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24 septembre 2018

Elsa Kopf : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Severin)

Elsa Kopf, en chiffres, c’est 5 millions d’écoutes en Chine (Xiami), plus de 500 000 vues sur YouTube, plus de 2000 followers sur Instagram, 800 publications #elsakopf. Mais ce n’est pas beau de parler d’un artiste par le biais de ses performances autres que vocales, textuelles et musicales. La bio officielle d’Elsa Kopf nous indique que ces douceurs entre folk et jazz sont le point de départ de son style, de ses premières compositions parues sur l’album Acoustic Joys (2011). En 2013, sur son deuxième album Marvelously Dangerous, son ami et producteur Pierre Faa (cf. Peppermoon) lui avaient offert un écrin d’arrangements subtils, où la guitare folk s’entremêlait à des volutes digitales. D’ailleurs, j’avais mandorisé Elsa Kopf à ce sujet. 

La voici de retour avec un troisième disque plus pop-electro entièrement produit par WHOISIX, La vie sauvage (déjà sorti).

Le 5 octobre prochain, vous allez pouvoir la découvrir sur la scène du Bus Palladium (en co-plateau avec Nicolas Vidal) avec ces nouvelles chansons. Un rendez-vous à ne pas manquer !  Pour parler de tout cela, j’ai interviewé Elsa Kopf  le 11 septembre dernier sur la terrasse d’un café parisien.

elsa kopf,la vie sauvage,whoisix,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Après 6 tournées en Asie, 3 B.O en Corée du Sud, 5 millions d’écoutes en Chine et des milliers de fans de par le monde, Elsa Kopf revient en France, riche de nouveaux sons, de nouvelles images et d’un regard neuf sur la production musicale.

En 2015 lors d’une tournée-promo à Amsterdam, Elsa rencontre Marnix Dorrestein, le talentueux producteur aka Whoisix (Brisa Roché, Herman Van Veen). De la rencontre naitra un premier remix de « Cherry Blossom Rain » orienté électro minimal, qui  décide les deux artistes à prolonger la rencontre sur un EP.

Deux ans et quelques Paris-Amsterdam plus tard, voici La Vie Sauvage.

Enregistré dans un manoir hollandais, au milieu des paons et des biches, La Vie Sauvage marque un tournant dans la carrière d’Elsa, qui collabore actuellement sur de nombreux projets d’artistes de la nouvelle scène électro française comme Durantin ou encore Korgelt.

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(Photo : Severin)

elsa kopf,la vie sauvage,whoisix,interview,mandorInterview :

Depuis la dernière fois que je t’ai interviewé en 2013, il s’est passé beaucoup de choses. Notamment pas mal de concerts en Asie où tu es une star.

C’est magique ce qui m’arrive là-bas. Un jour, j’étais dans mon salon et celui avec lequel j’ai fait mon deuxième et mon troisième album, Pierre Faa, m’a appelé pour me dire qu’il avait deux bonnes nouvelles. La première, c’est qu’une chanson de mon premier album, « Larmes de caramel », avait accumulé plus de 200 00 écoutes en Chine et la deuxième, c’est que l’on allait partir en tournée dans toute l’Asie. J’étais très émue, je n’en revenais pas. On s’est vite rendu compte que mon nombre d’écoute des plateformes musicales chinoises augmentaient considérablement très rapidement.

Quand tu es là-bas, tu fais les plus grandes émissions ?

La dernière fois, on est passé en direct sur CCTV (la télévision centrale de Chine) pour une prestation live lors de la Coupe du Monde. On a enregistré plusieurs génériques de séries coréennes. En Corée, j’ai participé à l’émission musicale "EBS Space", à l’invitation de la chanteuse folk Siwa. J’ai aussi enregistré une chanson très remarquée "Days and Moons" pour la série My Beautiful Bride (OCN). Comme tout ceci est vu dans le monde entier, j’ai trouvé sur YouTube, des chansons de moi sous-titrés en arabe.

Comment expliques-tu le succès là-bas d’une artiste française pas très connue dans son pays ?

Les asiatiques aiment beaucoup la France. Ils sont très curieux et écoutent les chansons. Il y a peut-être dans mes albums une introspection, une sensibilité, une  nostalgie, une certaine poésie romantique qui leur plait. En Asie, les chansons un peu « dark » comme celles de Bashung sont moins comprises par les asiatiques.

En chine, tu as 5 millions de clics sur tes chansons en écoute.

C’est complètement dingue, mais ça fait un plaisir fou.

Mais, tu n’en as pas marre de ne pas avoir la même notoriété ici ?

Effectivement, même si c’est flatteur ce qu’il m’arrive en Asie, j’aimerais bien trouver mon public en France aussi. Le succès ça monte, ça descend, c’est des courbes. Il faut gérer sans se prendre la tête. Mon succès ailleurs me permet d’être un peu rassuré sur mon travail, même s’il faut en permanence en activité et surprendre le public en se surprenant soi-même.

Tu doutes de toi ?

Comme tous les artistes, mais ça veut dire qu’on est vivant et que l’on avance. Ce métier réserve plein de surprises. On ne sait jamais où on va être demain.

Clip de "The glamour, the Glory".

Tu reviens en France avec un EP de 6 titres, La vie sauvage.elsa kopf,la vie sauvage,whoisix,interview,mandor

Là, je change complètement de style. Je ne sais pas si le public asiatique va être sensible à ça, mais j’avais envie de le faire.

Certaines chansons ont été écrites il y a un moment, non ?

Oui, depuis plus de deux ans, notamment une qui s’appelle « Ta révolution ». Le refrain très fédérateur dit : « en marche, en marche, ta révolution  est en marche ». C’est une catastrophe pour moi parce que j’aime beaucoup cette chanson qui évoque une révolution intérieure personnelle. Je la voyais comme le titre fort de l’EP. Et les élections sont arrivées…  et le parti d’Emmanuel Macron. Je ne peux plus chanter ce titre, les mots n’ont plus le même sens pour  moi. Ce qui est drôle, c’est que j’ai chanté cette chanson à un concert de soutien de Jean-Luc Mélanchon en  2013.

Dans cet EP, tu chantes en Allemand, en Anglais et en Français.

Il n’y a aucune volonté particulière à cela. Comme je suis quadrilingue, les chansons sortent dans la langue qu’elles souhaitent. Je ne contrôle pas ça. J’aimerais bien qu’elles sortent aussi en coréen ou en chinois, mais je parle encore très peu ces deux langues.

On chante de la même façon quand on change de langue ?

Non. Par exemple, l’allemand se prête plus à l’electro et au cabaret qu’à la bossa-nova (rire).

Ta chanson « Cinderella » démarre tranquillement, puis elle devient vite electro-techno.

C’est l’influence de mon  producteur hollandais, Whoisix. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Il a une grande originalité, une folie dont j’avais très envie. Pendant un an, j’ai fait beaucoup d’aller-retour Paris-Amsterdam pour la production de ce disque. Je suis arrivé avec des morceaux dont la direction était déjà franche et claire, il a gardé mes idées. Pour celles qui étaient moins abouties, je lui ai donné carte blanche.

elsa kopf,la vie sauvage,whoisix,interview,mandorPierre Faa est un peu avec toi quand même puisqu’il t’a écrit « Dans la main de King Kong ».

Pierre me voit toujours en comédienne. Il m’invite à prendre des cours de théâtre depuis longtemps parce que j’ai quelque chose en moi d’assez multiple. Dans cette chanson, il me fait endosser pas mal de rôles différents.

Dans la plupart de tes chansons, tu es dans l’introspection.

J’ai toujours voulu exprimer mes sentiments et mes émotions. Je continue aujourd’hui mais, musicalement, de manière différente. J’ai évolué et j’ai envie d’essayer de nouvelles choses. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question en ce moment donc, j’ai besoin d’aller vers d’autres instruments, ceux d’aujourd’hui.

Tu te sers de logiciels ?

Oui et du coup, ça m’emmène dans des directions complètement nouvelles. J’essaie d’ailleurs d’utiliser seule certains logiciels dont Ableton et je m’amuse comme une petite fille dans ma chambre à trouver de nouveaux sons, de nouvelles idées. A ce propos, hier, j’ai rencontré Boris Bergman. Il m’a cité une phrase d’Oscar Wilde : « une idée qui n’est pas dangereuse ne mérite pas de s’appeler une idée ». Ce qui est certain, c’est qu’avec mes nouvelles chansons, je me mets un peu en danger.

Clip de "La vie sauvage".

Il y a un clip de « La vie sauvage », aux couleurs très acidulées. elsa kopf,la vie sauvage,whoisix,interview,mandor

Je montre la partie de moi la plus pop. Il y a toutes les références visuelles que j’aime en ce moment. J’avais demandé à un collectif d’artistes de faire ce clip avec moi, mais les personnes n’avaient pas le temps. Du coup, j’ai trouvé mes idées moi-même et j’ai fait mon clip seule grâce au logiciel After Effects, après avoir pris des cours sur internet. Je n’attends plus rien des autres, je fais moi-même les choses, ça me fait gagner bien du temps.

Est-ce que la chanson t’aide à canaliser la multiplicité qui est en toi, dont nous parlions tout à l’heure ?

