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01 juillet 2018

Lonny Montem et G. Charret : interview pour l'album Tara

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louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor« En fait, à la base Louise aka Lonny Montem a son propre projet solo. Et moi j’ai Yules mais ça tu le sais déjà (effectivement, mandorisés là il y a 8 ans). Louise a sorti un premier EP intitulé What kind of music do you play ?  et sur lequel j’ai chanté une chanson en duo avec elle, j’ai également mixé cet album. Et c’est à l’occasion de cette semaine de mixage que nous avons décidé de faire un disque ensemble en partant de l’idée d’un duo à la Simon & Garfunkel ou plus récemment Lady & Bird. » C’est ainsi que m’explique  Guillaume Charret le projet Lonny Montem et G. Charret. J’écoute le lien de l’album Tara et j’entends ce que les songwriter ont fait de mieux dans les années 70. Sans copier qui que ce soit. Nous avons affaire à deux musiciens très inspirés dont les voix apaisantes nous mènent dans un joli continent musical. Comme le dit à leur propos Nicolas Vidal sur son excellent site musical Faces : « Il est toujours touchant de voir des artistes pour qui la mode ne compte pas, pour qui écrire est plus important que poser. »

Le 21 juin dernier,  jour de la fête de la musique, j’ai rejoint Louise et Guillaume dans un bar de la capitale pour une mandorisation (très bruyante, entre un match de l’équipe  de France et un DJ en pleine forme).

Argumentaire officiel (par Henri Rouillier) :louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Louise Lhermitte aime Yules. Guillaume Charret aime Lonny Montem. Explorant les sillons creusés par Simon & Garfunkel, Belle & Sebastian ou Lady & Bird, les deux amis ont décidé, une fois le printemps venu, d’enregistrer un disque ensemble. Sept chansons qui brosseraient le portrait de Tara, cette maison auvergnate où ils se sont enfermés une semaine durant, au bord de la cheminée, pour écrire et composer. Sept chansons convoquant fantômes et souvenirs fragmentaires, compilant en ballades l’écho des vies qui se sont un temps arrêtées en ces murs. Tara comme un écrin pour la quiétude. Tara comme le nom de l’EP que Lonny Montem et G. Charret vous présentent aujourd’hui.

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(Photo : Nicolas Vidal)

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés lors d’un stage de structuration professionnelle au Studio des Variétés. 

Louise : Nous étions entourés d’artistes qui faisaient ou de la chanson, ou de l’electro pop. Guillaume et moi étions les seuls à faire de la folk, on s’est donc très vite reconnus et appréciés.

Comment avez-vous pris la décision de travailler ensemble?

Louise : Il y a eu plein d’étapes avant d'en arriver là. Guillaume, avec Yules, avait un quatuor à cordes pour reprendre Léonard Cohen dans l’album I’m your man naked. Comme je suis altiste, j’ai monté le quatuor parisien de ce projet pour la scène. Ça a été notre première collaboration.

Guillaume : Ensuite, tu as écrit un duo, "Parallel Ride" pour ton premier EP What kind of the music do you play ? et tu m’as appelé pour le chanter. A chaque nouvelle collaboration, on ressentait l’envie d’aller plus loin musicalement ensemble.

Louise : Plus le temps passait, plus on apprenait à se connaître… et il était clair que nous étions sur la même longueur d’onde.

Guillaume : Je pense que Louise n’osait pas trop me demander plus d’investissements avec elle parce qu’il y avait un obstacle géographique. On se parlait beaucoup au téléphone et elle me posait des questions du genre « est-ce que tu connais quelqu’un qui pourrait faire les mastering de mes chansons ? »

Louise : Et un jour, je l’appelle désespérée et dépitée pour lui annoncer que la personne qui devait mixer mon EP ne le mixe plus.

Guillaume : A un moment, Louise me demande qui je prends pour mixer mes albums, ce à quoi que je réponds que je le fais moi-même avec Bertrand, mon frère. Du coup, elle m’a proposé de mixer le sien. Comme je connaissais déjà une partie des chansons et que je suis très sensible à sa musique, j’ai accepté immédiatement. C’est le premier projet que j’ai vraiment mixé seul et je me suis découvert une passion pour cela. A la fois, je lui rendais service et elle me rendait service.

Louise : Cette semaine de mixage était géniale. Je suis allée chez lui en immersion dans son studio pendant cinq jours. J’ai compris à quel point le mixage était hyper important dans la musique folk. Le son que tu as est déterminant. 

