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20 mai 2018

Benjamin Conte : interview pour son premier album La bougeotte

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(Photo : Badrou Bedji)

benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandorBenjamin Conte est un  nouveau venu dans le monde de la chanson. Il sort un premier album que je qualifierais de très intéressant, de "il y a un sacré potentiel chez cet artiste", La bougeotte (à écouter en intégralité ici. A mon sens, "Mademoiselle Covoiturage" est un tube en puissance). Malgré une voix pas encore tout à fait assurée et assumée, j’ai eu  un coup de cœur immédiat. Il possède un sens de la mélodie impressionnant et sait écrire des textes très efficaces. J’ai souhaité rencontrer Benjamin Conte pour comprendre qui se cachait derrière cet album. Ainsi fut fait le 14 avril dernier dans les locaux de l'agence.

Mini bio :benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandor

Benjamin Conte est originaire de Montpellier et tombe amoureux de la chanson française à la suite de plusieurs concerts auxquels il assiste à Magny-le-Hongre, près de Disneyland Paris où il travaille. Il y incarne les personnages de la parade à l'âge de 20 ans, puis multiplie les expériences professionnelles desquelles naîtront ses premières chansons. C'est en Norvège, son pays adoptif, qu'il commence à écrire alors qu’il est guide touristique. En 2016 et 2017, il travaille sur son premier album La Bougeotte, et se produit entre autres en première partie de Philippe Katerine, Pauline Croze et Ben Mazué. Ce premier opus de 9 titres est disponible depuis le 11 décembre dernier.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandorInterview :

Tu es né à Montpellier, mais tu as eu la bougeotte (le titre de l’album) très vite.

J’ai vécu  20 ans à la Paillade, un quartier très difficile. J’ai 5 frères et sœurs et autant te dire que nous ne vivions pas dans l’opulence, même si nos parents faisaient tout pour nous faire plaisir. C’est la première cause de ma bougeotte. Dès ma majorité, j’ai voulu vivre des aventures à l’extérieur.

Très vite, tu as travaillé à Disneyland à Marne-la-Vallée.

Pendant deux ans, j’ai fait les personnages de la parade. J’étais dans les personnages grands et costauds comme Baloo, Jafar et Dingo. Mais mon personnage préféré était Sulli de Monstres et Cie parce que le costume était extrêmement volumineux, à l’intérieur, tu avais beaucoup d’espace.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Artistiquement, cette expérience t’a apporté quelque chose ?

Il y a de tout à Disneyland. Des chanteurs, des danseurs, des rappeurs, des slameurs … j’ai rencontré beaucoup de vrais artistes. Certes, ce boulot n’avait rien à voir avec le chanteur que je voulais devenir… il fallait donc que je le quitte un jour.

C’est dans une salle à proximité de Disneyland, à Magny-le-Hongre, le File 7, que tu as vu tes premiers concerts de chanson française.

Cette salle était à 8 minutes à pied de chez moi. C’est là que j’ai découvert Cali. Ça a été un vrai choc. J’ai vu aussi Miossec, le groupe Dolly, Dominique A. J’ai pris conscience que la chanson française était un univers auquel je pourrais éventuellement avoir accès.

En 2007, tu es parti en Norvège.

Je me suis installé là-bas comme guide touristique. Je le suis toujours. Je passe la moitié du temps en France et l’autre en Norvège.

Clip officiel de "Je disparais".

Le clip de « Je disparais » a été tourné là-bas.

Je ne pouvais pas le tourner ailleurs. J’ai eu la confiance d’une équipe qui a travaillé avec Florent Pagny, Jenifer, Julien Doré et plusieurs autres artistes de variété pour beaucoup moins cher qu’habituellement car je connais tous les endroits et les gens qui pouvaient nous aider étaient nombreux là-bas.

En 2013, suite à une rupture sentimentale, tu prends la décision de chanter en français, donc tu quittes la Norvège pour revenir en France.

Je me suis retrouvé a chanter dans des endroits tout petits, des pubs, des bars, des restaurants…Parallèlement c'est cette année-là que j'ai trouvé un réel équilibre sur le plan professionnel en travaillant pour le tour opérateur Terra Nova. Par leur confiance et leur rémunération, sans rien faire, ils ont agi comme mon premier label.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Aujourd’hui, tu  chantes dans des salles plus importantes.

Je suis déjà fier du travail accompli. Tant qu’il y a une progression dans ce que tu fais, quel que soit le domaine, que tu ne stagnes pas, tu te dis que ça ne fait qu’avancer.

Tu as fait 3 fois, la première partie de Philippe Katerine.

Je crois savoir que j’étais le seul artiste autoproduit à faire des dates sur sa tournée. En plus, la première a eu lieu dans mon quartier de la Paillade. C’était sacrément symbolique. De tous les artistes que j’ai rencontré jusqu’à présent, c’est Philippe Katerine qui m’a fait la plus forte impression. Il y a toujours une distance qui s’installe entre tête d’affiche et première partie, ce qui est normal. Elle a, elle aussi, beaucoup de pressions. C’est la tête d’affiche qui remplit la salle. Philippe Katerine a pris le temps de poser des questions, de savoir qui j’étais, de sourire. Il a tiré le rideau de scène avec moi tout en espionnant le public. Il m’a pris dans ses bras avant que je me produise.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Je suis étonné par la qualité de production de ton premier disque.

J’ai commencé la musique à 30 ans, là j’en ai 34. Je suis arrivé en studio en sachant ce que je voulais et en étant bien préparé. Combien de fois j’ai « pourri » le technicien ? On a fini tous les deux exténués, mais on a produit un album tel que je le voulais. Ma grande force dans ce métier, c’est mon objectivité par rapport à ce que je fais. Il a fallu presque deux ans de travail pour que j’arrive à comprendre que cet album est de niveau acceptable et que son univers se tient.

J’ai l’impression que tu as pris la décision de devenir chanteur du jour au lendemain. Mais, on ne devient pas artiste comme ça, juste en décidant de le devenir…

J’ai « bouffé » énormément de chansons françaises, particulièrement dans les 6 années avant 2013. J’ai écouté en boucle toute la discographie de chanteurs comme Alain Souchon ou Dominique A. Après, à la guitare, j’ai tenté de reproduire, puis d’inventer. D’ailleurs, je trouve qu’on invente rien en musique, je sais juste que je suis capable de trouver des mélodies et de m’appliquer à écrire des textes.