Je ne crois pas. Pour me canaliser, je fais plutôt de la méditation, je me pose, je prends du temps pour moi, ce que je n’ai pas beaucoup fait les dernières années. Tout ceci m’aide à continuer à suivre le rythme que je m’impose.

Je te sens plus sereine.

C’est parce que j’apprends à relativiser. Aujourd’hui, c’est plus important ici et maintenant d’être dans la joie que de me dire que je serai à l’Olympia dans deux ans.

Je suis sûr que tu fourmilles d’autres projets.

J’aimerais refaire un projet electro encore plus fou que je produirais et en faire un autre en piano-voix avec des chansons qui ressembleraient à ce que je faisais en 2011 dans mon premier album « Acoustic Joys ».

Je crois savoir qu’il y a un best of de toi qui est prévu pour l’Asie.

Oui, il sort au mois d'octobre à Taïwan. Il s’intitulera Sugar Roses. On va en profiter pour faire une grande tournée en Asie.

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Après l'interview, le 11 septembre 2018.

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19 septembre 2018

Emma Solal : interview pour L'amour et c'est tout

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(Photo : Letizia Le Fur)

Emma  Solal sera le 11 octobre à l’hôtel Pigalle à Paris pour présenter son troisième album sensuelo-electro-pop, L’amour et c’est tout qui sort le 28 septembre prochain. J’apprécie la sensibilité de cette interprète qui n’hésite pas à prendre des risques en se remettant en question en permanence, quitte a changer complètement de style musical. Là, on est dans le moderne et complètement dans l’air du temps, tant musicalement que textuellement. Bref, du beau travail!

Voici la deuxième mandorisation d’Emma Solal (la première, en 2013, est à lire ici. On y apprend son passé artistique notamment). C’est dans un café parisien que nous nous sommes retrouvés le 5 septembre dernier.

emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

« Moi, j’aime l’amour, et c’est tout », mantra du nouvel album d’Emma Solal, annonce la couleur. L’album L’amour, et c’est tout, qui fait suite à Robes du soir sorti en 2012 et à Messages Personnels (relecture jazzy du répertoire de Françoise Hardy) sorti en 2016, annonce un tournant dans la discographie d’Emma. Finies les peines de cœur jazzy, place à l’amour pop, aux sentiments électro et aux voyages italo disco. Emma Solal est un caméléon pop, option jeune femme pas toujours rangée. Une allure de ne pas y toucher héritée de son passé d’économiste, mais un sourire franc d’égérie latine, héritière d’une Italie qui aurait toujours la vie douce. Au-delà des chiffres, les lettres et les mots, ceux des songwriters qu’elle a inspirés et qui ont créé pour elle l’écrin pop atmosphérique de son nouvel album. On retrouve les fidèles Pierre Faa et Éric Chemouny, rejoints par Jérémie Kisling, Une Femme Mariée, Grégory Gabriel et Nicolas Vidal pour tailler sur mesure les douze chansons qui composent ce nouvel opus. L’album, produit par Aube et Nicolas Vidal, embrasse des influences que l’on pensait irréconciliables. On imagine Françoise Hardy chez Cassius, Lio chez Daft Punk, ou encore Barbara chez Moroder. Une modernité sonore pour conter d’une voix mélancolique et légère la chronique d’une femme amoureuse (« Un avant, un après », « Monica Vitti »), légèrement égocentrique (« L’amour de moi »), dévouée à son homme (« La femme d’une star ») ou bien encore teintée d’interdits (« Baisers illicites »). Le tout se déroulant dans la chaleur d’une plage italienne (« Is Arutas »), comme pour prolonger la douceur d’un été sans fin en Sardaigne. Ou au bar d’un hôtel parisien, chic mais assez loin de la rive gauche de son premier album. Nouvelle Emma, nouvel émoi.

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(Photo : Laurence Guenoun)

emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandorInterview :

Le changement de style musical nest-il pas un peu radical ?

Cest juste un petit rajeunissement. La vie est un éternel recommencement. Avec ce nouvel album, javais envie daller vers des couleurs plus pop, plus électro, plus actuelles, et aussi vers le type de musique que j’écoute actuellement.

Tu écoutes toi-même de lelectro ?

Oui, ou de la pop-électro celles et ceux qui mont influencée pour cet album sont par exemple Charlotte Gainsbourg, Barbara Carlotti ou Bertrand Burgalat. Jadore aussi la musique des Daft Punk, de Catastrophe ou de Flavien Berger.

Tu nas pas eu peur de désarçonner ton public en passant dun album jazz, chanson française à un album pop electro ?

Non je nai pas eu peur (sourire). Cest une évolution et un rebond, à linstar de la vie et puis ce nest pas non plus un album d’électro pur, je dirais que cest de la pop teintée d’électro. Et puis limportant, cest d’être en phase avec soi-même.

Nicolas Vidal était la personne adéquate pour ce disque ?emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandor

Cela faisait quelques années que lon souhaitait travailler ensemble. Nicolas est parfois venu chanter des chansons en duo avec moi lors de mon spectacle consacré à Françoise Hardy. La rencontre avec Valentin Aubert (aka Aube) a fini de matérialiser le projet. Valentin a arrangé le dernier album de Nicolas, « Bleu piscine » et jai trouvé le résultat formidable. Du coup, jai eu très envie de travailler avec eux deux pour mon propre disque. Ils ont réalisé mon nouvel album ensemble, même si jai apporté ma petite touche  perso parce que javais des idées assez précises sur le son que je voulais (et le son que je ne voulais pas !).

Qui a écrit ?

Les deux tiers des chansons sont de Nicolas Vidal ; il y a également deux chansons de Pierre Faa, que jai été ravie de retrouver sur ce nouvel opus, après « Robes du soir » et lalbum de reprises de Françoise Hardy. Mon ami Éric Chemouny ma aussi proposé une très belle chanson, composée par Jérémie Kisling. Grégory Gabriel fait également partie de la dream team, complétée par Une femme mariée, dont jadore les chansons. Je suis très contente quune femme soit présente sur lalbum.

Clip de "L'amour, c'est tout".

emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandorTextuellement, tu as émis des idées ?

Jai une grande passion et un grand respect pour la langue française. Javais à la fois le souhait de rester dans une exigence assez littéraire, mais aussi envie de légèreté et de profondeur. Je voulais que ce soit un peu plus dansant que les humeurs musicales que javais explorées jusqu’à présent, mais que cela reste aussi mélancolique. Jai limpression que nous sommes parvenus à réunir toutes ses envies et couleurs un peu paradoxales. Cest finalement un album très en phase avec ce que je suis devenue depuis Robes du soir !

Rétrospectivement, tu penses quoi de ce premier album ?

Jai beaucoup de tendresse pour lui. Cest mon amour de jeunesse, ma maison Et il y a toujours des chansons que je continue de chanter sur scène, avec un grand plaisir.

Ce nouveau  disque est né facilement ?

Ce projet sest déployé de manière très fluide, très naturelle. Cela a été très joyeux et enthousiasmant de le faire avancer

Je trouve que cest lalbum dune femme libre, une femme libérée. Elle fait ce quelle veut de sa vie, emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandorde son corps...  Cet album très féminin est tout à fait dans lair du temps.

Cela me touche que tu laie ressenti ainsi. Cest intéressant parce que les choses se sont faites presque malgré moi. Cest sans doute l’énergie que j’émettais et mes camarades de musique lont reçu ainsi. Avec Nicolas Vidal, on a passé pas mal de temps ensemble à échanger, écouter de la musique, manger de bonnes pâtes italiennes aussi (sourire). Il a très bien fait ressortir des aspects de ma sensibilité et de ma personnalité. Je me reconnais dans toutes les chansons quil a écrites pour ce disque et dans celles qui mont été offertes.

Il y a beaucoup de femmes qui se font remarquer en ce moment. Clara Luciani, Fishbach, Juliette Armanet Tu en penses quoi ?

Dabord, elles ont toutes du talent, avec leur propre singularité et couleurs musicales. Cette arrivée remarquée des femmes dans la chanson est à limage de la société. Beaucoup de femmes ont beaucoup de choses à dire, dautant quelles nont pas forcément eu loccasion de le faire pendant longtemps.

Ce qui est intéressant dans ton disque, cest que lhomme nest pas critiqué. Tu évoques le couple comme un terrain de jeu entre un homme et une femme. Parfois cest lun ou lautre qui gagne.

Je trouve essentiel quil y ait beaucoup de bienveillance, dintelligence et damour. On est tous embarqués ensemble. Lamour, et cest tout !

Clip de "Baisers illicites" avec Nicolas Vidal.

emma solal,l'amour et c'est tout,interview,mandorLe clip très classe de « Baisers illicites » revendique-t-il quelque chose ?

Cest dabord la vision du réalisateur, avec laquelle j’étais tout à fait en phase. Cest une exploration du désir amoureux, sous la forme dune sorte de rêve fantasmagorique, irréel. Cest également un hommage et un clin dœil à lunivers de David Lynch Ce nest pas un clip militant, mais jaime le fait quil sinscrive dans l’époque.

Le mot « militant », tu ne laimes pas ?

Ce nest pas ça, mais le clip est sorti juste avant la Gay Pride et certains mont questionnée sur un éventuel message militant, justement. Ce nest pas le cas. Nous avons souhaité mettre en scène une rêverie autour du désir, mais de façon délicate et suggérée.

