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28 juin 2018

Marco Moustache : interview pour Autopsie d'un poil rebelle

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(photo: Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorLa chanteuse-pianiste aux mille facettes, Marco Moustache revient avec un deuxième album, Autopsie d’un poil rebelle, véritable manifeste pour la liberté et la féminité. Son credo : « la vie n’a pas de sens sans amour et sans humour ! » Paru chez En Garde! Records en mars dernier, le disque est distribué par Inouïe Distribution. Cet album est une joyeuse bouffée d’air frais à découvrir absolument.

Le 12 juin dernier, dans un bar de la capitale, Marco Moustache et moi avons fait connaissance… et avons parlé musique et féminisme.

Marco Moustache en quelques dates:

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marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Aiguisé, percutant, engagé et sans concession, Autopsie d’un poil rebelle est à la croisée des chemins entre hip-hop, chanson et jazz.

Une poésie posée sur des grooves affranchis de toutes définitions, une voix chaude planant au-dessus d’un duo original clavier/batterie, le deuxième album de Marco Moustache n’en finit plus de nous prendre et nous surprendre. Ici, on n’a peur ni des codes, ni des genres, ni du grand méchant rap, ni des machines made in ailleurs. Pas la moindre trace de strass, ni la plus petite miette de paillette, une fine moustache et quelques mots suffisent à nous toucher. Ils ont la saveur douce d’une sensualité moderne et la puissance amère d’une conscience actuelle.

Marco est une artiste qui a autant de cris que de sourires sous la moustache, autant de convictions que de désinvolture. Qu’il pique ou qu’il chatouille, il est franc ce poil rebelle qui pousse au fond de son cœur.

13 titres, 6 invité.e.s, une seule envie : briser les lisses silences qui nous rendent si seul.e.s.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 7 ans.

Mes parents m’ont proposé de faire de la danse et du piano, j’ai dit oui. J’ai adoré les deux.

Tu as fait de la danse longtemps ?

De 4 à 26 ans. Avant même de faire de la musique sur scène, j’avais déjà l’habitude d’être sur une scène et de bouger. Aujourd’hui, quand je suis sur une scène, je sais quoi faire de mon corps.

En musique, tu as débuté par le jazz. Tu as vite senti des facilités ?

Pas du tout. Le jazz demande un lâcher-prise et une liberté hors du commun… et je ne les avais absolument pas. La liberté et le choix, on sait tous que ce n’est pas facile.

Je crois que c’est un milieu dans lequel il y a beaucoup de compétitions.

Moi, tel un bisounours, je croyais que le milieu des artistes étaient super sympas. Ce n’est pas du tout le cas, du  moins, dans ce contexte-là. Pour arranger le tout, j’étais la plus jeune et la seule fille. Je t’avoue ne pas l’avoir très bien vécue. Cette pression totale que j’avais en permanence n’ont pas fait de ces années les meilleures de ma vie.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Avant la création du personnage de Marco Moustache, chantais-tu déjà ?

J’ai fait toutes mes études de jazz en tant que pianiste ? Ces études étaient surtout axées sur la composition et l’arrangement. La dernière année, on devait mettre des textes en musique. J’avais trouvé ce travail très exigeant, mais passionnant. J’en ai profité pour mettre en musique un extrait des « Femmes savantes » de Molière, histoire de me venger un peu de mes camarades de classe.

Mais, à cette époque, tu écrivais déjà des textes pour toi ?

J’écrivais des poèmes. Et aussi des sketchs. Je ne l’ai jamais dit en interview, mais j’ai une grosse culture d’humoriste. J’adore ça.

Clip de "Comme une fille".

Tu as fini par écrire aussi des chansons.

Oui. Mais comme j’étais très timide, j’ai demandé à un copain de les chanter à ma place. Je l’accompagnais au piano, mais nous avons arrêté de travailler ensemble. A la fin de mes études, j’ai décidé de tenter le coup moi-même, alors que je ne savais ni chanter, ni gérer mon souffle. Je suis allée chez ma copine chanteuse de jazz, Lou Tavano. Elle et son amoureux et pianiste, Alexey Asantcheeff, m’ont dit qu’il fallait que ses chansons sortent de mon salon. D’autorité, ils m’ont trouvé une date de concert. C’est ainsi que j’ai plongé dans le grand bain.

Tu étais déjà Marco Moustache ?

Non, j’avais pris un premier pseudo qui était le diminutif d’enfance de mon vrai prénom Emilie. Je me suis donc appelé Milou.

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorTu as fait un disque sous ce nom-là ?

Oui. C’était un disque de chansons, Où que tu pousses. Assez loin de ce que je fais maintenant.

Tu as tourné longtemps avec ce projet ?

De 2009 à 2012. Tous les concerts étaient scénarisés et il y avait toujours un fil rouge. C’était des spectacles avec accessoires et décors.

Sous l’ère Milou, tu as sorti une chanson « Les mamans des lascars ». C’était le début de ta métamorphose ?

C’était un rap satirique qui faisait hurler de rire tout le monde. C’était à une époque où je commençais à fréquenter la scène slam et des rappeurs, alors je commençais à écrire des titres qui étaient de moins en moins chantés et de plus en plus parlés. J’ai aussi intégré une batterie… et changer de nom de scène.