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Tout ça, sans avoir appris la musique.

Je me dis que le type qui a passé 20 ans au conservatoire qui voit arriver un type comme moi surgit de nulle part, il peut ne pas comprendre. On reproche aux musiciens qui ont appris officiellement les bases d’être trop techniques. Moi, je les envie d’avoir cette rigueur technique.

Si je comprends bien, tu as appris en écoutant les autres ?

Oui. Ça permet de se formater, d’apprendre à structurer une chanson.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Toi, tu as de l’inspiration facilement ?

Oui, c’est vraiment spontané. Une chanson, c’est une idée, une fulgurance. Il faut la travailler tout de suite. C’est ainsi que je procède.

De toute manière, il n’y a pas de règle en musique.

Tu as raison, c’est comme en amour. Un jour, Florent Marchet m’a demandé : « ne pensez-vous pas qu’il faille tout abandonner pour arriver à vos fins dans la musique ? » Je pense exactement tout l’inverse. J’ai beaucoup d’admiration pour cet artiste, alors ça m’a quand même bien fait réfléchir. Je me suis demandé s’il avait raison ou tort et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas de règles. Chacun son parcours.  

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Te sens-tu légitimes dans ce métier? benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandor

Ce qui est légitime, c’est de faire ce métier-là. Tu en découds avec toi-même.

Je vais t’expliquer pourquoi tu vas réussir. Tu as eu une enfance un peu violente, tu es guide touristique en Norvège, c’est très physique comme métier... bref, il faut du mental. Je trouve que tu abordes ce métier de chanteur comme un sportif de haut niveau.

C’est marrant que tu me dises cela parce que quand j’entends des interviews de sportifs de haut niveau, je me dis souvent que je pourrais avoir le même discours. Je fais le même parallèle que toi car cela demande beaucoup de discipline.

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Après l'interview le 14 avril 2018.

19 mai 2018

Thomas Chaline : interview pour Alain Souchon, la vie en vrai et Indochine, la véritable histoire

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Thomas Chaline fait partie d’une nouvelle génération de biographe. Il est jeune et écrit aussi bien sur des nouveaux artistes comme Tal et Zaz (je l’avais d’ailleurs mandorisé pour cette biographie) que sur des « monstres » de la chanson française comme Souchon et Indochine (les deux chez City Editions). C’est d’ailleurs ces deux derniers qui nous intéressent aujourd’hui. Pour en parler, j’ai reçu l’auteur le 12 avril dernier chez moi.

Les livres :

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, la vie en vrai :

Éternel adolescent, rebelle tranquille et nostalgique… Alain Souchon promène sa silhouette dégingandée sur les scènes françaises depuis plus de quarante ans, enchantant des générations de fans avec des tubes inoubliables, de J’ai dix ans à La ballade de Jim ou Allo maman bobo. Qui aurait deviné que cet homme fragile, doutant toujours de son talent, ferait une carrière aussi exceptionnelle ? Obscur chanteur de la Rive gauche parisienne, Alain Souchon lui-même ne croyait pas en sa bonne étoile. Il aura fallu dix ans de galère et la rencontre décisive avec son alter ego Laurent Voulzy pour que tout change. L’auteur de cette biographie est parti sur les traces d’un artiste unique. Un homme secret qui, dans ses chansons, raconte nos vies pour mieux dissimuler la sienne. Un homme authentique, simple et sensible. Vrai.

Alain Souchon intime : la biographie d’un artiste authentique.

Indochine, la véritable histoire : thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Bientôt quarante ans... Indochine est le seul groupe de rock français à avoir su traverser les époques et les modes en touchant de nouvelles générations de fans. Des débuts confidentiels au Rose Bonbon jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France, Indochine a tout vécu. Adulé dans les années 80, détesté dans les années 90, avant de renaître triomphalement dans les années 2000, Indochine a un parcours incroyable, unique. Grâce à un homme: Nicola Sirkis, dont l’envie et l’énergie n’ont jamais faibli, malgré les difficultés, les doutes, les trahisons et les tragédies. C’est cette exceptionnelle saga musicale que l’auteur nous fait vivre, notamment à travers des entretiens inédits. L’histoire d’un groupe entré dans la légende et qui n’a pas fini de faire parler de lui…

De L’Aventurier à 13: dans l’intimité du groupe culte.

Interview :

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Première partie : Alain Souchon.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, tu l’aimais bien à la base ?

J’adorais quand j’étais ado, entre 15 et 18 ans. Après il s’est absenté pas mal d’années, de 1999 avec l’album Au ras des pâquerettes à 2005 et La vie Théodore, donc je suis passé à d’autres artistes entre temps.

Avant d’enquêter sur lui, j’imagine que tu te disais qu’il était un personnage intéressant…

Pour sortir des textes comme les siens, forcément, il faut avoir du fond derrière et une histoire. Il y a une grande sensibilité chez Souchon. Quand on regarde son parcours, on se dit qu’il revient de loin. Son enfance n’a pas été facile.

Tu racontes l’accident de voiture dont il a été victime. Il a perdu son père et sa mère et son frère ont été grièvement blessés… c’est atroce.

On est en 1959. L’ambulance part avec sa famille et lui il rentre en stop. C’est vraiment du Zola. Aujourd’hui, au moindre accident, il y a une cellule psychologique et c’est tant mieux. Lui, à l’époque, à 13 ans, on le laisse seul. Il a été évidemment marqué par cet évènement.

Tu expliques dans le livre qu’il lui a fallu bien du temps pour être sûr de son talent. Il était dans le doute permanent.

C’est un anxieux de nature. Michel Cœuriot, son réalisateur et arrangeur, m’a confié qu’en studio, Souchon n’est jamais confiant, mais qu’il assure en une prise de voix ce qu’il a à faire. Il connait de jeunes artistes imbus d’eux-mêmes et trop sûrs d’eux avec lesquels c’est la croix et la bannière pour travailler.

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En 1985 à Nostalgie Montpellier.

Alain Souchon a toujours cru que le succès n’allait pas durer.

Comme il avait mal démarré dans la vie, il se disait qu’il n’aurait jamais de chance. Pendant très longtemps, il a considéré qu’il était à la mode à un  moment donné, mais que ça allait s’arrêter.