Sur scène, tu vas devoir chanter et te comporter différemment.

Même sur le disque, je chante autrement. Je me ballade davantage dans les aigus ! Nous avons commencé les répétitions. Nous sommes en train de prendre nos marques et japprécie lidée de quitter ma zone de confort. Cela sera différent et je men réjouis.

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Après l'interview, le 5 septembre 2018.

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18 septembre 2018

Faby Perier : interview pour la sortie de La renverse

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(photo Izabela Sawicka)

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorJe l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de Faby Perier en 2013, elle et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de l’interviewer. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Depuis, nous ne nous voyons pas souvent, mais nous nous apprécions mutuellement. Après une rechute de la maladie en 2014 elle a écrit le texte d’"Octobre Rose" qui a été chanté/clippé par un collectif d’artistes, dont Slimane, toujours afin de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’y ai participé aussi.

Vous pouvez voir le clip chez Mandor, ici.

Faby sort un EP, La renverse réalisé par l’excellent Vincent-Marie Bouvot accompagné du non moins talentueux Thomas Cogny.

Teaser de l'EP "La renverse".

« J’ai vécu l’enregistrement de cet EP comme un testament. Je voulais laisser quelque chose de beau, de ciselé pour ce que j’appelais « le dernier ». Graver de la plus belle des manières mes mots pour l’après » explique-t-elle.

Les prises de voix se sont faites au rythme des traitements. Et ils y sont arrivés.

« Depuis qu’il est fait, tout a changé. Je ne l’appelle plus « le dernier ». J’ai envie de continuer, de monter sur scène, de faire découvrir mon univers, d’écrire de nouvelles chansons, de rencontrer les gens, de vivre même si c’est vivre avec. »

Le 6 septembre dernier, je suis allé chez elle pour un nouvel entretien… qui ne sera pas non plus le dernier.

Argumentaire officiel par Faby Perier :faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandor

La Renverse, c’est le début d’une histoire. Celle qui commence aujourd’hui, mon vivre avec.

Avec le cancer. La vie, l’espoir, la liberté, l’amour, le bonheur sont les combats que je mène tous les jours. Pour moi. Pour elles. Pour eux. Pour vous, peut-être.

Ma vie est jalonnée de ce que la plupart des gens appelle des « malheurs ». J’ai appris dès mon plus jeune âge à renverser ces situations compliquées, parfois dures, souvent douloureuses pour trouver l’envie de continuer et la force d’avancer. Je me suis nourrie de mots pour apprendre à aimer la vie et comprendre son sens. Je les utilise aujourd’hui pour témoigner de mes combats face aux épreuves physiques, morales et sociétales que j’ai traversées.

Je sais désormais que je suis une femme forte, ouverte au monde, à l’indestructible espoir. Tout peut arriver, on peut toujours se reconstruire. C’est cela la Renverse

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorInterview :

C’est ton cinquième disque et pour la première fois, c’est un EP

Pour moi, ce disque est un peu le premier… comme si je reprenais tout à zéro. Les arrangements des autres albums ne me conviennent plus. Ils faisaient très années 80, très variété et j’avais envie d’un autre son. Plus moderne et plus proche de ce que j’écoute moi-même. Quand on enregistrait les albums précédents, j’entendais bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas en adéquation avec ce que je souhaitais. En live, je n’avais d’ailleurs pas du tout le même son que sur mes disques. C’était plus pop, plus electro, plus rock.

Bravo,  parce que tu as là un son très moderne !

Un disque réussi, c’est une alchimie. Quand j’ai rencontré Vincent-Marie Bouvot, ça a tilté tout de suite. On s’est compris immédiatement. Il m’a juste demandé quel était mon univers  musical, quel artiste et quel son j’aimais et ce vers quoi je voulais aller. J’ai proposé des choses et avec Thomas Cogny, ils ont fait le tri et arrangé tout ça. Je suis très fière du résultat. Grace à eux, j’ai l’impression d’avoir enfin une légitimité dans ce métier.

Vincent-Marie Bouvot, quand même, c’est la classe.

Je ne te le fais pas dire. Au début, il ne devait « que » réaliser, mais il m’a composé aussi une chanson. Quand il travaille, il porte toujours une blouse blanche, on a l’impression que c’est un chimiste. Non, d’ailleurs, c’est un chimiste. Un magicien même.

Un alchimiste ?

Oui, en tout cas, un sacré perfectionniste. Il passe beaucoup de temps à trouver le bon son. Il tripatouille ses machines jusqu’à ce qu’il le trouve.  Et il le trouve.

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Faby Perier avec Thomas Cogny et Vincent-Marie Bouvot.

J’aimerais que tu m’en dises plus sur la chanson « Mademoiselle », au son très gainsbourien. Je crois savoir que tu évoques ta grand-mère.

Ce son est assumé. On est entrés dans le studio avec cette envie-là. Quand Vincent m’a fait écouter son synthé au son incroyable, j’en ai eu des frissons. C’était exactement ce que je voulais. Quant au texte, on peut ne pas comprendre de quoi ça parle à  la première écoute. Il faut un peu décortiquer.

Raconte, alors.

J’ai été adopté. Ma mère aussi. Elle a été recueillie par une femme qui était directrice de pouponnière. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle y a caché des enfants juifs. Cette femme s’appelait mademoiselle Blin. Je me souviens que j’allais la voir le mercredi et que je la trouvais incroyable. C’était une femme qui travaillait, à cette époque, ça,  déjà, c’était rare. Elle était un mélange d’élégance et de poigne… et aussi de courage. Je tenais vraiment à lui rendre hommage. Aujourd’hui, elle à la fois un exemple et  mon ange gardien.

Clip de "Mademoiselle".

Dans tes chansons, tu laisses toujours planer une part de mystère.

J’aime bien ça parce que cela permet à ceux qui écoutent de se les approprier. Ne pas dévoiler tout permet aussi de chercher, de se renseigner, de lire… On a tous une histoire différente, mais on peut se retrouver dans des mots et des actes si on laisse un peu d’espace à l’imagination. 

Es-tu maitre de ce que tu écris ?

Pas du tout. Je pars d’une idée et souvent, je me retrouve ailleurs. Je trouve cela magique.

Dans « L’européen »,  tu évoques un homme qui rêve de quitter son pays pour rejoindre un pays européen.

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas de frontières. Je viens de la DDASS et j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue.  Dans « L’européen », j’avais donc envie de rappeler qu’on est tous parfois au bord du gouffre et que si on ouvre les frontières ou qu’on ouvre une porte pour parler au voisin, il y a peut-être une possibilité d’entrevoir un peu d’espoir… ou d’en donner.

Il parait qu’une ville t’a demandé de ne pas chanter cette chanson, car elle trouvait qu’elle faisait trop référence aux immigrants.

Politiquement, ça ne les convenait pas. J’ai trouvé cela démentiel. Je t’avoue que je l’ai chanté quand même et elle est finalement bien passée. Ce  n’est pas une chanson politique.

« Les mots qui frappent » parlent de la violence conjugale.

C’est une histoire vécue par moi. On croit que la violence conjugale n’existe que dans les couples hétéros. Il existe aussi dans les couples homos puisque j’en ai été victime. La violence existe au féminin, je voulais donc lever le tabou sur ça.

Dans  « Est-ce que tout est écrit ? », on ne sait pas à qui tu parles.

C’est une chanson sur la magie de la rencontre sur internet. Est-ce une rencontre amoureuse ou artistique, je laisse planer le doute.

Et « Chien perdu sans collier », c’est aussi une histoire de rencontre.

J’ai récupéré le chien d’une amie qui était en fin de vie. C’est un chien qui a été martyrisé, qui a souffert et je me suis demandé comment un animal se reconstruisait. J’ai voulu faire un parallèle avec un marginal que la difficulté de la vie a amené dans la rue. Est-ce qu’il ne suffit pas de croiser la bonne personne qui va te tendre la main pour avoir de nouveau envie de vivre et de se battre… et qu’un destin puisse resurgir. Et Chien perdu sans collier fait aussi référence au livre de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier que j’ai lu étant jeune et que j’ai beaucoup  aimé.

Nouvelle version de "Ce matin-là" (audio).

« Ce matin-là » est ton plus grand succès. Pourquoi l’as-tu ressorti dans une nouvelle version ?

J’ai juste fait sauter un couplet. Cette chanson est le fil conducteur de ma carrière.

Si ton cancer n’avait pas fait une rechute l’année dernière, l’aurais-tu rechanté ?

Ce n’est pas lié. Pour moi, cette chanson est un hymne à la vie pleine d’espoir. Je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans cette chanson qui raconte le jour où on apprend qu’on a un cancer. Ce n’est pas un sujet tabou. J’ai un cancer chronique. Toute ma vie, je vais me battre contre lui, c’est comme ça. Je ne veux pas faire de mon cancer mon étendard, mais je veux l’assumer. Il n’y a pas de honte.

Ça fait 10 ans que tu en parles et que tu le chantes.

C’est parce que c’est aussi un booster. Il y a dix ans, j’étais chanteuse dans les pianos-bars. C’est bien le cancer qui fait que je suis sorti du tiroir. J’ai profité de mon malheur pour vivre et profiter un peu. C’est paradoxal, je sais bien.

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Faby Perier et Thomas Cogny.

