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13 juin 2018

Lucas Rocher et Gérald Dahan : interview pour les concerts au Nez Rouge.

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gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorPendant encore 3 jours, et ce depuis hier (du 12 au 15 juin 2018, donc), Lucas Rocher et son gang se produiront sur le bateau théâtre amarré face au 13 quai de l’Oise à Paris 19e, Le Nez Rouge, dirigé par l’humoriste et imitateur Gérald Dahan. Ce dernier est aussi le metteur-en-scène-producteur-manager-impresario du Lucas’ Gang.

Je connais Lucas Rocher de réputation (bonne) depuis plusieurs années sans m’y être réellement intéressé. Et puis, un soir, je suis allé voir son show et il m’a bluffé. Drôle, tendre, un peu provocateur et particulièrement charismatique. Tout ça dans un seul homme, c’est rare. Du coup, le 7 juin dernier, j’ai organisé une rencontre avec lui à proximité du Nez Rouge et j’ai demandé à ce que Gérald Dahan nous rejoigne à un moment. Il m’intéressait de savoir pourquoi il misait beaucoup sur ce « poulain-là ».

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(Photo : Steffie Mer)

Présentation officielle du spectacle :gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandor

Lucas’ Gang c’est un peu comme si Tryo avait ses textes écrits par Gaspard Proust et mis en scène par Alexandre Astier.

Ce groupe est du signe « chanson humoristique » ascendant satirique. Entre les Wriggles et South Park

Un spectacle ingénieux pétillant, où les chansons rient de tout, écorchent les hypocrites, scalpent les beaux-parleurs, transcendent les fous furieux,  les héros malgré eux, et d’ambitieux déchus.

Le tout servi par une formation trans-genres où voix, guitares, violon, et harmonicas s’épousent dans une folie novatrice, et tout en finesse.

Mise en scène : Gérald Dahan

Lucas Rocher : chant, guitare Axel Dachet : violon, chœurs Damien Tartamella : harmonica, chœurs

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Gérald Dahan et Lucas Rocher, ensemble sur scène.

gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorInterview de Lucas Rocher:

Tu es passé de Lucas Rocher à Lucas et associés et aujourd’hui à Lucas’ Gang. Pourquoi ces changements d’identités ?

J’ai commencé seul en guitare-voix, j’ai ensuite été rejoint par Axel et Damien de manière très ponctuelle. Quand ils sont rentrés officiellement dans le projet, on a ajouté « et associés ». Gérald voulait unifier l’histoire en insistant sur le côté « équipe », tout en restant le leader, car j’écris les textes et la musique, c’est donc devenu Lucas’ Gang… mais je tiens à dire qu’Axel et Damien sont très investis dans l’histoire.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai une mère orthophoniste et un père qui s’appelle Thierry Rocher. Il fait depuis des années  la revue de presse de Paris Première. Quand j’étais jeune, j’ai passé beaucoup de temps à voir des auditions d’humoristes, ça m’en a un peu dégouté. Je me suis dit que c’est un métier que je ne ferai jamais. Depuis que je suis dans le spectacle, je n’ai aucune paillette dans les yeux, j’ai trop vu de « galériens » désillusionnés. A l’âge de 16 ans, il m’a fait jouer dans un spectacle avec lui, Patrick Font et Nicolas Bacchus. Grace à ce dernier, j’ai compris que c’était la musique qui m’intéressait. Je suis devenu son musicien pendant 7 ans et c’est lui qui a produit mon premier album.

Et Patrick Font ?

Malgré les sales histoires, il reste pour moi un génie absolu. Il m’a fait jouer dans certaines de ses pièces et j’ai aussi été son guitariste. J’ai beaucoup joué avec Bacchus et Font, cela m’a permis de quitter la banlieue pour m’installer à Paris.

Teaser pour les concerts 2018.

Tu réfutes le fait d’être aussi un humoriste, mais tu ne peux pas nier l’évidence, tu as ça en toi.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’ai un peu de cet ADN-là, j’avoue. J’aime bien l’idée de faire rire entre les chansons et de pouvoir improviser. Mais, ce savoir n’est pas essentiel. Certains groupes que j’adore n’ont pas besoin de ça, comme les frères Volo. J’ai quand même dû casser ce que j’avais appris en café-théâtre pour ne pas devenir trop chansonnier. Je préfère que l’on me considère comme un chanteur satirique. 

Tu chantes et évoques la société moderne. Ton spectacle est complètement dans l’air du temps.

