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23 octobre 2018

Bancal Chéri : interview pour leur premier album

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De gauche à droite : Nicolas Jules, Imbert Imbert, Roland Bourbon et Dimoné.

(Photo : Marc Ginot)

Bancal Chéri, c’est une créature à quatre têtes. Un projet dans lequel sont réunis Dimoné (mandorisé , et ), Nicolas Jules, Imbert Imbert (mandorisé et ) et Roland Bourbon ne peut être que démentiel, foutraque, poétique, divin et essentiel. De ce côté-là, nous sommes servis. Je ne pouvais pas ne pas recevoir ici ce groupe. J’ai d’abord interviewé Dimoné le 5 septembre dernier et Nicolas Jules et Imbert Imbert, plus récemment, lors de leur passage au Pan Piper le 5 octobre 2018. Dans l’interview, j’ai fait comme s’ils étaient tous les trois ensembles pour une meilleure cohésion. Roland Bourbon était excusé.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri unit jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui (mandorisé ), Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier (mandorisée ici), Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Le disque (par Patrice Demailly) : bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental. Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer, Dutronc, de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks, de rendre hommage à un maître du rythm and blues, d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent. Il y a aussi des fulgurances, une pensée libertaire, les méandres sentimentaux d’un membre du groupe, une poésie à la fois joueuse et régressive. Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen, bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent. Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.

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(Photo : Marc Ginot)

Ibancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertnterview (photo à gauche : Anne Baraquin):

C’est facile de trouver sa place dans un groupe avec 4 grandes personnalités ?

Dimoné : Oui, parce que l’on se respecte vraiment beaucoup. Il n’y a aucun critère de jugement sur ce que propose l’autre. S’il le propose, c’est que c’est bien. C’est tout. Nous avons nos propres histoires par ailleurs, celle-ci, c’est du plus plus. Réussir à avoir 15 ans à nos âges, ce n’est pas facile, alors nous le vivons comme un privilège. On a constitué un groupe comme chacun de nous l’avait fait à son adolescence. Très rock.

Imbert Imbert : C’est comme si nous nous étions mis d’accord pour partir en vacances ensemble.

Nicolas Jules : Nous sommes des adolescents attardés en colonie de vacances. Je suis d’accord avec Dimoné, on fait des choses différentes, mais on a une idée commune qui est très liée avec l’énergie. Une énergie physique. Le corps est important pour nous quatre.

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Avec Nicolas Jules et Imbert Imbert.

Il a fallu créer une cohésion ?

Nicolas Jules : Au départ, on a essayé d’écrire ensemble avec l’idée de mélanger nos univers et ça n’a pas du tout marché. Nous sommes rentrés chez nous et sommes revenus avec nos propres chansons. Finalement, c’est ce que l’on sait faire de mieux. Après, on ne s’est pas demandé comment on allait être cohérent, cela s’est fait naturellement. On s’est fait confiance.

Imbert Imbert : C’est ça le point commun que l’on a : la confiance que l’on a les uns envers les autres.

Nicolas Jules : Chacun venait avec ses chansons, mais nous faisions les arrangements ensemble. On a enregistré 15 chansons en 5 jours, on n’avait pas trop le temps de discuter.

Imbert Imbert : La première semaine, nous nous sommes retrouvés en pleine canicule dans les Landes. Il faisait si chaud que l’on a enregistré très à l’arrache. 

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Avec Dimoné.

Il ne manquerait pas une fille dans votre groupe ?

Dimoné : Si… ça pourrait nous tempérer. Nous mettons du rouge à lèvres pour pallier à cela (sourire). En vrai, on est juste quatre larrons avec un coté enfantin, puéril. Comme on pense à la mort et à nos vies tout le temps, ensemble, nous avons des grands moments où tout cela n’existe plus. On est juste dans le plaisir. C’est la grande bouffe.

Nicolas Jules : Oui, on est content de se retrouver avant, pendant ou après la scène. L’idée, c’est d’en retirer le maximum de plaisir.

"Les épaules".

Je ne sais pas si je me trompe, mais Roland Bourbon parait encore plus barré que vous trois.

Dimoné : C’est celui de nous quatre qui nous incite à nous exciter encore plus. Il n’est pas là pour nous calmer. Il nous trouve toujours trop sages, trop charmeurs… il nous dit qu’il faut faire chier, bousculer tout le monde, surtout le public.

Imbert Imbert : Oui, l’idée de bousculer et de surprendre est impérative. Quand les gens sont déboussolés, ça nous plait.

