémoire ?

Oui, parce que c’est un événement crucial dans l’histoire.

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(Photo : Pierre Leblanc)

Depuis 2015, peux-tu continuer à tourner le monde en dérision ?

Ce qui est sûr, c’est que je n’écris plus de la même façon. Mais, ce n’est pas qu’à cause de cela. On n’écrit pas les mêmes choses à 44 ans qu’à 22 ans. J’ai voulu faire une introspection sur ce que je ressentais par rapport à l’état du monde.

Et il t’inspire quoi le monde ?

Il y a des avancées incroyables et je suis persuadé qu’il y a de très belles choses dans l’époque d’aujourd’hui, même si on ne nous les montre pas forcément. Mais en même temps, il y a une régression des mentalités, des régressions idéologiques et plus de racisme ordinaire. Le nouveau président des Etats-Unis est une caricature à lui tout seul, on ne peut même pas le tourner en dérision. On n’est plus dans l’époque où il y avait les guignols de l’info qui était le baromètre, qui pouvait se moquer de tout… Il y a clairement quelque chose qui a changé.

"La chasse" audio.

Ce racisme ordinaire, tu l’as traité dans deux chansons : « Les pieds dans la boue » et « La chasse ».

Dans « La chasse », j’ai pensé que j’étais allé trop loin parce que je parle de chasse à l’homme, mais j’ai lu un article récemment sur une chasse à l’homme, pour être clair, une chasse aux migrants, qui a eu lieu en Allemagne après la mort d’un allemand. Du coup, ma chanson reflète bien la réalité. Je n’ai pas été excessif.

Dans « Les pieds dans la boue », tu vises clairement le Front National, enfin le désormais Rassemblement National.

Non, je vise tout le monde parce que presque tous les partis se sont mis sur la même ligne idéologique. Il y a même des partis de gauche qui brisent la ligne de leur parti en disant qu’il faut arrêter de faire de l’angélisme et que les migrants est un problème qu’il faut savoir gérer. Je pense par contre qui si on accueille des personnes, il faut qu’elles soient bien accueillies. Dans cette chanson je parle plus de sentiments que de situations politiques. Je n’ai pas de solutions politiques, par contre la régression me fait peur et c’est quelque chose que je ressens profondément.

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(Photo : Pierre Leblanc)

Pour passer à un sujet plus tendre, il y a une chanson qui m’a fait fondre : « Salut mon grand ». J’adore cette phrase que tu chantes : « une pensée douce au mec que m’a donné ta maman ».

Un chanteur qui écrit pour son enfant, je sais, ce n’est pas original, mais j’avais envie de le faire. J’en ai profité pour parler de notre génération à nous, la tienne et la mienne, qui sont sensiblement les mêmes.

Cette chanson me met dans un état de mélancolie.

On parle de la jeunesse d’aujourd’hui. On la caricature un petit peu avec les smartphones ou toutes sortes d’écrans. Nous aussi on était tout le temps sur un écran, mais c’était un seul et même écran avec trois chaînes de télé. La télé a rapidement compris son pouvoir. Je dis à la jeune génération qu’il y a eu pire qu’eux. Nous, nous voyions le monde avec très peu de prismes. Mon fils de 10 ans me sort des trucs que je n’aurais jamais pu dire à son âge. Les enfants d’aujourd’hui sont beaucoup plus mûrs que nous l’étions. Internet, c’est mieux que la télé.

Tu ne vas te faire que des amis…

(Rires) Comme je ne passais pas beaucoup à la télé, ça va continuer.

Ton fils aime cette chanson ?

Oui, il l’adore. En plus, sa mère, Liz (Cherhal), en a aussi écrit une sur lui. Il est donc très content.

"Je veux en chien" audio.

Une autre chanson que j’aime beaucoup, c’est « Je veux un chien ».

Je voulais parler des chiens parce que je les adore, mais j’adore les chats aussi. Je voulais parler des tempéraments. On est dans des sociétés où les gens sont plutôt chats. Il faut être à leur service et ils sont imprévisibles. Les chiens, eux, donnent tout… et je connais des gens qui sont comme ça, avec un tempérament chien, qui vous suivent, qui ne vous jugent pas et qui vous aiment. Dans cette chanson, il y a évidemment une double lecture possible, je ne voulais pas faire juste « 30 millions d’amis » (rires).

Parlons de « La fille à Pierrot ». La façon d’écrire cette histoire m’a fait penser à Pierre Perret.

Déjà ça me fait très plaisir. Je l’ai découvert sur le tard. J’ai même participé à l’album lui rendant hommage avec les Ogres de Barback. Je l’ai donc rencontré et je me suis plongé dans son œuvre. Je ne connaissais que les basiques très populaires, mais j’ai réalisé le niveau d’écriture extraordinaire qu’il a. Que tu me rapproches de ce grand homme me touche profondément.

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Tu n’aimes pas entendre cela, mais dans le métier, nous savons bien que tu es une des plus belles plumes de la chanson française.