Et aujourd’hui, il pense quoi de sa carrière ?

Il est toujours aussi humble. Il prend tout ça avec beaucoup d’humilité. Il a en tête ses maîtres comme Brassens ou Ferré. Pour lui, il n’a jamais atteint ce niveau-là. Je ne sais pas s’il a conscience de l’importance qu’il a dans la chanson aujourd’hui.

En écrivant cette biographie, tu as appris des choses que tu ne savais pas ?

Je soupçonnais ce côté très anxieux qu’il a sous son éternel allure d’enfant perdu sous sa bulle, mais pas à ce point. J’ai aussi compris que pour exorciser ou oublier un peu les drames qu’il a vécus, il s’est réfugié dans la poésie, la littérature et la création. Ça l’a sauvé. 

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Parle-moi de l’amitié Souchon-Voulzy.

Ils sont copains, mais sans plus. Ils ont toujours eu besoin l’un de l’autre professionnellement, mais c’est tout. Voulzy a quand même déclaré après leur tournée commune il y a deux ans que ça ne les avait pas rapprochés. Ils se sont rendu compte de leurs différences. Ils n’avaient pas la même vision artistique. Voulzy voulait faire les Zénith, Souchon les théâtres. Souchon voulait une formation réduite, Voulzy voulait sortir la grosse artillerie. Finalement, contrairement à ce que prétend la légende, ils ne se voyaient pas beaucoup sauf pendant les périodes de travail. Ils partaient en Bretagne ou sur la côte d’azur trois semaines et ils bossaient. Ils savent ce qu’ils se doivent l’un et l’autre, ils ont ce lien très fort, au-delà de ça, ce ne sont pas les prétendus meilleurs amis du monde. 

Quand tu écris un livre sur Souchon, tu écoutes du Souchon ?

Tout à fait. J’ai besoin d’être dans son univers. Quand on connait sa vie, ça lève le voile sur beaucoup de textes. Il sait traduire la faiblesse et la sensibilité des hommes comme personne.

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Charles (Ours), Alain et Pierre Souchon.

J’ai l’impression qu’actuellement, il met en avant ses enfants, comme s’il voulait passer le relais.

Il a 74 ans cette année, ses enfants ont la quarantaine. Il a toujours dit qu’il ne voulait pas que le public le vire, mais qu’il préférait partir de lui-même. Alors, c’est vrai qu’en ce moment, avec notamment le troisième volet du Soldat Rose signé Alain, Charles (Ours) et Pierre Souchon, il les porte plus qu’à l’accoutumée. Ces enfants ont beaucoup de talents, c’est indéniable, et je trouve que c’est bien qu’il agisse ainsi. Je crois qu’il passe le relais tranquillement. 

C’est un mec bien Alain Souchon ?

J’en suis convaincu. Il a comme nous tous ses défauts, il ne faut pas non plus l’idéaliser. Même si il a un petit ego, il vit très tranquillement et normalement.

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En juillet 2005, à l'hôtel Régina (Paris)

Comment expliques-tu son succès ?

Les blessures amoureuses, les amours platoniques, les regrets, le mal être… ce sont des choses que tout le monde vit. Il a le courage de mettre tous ces thèmes en chansons. De plus, ses mots sont bien portés par la musique de Voulzy et la réalisation de Michel Cœuriot. Sa popularité vient aussi du fait qu’il parait très léger. Il arrive sur un plateau comme s’il arrivait dans sa cuisine. On dirait que rien ne l’effraie alors que c’est tout l’inverse.

Il est peut-être plus zen aujourd’hui ?

Oui, je l’espère.

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En mars 2010, chez EMI.

Il aime son côté Pierrot lunaire ?

Non. Il ne s’aime pas tellement et regrette sa nature. Il est souvent dans la lune avec les choses du quotidien. Beaucoup de choses lui échappent. Il est dans une bulle.

Ton livre se vend bien, tu es surpris ?

Souchon est populaire. Personne ne le déteste. Au maximum, on s’en fout. Les gens ont voulu aller au-delà du chanteur pour essayer de comprendre qui il est, connaitre sa vie et les dessous de ses albums.

Il n’a pas interdit la sortie de ce livre ?

Il est au courant, mais je crois qu’il s’en fout un peu. A son âge, il a d’autres préoccupations.

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2eme partie : Indochine

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorPourquoi un livre sur ce groupe ?

Je suis un grand fan. Tout à l’heure je te disais que j’étais très amateur de Souchon entre 15 et 18 ans, c’est Indochine qui a pris le relais. J’ai découvert ce groupe avec « J’ai demandé à la lune ». Après l’écoute de ce titre, je me suis intéressé à ce qu’ils avaient fait avant et j’ai adhéré à l’œuvre dans son ensemble. Je suis moins amateur de la fin des années 80, mais j’adore la période suivante. Il y a deux albums dont j’étais fou, c’est en 1993, Un jour dans notre vie et en 1996, Wax.

Là, pour le coup, il y a eu beaucoup de livres sur Indochine. Qu’apportes-tu de nouveau ?

Chaque auteur à sa patte et sa façon d’aborder le sujet.

Mais l’histoire reste la même. Un fan qui va acheter trois biographies d’Indochine, je pense qu’il a fait le tour de la question, non ?

Je mets en avant une période et des chansons qui m’ont plus touché, parfois même des chansons cachées. Le public ne les connait pas forcément. Je préfère les mettre plus en avant que « L’aventurier », « Canary Bay » ou « Trois nuits par semaine ».

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Avec Dimitri Bodianski (saxophone, synthétiseur, 1981-1989) et Nicola Sirkis en 1985 à Montpellier.

Les fans de Nicola Sirkis n’aiment pas qu’on touche à lui et à son œuvre. thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Indochine, c’est aujourd’hui une machine très protégée, très ficelée. Et bien, curieusement, les avis sur mon livre sur les réseaux sociaux et sur Amazon sont très positifs. J’ai même eu deux avis d’ultra fans qui étaient très sceptiques sur ma démarche, qui ont reconnu que mon travail était d’une bonne qualité. Je ne me suis pas fait allumer.

Tu as réussi à obtenir beaucoup de témoignages ?