"Little lovers" pour la chaine YouTube Du son dans mon salon.

Quelle est la difficulté du mixage dans la folk ? louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Guillaume : De ne pas briser le naturel. Du naturel brouillé, brouillon, c’est assez facile à faire en mixage, mais du naturel clair, c’est difficile.

Louise : Un bon mixage dans la folk, c’est rendre honneur à la sensation que tu avais en studio. Il faut retranscrire l’émotion que tu avais en enregistrant la chanson.

Guillaume : Il y avait des titres longs de 8 minutes, très orchestrés, avec des mouvements, des chœurs qui apparaissent, ou soudain une batterie qui déboule à la 7e minute… Il y avait aussi énormément de prises « live », beaucoup d’acoustiques, des cordes, bref, c’était complexe.

En mixant ce disque, vous vous êtes rendus compte qu’il fallait que vous fassiez un album ensemble.

Louise : Oui, pour un disque moins chargé, plus épuré. Je dis à Guillaume que j’ai une maison en Auvergne et que j’aimerais l’y emmener pour voir s’il est possible de concevoir des chansons ensemble. Au départ, c’était pour un album à moi et au bout de quelques temps, j’ai compris que c’était un album de duo qu’il fallait faire. C’était devenu une évidence. J’entendais deux voix.

Clip de "Big Big House" réalisé à Tara par Anna Farnoux et monté par Justine Dely.  

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorDans cette maison qui appartient à ton père, l’ambiance était propice à ce genre de musique.

Louise : Là, c’est le calme absolu. Il n’y a pas d’habitant à côté.

Guillaume : Je trouve que ce disque rend hommage à  l’ambiance qu’il y a dans cette maison. Il n’aurait pas été comme ça si on l’avait enregistré dans un autre endroit. C’est vraiment le disque de Tara, c’est pour ça qu’on l’a intitulé du nom de la maison. C’est un témoignage sur comment être à Tara et comment y vivre.

Un lieu peut influencer une musique ?

Guillaume : Je suis convaincu que c’est le cas. Je pense que le trip hop n’aurait pas pu naître ailleurs qu’à Bristol, que le reggae n’aurait pas pu naître ailleurs qu’en Jamaïque. Il y a des lieux propices à des musiques particulières.

Louise : Je sais que je ne peux pas écrire à mon bureau à Paris.

Guillaume : A moins que tu fasses de la folk urbaine, mais la folk, c’est plutôt un truc contemplatif. Il y a un lien évident avec la nature.

Vous étiez donc en vase clôt pour travailler 7 jours.

Louise : On avait déjà structures, paroles, mélodies et accords. Mais nous n’avions pas du tout d’arrangement.

Guillaume : Nous avions aussi une chanson inachevée que nous avons terminée là-bas.

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Toutes les chansons sont écrites par Louise, mais il y a deux reprises. Une de James Taylor et l’autrelouise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor de Simon et Garfunkel.

Louise : Simon et Garfunkel, c’était complètement l’esprit du disque. La chanson que nous avons reprise est « Old Friends ». Ça nous a fait marrer parce que nous, nous sommes des young friends. C’est une chanson incroyable sur l’amitié, et nous on vit cette amitié qui est rare. Surtout, entre homme et femme. En plus, on a 52 ans d’écart tous les deux (rires).

Guillaume, ça ne te fait pas bizarre de travailler avec un autre binôme ?

Guillaume : Evidemment, travailler avec Louise, c’est très différent que de travailler avec mon frère. Avec lui, c’est d’abord la fratrie. Là, notre amitié est née sur la musique, ce n’est pas la même chose.

Ton frère n’a pas eu envie de mettre son grain de sel dans ce projet ?

Guillaume : Bertrand a masterisé le disque. Mon frère ne s’immisce jamais, c’est quelqu’un de discret. Il me regarde m’envoler de mes propres ailes avec bienveillance.

Louise : Je crois que cet album n’aurait pas eu cette tronche là si on n’avait pas été deux fous enfermés dans cette maison. A plus, on n’aurait pas atteint cette folie.

Cette folie ?

Louise : Oui, parce que nous devenions fous. On oubliait le temps, on ne voyait pas les heures passer. On se levait, on mangeait et hop ! Nous étions partis pour des heures et des heures de travail. Le dernier jour, on avait des têtes de fous, je crois.