Je pense que j’essaie d’avoir une écriture personnelle et que j’essaie de soigner mes mots. C’est mon arme pour pouvoir proposer quelque chose d’artistique. Dans la scène française d’aujourd’hui, il y a quand même du monde et des gens extrêmement brillants. Je pense à des gens comme Laura Cahen, Babx, Liz Cherhal… ils ont un sens de l’écriture qui est très fort et qui me rassure beaucoup parce que j’ai l’impression qu’on en a besoin. Nos cerveaux qui reçoivent tellement d’informations ont besoin de temps en temps qu’on leur parle de manière un peu apprêtée.

Tu as une façon d’interpréter tes chansons assez unique.

Quand on écoute Brel ou Brassens, deux artistes diamétralement opposés, ce sont eux qu’on écoute. Barbara, Juliette, Nougaro, Gainsbourg sont des gens qui ont mis aussi la barre très haute en matière d’écriture  et qui ont proposé quelque chose de reconnaissable. C’est ce qu’il y de plus difficile en musique et c’est ce que je tente de faire. J’ai bien dit « je tente ».

Clip officiel de "Come un ours".

Tu racontes la solitude des êtres dans « Comme un ours ».

Souchon, ce génie, avait trouvé la formule idéale : « l’ultra moderne solitude ». Je parle dans cette chanson de cette solitude pas seule. C’est parfois agréable, mais comme toutes les drogues, il ne faut pas en abuser parce qu’après, on perd le contact et c’est là que l’on réalise tout ce qui nous manque, tout ce que l’on a perdu et ainsi de suite. Moi, j’ai un mode de vie assez solitaire parce que je vis dans un endroit isolé. J’ai eu à un moment le sentiment de me perdre. Je me disais que si je continuais comme ça, j’allais commencer à parler à mes glaïeuls et penser à mes aïeux. Ça m’a inspiré cette chanson. La solitude est une maladie très dangereuse.

Une maladie ?

Le virus de la solitude qui nous pousse à nous retrancher, ça peut devenir une maladie mentale.

Dans « Porté », tu écris « la prose apaise les ecchymoses ». Là, j’ai besoin de précisions.

Je dis au premier degré qu’écrire apaise. La prose est là pour mettre en avant des états d’âme qu’on garderait pour soi. Il faut chercher les mots qui sont les plus proches de ce que l’on ressent, c’est apaisant comme thérapie.

« Le cerisier » a été écrit par ton père.

Mon père aime bien écrire et il voulait que je chante une chanson à lui. Il m’a proposé plein de choses, mais je lui ai répondu que je voulais chanter quelque chose qui parle de la vie simple et réelle. Un jour, j’étais dans son jardin et je lui fais la remarque que ce cerisier dont on croyait qu’il allait mourir chaque année restait bien vivant. Chaque année il est toujours là et très productif. J’ai trouvé que c’était un message d’espoir. C’est une image qui contient la mélancolie de la mort et la joie de la renaissance. Il a tout de suite écrit ce texte et j’ai tout de suite adhéré.

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Quel rapport as-tu avec la reconnaissance ?

Je ne suis pas dans l’obsession de la reconnaissance, mais je suis comme tout le monde, quand j’ai des marques de considérations appuyées, j’apprécie et ça peut être très touchant. Après, si c’est le seul objectif d’une démarche artistique, je pense que c’est un peu gâché. Il faut que ça arrive à la toute fin… quand on a bien travaillé.

Tu sais quand tu as réussi un album ?

Je pense que Comme un ours est un album réussi. Les autres me semblaient plus expérimentaux. Je suis heureux de ce disque parce que je trouve qu’il y a une vraie cohérence. Le dernier présent s’approchait de ça, mais Comme un ours est plus abouti.

Tu t’es sorti facilement du spectacle Georges et moi ?

Oui et non. Ca a créé une dynamique en tout cas. J’ai écrit les chansons de Comme un ours pendant la tournée Georges et moi. Tu sais, j’ai le cerveau fragmenté. Une chose en appelle une autre, donne envie d’une autre, mais je suis rarement en focus sur un seul truc. J’ai un problème de dichotomie interne qui fait que j’avais l’impression d’être en dialogue avec le fantôme de Brassens, mais que ça ne m’empêchait pas d’être dans mes sons et mes textes à moi. J’ai l’impression qu’il me soufflait sa philosophie : « fais les choses par toi-même, trouves ton truc à toi ». C’est ce qu’il a fait lui. Je pense que j’ai écouté son message subliminal.

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08 octobre 2018

Adeline Dieudonné : interview pour La vraie vie

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Tous les médias spécialisés en littérature (et les autres également) le disent avec force conviction : le adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacpremier livre d’Adeline Dieudonné est un bijou finement ciselé. Qu’il provoque toutes sortes d’émotions oscillant entre peur, rire, tristesse…et espoir. La Vraie Vie touche tout le monde sans exception. Perso, je suis resté scotché du début à la fin. Coup de poing au cœur et à l'âme. Ce roman est un petit miracle comme on en fait peu.