Il y a un duo avec Thomas Cogny, « Les sans voix ».

C’était rigolo parce que Thomas n’est pas du tout chanteur. Il a fallu que je le motive un peu pour qu’il accepte parce qu’au départ,  il ne l’était pas du tout. Au final, je trouve que ça le fait bien. Cette  chanson a été écrite au moment des histoires de François Fillon. On sentait qu’on se foutait de la gueule du peuple. Je ne parle même pas des « sans dent » de François Hollande. J’ai donc choisi de parler des sans-voix. On vote, mais on ne sait pas vraiment pour qui. Aujourd’hui, on vote contre plus que pour. Je dis dans cette chanson que, nous, les sans-voix, mine de rien, on fait beaucoup de choses dans la vie.

J’évite toujours de demander le pourquoi du comment du titre d’un album. Mais toi, étant donné ton histoire, je suis sûr qu’il y a une sacrée raison.

La renverse, c’est ce moment de latence entre les deux marées, la haute et la basse. C’est un moment d’accalmie. Un moment où l’on se pose et on l’on se dit que tout est encore possible. La renverse a un double sens qui ne t’aura pas échappé. C’est un bouleversement à chaque fois de se battre contre la maladie, mais on peut renverser la situation. Enfin, de manière plus anecdotique,  Vincent-Marie Bouvot  est un navigateur. On a beaucoup parlé navigation, de voile etc… J’ai donc aussi fait référence à ça.

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(photo Izabela Sawicka)

La photo de ton disque est superbe, mais bien choc.

Il y a 4 ans lors de ma deuxième rechute, cette photo a été faite pour une association, SKIN,  qui a choisi d’accompagner les gens malades par le biais d’une œuvre artistique. Je trouvais que c’était important de faire quelque chose pour que le regard sur les femmes malades change. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité à mettre cette photo parce qu’on me reproche souvent d’utiliser mon cancer et c’est Vincent qui m’a dit qu’elle était sublime et qu’il fallait y aller à fond puisque je suis dedans. La  mer et  le ciel sont violents sur cette photo,  mais je trouve qu’elle est aussi pleine d’espoir.

Je crois savoir que cette photo est dans le cabinet du professeur qui te suit à l’hôpital franco-britannique.

Ce grand professeur m’expliquait que lors de l’annonce d’un cancer à un patient, il détourne les yeux de cette photo. Lorsqu’ils ont commencé les traitements, ils la regardent de nouveau. Ils sentent qu’il y a de l’espoir. C’est important qu’une image puisse aider et délier la parole.

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Pendant l'interview...

As-tu des concerts prévus ?

Je vais faire la première partie de Liane Foly le 9 novembre à Dreux et tout  l’été 2019, il y a plusieurs premières parties d’elle qui sont prévus. Je maintiens le cap sur ces dates. J’espère être en forme à ce moment-là.

Ça te fait du bien au moral ce disque ?

Ce qui me fait du bien au moral, ce sont les réactions des gens qui l’ont écouté. J’ai déjà eu des articles et des retours très positifs.

Michel Kemper  de « Nos enchanteurs » a dit de ce disque : « Certes, vous pouvez acheter ce disque par compassion, certes. Reste que c’est par adhésion artistique que vous le repasserez souvent sur votre platine, play et replay. Parce que c’est un beau disque, au son impeccable (enregistré au Studio Unreal World de Deuil-la-Barre, réalisé par Vincent-Marie Bouvot, mixé par David Cook) : sept titres seulement mais qui vont à l’essentiel dans un art abouti, un vrai plaisir d’écoute. » Mazette.

Tu ne peux pas t’imaginer combien cela m’a touché.

On peut trouver ton disque où ?

Sur mon site internet et toutes les plateformes de téléchargement.

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A la fin de l'interview, le 6 septembre 2018.

13 septembre 2018

Féloche : interview pour la sortie de Chimie vivante

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Féloche sort son nouvel album, Chimie vivante demain (le 14 septembre 2018) et ce soir, il sera au Café de la Danse pour fêter cette sortie.

J’aime cet artiste depuis son premier album, il y a 8 ans, mais, curieusement, nous ne nous étions jamais croisés. Il m’a toujours touché musicalement… et humainement. Je n’ai jamais trop su pourquoi. Après l’interview qu’il m’a accordée le 29  juillet dernier, j’ai compris.

Mini biographie officielle :

Découvert avec le chantier des Francos en 2010, Féloche sort la même année La vie cajun, son premier album marqué par un duo endiablé avec Docteur John ainsi que le titre phare « Darwin avait raison ». Sélectionné pour le prix Constantin, Féloche part dans la foulée, en tournée dans toute la France. Trois ans plus tard, sort l’album Silbo dont il a chanté la chanson éponyme aux Victoires de la musique (révélation scène). Chimie vivante est le troisième album de Féloche.

féloche,chimie vivante,interview,mandorArgumentaire de presse :

Revoilà Féloche, toujours un peu d’ailleurs et pourtant pile à l’heure. En équilibre sur une corde de mandoline ou une comète synthétique, écoutez-le expérimenter en funambule l’envers et l’endroit, le dessus et le dessous, partageant son étonnement face à la beauté du monde. Loin des moroses qui empoisonnent toute idée neuve, Féloche conserve dans tout son éclat ce que nous avons perdu. Son vol est superbe parce qu’il recueille ce que nous n’avons plus, cette précieuse lumière – l’enfance, celle des devenirs toujours à conquérir, des imaginations sans fins et des ivresses sans lendemains.   

Chimie vivante est le troisième album de Féloche, et c’est peut-être son plus personnel. Avec lui, cela signifie qu’une grande tribu sera de la partie. Les enfants, leurs voix décidées et hésitantes, leurs éblouissements et cette sagesse immédiate qui, émise par eux, renverse les certitudes pas bien sérieuses des adultes. L Nico, l’ami poète et ses algèbres d’incertitudes, ses images qui bousculent l’ordre du désordre pour ouvrir sur les fulgurances du chaos. Naïf Herin, gouailleuse italienne venue titiller un Féloche réincarné en gentleman crooner. Julia Wischniewski, dont les accents lyriques ornent les « structures atomiques » d’une Chimie vivante pétrie par Christophe Alexandre, également auteur des « Crocodiles ». Tout cela tient du galion de bric et de broc, de la grande fantaisie débridée, feu d’artifice et cotillons, arcs en ciel et grande roue.

Il est rare d’entendre autant d’innocence sincère, une poésie aussi peu concertée. Ici la dinguerie est douce et généreuse, elle réchauffe, ranime. Féloche, c’est tout un cirque, le grotesque en moins. Du burlesque pur, de la cabriole sans calcul, une légèreté inespérée, hors de la pesanteur.

Sa musique agit comme l’antidote inattendu à nos oublis, nos renoncements. « Après la mer, y’a l’Eldorado », dit-il. Avec lui, on y croit et l’on s’embarque, une nouvelle fois, cap sur le pays des merveilles. 

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féloche,chimie vivante,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel album, la mandoline est bel est bien là, mais mélangée avec des sons que je ne connaissais pas chez toi.

Je fais tout seul, je suis donc immergé dans la matière et les sons, alors j’aime aussi m’amuser, j’aime aller là où on ne m’attend pas. Comme dans « P’tite tête » où je fais du rap. C’est une chanson d’amour et d’aventure un peu terrifiante et violente sur une musique qui te transperce. J’expérimente beaucoup, tout en continuant à faire de la musique que j’aimais quand j’avais 15 ans. D’ailleurs, quand tu fais de la musique, tu as toujours 15 ans.

Féloche, c’est un personnage ?

Je n’irais pas jusque-là, mais je mets des barrières et des petites limites à ce que j’ai envie de raconter dans mes chansons. C’est comme si j’écrivais pour quelqu’un d’autre que moi. Féloche, ce n’est pas moi sur scène. C’est vraiment une démarche artistique. Cali, est-ce qu’il est Cali toute la journée ?

Pour l’avoir croisé assez longuement et souvent ces derniers temps, je crois pouvoir te répondre oui.

Ce que je veux te dire, c’est que je pense qu’il est plus en forme quand il est sur scène qu’à 10 heures du matin. C’est une sorte de super héros. En fait, c’est le même, mais en plus fort.

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(Photo : Christophe Cussat-Blanc)

Tu es fils d’un père connu pour ses musiques de films et de ballets de Béjart notamment, Hugues Le bars, qui lui-même était le fils de l’artiste-peintre et sculpteur Charles Le Bars. Tu es un vrai enfant de la balle.

Je vivais avec ma mère à Clichy, alors je n’ai pas été noyé dans la musique de mon père. Mon père était quand même comme un héros. Je ne le voyais pas, mais j’écoutais sa musique de loin. Aujourd’hui, c’est aussi pour ça que j’ai créé Féloche… pour qu’on ne fasse pas de comparaison.

Psychanalytiquement parlant, c’est intéressant. Tu fais le même métier que ton père.

Je suis d’accord, même si je n’aime pas l’admettre. C’est aussi pour cela que j’ai mis du temps pour trouver mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai choisi de faire ce métier avec un autre nom. Ma filiation avec mon père s’est su très tard, ça m’a permis de créer en toute tranquillité et sans pression. Pendant très longtemps, je ne donnais pas mon vrai nom. Il fallait que je crée mon existence musicale personnelle et mon son.

