Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over | Page d'accueil | Jacques et Jacques (Vincha et Laurent Lamarca) : interview pour Le sens de la vie »

19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

david assaraf,ep,interview,mandor

(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :david assaraf,ep,interview,mandor

David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

david assaraf,ep,interview,mandor

david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

david assaraf,ep,interview,mandor

(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

david assaraf,ep,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

david assaraf,ep,interview,mandor

A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

Écrire un commentaire