Oui, tout en ne voulant pas être moraliste. On a fait une chanson sur l’homophobie. Le type de ma chanson dit « je ne peux pas être homo depuis que je fais du rap ». Le mec, à la force d’aimer les mecs musclés, il a peut-être un rapport bizarre avec ça, c’est ce que je sous-entends. Il y a aussi une chanson dans laquelle je parle de Facebook. Je me moque un peu, mais j’adore Facebook. On peut ironiser sur un sujet et beaucoup l’aimer.

Reportage sur Lucas' Gang sur BFM Paris.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorTu as des goûts musicaux très variés, je crois.

Je peux écouter du jazz hyper pointu comme du Maître Gims. J’ai mis 1000 ans pour comprendre que je n’ai pas besoin de détester quiconque pour savoir qui je suis. Je réfute les cultures autorisées par les ambassadeurs de l’ouverture d’esprit. On a le droit d’aimer Beyonce, Lady Gaga, ça passe, mais par contre M Pokora, on n’a pas le droit. Je ne supporte pas les Ayatollahs du bon gout. Le fait qu’il n’y ait pas de place pour la nuance me rend profondément malheureux.

Tu es passionné par l’écriture de scénario.

Je suis un scénariste raté. J’en ai plein les tiroirs. J’ai lu beaucoup de livres sur la question. La structure, les personnages, la ligne thématique, la trame…

Le format chanson, pour raconter des histoires, c’est compliqué ?

Extrêmement. Je reviens à Volo. Ils m’impressionnent parce qu’il y a une limpidité extraordinaire dans leur format court. Moi, je trouve que c’est plus simple d’avoir 100 pages pour écrire une histoire que d’en avoir une seule.

Il y a une web série qui arrive cet été.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’y raconte notre vie professionnelle. En l’occurrence, les deux musiciens sont en train de quitter le groupe parce qu’ils se rendent bien compte qu’on ne fera pas Bercy avec nos chansons. Au moment où ils vont m’annoncer leur départ, je leur dis qu’on a trouvé un producteur qui va nous apporter la gloire. C’est Gérald Dahan qui joue son propre rôle. En fait, c’est un plan que j’ai monté pour garder mes potes. A partir de cela, ils vont partir en vrille. On a plein de guest comme Vincent McDoom et l’humoriste YouTuber Max Bird. Oldelaf, Bruno Solo, devraient être aussi de la partie. Comme j’ai écrit une chanson pour le prochain album de Clara Morgane, on est en pour-parler pour qu’elle nous rejoigne dans l’aventure.

Combien d’épisodes avez-vous tourné ?

Il y a déjà 6 épisodes tournées et montées. Là, on vient de faire la bande son. C’est un gros boulot.

Tu as un double qui est chanteur et qui s’appelle Francis. Peux-tu me le présenter ?

Je travaille énormément la nuit. J’ai une centaine de maquettes de morceaux dont je n’ai rien fait. Il va donc devenir un personnage de la web-série. Je vais vivre une sorte de schizophrénie où la nuit, je deviens Francis.

Tu es un vrai boulimique de travail.

Je suis toujours en train de créer. De plus, je suis prof de guitare dans une école de musique du 11e. J’ai une quinzaine d’élèves qui ont entre 8 et 18 ans. J’aime beaucoup ça, car cela me permet de me cadrer.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorC’est qui ton idole absolu ?

Trey Parker, le cocréateur, réalisateur et principal scénariste de South Park. Ce mec est un génie absolu. Il est aussi le metteur en scène, co-scénariste, co-compositeur et co-parolier de la comédie musicale The Book of Mormon. Il a influencé ma vie, et même, ma philosophie de vie.

Tu es très amateur de comédies musicales.

Je suis extrêmement branché comédies musicales, celles de Broadway notamment. Une trame de comédie musicale est extrêmement difficile à écrire. J’en ai écrit une, mais je ne suis pas satisfait, c’est vraiment très difficile. Gérald me pousse à persister. Je suis un peu sous pression en ce moment.

Ton prochain disque, tu l’as enregistré avec les musiciens de Johnny.

On a déjà enregistré 8 chansons, mais on a décidé de n’en garder que 5 pour lancer un EP. J’avais l’impression d’être en stage. J’étais avec des arrangeurs de folie qui me laissaient prendre des décisions. C’était très agréable d’être écouté et dirigé par rapport à mes souhaits. Grace à Gérald Dahan, on a eu des grosses pointures comme le batteur de Revolver ou le trompettiste de Maceo Parker.

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De gauche à droite, Philippe Almosnino, Jean-Max Méry, Gérald Dahan, Lucas Rocher, Axel Dachet et Damien Tartamella, lors du premier jour de l'enregistrement du disque.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorGérald Dahan a tout financé ? 

Oui. Il a financé le spectacle, la web-série et le disque. En tout,  il a investi pour 70 000 euros. Nous sommes très excités par toutes les perspectives de clips, de tournages… on va aussi faire la première partie des Wriggles deux soirs de suite au Café de la Danse au mois de décembre prochain. C’est pile la cible.