Quelques-uns dont un très important pour moi, Alexandre Azaria, le co-compositeur et co-réalisateur de Wax dont Nicola Sirkis dit que c’est l’album qui marque la première pierre du nouvel Indochine. On y entend les prémices de ce que va devenir Indochine. Il y avait des rumeurs pas très reluisantes à son sujet qu’il a pu démentir. On le disait fâché avec son binôme Jean-Pierre Pilot alors que pas du tout. Au contraire, à 25 ans, il ne sentait pas de réaliser seul un disque d’un groupe qui avait autant d’années d’existence. Il se disait aussi que ça s’était mal passé avec Nicola Sirkis, qu’il s’était quitté fâché, alors que pas du tout. C’est bien de rétablir quelques vérités.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorComment expliques-tu la longévité de la carrière d’Indochine ?

Nicola Sirkis a le don de bien savoir s’entourer. Il a un côté intuitif qui lui réussit bien. Indochine, c’est le rôle de sa vie, sa flamme. Artistiquement, depuis 15 ans, il y a OLi dE SaT qui est guitariste compositeur et réalisateur des albums. C’est lui qui a donné le nouveau son d’Indochine. Le succès qui perdure vient aussi des paroles qui sont hyper simples, faciles à retenir, avec pas mal de métaphores dedans, mais d’une redoutable efficacité. Nicola Sirkis a créé sa patte et son univers et il n’a jamais dévié de trajectoire... tout en évoluant.

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Pendant l'interview...

Nicola Sirkis me parait proche de ses fans.

Il l’est. Il s’est toujours senti redevable du public. Indochine et son public, c’est une histoire commune. Un jour, il a reçu une Victoire de la Musique et il l’a remis à un fan qui était assis devant lui. Il sait que c’est le public qui décide. Il se souvient que dans les années 90 les albums ne se vendaient pas, mais que les concerts étaient pleins à craquer. Les fans ont toujours fait en sorte que Nicola Sirkis ne lâche jamais.

Contrairement à Alain Souchon, Nicola Sirkis fait attention à son image. Il n’aurait pas le syndrome de Peter Pan ?

C’est ce que l’on dit toujours. Après, il y a les gènes qui font qu’il ne s’en sort pas trop mal (rires). Passé la vingtaine, il a eu une sérieuse hygiène de vie. Je ne suis pas certain qu’il ait beaucoup touché aux drogues et à l’alcool. Il y a deux ans, pour le retour de Renaud, il avait déclaré dans une émission de Drucker : « prendre soin de soi, c’est respecter son public ». Ce n’était pas forcément une pique contre Renaud, mais il voulait expliquer que le public attend l’artiste qu’il aime, qu’il soutient, il ne peut pas le décevoir.

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Le 12 avril 2018 après l'interview.

15 mai 2018

Arnaud Dudek : interview pour Tant bien que mal.

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arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorEvidemment, quand on lit le nouveau roman d’Arnaud Dudek (photo à gauche: Molly Benn), une des fines plumes françaises actuelles, on se demande s’il raconte son histoire. Evidemment, quand je me suis trouvé devant lui pour cette mandorisation, j’avais envie de lui demander si le petit garçon de sept ans abusé par un adulte dans une voiture, c’était lui.

Je ne suis pas toujours délicat, certes, mais je me suis abstenu. Dudek, lui, en a eu à revendre de la délicatesse pour raconter cette histoire. Le récit est toujours sur le fil. On craint la dégringolade. Non, l’équilibre est parfait. Jamais un mot de trop, pas de pathos. Ceux qui connaissent son œuvre savent que la résilience fait partie des thèmes de l’auteur, ce livre là est le puis puissant sur la question.

Une nouvelle rencontre s’imposait, car ce livre est important. Très court, mais si intense.

J’ai déjà mandorisé Arnaud Dudek en 2013 pour son deuxième livre Les Fuyants et en 2015 pour son troisième, Une plage au pôle Nord. Pour joindre l’utile à l’agréable, le 13 avril dernier, nous avons déjeuné dans un restaurant (délicieux) de Montparnasse et je lui ai posé quelques questions sur ce roman qui ne laissera personne indifférent.

A propos du livre :

Un petit garçon rentre de l’école. Un homme portant une boucle d’oreille lui demande s’il peut l’aider à retrouver son chat. Il conduit une Ford Mondeo. La forêt est toute proche.

Le petit garçon de sept ans est mort en partie ce soir-là et n’en dira rien à personne.

Délicatement, Arnaud Dudek monte sur le ring. Il raconte comment vit et grandit un enfant violé. Comment il devient adulte, père. Et ce qu’il fait lorsque, vingt-trois ans après les faits, il reconnaît l’homme à sa voix.

A propos de l’auteur : arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandor(Photo à droite : France 2)

Arnaud Dudek vit et travaille à Paris. Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (tous publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand. Les vérités provisoires (2017) est son quatrième roman. Tant bien que mal (2018), son dernier ouvrage est un texte épuré, un concentré brut des thèmes qui lui sont chers : l’enfance, l’identité, la fuite.

Il est par ailleurs co-organisateur des rencontres littéraires AlternaLivres, dont la dernière édition s’est tenue en octobre 2015 à Messey-sur- Grosne en Saône-et- Loire (et que j’ai animée).

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(Photo : Mandor)

arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorInterview :

Ce livre-là n’était pas franchement attendu. Je crois que tu étais sur un projet de livre politique.

Oui, depuis près d’un an. Un livre plus politisé et beaucoup plus long que les précédents. Il est presque terminé, mais il m’a demandé un travail différent. J’ai dû mener une enquête, beaucoup me documenter, faire quelques interviews pour maitriser au mieux mon sujet. J’interroge sur le sens de la politique, j’ai donc rencontré des élus de différents partis, de différents niveaux, pour affiner ce roman autour d’un jeune homme politique trentenaire qui découvre ce milieu. Ce projet, ne me satisfait pas encore, alors je l’ai laissé de côté pour le moment. J’ai écrit Tant bien que mal en décembre 2017. Ça fait un moment, que je tourne autour de l’histoire de ce petit garçon, mais je trouvais le sujet très lourd, donc je repoussais son écriture.

Comment est né ce projet de livre ?

