Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Nicolas Vidal : interview pour la sortie de Bleu piscine | Page d'accueil | Lonny Montem et G. Charret : interview pour l'album Tara »

30 juin 2018

LAïN : interview pour l'EP Matelot

laïn,matelot,interview,mandor

(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorAttention, très gros coup de cœur pour LAïN ! Son premier EP, Matelot (sorti sur le label Néogène Musique), textuellement, c’est carrément le coup de  poing. Uppercut dans le cœur. Dans ses chansons, « elle explore les méandres de nos obsessions, l’urgence de nos émotions et la sempiternelle vacuité des « petites choses » de la vie ». LAïN travaille avec Hipsta, qui est depuis la fin de 2016 son réalisateur et arrangeur en studio comme à la scène. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le duo parfait pour un EP parfait.

LAïN, on va beaucoup en entendre parler dans les prochains mois… foi de Mandor ! Le 21 juin dernier, j’ai pris rendez-vous avec cette artiste brillante, charismatique et carrément au-dessus de la mêlée. Pour rien au monde, je ne serais passé à côté de cette pépite en voie d’explosion.

(Avant de vous laisser lire l'interview, je ne peux pas ne pas vous mettre le lien de la cover de "Femmes" de Nicole Croisille par LAïN. Un bijou absolu!)

Biographie officielle :laïn,matelot,interview,mandor

Ces quatre lettres finiront par vous obséder. LAïN. Celle qui est tapie dans l'ombre de ce patronyme évanescent en découdra avec vos sentiments. Elle creuse dans vos émotions pour en ressortir le beau tout le temps, le dur souvent, l'inavouable parfois... LAïN... Elle est Parisienne, elle est aussi discrète qu'excentrique et imprévisible. Elle a choisi la musique pour explorer son for intérieur, mais c'est aussi du votre qu'elle parle. LAïN fait dans l'electro, la pop sombre et c'est dans la langue de Bashung qu'elle a décidé de s'exprimer. Et elle a bien fait, tant ses métaphores crépusculaires sont comme des coups de poings reçus en pleine face. Pile dans nos égos. LAïN est sensuelle comme son écriture, douce comme son piano mais sait aussi être profane, directe, presque possédée par une violence contenue dès qu'elle monte sur scène. Elle n'est pas seulement musicienne et chanteuse, elle est aussi metteur en scène de ses chansons denses, poignantes. La dimension cinématographique est primordiale pour LAïN. Sa musique est film tendre et fou, sexy et violent. Un film brutal où l'on ne voit rien. Un film pudique où l'on sent tout... LAïN est tendre et puissante, gracile mais pas docile, subtile mais pas fragile, désarmante de sincérité et pourtant si armée… Armée pour vous faire chavirer.

laïn,matelot,interview,mandor

(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorInterview :

Tu as fait un peu de musique classique en Conservatoire, puis tu t’es dirigée vers le jazz.

Vers 17 ans, je suis devenue chanteuse de jazz. J’étais nourrie de cette musique par mon père qui en écoutait beaucoup. J’ai donc jouée dans des pianos-bars et des clubs de jazz pendant pas mal de temps. J’y interprétais des standards, mais un peu revisités. En parallèle, je commençais à écrire et composer pour moi, tout en cherchant des gens avec lesquels collaborer.

En 2015, tu as travaillé avec un premier groupe pour ton répertoire à toi.

Ils étaient mes premiers musiciens et arrangeurs. Ensuite j’ai rencontré Hipsa et là, ça a été le déclic. Avec lui, ça a collé immédiatement et j’ai senti qu’il allait devenir mon alter ego. On échange, on communique, on est capable de revenir sur un morceau que l’on pensait déjà abouti sans que cela crée des tensions. Il y a un travail de fond et un feeling entre nous qui sont très importants.

Cette rencontre a été comme une évidence ?

On a quand même passé presque un an à s’apprivoiser artistiquement. Aujourd’hui, on travaille beaucoup plus vite sur mes compos et ses arrangements. Notre collaboration est hyper enrichissante. 

Tu as employé le terme « apprivoiser ». C’est à ce point-là ?

Oui, ce que nous faisons est de l’ordre de l’intime. Il faut que la relation humaine soit très forte. Parfois, on se dit des choses pas très agréables à entendre sur notre travail, il faut pouvoir le supporter et être capable de se remettre en question. 

"Matelot" dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale".

Dans ce premier EP, il y a du beau texte. Je le souligne, car c’est plutôt rare quand c’est à ce point. laïn,matelot,interview,mandorOn sent que les grands de la chanson ont fait partie de ta vie musicale.