Nicolas Jules : Nous ne sommes pas fait pour jouer ensemble, c’est ça qui est drôle. Nous sommes ancrés initialement dans la solitude et nous avons le point commun de ne pas être dirigés. Il n’y a aucun chef d’orchestre dans Bancal Chéri. On s’aime beaucoup humainement, mais on s’aime beaucoup aussi artistiquement.

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bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertIl y a une folie en chacun de vous.

Nicolas Jules : J’ai un peu de mal avec le mot folie, parce que la folie est quelque chose qui existe. Par respect pour les gens qui souffrent de ce problème, j’évite cette dénomination. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie d’être sage.

Imbert Imbert : (Il chante) « La sagesse, c’est de ne pas être sage, et la folie, c’est de ne pas être fou… » C’est une de mes dernières chansons.

Dimoné, dans « Les tampons de ouate », tu incites les jeunes à dépasser les bornes.

Dimoné : C’est exactement ça ! Ma cinquantaine me fait avoir des sursauts de jeunesse et des ambitions de jeune. J’avais envie de faire mon petit réac à leur endroit en disant, « mettez fort le son », « dépassez la marge », « dépassez les bornes », « décapotez-vous »… Il y a une arrogance de ma part à leur dire ça.

"Qu'est ce que tu dis".

Vous ne chantez pas le quotidien dans ce disque. bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Imbert Imbert : La vie, c’est souvent un peu triste. On a envie que ce soit une fête.

Nicolas Jules : Parfois, on ressent chez les gens une espèce de folie qui est en fait juste une envie de liberté, de récréation et de fête. La folie, c’est de ne pas se plier à l’ordre établi. Il y a un côté libertaire dans ce que l’on fait.

C’est une aventure qui peut durer ?

Nicolas Jules : Oui, à ce niveau-là, on ne peut rien prévoir. On n’en parle jamais entre nous.

Imbert Imbert : Si. En fait, on  réfléchit à un deuxième album. De temps en temps le sujet est lancé.

Nicolas Jules : Il n’y a aucune pression car on ne vit pas avec ce projet. Bancal Chéri, c’est un bonus, un cadeau.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Les chansons que vous avez écrites pour Bancal Chéri auraient pu figurer sur vos albums persos ?

Imbert Imbert : Non, là, j’ai lâché les chiens. J’étais moins dans la perfection. Avec Bancal Chéri, je suis plus dans la spontanéité. Je me permets l’erreur dans l’écriture. Je m’aperçois que c’est très beau l’erreur dans l’écriture, le truc mal terminé. Mais, au final, je trouve ce disque parfait. C’est tout à fait paradoxal.

Nicolas Jules : Les rencontres humaines, ce que l’on vit, ce que l’on écoute, ce que l’on découvre, influencent les chansons que nous créons. J’ai envie d’évoluer, de progresser et de changer en même temps.

Quand vous êtes Bancal Chéri, vous êtes les mêmes que dans vos carrières respectives?

Nicolas Jules : Oui, exactement.

Imbert Imbert : Oui, mais là, nous sommes nourris des énergies des autres.

Nicolas Jules : On parle souvent de la schizophrénie des chanteurs, nous ne sommes pas de vrais schizophrènes. On est les mêmes dans tous les projets que nous avons. Les rendus sont différents, c’est tout.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Je crois que tu n’aimes pas le mot carrière Dimoné.

Dimoné : Dans carrière, il y a le mot carie. Il y a donc une notion de soin. Nous, on n’a pas envie de soigner notre carrière. Là, je prends une posture parce qu’au fond, je sais bien que tous les quatre, on fait une carrière… sans trop savoir laquelle d’ailleurs.

Quand vous rentrez sur scène vous vous sentez comment ?

Imbert Imbert : Il faut quand même avoir la sensation d’être le roi du monde à un moment donné. Il faut donc resserrer les énergies.

Nicolas Jules : J’ai l’impression de vivre un peu en stand-by, comme une lumière éteinte qui ne s’allume que sur scène. Sur scène, j’ai la parole. Avec les mots, le corps et ma guitare.

Dimoné : Un artiste donne une présence à ses tourments. Il ne doit pas abandonner les gens qui te permettent d’être dans ce grand « tous ensemble », même quand il ne va pas bien. Un artiste ne doit pas fuir le public. Il peut fuir ses responsabilités, mais pas sa condition humaine à tous les postes.

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(Photo : Marc Ginot).

Il faut avoir un peu d’ego pour faire ce métier ?

Imbert Imbert : Ce n’est pas l’ego qui doit dominer, mais la confiance en soi.

Que vous a apporté Bancal Chéri ?

Nicolas Jules : De l’amitié.

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