Quand ma compagne est tombée enceinte. Quasiment, au même moment, il y a eu ce fait divers atroce d’une petite fille enlevée, torturée et qui a réussi à s’échapper de son tortionnaire. En tant que futur papa, j’ai peut-être aussi voulu conjurer le mauvais sort…

Tu t’es dit que si tu écrivais sur ce thème, ça ne pourra pas arriver à ton enfant ?

C’est ça. C’est un peu ridicule. C’est avec un recul de six mois que je me le suis avoué.

Y-a-t-il aussi des choses un peu plus personnelles qui t’ont incité à réfléchir sur ce thème ?

Oui, mais pas directement. En tout cas, ça m’intéressait de tenter de répondre à ces questions : Qu’est-ce qu’un enfant fait après ? Comment il vit ? 

Les réactions de l’enfant, le déni… c’est comme ça que réagit un enfant qui se fait violer ?

Je n’en ai aucune idée et je n’ai pas cherché à intellectualiser ses réactions. Ma sensibilité, mon côté éponge ont dû les inspirer. Je me suis peut-être juste demandé ce que j’aurais fait si ça m’était arrivé, comment je l’aurais vécu et comment j’aurais réagi. Tel que j’étais enfant, je pense que je n’aurais rien dit.

Les parents ont quand même bien fermés les yeux devant le changement comportemental du jeune garçon. Ils sont passés outre sans creuser.

Peut-on se rendre compte de certaines choses ? Quels signaux peut-on voir et ne pas voir ? On peut très bien passer à côté du mal être de son enfant.

La scène de viol n’existe pas. Tout est suggéré.

Il était hors de question que je décrive cette scène. L’idée était d’en faire un cheminement universel. On a nos blessures d’enfance, plus ou moins profondes, plus ou moins guéries… L’enfant aurait pu être victime de violences ou de harcèlement scolaire, ce que, sans doute, beaucoup d’entre nous ont vécu sans mettre de mots derrière. Ce traumatisme à sept ans aurait pu être aussi familial. Comment on réagit ? Comment et pourquoi on tait les choses et comment on revient à la vie ? C’est l’éternel thème de la résilience.

Tu as lu des livres sur la question ?

Je n’ai pas voulu. Je ne voulais pas tomber dans la théorie, je préférais que l’on soit dans l’affect. J’ai écrit à l’instinct, ce qui ne me ressemble pas forcément, mais c’était nécessaire pour ce thème.

Tu savais où tu allais en commençant à écrire ?

J’avais en tête le premier chapitre, je savais comment je voulais démarrer. Aller dans le polar, c’était hors de question, ça ne pouvait être que du fond. Une fois que c’était clair, j’ai mis trois jours à écrire le livre.

Tu l’as écrit en 3 jours ?

Oui, alors que d’habitude, pour mes autres livres, il y a au moins six mois de rédaction. Bon, il n’y a que 90 pages dans celui-ci…

Quelle a été la plus grosse décision à prendre avant de commencer le livre ?

Est-ce que j’écris à la première personne du singulier ou pas ? J’ai choisi de dire « je ».

En employant le « je », ça fait sacrément questionner le lecteur… « C’est lui ou pas ? » 

Dans un premier temps, je n’ai pas forcément anticipé. Ce qui est clair, c’est que, pour donner du poids au personnage, pour qu’il tienne bien debout, il fallait que je mette de moi. Pas frontalement, mais dans mon parcours d’adolescent et dans mon parcours de vie.

Tu n’as pas eu peur que ta famille, tes amis, tes proches se demandent si tu as vraiment vécu cela ?

J’y ai pensé, mais pas forcément immédiatement. Je me suis dit que s’il fallait des « warnings » pour les vrais proches, il y aura. Après lecture, il y a eu la pudeur de certains. Quant à mes parents, on n’en a pas parlé. Je les ai prévenus. Ils savent ce qui est vrai dans le texte, car ils me connaissent suffisamment bien. Ce que je n’avais pas mesuré, c’est le degré supérieur comme les amis de mes parents ou des gens que je connais un peu…

Il fallait que tu sortes ce que tu avais en toi une bonne fois ?

Le fait que ce sujet soit aussi important pour moi maintenant vient peut-être de quelque chose de profond que je n’ai pas encore décelé.

Le titre du livre est bien choisi. L’enfant avance « tant bien que mal », mais il avance. Il n’a pas laissé son drame submerger sa vie.

Malgré ses tocs, son incapacité à prendre des décisions, il a su se construire une vie sociale. Il a des amis, il s’est épanouit dans une première vie de prof, puis d’écrivain. Il a soigné ses maux par des mots, c’est un grand classique.

J’étais habitué à des pointes d’humour dans tes livres précédents…

Là, ce n’était pas possible. Pour laisser respirer les gens, il y a des pages blanches (sourire). Mais, si tu regardes bien, mes romans précédents ne sont pas très gais non plus. Dans Rester sage, je parle d’une mère qui emmène son fils en vacances dans la cave. Dans Les fuyants, il est question d’un père qui se suicide sans donner d’explications à son fils. Dans le troisième, c’est une veuve dont le mari s’est suicidé en allant cambrioler un casino… Ça n’a jamais été très léger, mais, effectivement, jusqu’à présent, j’avais ajouté une pincée d’humour.

Se cache-t-on derrière l’humour ?

Sans doute. C’est de la mise en distance facile, mais je pense que je continuerai dans cette voie-là dans mes prochains projets. Sur un sujet comme celui de Tant bien que mal, exceptionnellement, je ne voulais rien maquiller.

Tu as peur des  réactions des gens qui ont vécu ce qu’a vécu A. (c’est ainsi qu’est nommé l’enfant) ?

Je commence à avoir des réactions. Il y en a qui me remercient d’avoir su trouver les mots.

Ta promo sera compliquée, car il va falloir que tu te justifies tout le temps. A. est-il Arnaud ?

Je sais bien, mais j’espère que le côté littéraire de l’exercice ne sera pas mis de côté.

Est-ce que l’Arnaud Dudek que j’ai rencontré en 2013 est le même que celui d’aujourd’hui.

Sans doute pas. Il y a l’expérience engrangée, la vie qui passe avec ses joies et ses épreuves. Le fait d’être papa, le fait aussi d’être publié régulièrement. Même si je ne suis pas Marc Lévy, j’ai mon petit lectorat (enfin j’espère).

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Après l'interview, le 13 avril 2018.