Clip de "Crocodiles" réalisé par Yolande Moreau.

Ton père est mort il y a 4 ans. Il a donc connu Féloche.

Il a adoré La vie Cajun. Après il a eu une maladie qui l’a empêché de bien suivre la suite de ma carrière, mais il a vu et compris le chemin que j’empruntais.

Tu parles de La vie Cajun. Quand j’ai vu arriver l’album en 2010, j’étais content parce que c’était original. Il y avait une proposition différente avec des instruments qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre.

Il y avait ceux qui disait que c’était génial parce que je m’étais approprié la musique cajun en délirant avec le son et l’imagerie et ceux, les puristes, qui étaient presque outrés. Je n’ai rien contre ces derniers. Ils défendent ce qu’ils aiment, on ne peut pas leur en vouloir. Ce qui est drôle, c’est qu’après, j’ai joué avec certains de ceux-là et ils ont apprécié de sortir de leur zone habituelle, l’imagerie bayou de la Nouvelle-Orléans. En Louisiane, aujourd’hui, il y a des spécialistes de la musique cajun qui me citent parce que le légendaire Dr. John a accepté un duo avec moi. Ça a légitimé ma musique en quelque sorte. Nous sommes devenus amis aujourd’hui.

Ta chanson « Miroir » est magnifique. Tu y évoques la vieillesse et ce que l’on devient.

Ce disque a mis 5 ans avant de voir le jour, mais j’ai perdu mon père et j’ai eu des mômes. Il y a eu le fils, le père, je suis devenu le saint esprit (rires). J’étais le lien parce que mon petit n’a pas connu son grand-père. Un jour, j’enregistrais en studio en sa présence et il y a eu une sorte de connexion. Je l’ai enregistré, comme un effet miroir. Moi, au même âge que lui, j’ai participé à l’enregistrement de Bébé funk. C’est moi, la voix de bébé qui fait « boom tschak » dans le générique de La Grande Famille sur Canal Plus qu’avait composé mon père. Ça a fait un effet spiral. On a cassé la faille spatio-temporelle (rires).

Tu parles de la chanson « Je crie ». Cette chanson m‘a bouleversé. Ton fils parle de ton père qui tombe. Ca va loin.

Rien n’était prévu. Mon fils a improvisé ça. J’avais du boulot, je l’ai mis sur un synthé avec un casque pour qu’il s’occupe. Il a commencé à parler comme jamais il ne m’a parlé. J’ai donc appuyé sur REC en le laissant parler tout seul. Il y a eu un truc bizarre qui s’est passé. Un lien. Ce disque a pris du temps, mais c’est un lien avec moi en tant que fils et en tant que père. Une transmission involontaire mais réelle.

féloche,chimie vivante,interview,mandorTon disque parle de l’enfance, la mémoire, la passion de vivre…

De la vie, l’amour et la mandoline aussi.

Raconte-moi l’histoire de ta copine Capucine qui a donné la chanson Tara Tari. Une jeune femme qui a une maladie des articulations et qui a traversé l’océan avec un petit bateau. C’est un truc de dingue.

Je l’ai entendu un jour à la radio, je l’ai contacté et elle m’a répondu qu’elle écoutait beaucoup Silo aux Canaries. C’est fou. Quand elle est rentrée à Paris, elle m’a raconté son histoire. C’est après coup que j’ai écrit la chanson.

Clip de "Tara Tari".

Quel est le rôle d’un artiste pour toi ?

Je ne sais pas. Quand on monte sur scène, l’énergie qu’on a en soi est décuplée grâce à la pression et l’adrénaline. Dans mes concerts, j’essaie de mettre les gens dans un état joyeux, même si je chante parfois des choses profondes. Il faut trouver le juste milieu.

Ton nouvel album est textuellement plus dur que les autres, es-tu d’accord ?

Je n’avais pas décidé d’enregistrer un disque comme ça. Je me suis rendu compte au fur et à mesure de l’enregistrement qu’il devenait ainsi. A mon avis, un disque, c’est une série d’accidents heureux.

Tu jettes beaucoup quand tu écris ou compose ?

J’ai entendu dans une des très rares interviews de Gérard Manset : « je joue très bien de la corbeille ». Il jette. Je suis un peu comme lui, je fais beaucoup de trie dans la surabondance de sons que je produis.

En 1986, j’avais interviewé William Sheller. Il m’avait dit :  « la musique, c’est l’art de décorer le silence ».

C’est Satie. Lui, il remplissait l’espace comme du papier peint.

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Pendant l'interview...

Et pour toi, c’est quoi la musique ?

Je vais te répondre en revenant au début de ce que l’on s’est dit. La musique, c’est l’émotion que j’ai eu quand je l’ai découverte. Aujourd’hui, j’essaie de la garder ou de la retrouver en continuant à jouer. Tu construis des sons et des émotions, c’est ça ce métier.

La part de l’ego, elle est où ?

Lego ou l’ego ? Non, parce que c’est pareil. Tu joues pour le jeu et pour toi en essayant de te construire, te déconstruire, te surprendre, avoir des émotions.

Un artiste ne fuit-il pas la réalité de la vie ?

Le plus dur, c’est que quand tu es en tournée, tu deviens un peu débile. On te balade partout et tu ne fais plus aucune preuve d’initiative. Tu deviens irresponsable. Quand tu rentres chez toi, soudain, il faut tout gérer alors que pendant des mois, tu as été couvé. Il faut redevenir responsable et ce n’est pas évident. Une tournée, c’est une soupape de malade. Tu redeviens un gamin. Les deux vies me vont, mais c’est la transition qui est violente.

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Après l'interview, le 29 juillet 2018.

10 septembre 2018

Bertrand Louis : interview pour son disque Baudelaire

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(Photo : Thibault Derien)

bertrand louis, baudelaire, epmAprès la poésie hyper contemporaine et sans concession de Philippe Muray auquel Bertrand Louis a consacré un disque en 2013 (Sans moi, primé par l’Académie Charles Cros et mandorisé là), le compositeur interprète (dont vous pouvez lire le parcours sur le site de La Manufacture Chanson) s’attaque dans son 4e album à Baudelaire, ce qui n’est pas un mince exploit.

Le 4 août dernier, il a accepté une rencontre autour de ce poète maudit, méconnu dans la France de Napoléon III et la Belgique de Léopold Ier.

Rappel : Charles Baudelaire n’a publié que deux volumes de son vivant, Les Fleurs du mal et Les Paradis artificiels. Il n’en est pas moins la figure centrale du grand tournant littéraire de la décennie 1850-1860, admiré d’emblée par Rimbaud, Verlaine et Mallarmé. Son pari sur l’absolu et la toute-puissance de la poésie, « magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, le monde extérieur à l’artiste et l’artiste lui-même », fait de Baudelaire un précurseur du symbolisme des années 1870, du surréalisme de 1920 et de toute la poésie du xxe siècle.

Le disque par Baptiste Vignol :

D’une dizaine de chefs-d’œuvre extraits du recueil Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, paru en 1857, Bertrand Louis en a fait des chansons. Il fait des souffrances de Baudelaire une projection actuelle, d’un bleu azur métallisé. Bertrand Louis, dont la voix n’a jamais paru aussi profonde et généreuse, confronte avec éclat la légèreté d’une harpe aux grognements basiques du rock. Surgit alors de ce cocktail étonnant l'univers post-punk de Joy Division, de Bauhaus, des premiers Cure et de Nick Cave. Dans cet assaut plein de fièvre, « Élévation », sur les mots duquel Bertrand surfe avec une grâce désinvolte, a tout du single radiophonique, hypnotique, obsédant. « À une passante » et « La Beauté » sont stupéfiantes. « Le chat » est sensuel et dangereux. Et « L’invitation au voyage », ce classique absolu, jouit ici d’une robe si légère qu’elle parvient à mettre en relief ses formes rondes et parfaites ! Avec cet album de rentrée, Bertrand Louis accomplit un véritable coup de maître qui l’inscrit tout de go parmi les grands interprètes du poète, mais dans une forme totalement originale et renouvelée !

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(Photo : Thibault Derien)

bertrand louis,baudelaire,epmInterview :

Pourquoi tous les poèmes de Baudelaire de ce disque sont uniquement tirés des Fleurs du Mal ?

C’est le seul recueil qui est en vers. Je n’avais pas envie de me lancer dans les textes en prose. Pour moi, le but c’était de faire des chansons, j’estimais plus judicieux de mettre en musique les poèmes en vers.

Placer de la musique sur du Baudelaire, c’est simple ?

Léo Ferré disait qu’on ne pouvait pas mettre n’importe quelle petite musique sur des vers de cette qualité. Je te répondrai donc que ce n’est pas si évident que cela quand on cherche une communion avec le texte, la voix, la musique... Comme j’avais fait avec Muray, j’ai beaucoup lu les textes de Baudelaire, mais aussi les textes sur lui par des gens qui l’avaient connu. Je cherchais des détails sur comment il était dans la vie, quel genre de voix il avait. Je me suis immergé dans son univers et je me suis fait complètement happer. A ce moment-là, l’inspiration arrive de manière plus juste et plus profonde.

C’est étonnant parce qu’il y a plein de poèmes qui paraissent réguliers et qui ne le sont pas.

