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29 juin 2018

Nicolas Vidal : interview pour la sortie de Bleu piscine

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorComme l’explique sa bio officielle, «Nicolas Vidal navigue dans les eaux underground de la pop française depuis son premier album Des Ecchymoses sorti en 2011. Après Les nuits sereines n’existent pas (2016), album sous influence(s) Jacno/Mikado, son 3ème album Bleu piscine joue les prolongations pop. Nicolas Vidal n’est donc  plus tout à fait un jeune premier qui aurait découvert la synth-pop dans un lot de 33 tours au coin d’une brocante. Après une première vie dans le théâtre et la radio et une vie parallèle dans la mode, cet autodidacte considère la musique comme faisant partie d’un processus créatif, au même titre que la photographie ou l’écriture. »

Bleu piscine n’a rien à envier aux récents albums de ses ainés, Alain Chamfort et Etienne Daho. La pop française à un nouvel arrivant, accueillons le comme il le mérite.

(Découvrez aussi le webzine pop en noir et blanc, Faces, de Nicolas Vidal. Un travail exceptionnel !)

Le 12 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar branchouille de République pour une  deuxième mandorisation (la première n’a jamais été publiée).

L’album (argumentaire de presse) :nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandor

Bleu piscine, écrit et composé en majorité au printemps 2017 entre la Corse, Paris et Bangkok, et enregistré dans la foulée, a la spontanéité des hits estivaux, totalement hantés par les figures artistiques qui ont accompagné cet «Eté dandy» (David Hockney, Jacques De Basher, Isabelle Adjani). Solaire et emprunte d’une sensualité plus apparente («Roche», «Sous ton ombrelle»), la pop de Nicolas Vidal se fait plus dansante, tout en étant de plus en plus personnelle («Bleu piscine», «La vie d’avant»). Délaissant parfois les effluves lo-fi qui composaient la majorité de son deuxième album, Nicolas Vidal opte pour une pop un peu plus urbaine («AR mon amour, «Transe»), aidé en cela par la production plus électro clash de Valentin Aubert (aka Aube) dont le travail sur le son et les arrangements a été primordial pour emmener les chansons en dehors de leur zone de confort. Mais les amours de jeunesse ne passent pas si facilement et un détour par la case eighties était obligatoire pour parler de la fin d’une histoire d’amour façon nouvel Hollywood («Balboa») ou pour évoquer la chute d’une idole fashion façon Erasure en compagnie d’Une Femme Mariée («John»). Les textes, moins autocentrés, font place à une actualité teintée d’intime (le pré Brexit «Pop Boy à Paris», le manifeste sur la norme amoureuse «L’amour qui penche») et constituent la bonne surprise de ce nouveau disque.

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorInterview :

La dernière fois que je t’ai interviewé, c’était en 2016, avec Emma Solal. J’ai perdu le son de l’interview quand on m’a volé mon iPhone,  donc je n’ai jamais publié cette double rencontre. Mais, par  contre, je crois savoir que depuis, vous avez décidé de travailler ensemble…

C’était effectivement le début de notre complicité.

On y reviendra tout à l’heure. Tu as écrit et composé seul (hormis une chanson avec Constance Petrelli) ce nouvel album en trois semaines.

Oui, pendant mes vacances en Corse et en Thaïlande. En Août, quand je suis revenu en France, on a enregistré dans la foulée, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Le lieu où tu es influence-t-il ta façon d’écrire ?  

Le lieu m’influence même beaucoup. Tout le coté solaire du disque, ce sont des chansons que j’ai écrites au soleil. Deux chansons particulièrement, m’ont été inspirées par le moment présent. « Roche », je l’ai composé dans ma tête sur un bateau en Corse, entouré de touristes. J’ai eu la mélodie tout de suite et, pour ne pas la perdre, je suis allé dans les toilettes du bateau  pour la chanter sur mon iPhone. Concernant « Bleu piscine », j’étais en Thaïlande, il y avait une piscine, un décor paradisiaque, mais il s’est dégagé une certaine tristesse de ce moment trop parfait. J’ai donc imaginé une histoire d’amour qui serait à sens unique.

Clip de "Pop boy à Paris"

Cet album est plus dansant que les précédents. Par contre, les textes restent très mélancoliques. nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

Cet album est un peu plus ouvert. Je parle un peu moins de moi. Sur une chanson comme « L’amour qui penche », j’ai eu envie d’évoquer sans faire aucune morale, toutes les histoires qu’il y a eu autour de la manif pour tous, le mariage entre personnes du même sexe, la transsexualité… La musique pop m’a permis de traiter ces sujets avec un peu plus de légèreté et de poésie. Le côté péremptoire et sérieux, très peu pour moi.

J’ai effectivement remarqué que tu donnes ton opinion sur pas mal de sujets, sans faire la morale… et c’est très appréciable.

La morale n’a pas lieu d’être dans la chanson. A mon sens, la chanson doit rester comme une bulle de savon. Les Alain Chamfort, Arnold Turboust où autres Etienne Daho, font ça très bien, eux aussi.

Je te place sans hésitation dans cette famille musicale.