15 mars 2018, Froggy's Session de "Please Look After Me" à la Maison Muller / La Splendens Factory, Paris

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorLouise, tu écoutes de la folk depuis toujours ?

Louise : J’ai eu une révélation avec Joan Baez à 14 ans. J’ai eu aussi ma période Bob Dylan, Patty Smith, Tim Buckley, les Who, les Beatles. Au lycée, j’ai eu la chance d’avoir un groupe de potes musiciens, du coup, nous nous nourrissions de tous des disques de nos parents.

Jamais de la variété n’est arrivée à tes oreilles ?

Louise : Je ne te cache pas que j’écoute un petit Balavoine de temps en temps. Je trouve qu’il a des mélodies extraordinaires. Yves Simon a aussi écrit des chansons hallucinantes. Il y a également Souchon que je trouve très importants. Mais, attention, pour moi, Souchon est un folkeux. C’est notre Dylan français. 

Tu as fait un tour en Angleterre à l’âge de 18 ans, après ton bac, et je crois savoir que, musicalement, ça t’a beaucoup influencé.

Louise : C’était en 2011. Pile l’année où il y avait dans le top 5, Noah and the Whale, Laura Marling, Mumford and Sons, tous ces artistes-là faisaient partie du mouvement new folk anglais. Ça m’a fait rêver et c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais beaucoup de sensibilité à cette musique et que c’était celle que je voulais faire.

En France, finalement, vous n’êtes pas nombreux à jouer ce genre musical.

Louise : Ça a été très à la mode il y a dix ans, mais maintenant plus trop, en effet. Tant mieux, il y a de la place. On a une double page dans le Guitare Magazine de ce mois avec notre partition au milieu.

Guillaume : Quand on est guitariste, avoir sa tablature dans ce magazine, c’est une concrétisation (rires).

Clip de "Blue Rose Case" réalisé par Philippe Muyl et monté par Antoine Lhonoré-Piquet. 

Votre clip de « Blue Rose Case » a été bien mis en avant par les Inrocks. Il est présenté comme un louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorhommage au film Twin Peaks de David Lynch.

Louise : Le webzine Indie Rock Mag a demandé à Guillaume et à d’autres artistes de faire une compil’ autour de Twin Peaks.

Guillaume : On n’avait pas encore conçu Tara. Je savais que Louise aimait ce film et qu’elle écrivait en anglais, donc je lui ai proposé de participer avec moi. Je ne voyais pas Yules sur ce projet.

Louise : La vérité, c’est aussi que tu m’as dit que tu n’avais pas trop le temps d’écrire. Moi, j’ai écrit cette chanson en 15 minutes (rires).

Guillaume : Je n’étais pas du tout inspiré par le sujet. J’écris des textes assez personnels, je ne me sens pas auteur de commande. Je ne sais pas écrire un texte idéal  sur un sujet imposé. Louise, je savais qu’elle en avait les capacités. Elle m’envoie la maquette et là, tout de suite, j’entends Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Nous sommes donc partis dans ce sens. Elle vient, on enregistre sa voix, et dans la semaine qui a  suivi,  j’ai enregistré tous les instrus. En une semaine, c’était bouclé. Cette chanson a beaucoup plu, mais il ne pouvait pas figurer sur un album. On a donc décidé d’en faire un clip.

Et le clip est signé par un brillant réalisateur, Philippe Muyl. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Louise : Avec Guillaume, nous étions dans un diner mondain autour de Michael Lonsdale. A notre gauche, il y avait Philippe Muyl. On finit par chanter des chansons. En se rasseyant, je demande à mon voisin ce qu’il fait. Il me répond qu’il est réalisateur. Je ne le connaissais pas, mais au culot, je lui ai dit que l’on cherchait quelqu’un pour faire un clip. Je  ne m’attendais pas une seconde à ce qu’il accepte. En fait, ça l’a intéressé et trois jours après, il a dit oui.

Ce n’est pas un peu une facétie du destin ? Tu te retrouves à côté de lui à un diner…

Guillaume : Ces histoires-là, quand on les entend, on se demande si elles existent vraiment. Mais oui, les contes de fées existent. En plus, c’est une boucle qui est bouclée parce que c’est une chanson inspirée par le cinéma et par l’univers d’un cinéaste… et c’est un cinéaste qui fait le clip de cette chanson.

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Après l'interview, le 21 juin 2018.

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