Oui, c’est le cas de « À une passante » par exemple. Tout le monde tombe dans le panneau, car les phrases ne correspondent pas forcément à la structure. Là par exemple, il y a une première phrase qui dure un vers (La rue assourdissante autour de moi hurlait.), puis la suivante, beaucoup plus morcelée d'ailleurs, qui dure 4 vers et qui donc empiète sur le deuxième quatrain. Je dis que tout le monde tombe dans le panneau car la plupart des mises en musique de ce poème sont faites avec des couplets de 4 vers et ça ne fonctionne pas.

Audio : "Élévation".

Tu m’as dit que tu avais « enquêté » sur la façon dont il parlait. As-tu tenté de te rapprocher aubertrand louis,baudelaire,epm maximum de cette façon ?

Dire « je vais incarner Baudelaire comme il était à l’époque », ce serait complètement prétentieux. Mais le fait d’avoir eu des indications, ça m’a quand même aidé et inspiré. Par exemple, j’ai appris qu’il aimait lire ses poèmes les plus trashs de façon très douce à ses amis médusés. J’ai baissé un peu les tonalités de ma voix pour qu’elle soit plus soufflée et un peu plus grave.

C’était conscient ?

Non, je cherchais quelque chose qui représentait le plus possible Baudelaire, mais ce n’était pas calculé, c'était une sorte d'intuition.

Tu as employé le mot « incarner ». Il faut rentrer dans le personnage pour l’interpréter ?

Oui j’aime bien chercher une certaine incarnation et j’ai pris la part de moi qui se rapprochait le plus de lui. Je voulais simplement être juste par rapport à ce qu’il était. Baudelaire, c’est la beauté extirpée du mal, d’ailleurs, il le dit lui-même puisque son recueil s’appelle Les Fleurs du Mal.

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(Photo : Thibault Derien)

Tu te reconnaissais beaucoup dans Philippe Muray, te reconnais-tu autant dans Charles Baudelaire ?

Ils sont différents, mais le lien c’est « le moderne anti moderne ». Ce n’est pas très connu, mais Baudelaire était contre la modernité et le progrès, même s'il était ancré dans la modernité. Il y a là une ambiguïté qui existait aussi chez Muray.

Y a-t-il d’autres points communs entre les deux ?

Ils étaient des personnages solitaires, un peu contre tout et contre tous. Par contre chez Muray, il y a de l’humour, pas chez Baudelaire, enfin pas dans les Fleurs du Mal en tout cas.

Tu as découvert Baudelaire comment ?

Comme tout le monde, à l’école. Je ne l’ai plus jamais quitté. Je lisais toujours Les Fleurs du mal en février, quand l’ambiance est bien glauque et qu’on est bien déprimés. Ça me faisait du bien. Je soignais le mal par le mal. Un jour, je me suis dit qu’il fallait que je plonge dans son univers, j’ai donc replongé dans mon adolescence, dans mes souvenirs. Mais ça ne m’a pas donné les mêmes sensations qu’avec Muray. Chez ce dernier il y avait quelque chose de très actuel. Ce dont il parlait existe encore aujourd’hui. C’est vraiment notre monde contemporain.

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Tu as découvert Baudelaire en classe. Moi aussi, mais à l’époque, j’étais loin d’en comprendre toutes les subtilités. Ne faut-il pas l’expérience de la vie pour apprécier à sa juste valeur l’œuvre de Baudelaire ?

Comme tous les grands génies, il a touché tout le monde à tout âge, mais pas de la même façon. Quand j’étais ado, il faisait partie de mes références même si je ne comprenais pas la moitié de son propos. Je le voyais d’une certaine façon, aujourd’hui, avec mon vécu, je comprends plus ses vers et ses proses en profondeur. Et j’espère que je vais faire découvrir aux gens des choses sur lui qu’ils ne connaissent pas.

Qu’aimes-tu précisément chez Baudelaire, en fait ?

Quand on me pose cette question, je vois arriver une grosse masse devant moi. Qu’est-ce que je peux dire ? La forme de ses écrits est d’une beauté inégalée. J’apprécie aussi le fait que son inspiration vienne de choses « malsaines » et qu’il les transcende pour en faire de la beauté. Pour moi, c’est une leçon de vie. Personne n’est un saint, alors arriver à transcender ses mauvais côtés, c’est la meilleure façon d’aller vers la vertu.

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Charles Baudelaire.

Comment as-tu choisi les textes présents dans ton disque ?

Au début, je voulais prendre des textes moins connus pour éviter les gros clichés baudelairiens. J’en ai glissé quand même deux ou trois qui m’ont immédiatement inspiré musicalement. A un moment, je ne suis plus parvenu à m’arrêter. J’avais une vingtaine de poèmes mis en musique. J’ai commencé à les enregistrer pour finalement n’en retenir plus que dix.

Les musiques te venaient naturellement ?

Généralement oui. C’est ce que Brassens appelait « les 5% d’inspiration ». Après, il faut bosser. J’ai fait un travail musical « intellectuel » pour avoir un maximum de cohérence, par exemple en utilisant toujours les mêmes instruments (harpe, guitare électrique, basse batterie, alto et violoncelle), le même mode musical, des cellules mélodiques qui reviennent sur plusieurs titres, etc....

Il y a des gens qui aiment bien ce que tu fais, qui connaissent tes anciens disques. Certains, comme moi, se demandent quand tu vas rechanter tes propres textes…

Tu as raison de me parler de ça. J’enchaîne deux disques d’auteurs mis en musique et il y en aura peut-être un troisième. Ce serait Verlaine et principalement ses poèmes d’amour… pas forcément les plus connus.

Mais pourquoi ? Plein de gens aiment ton écriture.

J’ai envie de réécrire des textes, mais pour l’instant, ça ne vient pas. Je ne vais pas me rendre malade avec ça, mais après Muray et Baudelaire, la moindre phrase que j’écris, je la trouve nulle. Je recommence peu à peu à écrire des textes plus technoïdes avec des slogans publicitaires comme j’en ai glissé ici et là dans mes précédents albums personnels. J’aimerais bien faire un disque dont ce soit la trame principale. Les slogans publicitaires, ce serait prendre le contre-pied de la poésie.

Ça te manque de ne plus écrire ?

Non, parce que je m’imprègne tellement des textes des auteurs que je chante que ça remplit ma vie. Je m’approprie des textes qui sont tellement beaux que, pour le moment, ça suffit à mon bonheur. Je ne suis qu'un passeur de plat comme dit Fabrice Luchini, et je trouve cela pas mal.

Il y a une pièce de théâtre qui se monte autour de tes disques sur Muray et Baudelaire.

C’est l’acteur-metteur en scène David Ayala qui propose de faire une trilogie autour de mes deux disques et sur celui d’un poète palestinien. C’est un projet difficile à monter, mais pour l’instant, il est toujours sur les rails. Je chanterai mes chansons, mais je vais aussi un peu jouer la comédie. Le public du théâtre me parait plus ouvert que celui de la chanson. Globalement, les propos de Muray choquent moins au théâtre qu’en concert.

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(Photo : Thibault Derien)

bertrand louis,baudelaire,epmSur la pochette du disque, on voit Baudelaire, discrètement derrière toi. Ça veut dire quelque chose ?

Cette pochette représente exactement comment je me positionnais au niveau de l’interprétation et de la mise en musique. C’est moi qui passe ses textes et ses personnages et lui, il est là et il surveille.

Est-ce qu’il y a eu des moments difficiles lors de la création de ce disque ?

J’ai failli tout arrêter plusieurs fois. Baudelaire avait un côté vampire, il en parle beaucoup d’ailleurs dans certains textes. Il avait aussi un côté pervers. De quoi déstabiliser ou devenir un peu fou quand on est imprégné pendant des mois dans son univers. Le guitariste qui joue avec moi, Jérôme Castel, me demandait qui était Baudelaire pour moi. J’ai répondu du tac au tac: « mon frère ». Dans l’introduction des Fleurs du mal, dans le poème « Au lecteur », il écrit : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ». Il s’adresse au lecteur comme à un frère, il voulait chercher au cœur de celui qui lisait, c’est peut-être pour cela que j’ai répondu cela.

Muray, Baudelaire avaient le dégoût de l’humanité. Et toi ?

Ça dépend des jours. Chanter ces poètes-là te permet aussi d’expulser ton dégoût. Mais mon album « Le centre commercial » exprimait cela aussi.  

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Après l'interview, le 4 août 2018.

07 septembre 2018

Goël : interview pour Le bruit dehors

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(graphisme: moitessier.fr, photos d'avant interview: Sasha Kuttlein)

goël,le bruit dehors,interview,mandor« Des êtres humains face à un groupe, des êtres humains face à la nature, des êtres humains qui se débattent entre leurs cultures, leurs corps et leurs édifices. Des êtres humains qui aspirent à la solitude ou la redoutent. Voilà ce qui coule de la plume de Goël et sa galerie de personnages, de matières, danimaux Voilà ce qui peuple ses huis-clos aux décors parfois absurdes. » C’est par ces mots que l’on nous présente officiellement Goël. Et c’est tout à fait ça.