J’ai beaucoup écouté ces artistes. Quelque part, ils m’ont influencé. Je reste persuadé que la musique que tu entends enfant te marque à jamais. Mon premier 45 tours, si tu enlèves Chantal Goya et Karen Cheryl, c’est la chanson interprété par Lio, « Banana Split ». Mes parents écoutaient tous les Brel, Brassens, Ferré, Ferrat et, pour moi, c’était insupportable parce que moi j’aimais Lio, Daho, Elie Medeiros, Indochine…

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTa pop est à la fois moderne et nous rappelle celle des années 80. Comment on trouve le juste milieu ?

En travaillant avec un producteur de 25 ans, Valentin Aubert, qui n’a pas ces références-là en tête. Il a celles de son époque. Ce qui est drôle, c’est qu’il n’aime pas cette musique des années 80, du coup, ça a été super de travailler avec lui parce qu’on se retrouvait sur des références comme Phoenix, Metronomy ou Tame Impala. On a essayé de se sortir de la pop française et des sonorités eighties. Valentin a été un parfait contrepoids à mes références parfois passéistes.

Dans tes chansons, il t’arrive de ne pas cacher ton homosexualité.

Je la revendique même complètement. Je suis ravi qu’un Eddy de Pretto soit numéro1. Il raconte son homosexualité très naturellement. Dans les chanteurs de ma génération et celle d’avant, il y en a peu qui l’ont fait. Il y a pourtant bien des homos, des hétéros, des bisexuels, des trans… vivons avec.

Sur la pochette de Bleu Piscine tu as utilisé une imagerie homosexuelle. C’est volontaire ?

Absolument. Et sur le nouveau clip d’Emma Solal, « Baisers illicites », qui est un duo avec moi qui figurera sur son prochain disque, on ne s’est pas gênés non plus. Garçons et filles, on se roule tous des pelles.

Clip d'Emma Solal (avec Nicolas Vidal), "Baisers illicites".

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Archives : Interview en 2016 avec Emma Solal et Nicolas Vidal (jamais diffusée pour cause de perte de son).

Au moment où tu as enregistré l’album, tu lisais la biographie de Jacques de Bascher. Il a influencénicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor au moins un texte. Qui était cet homme ?

C’était un dandy mondain dans les années 70-80. Il a été l’amant d’Yves Saint-Laurent et de Karl Lagerfeld. La chanson « Eté dandy » m’a été inspiré par lui.

Dans le même temps, tu as vu l’exposition de David Hockney à Beaubourg.

Lui aussi est homosexuel. Quand j’ai décidé de faire cette couverture et d’appeler l’album Bleu piscine, j’avais ce type d’artiste dans ma tête.

En revendiquant ton homosexualité, tu n’as pas peur de « segmenter », d’avoir moins de public ?

Les gens qui n’ont pas envie d’écouter ma musique parce que je suis homosexuel, je n’ai pas envie qu’ils m’écoutent. Je préfère même qu’ils ne l’écoutent pas. Mais honnêtement, je crois que maintenant les gens s’en foutent de la sexualité du chanteur. Au concert d’Eddy de Pretto, la majorité des gens était des filles qui se moque bien de sa sexualité.

Clip de "Bleu piscine".

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTu n’as pas encore la notoriété que tu mérites. Selon toi, que te manque-t-il pour accéder au stade supérieur ?

Il me manque certainement un entourage, même si j’ai conscience que ce n’est pas parce que tu as un entourage que tu as obligatoirement du succès. Si j’avais un bon attaché de presse, un bon manager et un bon label, ça m’ouvrirait à des médias qui, potentiellement, pourrait s’intéresser à mon travail. C’est plus difficile quand tu es tout seul à faire ton petit bonhomme de chemin. Et puis, quand tu fais de la pop, les médias, c’est plutôt restreint.

Les jeunes, la pop, ils s’en foutent un peu non ?

Oui, sans faire de généralité, ils préfèrent les musiques urbaines. Ce que je fais intéressera plus les quarantenaires. Cela dit, je ne me sens pas en déconnexion avec des artistes comme Clara Luciani ou Fishbach qui ont trouvé leur public, donc, je ne désespère pas. Moi, je continue à faire mes albums coûte que coûte et on verra bien où ça va me mener.

Parfois, tu ne te dis pas « à quoi bon ? »nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

De temps en temps, mais je pense qu’il faut trouver la bonne économie pour sortir tes projets. Avec un home studio, tu peux faire des albums qui ne coûtent pas très cher. Pour moi, la musique, c’est vitale. Je te le répète, je n’ai pas du tout envie d’arrêter.

Tu as failli solliciter Arnold Turboust pour ton disque.

Quand je me suis demandé avec qui je pourrais faire un disque, il a toujours été dans un coin de ma tête. Entre temps, j’ai rencontré Valentin Aubert et je suis parti vers autre chose, mais vraiment, un jour, j’aimerais travailler avec Arnold Turboust. Il est un super musicien et arrangeur.

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Parle-moi de ta collaboration avec Emma Solal.

Je suis avec Valentin Aubert, arrangeur et réalisateur de son prochain disque. A la base, Emma m’a juste demandé des chansons, mais ensemble, on a écouté mon album et elle m’a dit que c’était vers ce genre de musique composé de  sonorités très « electro » qu’elle voulait se diriger. Les excellents Pierre Faa, Éric Chemouny, Jérémie Kisling et Une Femme Mariée (Constance Petrelli) ont aussi collaboré à ce disque…  Je te garantis que la pop lui va très bien.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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