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14 mai 2018

Lembe Lokk : interview pour l'EP Comment te traduire

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Qui n’a pas rencontré la chanteuse estonienne Lembe Lokk ne peut pas comprendre ce personnage aux 1000 vies. Il a été d’ailleurs extrêmement compliqué pour moi de résumer son parcours au maximum afin qu'on le comprenne.

« Elle interprète des chansons libres, dans un français qui se questionne et qui s’exulte. On y retrouve des textes sur l’exil et l’amour, sur l’autre qu’on essaie de comprendre. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme » est-il indiqué dans une biographie.

Le 24 mars dernier, nous nous sommes retrouvés une heure en terrasse d’un café des Grands Boulevards.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorBiographie officielle :

D’origine estonienne, Lembe Lokk est une chanteuse et comédienne versatile, poétesse publiée et performeuse dans l’espace publique. Un éclectisme assumé qui donne toutes ses couleurs à ses chansons, à sa voix, aux histoires qu’elle raconte.

L’univers de cette chanteuse et musicienne est à la fois très charnel et poétique. Sa voix navigue avec sincérité entre le simple parler-chanter, une étendue lyrique et la force d’une rockeuse. Elle évoque tour à tour la sensibilité d’une Barbara, l’étrangeté d’une Laurie Anderson ou encore de Diamanda Calas ou bien la force et le magnétisme d’une Annie Lennox. Sa présence est simple et profonde, elle laisse volontiers voir sa fragilité d’humain et partage avec générosité sa poésie. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme.

Le disque (argumentaire officiel):lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Comment te traduire est un EP de 6 titres en français, écrit et composé par Lembe Lokk. Un enregistrement studio live avec le violoncelliste Karsten Hochapfel, volontairement épuré et acoustique pour rendre hommage à une belle série de concerts (semi)acoustiques que l’artiste a effectuée depuis un an et pour donner un aperçu de son univers. Des « chansons en liberté » selon les uns, des textes qui ouvrent de nouvelles portes sur la langue française, selon d'autres.

Habituellement, l’écriture de Lembe Lokk se fait tour à tour dans trois langues : le français, l’estonien, l’anglais. Dans son EP, elle a pourtant choisi de se concentrer sur la langue française pour mieux creuser sa poésie et les questions qu’elle fait surgir. Ainsi dans ces chansons, elle questionne sa place entre lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorses origines estoniennes et sa culture d’adoption, la compréhension (im)possible entre deux êtres, l’absence, la distance, la présence à soi-même. Elle joue également de la langue française comme d’un instrument, avec l’acuité et le décalage d’une étrangère qui en fait une musique autant qu’un récit.

Sur ce disque, il s’agit bien de la chanson, mais nous sommes loin des structures habituelles et des formules. D’une balade transe à une chanson fleuve chantée-parlée avec maîtrise et sensualité on passe par des envolées vocales et mélodies inattendues. Un timbre de voix personnel et agréable, des arrangements simples qui font ressortir toute la beauté des chansons. Un dialogue entre deux musiciens extraordinairement sensibles et à l’écoute l’un de l’autre.

Musiques et paroles de Lembe Lokk
Réalisé par Malcolm Crespin
Enregistrement "live" & mixage par Ambroise Boret @ BKLEX Studio (Montreuil)
Mastering : Raphaël Jonin

Lembe Lokk : chant, guitare (sauf sur « tiens »), chœurs
Karsten Hochapfel : guitare portugaise, guitares, violoncelle, chœurs

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lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie d’artiste en France ou en Estonie ?

J’ai commencé ici. J’écrivais depuis toujours, mais c’est une part de moi que j’avais oublié pour d’obscures raisons. Après le bac, je rêvais de devenir comédienne, mais je ne suis pas allée au bout de ce rêve dans mon pays. J’ai fait toutes sortes de choses très différentes. De la céramique et du dessin, mais je n’ai pas osé faire les Beaux-Arts. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. J’ai fait aussi un peu de théâtre et j’ai chanté dans une chorale pendant 10 ans. Mais je n’avais pas l’impression d’avoir une vie artistique. J’ai fait beaucoup de choses : secrétaire de nuit du président d’Estonie pendant un an, assistante réalisatrice, journaliste pigiste. L’Estonie est un petit pays, je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

En France, tu as « bourlingué » avant de devenir artiste.

Je suis arrivée le 27 décembre 1997. En arrivant, j’ai gardé des enfants, j’ai vendu des glaces, je distribuais de flyer…

Mais pourquoi es-tu venue en France ?

Pour étudier les cultures africaines. Je t’explique sans trop rentrer dans les détails, car c’est assez compliqué. En Estonie, j’ai étudié la philologie russe, pendant ce temps-là, un grand chagrin d’amour m’a frappé. J’ai vu une petite annonce à l’université qui disait en substance : « cherche étudiant d’échange pour aller vivre au fin fond de la Russie ». Comme j’étais perdue, j’ai postulé et je suis partie. Là-bas, j’ai rencontré des africains qui m’ont donné envie de partir en Afrique. De retour en Estonie, je me suis retrouvée dans une soirée où se trouvait aussi l’attachée culturelle française. Je lui ai expliqué que j’avais comme projet d’étudier les cultures francophones africaines. Elle m’a répondu qu’elle avait justement une bourse pour cela que personne n’a demandée. Elle m’a donc proposé d’étudier ça à Paris trois mois après. C’est ainsi que je suis arrivée dans la capitale française.

Une nouvelle série en coordination entre Only French et Mandolino : Chanson Voyage.

Le ministère de la culture estonien t’a récompensé pour ton travail sur la culture à Paris. Pour quelles raisons ?

J’ai créé une école estonienne à Paris en 2008. Quand j’ai eu ma première fille, j’ai constaté que toutes les théories sur le bilinguisme s’avéraient complètement fausses. Je lui parlais en estonien, elle me répondait toujours en français. Un jour, elle m’a dit : « si tu ne veux pas que je te parle en français, j’attends que papa rentre et je lui parlerai (rires). Du coup, j’ai souhaité qu’elle voit d’autres enfants estoniens et j’ai créé cette école. Je chantais aussi avec un groupe estonien en estonien et j’ai participé à l’organisation de la saison culturelle estonienne de l’Institut Français en 2011. On a donc jugé que je devais être récompensé pour tout ça.