Ecouter cet album, c’est faire un pas vers l’étrange, vers l’étranger aussi, c’est sortir des sentiers battus et découvrir des paysages musicaux non explorés, c’est écouter une fois, puis plusieurs parce qu’on remarque d’écoute en écoute, çà et là, des subtilités non perçues les fois précédentes. Je ne sais pas comment qualifier cet album. On a beau partir dans tous les sens, virevolter sans rien maitriser, il y a tout de même une unité. Tout se tient. C’est miraculeux. Le bruit dehors est une expérience musicale inédite. Soyez curieux, partez à la recherche d’une cohérence musicale improbable mais vraie. Le jour où vous la trouverez, vous n’aurez certainement plus envie de quitter ce coin de paradis.

Bref, j’ai aimé.

Alors, j’ai rencontré Goël le 30 juillet dernier dans une brasserie parisienne.

Et c’était bien.

Biographie officielle :goël,le bruit dehors,interview,mandor

Goël est l’aboutissement d’un parcours étrange et sinueux. Du dessin à la musique, du métal à la chanson française, des études d’arts et de philosophie au ciselage d’arrangements acoustiques, de la campagne bretonne à Paris et sa banlieue, Gilles Grohan a fait évoluer ses modes d’expressions comme ses terrains d’apprentissage. Parallèlement à son cheminement artistique il a travaillé dans des usines, des entrepôts, des magasins de disque, des salles de spectacle, des bureaux en tous genres. Il a pu observer et pratiquer quelques villes. 

Parmi ses collaborations musicales on peut retenir, de 2000 à 2009, ses années comme chanteur du groupe de rock-métal nantais Zo, avec lequel il travaillera à plusieurs disques et donnera une grosse centaine de concerts partout en France. Il entame ensuite une période de maturation et d’écriture autour d’un projet acoustique qui puisse synthétiser toutes ses aspirations artistiques : Goël. Certains s’étonnent qu’on puisse passer aussi naturellement d’un déluge de décibels à la dentelle de bluettes pop-folk orchestrées. C’est oublier que, d’où il vient, le goël est un « glouton » et que cet appétit démesuré de musiques et de littératures ne supporte aucun régime exclusif. L’énergie brute qui l’anime se ressent d’ailleurs encore au détour de certaines chansons.

Les maquettes fondatrices sont enregistrées en 2012, les concerts en solo puis en trio commencent l’année suivante. Un EP éponyme sort à la fin de l’année 2015, dévoilant cinq titres acoustiques aux arrangements précis et fouillés, dans un esprit de chanson française baignée de folk et d’étrangetés harmoniques. Passages radio, multiplication des concerts et des rencontres agrémentent un parcours qui, naturellement, se devait daboutir à un véritable album, plus ambitieux.

goël,le bruit dehors,interview,mandorLe disque :

Dès l’automne 2016 il commence à travailler sur Le Bruit dehors, sélectionne des titres, reprend ou peaufine certains arrangements, écrit de nouveaux morceaux. L’équipe qui s’est étoffée autour de lui entre en studio fin 2017. Réalisé en étroite collaboration avec Léonard Mule au studio du Poisson Barbu, ce disque installe l’univers de Goël dans un écrin plus épuré et résolument pop. Les douze titres de l’album explorent les possibilités d’un instrumentarium original – vibraphone, contrebasse, trio à cordes et batterie – dans des moments tour à tour lumineux, frondeurs, étranges, parfois même dansants. En filigrane résonnent néanmoins des arpèges de guitare cristallins et intimistes, qui offrent souvent leur première chambre d’échos à la voix et aux textes de Goël.

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goël,le bruit dehors,interview,mandorInterview :

Si on doit résumer, tu viens quand même du metal.

J’ai fait un peu de flute à bec quand j’étais gamin, mais  j’ai commencé la musique un peu sérieusement à l’âge de 16 ans. Avec ma guitare,  j’ai été influencé au début par les Beatles et ça a très vite basculé vers Led Zep. Je suis arrivé au metal, mais j’apprenais aussi le jazz. Je me situais un peu entre les deux. J’étais entre John Coltrane et Sepultura.

Qu’aimais-tu dans le metal ?

L’énergie, le son un peu lourd et gras, le coté plombé. J’aimais les groupes originaux qui cherchaient les dissonances et qui cherchaient à faire avancer la musique à leur façon. Par contre l’imagerie qu’il y avait autour, ça ne m’a jamais beaucoup branché.

Dans Zo, tu te comportais comme un hard rockeur ?

C’est quand même un groupe assez tonique, je pouvais donc en rajouter un peu sur scène. Mais c’était assez mélodique. Il y avait de supers musiciens et comme moi, ils s’adonnaient à la recherche musicale. Comme j’étais le chanteur et l’auteur des chansons et des mélodies, j’avais tendance à « popiser » cette matière un peu lourde et puissante.

Session acoustique de "Le bruit dehors".

Dans ce disque, Le bruit dehors, ton attitude reste la même parce que c’est la chanson folk acoustique que tu as « popisé ».

Ca a l’air d’être le grand écart, mais de mon point de vue, ça ne l’est pas. Juste, je ne peux pas laisser tranquille un genre musical, il faut que j’y ajoute ma sauce. Pour ce projet, il était clair qu’il devait être acoustique. J'aime la musique classique contemporaine et j’ai considéré qu’on n’exploitait pas assez le potentiel rythmique des cordes. J’étais sûr que l’on pouvait faire des choses intéressantes avec ça. S’il m’est arrivé de partir dans tous les sens, il y avait tout de même un fil conducteur sonore avec l’instrumentarium choisi qui me permettait de rester cohérent.

Tu te sens un explorateur dans le monde de la musique ?

Je passe beaucoup de temps à écrire des chansons et à les faire mûrir. Si au bout de 3 ou 6 mois, l’idée musicale me plait toujours, je la valide parce que je me dis que cela pourrait plaire aussi aux autres. J’explore beaucoup les possibilités de certains instruments. Par exemple, j’écris des parties pour vibraphone et pour cordes, alors que c’est difficile de les faire travailler ensemble parce qu’en terme instrumental, c’est carrément l’opposé.

Le clip de "Ma lyre".

« Ma lyre » est le premier single de ton disque. C’est peut-être le titre le plus pop.

C’est un  morceau dont j’ai le titre et l’esprit général des paroles depuis plus de 8 ans. Mais j’ai changé plusieurs fois la mélodie, l’harmonie et les arrangements. Il ne reste plus rien des premiers jets. Cette chanson est la tête de proue de certains éléments que j’avais envie d’intégrer dans l’album.

Tu n’as pas fait de concessions, ni dans l’écriture, ni dans la composition.

Je suis parti du principe qu’il fallait que ce soit des chansons un peu pop avec couplets, refrains qui durent 4 minutes chacune. Je n’ai pas fait de morceau de 20 minutes avec de la musique expérimentale, alors que j’adore ça. Je sais être raisonnable (rires).

Session acoustique de "De son arbre".

Ce que je trouve très fort, c’est que ce que tu joues est exigeant, mais à la portée de tous.

C’est ce que j’essaie de faire. Reste à savoir comment les gens recevront ça. Je n’ai jamais eu pour vocation de faire de la musique pour une personne sur un million.

Textuellement, tu emploies des mots que l’on n’utilise habituellement pas dans les chansons. « Postillonner » par exemple. Dans la chanson « Les algues », il y au début le mot « orteil ».

C’est du langage courant, il n’y a pas de mots compliqués dans ce disque, mais je trouvais intéressant de faire passer par ma bouche, ma voix et mes textes tout un vocabulaire peu usité dans la chanson.

J’aime beaucoup ta voix.

Tu aimes ma façon de chanter, ma façon de prononcer, parce qu’en fait, une voix, ce n’est pas grand-chose.

Session acoustique de "Les algues".

goël,le bruit dehors,interview,mandor(Photo de gauche : Julien Mignot). Il y a des tessitures qui plaisent ou pas. La tienne me plait.

Moi, je ne suis pas fan de mes potentialités vocales. Je subis ma voix, comme je subis mon corps. Quand on n’a pas choisi quelque chose, il faut faire avec. J’aime bien la sobriété, alors je ne pourrai pas en faire des caisses pour présenter une palette d’émotion. Je suis assez pudique de nature. Le fait que j’ai été dans le milieu du rock et du metal me permet par contre d’aller chercher de l’énergie assez facilement. Le grand travail de Léonard Mule qui a réalisé l’album avec moi, c’était d’aller chercher la personne qui était derrière la voix. J’aurais tendance à cacher ma voix derrière plein d’arrangements et un paravent de musique.

Les chanteurs sont souvent des gens pudiques. Il y en a qui se « déshabillent » complètement dans leurs textes et d’autres qui se cachent.

Moi, je pense que ça ne suffit pas de raconter sa vie. Ça ne me satisfait pas en tant qu’auditeur parce qu’on a tous des vies plus ou moins similaires dans nos sociétés et je n’ai pas envie d’entendre ce que je sais déjà. Sur nos joies et sur nos peines, nous disons tous un peu la même chose. Moi, je prends des détours. Par exemple, le verbe « aimer », tu ne le trouveras pas dans ce disque. Je ne parle que de matières, d’actes, de situations particulières et par ce truchement-là, j’espère que l’on va se rendre compte qu’il y a une humanité et une existence derrière. Il faut une transposition et cette transposition doit passer par quelque chose d’assez concret et peu courant.