Mon père m’a fait découvrir Philippe Léotard. Je suis tombée amoureuse de son œuvre et de son histoire. J’ai tout de suite sentie un truc dingue chez lui. Il m’a toujours bouleversé. Je me rappelle d’une chanson de lui assez forte qui s’appelle « Drôle de Caroline » dans laquelle il parlait de la drogue. Cette écriture n’était pas évidente, il fallait vraiment l’écouter et s’en imprégner. Il fallait s’ouvrir pour comprendre de quoi il parlait. C’est ça que j’aime. Quand les choses ne sont pas forcément évidentes dans l’écriture. C’est pour ça aussi que j’aime les textes de Jean Fauque, on ne comprend pas tout. Un peu comme quand on regarde un film de David Lynch. C’est bon de ne pas toujours tout comprendre et d’être dans l’interrogation. Ça ouvre les portes de l’imaginaire et de la sensibilité des gens.

Tu as cette manière d’écrire ?

J’ai une forme de pudeur dans l’écriture parce que je suis quelqu’un de très pudique. Quand on n’est pas dans le premier degré, quand on utilise des métaphores pour dire les choses, on se met à nu, mais on parvient à dissimuler ses émotions.

Une manière de se cacher ?

Oui, un peu.

"Le reflet des drapeaux" en écoute. 

laïn,matelot,interview,mandorComment écris-tu ? (Photo à gauche : Thomas Bader)

De manière impulsive, voire habitée. Ensuite, j’y reviens et je retravaille le texte. C’est la partie que j’aime le moins. C’est plus compliqué pour moi. Je préfère quand les choses viennent d’un jet, simplement. Je me rends compte aujourd’hui que cette deuxième partie de travail est aussi importante que la première, si ce n’est plus.

Un de tes disques cultes et Fantaisie militaire de Bashung  dont quasiment toutes les chansons sont co-signées Jean Fauque. Ça t’a fait bizarre de l’avoir rencontré ?

Je l’ai vu aux Francofolies de La Rochelle en 2015. Je lui ai joué mes chansons en piano-voix. Il m’a dit : « J’adore ta chanson « Marianne », j’aurais aimé l’écrire. » Je me suis pris une émotion de dingue. Après, ça a été fabuleux de travailler avec lui. Là, aussi, cet homme est humainement incroyable.

Tu as été influencée par le jazz et la chanson à texte, pourtant, tu fais de la pop electro. Pourquoi ?

Parce que j’ai d’autres  influences et que j’aime beaucoup d’artistes. J’admire James Blake par exemple. Ce qu’il fait est fascinant. Après, j’aime le côté laborantin que l’on a avec Hipsa. On va chercher des sons un peu particuliers, on bidouille et on trouve des sonorités inédites.

laïn,matelot,interview,mandor

(Photo : Alexandre Aldavert)

L’inspiration te vient facilement ? (Photo à droite : Thomas Bader)laïn,matelot,interview,mandor

Il faut travailler régulièrement pour qu’elle arrive. Je lis beaucoup, je regarde des films,  j’écoute des disques, ça me nourrit. Les sons des autres me font naître des idées, des images que je transforme pour qu’il colle à mon univers.

Je t’ai entendu plusieurs fois dans Foule sentimentale, l’émission de Didier Varrod sur France Inter.

En recevant mon EP, Didier Varrod a eu un coup de cœur. C’est quelqu’un de formidable et de rare. Laisser sa chance à des artistes qui débarquent juste parce qu’on le sent, parce qu’on le renifle et que ça provoque quelque chose, c’est rare. En janvier, il m’a passé sur Inter et en mars, il m’a proposé d’être en résidence dans son émission. C’est allé très vite. Je peux dire que c’est lui qui m’a jeté à la mer, mais il a pris soin de m’offrir de grosses bouées (rires).

laïn,matelot,interview,mandor

LAïN au Silencio.

laïn,matelot,interview,mandorOù en es-tu de l’enregistrement de cet album ?

On enregistre au mois de juillet. Il sortira en 2019.

Tu as hâte ?

Non. J’aime bien les étapes. J’aime notamment celle que je traverse actuellement. J’aime bien la période de créativité que je vais traverser dans notre grotte avec Hipsa. Nous allons remettre le nez dans des chansons déjà existantes et en enregistrer des nouvelles.

laïn,matelot,interview,mandor

Pendant l'interview...

Et la scène, tu aimes ?

Au début, je n’aimais pas. Je ne voulais pas me mettre en avant sur scène et maintenant j’adore.

Pourquoi chantes-tu ?

C’est une bonne question. Déjà, je ne sais pas si je sais faire autre chose. J’ai l’impression qu’il y a plein de choses en moi qui sont assez sombres, c’est ma manière à moi de les sortir, d’arriver à avancer et à vivre.

Quelle serait la carrière idéale ?

J’aimerais bien ne pas être un feu de paille. J’aimerais prendre mon temps et m’installer dans le temps justement. J’aimerais imposer des textes exigeants, pour moi et, pourquoi pas, pour les autres.

laïn,matelot,interview,mandor

Après l'interview, le 21 juin 2018.

laïn,matelot,interview,mandor

Écrire un commentaire