J’ai interviewé Adeline Dieudonné pour l’un des magazines culturels pour lesquels je travaille (un léger indice se trouve sur la photo d’ouverture). Par souci d’honnêteté, je précise que nous avons échangé par mail, l’auteure étant en promotion (vrai tourbillon médiatique, devrais-je dire) dans toute la France, nous ne sommes pas parvenus à caler un tête à tête avant ma deadline (date à laquelle je dois rendre mon interview à ma rédaction).

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacArgumentaire de presse :

LA CONDITION PAVILLONNAIRE

Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.

Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR

La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacpersonnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

L’auteure (photo à droite : Jean-François Robert):

Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman.

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(Photo : Stéphane Remael)

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacInterview :

On suit votre héroïne de 10 à 15 ans. Pourquoi avoir écrit sur la perte de l’innocence d’une jeune fille en construction ?

Je ne sais pas trop. Cette histoire est née toute seule, je n’avais pas de volonté de parler d’un sujet en particulier. Mais l’adolescence est une période qui me fascine, c’est le moment des grandes métamorphoses, des émotions brûlantes…

Peut-on dire que votre roman est une fable sur la violence et la maltraitance ?

Oui, il y a de ça. J’aime bien l’aspect fable ou conte, ça permet de prendre du recul sur la violence, tout en la restituant avec beaucoup d’intensité. Mais de nouveau, ce sont des sujets qui se sont imposés à moi, je n’ai pas prémédité l’écriture…

Le père qui a trois passions (la chasse, la télé et le Whisky) lui propose deux alternatives dans la vie: adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacêtre prédatrice ou une proie. Où trouve-t-elle la force de s’opposer à cette vision binaire ? (Photo de droite : Gael Maleux)

C’est une bonne question. Probablement dans l’amour qu’elle ressent pour son petit frère. Peut-être aussi qu’il y a une forme d’instinct de survie là-dedans. Et puis elle a le modèle de sa mère, auquel elle ne veut surtout pas ressemble. Son amie Monica arrive au bon moment avec la figure de Marie Curie, qui fait mouche. Avec Marie Curie ma jeune héroïne comprend que rien n’est joué d’avance, que ce sera certainement plus compliqué pour elle parce qu’elle est une fille mais qu’elle a la possibilité d’échapper au déterminisme de son père.

La narratrice aime son frère avec la tendresse d’une mère. Pourquoi se sent elle obligée de tout faire pour le sauver du traumatisme dont il fait l’objet ?

Parce que leurs parents font défaut. Et qu’elle sait que le petit ne peut compter que sur elle. Elle a peur de la solitude. Si elle perd son petit frère, elle sera complètement seule dans cette famille. Socialement, il est tout ce qu’elle a. Du moins au début de l’histoire…

adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacL’accident du glacier est à la fois épouvantable et presque drôle. Il fallait envisager l’humour pour décrire l’horreur ? (Photo de gauche : Gael Meleux.)

Oui, je crois que c’est indispensable. En tout cas, je ne pouvais pas imaginer raconter cette scène autrement. C’est tellement atroce que sans humour, on tombait vite dans le pathos. Et puis j’aime bien mélanger les émotions, c’est là que le travail d’écriture devient intéressant.  Jusqu’où des mélanges atypiques peuvent rester harmonieux? C’est un peu comme en cuisine…

Tout le monde s’accorde à dire que votre écriture est au scalpel. « Il n’y a pas un mot en trop et pas un mot qui manque ». C’est difficile de trouver l’efficacité immédiate ?

Ça n’est pas difficile mais ça m’oblige à être extrêmement connectée à mes émotions. Et puis c’est aussi du travail de réécriture, je dois repasser sur le texte et le nettoyer de tout ce qui est superflu.

François Busnel a dit que ce roman était à ranger entre Stephen King et Amélie Nothomb. Ce sont deux références qui vous conviennent ?

Oui et elles sont extrêmement flatteuses! Mais j’ajouterais Thomas Gunzig, qui m’influence aussi énormément. Si on parle du mélange d’émotions, de l’étrangeté, du ton grinçant, de la jubilation dans la noirceur, ce sont des choses que j’ai puisées dans son écriture.

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Adeline Dieudonné a reçu son prix des mains de Daniel Pennac, invité d'honneur du 3e salon Fnac Livres, lors de l’inauguration de la manifestation le 14 septembre à Paris à la Halle des Blancs-Manteaux.

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacQu’avez-vous ressenti en apprenant que vous aviez remporté le prix du roman Fnac ?

Tout d’abord l’incrédulité. J’avoue que je n’avais pas envisagé cette possibilité. Puis j’ai pleuré comme une gamine avec mon éditrice… C’est incroyable d’être choisie par des libraires et des lecteurs, dans un contexte extrêmement démocratique et ce, parmi d’autres romans exceptionnels. Avec toute l’équipe de l’Iconoclaste, on est sur un petit nuage…

Vous êtes nommés pour de nombreux prix donc les prix Goncourt et Renaudot. Vous en revenez ?

Non. Pas du tout. Au mois de mai, quand mon éditrice m’a dit qu’elle allait envoyer La Vraie Vie pour les prix littéraires, j’ai rigolé. Je n’aurais jamais imaginé que les jurys de ces grands prix puissent se pencher sur mon petit roman.