Le 4 mars 2016 en première partie d'Inna Modja à L'Ouvre-Boîte de Beauvais

Marco Moustache est née et elle s’est dirigée vers le spokenword, ce mélange de hip hop et de chanson. Toi, tu as appelé ça de la proësie groove.

(Rires) Le nom est arrivé après un gros brainstorming avec ma maman. On a trouvé « proësie groove » marrant.

Je crois que tu as trouvé l’idée de la moustache avant de trouver ton nouveau pseudo.

Je savais que j’allais me diriger vers une musique plus urbaine, mais je n’avais pas encore l’idée du personnage.

C’est un ultime concert toute seule en piano-voix au Café Universel qui a tout déclenché.

Je venais tout juste d’écrire « J’aime pas le rose » qui est sur mon premier album en tant que Marco Moustache. J’y fais parler un violeur. Je voulais tenter cette chanson sur scène, alors, j’ai pris un crayon pour les yeux et je me suis dessinée une moustache. J’ai tout de suite constaté l’effet de cette moustache sur les gens, alors que j’étais en robe et en talon. La moustache a un effet déguisement qui fait rire tout le monde, du coup, ça a détendu l’atmosphère. J’ai compris ce soir-là que je tenais quelque chose.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Cette moustache t’aide donc à raconter plus de choses en te cachant derrière elle ?

Je peux raconter mes convictions, mais avec une distance. Cette  distance que crée la moustache me permet d’avoir un discours plus léger et humoristique sur ce que mes proches ou moi ont vécu, tout en posant de vraies questions.

Il y a des opinions franches et tranchées dans les chansons de cet album.

Je dois être un peu compliquée, mais je trouve que, soit les artistes ne racontent rien, donc ils m’ennuient, soit ils sont trop donneurs de leçons et ça m’agace. Un artiste n’est pas là pour donner des leçons. J’ai horreur des moralisateurs, des justiciers qui savent ce qu’il faut être et faire… et qui te le disent.

C’est là que ta moustache rentre en jeu.

Oui, je le répète, elle me permet d’avoir une distance faite d’humour et d’autodérision. Je suis une personne gaie dans la vie. Je me marre beaucoup, du coup, mon écriture est influencée.

Clip de "Les tartelettes".

C’est quoi exactement ton spectacle lié à ton disque Autopsie d’un poil rebelle ?

J’effectue vraiment l’autopsie d’un poil rebelle. Je porte une blouse, il y a une table d’opération et j’ai une pince à épiler. Je pars du principe que l’on vit dans une société où les codes de la féminité sont inversés, puisque la féminité, c’est la moustache. Une femme a été arrêtée parce qu’on l’a soupçonnait de s’être épilée un poil de moustache dans le RER. C’est complètement absurde, mais les gens rigolent tout en ayant compris les messages que j’ai voulu faire passer.

Evidemment, on aura compris en écoutant les paroles de tes chansons que la féminité est un sujet qui te préoccupe beaucoup.

Même dans ma vie personnelle. Aujourd’hui, la féminité  à des codes qui font de la femme l’objet de désir de l’homme. Il y a un vrai questionnement sur le fait de se réapproprier notre féminité. Plus l’idéal féminin est éloigné de la réalité, plus on va faire consommer et plus certaines femmes vont acheter du maquillage et des produits de beauté. De plus, l’idéal féminin change tous les 6 mois et il est inatteignable car « photoshopé »… tout ça devient ridicule.

Là, tu n’es pas maquillée.

Je ne me maquille plus, même sur scène. Je ne dessine que ma moustache.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorQuel est ton rapport à ton corps ?

Toutes les femmes sont en souffrance par rapport à leur féminité et leur rapport à leur propre corps. Je n’échappe pas à la règle. Quand je discute avec des copines, elles ont des mots atroces pour définir leur corps. Je crois pouvoir dire que nous sommes toutes complexées et schizophréniques par rapport à ça. Je conseille de lire un merveilleux essai de Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme. Elle y explore les tensions contradictoires introduites dans la sexualité en Occident par deux phénomènes modernes : la photographie et le féminisme. Elle parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

Je veux insister sur un point, ton album n’est pas anti homme.

Je suis très agacée quand on associe féminisme et misandrie (sentiment de mépris ou d’hostilité à l’égard des hommes). Ça n’a rien à voir. J’ai rencontré autant de femmes misogynes, parfois très sexistes, que d’hommes qui sont profondément féministes. Le féminisme n’est rien d’autre que la revendication de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas une inversion des rapports de domination. Ramener le féminisme à une guerre des sexes et injuste pour la plupart des hommes.

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On a parlé et beaucoup ri aussi.

Les hommes et les femmes ont été élevés avec des codes quasi ancestraux bien ancrés en nous. Il est forcément compliqué de s’en débarrasser.

Je suis absolument d’accord avec toi, c’est pour ça que je pense que les hommes et les femmes devraient être main dans la main pour réfléchir à la féminité. Mon cher et tendre, qui est féministe, me dit que je suis trop optimiste, pourtant, je crois en ce que je dis. Dans cette société ou la domination masculine est clairement établie, la plupart des hommes ne sont pas mauvais et sont même des chics types qui n’en profitent pas.

En t’écoutant, j’ai l’impression d’écouter la version sérieuse de ce que tu dis avec humour dans ton disque.

Tu ne peux pas me faire plus plaisir. C’est la définition de l’art pour moi : communiquer des idées ou des émotions en les rendant agréablement accessibles.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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