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Pendant l'interview...

Tu as écouté un peu de chanson française ? (Photo de droite : Julien Mignot)goël,le bruit dehors,interview,mandor

Par la force des choses. Dans mon enfance, mes parents écoutaient RTL, alors, j’ai écouté de la variété.

Chez les « classiques », tu apprécies qui ?

Il y a deux artistes que je n’ai jamais cessé d’écouter, ce sont Brel et Brassens.

Et chez les vivants d’aujourd’hui ?

J’aime bien certaines choses de Dominique A. Dans son album La musique, il y avait 3-4 chansons qui étaient vraiment bonnes. J’aime aussi beaucoup Batlik. J’ai écouté son dernier album XI  lieux. C’est vraiment un artiste que je respecte beaucoup.

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A la fin de l'interview, le 30 juillet 2018.

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03 septembre 2018

Daniel Pennac : interview pour Mon frère et le Salon Fnac Livres

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daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorLa troisième édition du Salon Fnac Livres se déroulera du 14 au 16 septembre 2018, à la Halle des Blancs Manteaux, à Paris. L’invité d’honneur de cette année est Daniel Pennac. Il remettra le 17ème Prix du Roman Fnac lors de la cérémonie d’ouverture, vendredi 14 septembre à 17h00. L’occasion de l’interviewer le 12 juillet dernier pour le journal des abonnés de la FNAC, Contact (tirage: 1 million 500 000 exemplaires), pour qu’il nous parle notamment de son nouveau roman, Mon frère et du Salon Fnac Livres 2018. Dans ce récit tendre, drôle et parfois cinglant, il dresse le portrait de son grand frère, Bernard, disparu il y a une dizaine d’années, entrecoupé d’extraits de la pièce Bartleby, le scribe, d’après une nouvelle d’Herman Melville.

(Rappel : En 2009, à Paris, Daniel Pennac donnait une série de lectures-spectacles de la nouvelle de Melville, Le Scribe, où il interprétait le rôle du scribe, Bartleby, cet employé aux écritures qui se dérobe aux consignes, aux invites et sommations de son employeur par une formule polie et désolée, toujours la même : «I would prefer not to», une esquive intraduisible dans les idiomes besogneux. Quelque chose comme : «Je préférerais ne pas», «Je ne préférerais pas», ou «J'aimerais autant pas».)

Voici ce qui est paru dans le journal Contact :

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Vous voyez, c'est assez court, alors je vous propose ici la version longue de l’interview (parce qu’avec Mandor, rien ne se perd).

Idaniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandornterview: 

Il a fallu 10 ans après la mort de votre frère pour que vous écriviez ce livre sur lui.

C’était le 12 juillet 2017, à 5 heures et demi… (Daniel Pennac s’interrompt) Tiens ! Ca fait juste un an aujourd’hui, c’est amusant cette coïncidence… Bref, je me suis réveillé avec ce fort désir d’écrire sur Bernard et, en tête, la structure du livre telle que vous l’avez lu. J’avais essayé plusieurs fois sans y parvenir, parce que l’émotion était trop grande et les sensations de tristesse et de mélancolie empêchaient le souvenir. Mais ce matin-là, cela m’a paru comme une évidence narrative absolue de mettre en rapport Bernard et mon envie de monter au théâtre Bartleby de Melville. Vraiment, j’insiste, il y avait organiquement un rapport consubstantiel, un rapport de vitalité pure, entre le fait d’avoir monté Bartleby et le fait d’avoir écrit ce livre. C’est la même chose.

Votre adaptation de Bartleby et vos souvenirs de Bernard se sont entremêlés selon un rythme qui s’est imposé de lui-même?

Tout cela est tissé, absolument indémêlable, aussi mécaniquement enchaîné que le « marabout-bout de ficelle ». Et pourtant, après l’avoir réécrit et relu cinquante fois, je ne m’attends jamais au chapitre qui va suivre.

Il y avait du Bartleby chez votre frère ?

Mon frère avait en tout cas une forte résistance au monde consumériste et à toutes les idioties qui vont avec, c’est-à-dire le désir de carrière, les mondanités, la consommation… Les gros consommateurs, les grands carriéristes, les mondains frénétiques considèreraient cela comme du Bartlebyste chez Bernard, moi, je considère ça comme une grande sagesse. S’il était un personnage littéraire, il serait à classer du côté des non-désirants.

Qu’aimez-vous chez Bartleby ?daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Par le biais de Melville, Bartleby a profondément interrogé le 20e siècle à partir des années 50. Dans notre société de satiété, d’explications permanentes, ce refus absolu de jouer le jeu et de donner la moindre explication à ses décisions et au refus lui-même m’impressionne.

Vous écrivez dans votre livre « Melville, c’est de la pâte à pain, c’est épais sans être lourd, c’est gorgé de sens et de silence ». L’écriture de Pennac, c’est la même chose ?

Pas vraiment. L’écriture de Melville est une écriture spécifique, extrêmement travaillée, comme la pâte à pain est travaillée. Ce qu’il raconte est une analyse sociétale, de milieu, d’éducation. C’est ça qui est extraordinaire chez Melville… et ce n’est pas du tout mon écriture à moi.

Votre livre donne envie de relire Bartleby.

Tant mieux, parce que j’espérais bien qu’après lecture de mon livre, ça donne envie au plus grand nombre possible de lire ou relire cette nouvelle essentielle.

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Daniel Pennac, 3 ans, et son frère Bernard, 8 ans.

(Photo : Gallimard)

daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorVous dites que vous avez aimé votre frère comme personne d’autre, mais qu’au fond, vous ne savez pas qui vous avez perdu. Est-ce que vous le connaissez mieux après l’écriture de ce livre ?

Ca a ressuscité une connivence. En matière de connaissance humaine, avec lui, la connivence me suffit. J’ai retrouvé notre fraternité.

Vous vous aimiez, mais vous ne communiquiez pas beaucoup. D’ailleurs, vous expliquez dans le livre que vous étiez « les derniers représentants du monde du silence ». Le monde du silence, ça ne vous concerne plus. Vous communiquez beaucoup depuis quelques années.

J’ai d’abord été professeur de littérature. J’ai toujours refusé de faire de la psychologie avec mes élèves parce que je ne pense pas que ce soit le bon moyen de  pédagogie, mais effectivement, un professeur est dans la communication permanente avec l’élève. Il transmet un type de savoir, la littérature, qui est lui-même la trace du désir permanent de communiquer de l’humanité. De ce point de vue, je suis communiquant, même si je déteste ce mot. J’ai donc des rapports avec les gens, mais au plan strictement privé, je suis très réservé. Vous entendrez assez peu de chose sur mon intimité. L’intimité est une valeur.

Vous expliquez qu’à la mort de votre frère, vous n’avez plus eu peur de votre propre mort.

Après sa mort, j’ai eu plein d’accidents. Pendant 6 mois, je n’ai pas été suicidaire, mais j’étais déconnecté du danger. Je ne faisais attention à rien en matière de précaution. Je n’avais conscience de rien, je prenais donc des risques non calculés. Je traversais la route sans regarder par exemple, je suis tombé d'une falaise, des choses comme ça. Ma tête, mon esprit et mon corps n’étaient plus reliés… Ça a été un des effets du deuil sur moi daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Est-ce que ça vous a fait du bien d’écrire ce livre ?

En ce qui me concerne, ça me fait toujours du bien d’écrire. Comme je vous le disais tout à l’heure, ce livre-là en particulier m’a juste installé dans une connivence retrouvée avec mon frère et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai ressenti de la douceur et de la tranquillité.

Aimeriez-vous refaire ce spectacle-lecture sur Bartleby ?

Ce qui m’empêche de refaire ce spectacle c’est le désir de faire des choses nouvelles. Là, par exemple, je suis en train d’adapter à la scène la bande dessinée que j’ai faite avec Florence Cestac, Un amour exemplaire. Nous le jouerons cet automne au Théâtre du Rond Point avec des comédiens.

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Vous êtes l’invité d’honneur du Salon Fnac Livres. C’est un honneur ?

J’en suis très heureux, bien sûr. C’est une des modalités de la vie littéraire d’aujourd’hui. Les lecteurs se rassemblent, se rencontrent et rencontrent des auteurs, c’est une forme de vie formidable.

Ce statut d’écrivain populaire, vous le vivez comment ?

Je ne sais pas quoi vous dire là-dessus. Ma vie s’est faite ainsi. C’est comme ça. C’est bien. Le rapport à la littérature est un rapport avec la littérature. Qu’on soit lu ou pas lu, dès lors qu’on a affaire avec la langue, on a un rapport à la littérature. Qu’ensuite ce rapport fasse que vous ayez ou non du succès, cela est dû à des paramètres qui nous échappent. Moi, le succès, ça me simplifie juste la vie matériellement… c’est assez trivial comme réponse, j’en ai conscience.

Pouvez-vous nous donner deux coups de cœur littéraires impératifs?

Philippe Videlier avec Dernières nouvelles des bolcheviks. Ce sont 14 nouvelles émouvantes, tragiques ou drôles, qui racontent la Russie de l’époque soviétique et les événements ou les acteurs majeurs de la révolution. Il y a aussi Antonio Moresco  avec La petite lumière. Un livre destiné aux lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l’existence.

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