Tu commences à y croire ?

Oui, mais après, je ne me fais jamais d’illusion sur rien. Je reste détaché pour ne pas être déçu. 

Comment se passe la relation avec lui ?

Ça n’a pas toujours été facile. Il sait ce qu’il veut et parfois, ça m’a heurté  parce que je n’étais pas d’accord avec ses propositions. Il a fallu que l’on s’apprivoise. On a un bon rapport parce que l’on se respecte. On arrive à se dire les choses.

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Pendant l'interview...

Igérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandornterview de Gérald Dahan :

Tu as découvert Lucas de quelle manière ?

C’est vraiment un hasard. Lors d’un plateau d’artistes que j’avais monté, l’un d’eux nous a fait faux bond. Alors que le spectacle était déjà commencé, l’humoriste Olivier Perrin m’a proposé d’appeler Lucas et ses musiciens. Je ne les avais jamais auditionnés, donc c’était un risque pour moi. J’ai fait confiance à Olivier. Ils ont déboulé avec leur guitare, leur violon et leur harmonica. Ils ont fait un carton. J’ai trouvé ça très bien. Je leur ai proposé de revenir le lendemain, ils ont accepté. Ils ont refait un carton.

Tu as fini par leur demander de voir leur spectacle entier en audition.

Là, j’ai vu un spectacle étonnant. Ce ne sont pas que des musiciens, mais ce sont aussi des humoristes. Je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire que j’avais plein de conseils à leur donner. De fil en aiguille, je suis devenu leur metteur en scène. On a pris le bateau pour partir ailleurs, on a vécu enfermé ensemble du soir au matin et j’ai remis en scène ce spectacle. Entre temps, je suis devenu leur producteur. Tout s’est fait sur le bateau. C’était des moments magiques.

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Gérald Dahan et Lucas Rocher... une bonne entente.

Pourquoi as-tu décidé de devenir producteur du Lucas’ Gang et d’investir beaucoup d’argent ?

Je me suis dit que ce type-là, il ne fallait pas que je le lâche. Je suis persuadé de son talent et je suis persuadé que Lucas va devenir une star. Je le ressens comme ça. C’est un artiste qui a aussi l’étoffe d’une star. Il a un charisme rare. Il dégage quelque chose que l’on ressent assez rarement.

Je le répète, tu as investi beaucoup sur lui.

L’argent investi n’est pas important par rapport au fait de redonner de la confiance à quelqu’un qui doute. Etre artiste, c’est surtout douter de tout et en priorité de soi. Un bon producteur, c’est quelqu’un qui doit rassurer l’artiste et qui doit le convaincre qu’il a bien l’étoffe de star qu’il pense avoir. Ce n’est pas parce qu’il y en a plein d’autres que lui ne va pas sortir du lot.

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Lucas Rocher et Gérald Dahan.

Etre producteur, c’est aussi beaucoup de temps passé avec l’artiste en question, ne rien lui laisser passer…

Comme je suis aussi artiste, je décortique les moindres détails de son spectacle. J’ai un regard extérieur.

Lucas m’a expliqué il n’a pas toujours tout bien pris.

Bien sûr. C’est hyper dur d’être objectif sur son travail et d’être mis en scène par quelqu’un d’autre. Lorsque cela arrive et que ça donne du résultat, c’est que l’on fait une totale confiance à l’autre. C’est un peu comme dans une relation de couple. La confiance, c’est une histoire à long terme. Tout n’est pas acquis et je ne dis pas que je ne me suis jamais trompé.

Rappelons que Gérald Dahan est aussi et avant tout un formidable humoriste/imitateur/maître des canulars.

Lucas n’est-il pas un jeune chien fou qui fait trop de choses ?

Je ne trouve pas. Il faut faire ce à quoi on aspire. Dans une vie, on ne fait pas tout le temps la même chose. Chaque chose est enrichissante. Il y a une synergie dans tout ce que l’on entreprend.

C’est jubilatoire de découvrir des artistes comme Lucas ?

Quand on est producteur artiste, ce qui est satisfaisant, c’est de pouvoir dire :  « tant mieux si je transmets des choses. » J’ai pas mal d’années d’expériences, il y a donc des écueils que j’ai envie de faire éviter. J’aime l’idée de transmettre une expérience.

Je sais que souvent, dans ton bateau théâtre, c’est toi qui fais la lumière des artistes qui se produisent. C’est si symbolique.

Tous les moyens sont bons pour mettre en lumière des artistes talentueux…

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Pendant l'interview (bis), le 7 juin 2018.

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