Et un jour tu décides de devenir chanteuse…

Un mercredi soir, à 20h, j’ai décidé de devenir chanteuse. Je me souviens de ce moment précisément. Je m’étais tellement cachée ce désir que mon corps s’est battu contre sa réalisation. Quand j’ai pris la décision de devenir chanteuse, mes poumons se sont remplis de ganglions et mon corps à gonflé. J’ai été hospitalisé et j’ai été sous cortisone pendant des années. Pour la médecine française, j’aurais dû rester comme ça. J’avais 25 ans, je marchais comme une mémé… Aujourd’hui je suis complètement guérie. 

Making of de l'EP Comment te traduire.

Parlons de cet EP. Les chansons du disque te sont arrivées rapidement ?

Il a fallu que je m’instaure une discipline. Je me suis trouvée un endroit pour travailler au calme. J’ai fait comme si j’allais au bureau tous les matins. Je me mettais devant mon clavier et à ma guitare et j’écrivais ou composais mes chansons.

Les chansons « Comment te traduire » et « T’inquiète pas » viennent de textes que tu as présentés à un festival de poésie, c’est ça ?

Oui. Mais je trouvais que ces textes méritaient de devenir des chansons. J’ai fait en sorte qu’elles le deviennent un an plus tard.

Dans ce disque, tu chantes, tu parles, il y a des envolées lyriques. C’est très déstructuré… tu te rends compte que tu casses les codes de la chanson ?

Non. Ce n’est pas volontaire en tout cas. Je ferai attention pour le prochain album (rires).

Je ne dis pas ça dans un sens négatif, au contraire. C’est ce qui fait ton style et ton originalité. Tu devrais continuer comme tu as commencé.

En fait, je doute de moi. Dès que l’on me dit quelque chose sur mon travail, je ne sais pas si c’est bien ou pas.

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Le 2 mars 2018, Lembe Lokk au  TEDx de Tallina Vangla en Estonie, dans la prison de Tallinn Magasini. dans le pris

Tu es d’origine estonienne, mais tu maîtrises parfaitement notre langue.

On m’a dit que j’avais une écriture surprenante. Ce doit être parce que pour les français, la langue française est une routine. Moi, je ne connais pas cette routine, alors j’écris autrement. Je dois la maîtriser le mieux possible, alors je fais attention à chaque mot.

Peut-on dire que c’est un disque aux textes graves ?

Tu trouves que c’est grave ? Je n’ai pas l’impression tant que ça. Pour moi, c’est poétique. Les histoires « lourdes » que je raconte, j’ai l’impression de les tourner de façon à ne pas plomber l’ambiance.

On sent une profondeur dans ta poésie…

Je n’essaie pas de cacher ma fragilité, ni mes émotions, du coup ça libère les gens dans leur fragilité. Ca les autorise à être fragile également. Les gens pleurent parfois sur mes textes. Mais c’est souvent sur mes chansons en estonien. Je crée peut-être des vibrations qui font vibrer les gens, je ne sais pas.

"Il est si tard", version audio.

Tu es auteure, compositrice, interprète, mais aussi comédienne, performeuse… peut-on dire que tu es artiste et point barre.

Je pense que c’est la solution. Je me pose la question régulièrement : est-ce bon de partir dans tous les sens ? Aujourd’hui, je laisse plus de place à la chanson, parce que je reconnais que j’aimerais que mon travail de chanteuse trouve son public. Je commence à voir ce que mes chansons provoquent sur les gens, du coup, j’ai envie qu’il y en ait encore plus qui traversent les émotions que je propose.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ?

Tu as raison. Je ne peux pas m’empêcher d’écrire des textes qui ne deviendront pas des chansons et j’ai plein d’idées de performances que je n’ai pas encore réalisées. Si je veux que « l’autre » m’entende, il faut que je me rende compréhensible, d’une manière ou d’une autre. Mais au fond, il y a une logique et une cohérence à ce que je fasse toutes ses choses.

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(Photos extraites du spectacle M.A.MA.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion).

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorOui, là par exemple, tu joues dans une pièce de théâtre. Tu as été engagée parce que tu es chanteuse.

Je joue dans une pièce de Nadège Prugnard,  M.A.M.A.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion. J’y fais aussi une sorte de performance. J’adore m’adonner à des trucs excentriques, bizarres…

(Pour en savoir plus sur toutes ses expériences, lire ici, à la rubrique : Autrement…)

Parle-moi du clip de « Comment te traduire » dont l’animation est signée Barbara Creutz et qui a été déjà sélectionné à TMFF à Glasgow (Ecosse) et Simply Shorts Film Festival à Brisbane (Australie).

C’est une artiste qui a fait le clip de mon premier groupe Rouge Madame, « Kaua », mais surtout, elle fait des vidéos pour des opéras du monde entier. Elle a aussi réalisé des films d’animation. Avec elle, on a estimé qu’il fallait créer toute une imagerie. Comme un couple, on a traversé des moments pas évidents et on a fini par sortir quelque chose qui m’a convaincu à 100%.

Clip officiel de "Comment te traduire" de Lembe Lokk par Barbara Creutz.

Il y a aussi un joli livret avec tes textes et ses dessins. Par contre il est plus grand que l’EP.

Il s’agit d’un EP, donc ce n’était pas cohérent de faire une énorme dépense de livret. Du coup, on a voulu que ce livret soit quelque chose que l’on conserve indépendamment du disque. Nous étions frustrées de ne pas pouvoir publier, Barbara ses dessins et moi mes textes. La personne qui a fait la mise en page du disque et du livre m’a proposé de faire un livret de la taille d’un 45 tours. Ça reste un format musical, mais qui n’a rien à voir avec un EP.

Tu les vends à la fin de tes concerts.

Oui et sur la boutique de mon site.

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Après l'interview, le 24 mars 2018.

10 mai 2018

iAROSS : interview pour Le cri des fourmis

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Avec la sortie du nouveau disque de iAROSS, Le Cri des fourmis, plus de doute sur la question : il va falloir sérieusement compter sur ce trio montpelliérain, au cœur de la chanson française. 13 textes profonds qui ne laissent pas indifférent et qui osent répondre à la folie du monde. Chacun interroge bien plus qu’il ne dénonce. Entre rock, jazz et chanson (pas question d’entrer dans une case), ce disque à la rage contenue est aussi brillant musicalement que textuellement. J’ai rencontré le leader du groupe, Nicolas Iarossi, dans un café des Grands Boulevards, le 23 mars 2018.

Biographie officielle (par Stéphanie Berrebi) :

C’est la rencontre de trois styles, un son fluide, limpide, évident, reflétant des influences multiples. Le trio, issu du conservatoire,  fusionne jazz, rock, chanson française et slam. C’est avec ce mélange très particulier que les montpelliérains se sont déjà fait remarquer avec leur deuxième album Renverser, Coup de cœur de l’Académie Charles Cros.

Pendant les trois années qui séparent les deux disques, iAROSS a pris le large, se nourrissant de ses voyages (Japon, La Réunion, …) et revient avec cette envie d’aller encore plus loin dans la recherche de sa sonorité propre.

Les morceaux sont nés autour des textes, le groupe voulait en respecter l’ossature et éviter le superflu. L’équilibre est trouvé, entre l’épure et les envolées aussi puissantes que planantes, avec les guitares et claviers de Colin Vincent, le violoncelle de Nicolas Iarossi et la batterie de Germain Lebot (c'est désormais Julien Grégoire qui le remplace sur scène).

C’est un album tout en relief, à l’image de la vie, avec ses moments calmes et ses moments de rage, de folie.

Et de la rage, il y en a. Le titre « Le Cri des Fourmis » exprime cette révolte des petites gens, notre impuissance et notre désarroi.

Inspiré par les auteurs précurseurs du surréalisme tels Rimbaud ou Lautréamont, et le cinéma poétique des années 50, de Pasolini ou Bertolucci, le chanteur, slameur, poète à la voix rauque, use de la métaphore, d’images fortes et parlantes pour exprimer ses ressentis, de la rupture amoureuse aux problèmes de société.

On retrouve chez iAROSS l’empreinte du « Théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud, cette souffrance d’exister, cette idée que le “monde glisse et se suicide sans s’en apercevoir”.

Le disque par Patrice Demailly (extrait du journal Libération du 10 mars 2018):iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interview

Le groupe montpelliérain, à qui on souhaite vivement une visibilité plus marquée, a passé un sérieux cap avec son troisième disque, Le Cri des fourmis. Sa musique a gagné en grandeur et en discipline, sans rompre avec ses diversions climatiques menaçantes et ses longues divagations instrumentales. Entre chanson, incursions jazz et velléités rock progressif, Iaross n’a pas choisi son camp. Un souffle panoramique sous couvert de tempête grondante et d’un désenchantement verbal. Le chanteur-violoncelliste Nicolas Iarossi assume ses élans anars : «On enverra tout paître / Des images à brider / Des reflets sans reflets / Des ravages effrénés / Des rouages étalés.» Le texte de cette chanson, « Chiens de garde », prend son impulsion du côté de l’auteur anti-capitaliste Paul Nizan. Iaross, indocile et mordant, avant l’embrasement.

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iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interviewInterview :

Quand as-tu commencé la musique ?

Très tôt. Je devais avoir trois ans quand j’ai suivi une initiation à la musique. Jusqu’à 7 ans, j’ai appris une méthode américaine par l’oralité, ensuite je suis rentré au conservatoire. J’ai commencé le violoncelle à ce moment-là.

Peux-tu m’en dire plus sur cette méthode américaine ?

Tu vas directement à la pratique. Bien sûr, il y a la théorie, mais ce qui est vraiment important, c’est le jeu. On s’amuse en apprenant. D’ailleurs, dans le travail que l’on fait avec iAROSS, on fait ça aussi. On n’analyse rien, on est dans l’instantanéité. C’est très instinctif.

Tu as fait des études de musicologie, tout comme tes deux acolytes. On y apprend quoi ?

On apprend l’histoire de la musique classique du moyen âge jusqu’à la musique contemporaine.

Au fond, ça sert à quoi ses études-là quand on est musicien?

C’est avant tout un bagage culturel. Quand j’écris une chanson, je lis un livre. Ce livre va peut-être m’amener des idées. C’est pareil pour les études de musicologie. Quelque part, beaucoup de choses apprises m’ont inspiré dans ma musique, sans savoir quoi exactement. C’est de la nourriture pour l’écriture.

Clip de "Traces".

Ce bagage culturel n’est-il pas trop encombrant ?

Il faut le digérer. Il faut savoir quel propos on a envie de donner. Avec ce disque, il me semble que c’est la première fois que nous y parvenons. Je dirige beaucoup plus, je sais où je veux aller.

Tu veux aller où ?

On a changé de batteur il y a deux mois. Ça change énormément de choses. Il est plus dans l’influence musique contemporaine/electro jazz, ça nous dirige vers d’autres portes.

Mais tu gardes le côté hip-hop ?

Oui, parce que le hip-hop, le rap d’origine, celui qui est social, politique et pas lisse, m’intéresse beaucoup.

Clip de "Chiens de garde".

Est-ce que l’album Le cri des fourmis est un disque politique ?

Oui, mais ce n’est pas de la politique politicienne. Tu ne peux pas monter sur une scène pour ne rien raconter. Ça n’a aucun intérêt. Un artiste doit être un passeur qui proposent des messages politiques. Le rôle de l’artiste, c’est aussi de tenter de changer les choses. Dans le prochain disque, il y a la volonté de livrer des messages toujours aussi imagés, mais plus clairs dans le propos.

Tu vas donc freiner tes ardeurs de poète ?

Comme je viens de te le dire, j’ai envie d’être plus direct sans casser le côté poétique. C’est hyper difficile. J’aimerais arriver à écrire des chansons comme « Avec le temps » et « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Elles sont magnifiques, poétiques et elles t’arrivent directement au cœur et à l’âme.

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Le 9 mars 2017, avec Colin Vincent (guitares et claviers de iAROSS) et Nicolas Iarossi (chanteur/slameur et violoncelliste de iAROSS) sur la terrasse de la Scène du Canal à Paris lors d'une première mandorisation. Elle ne verra jamais le jour, car l'interview était sur mon iPhone. Celui-ci m'a été dérobé dans le métro quelques jours plus tard... Dommage car nous avions aussi parlé du groupe Volin, dont Colin est le leader.

(Photo : Sissi Kessaï, l'attachée de presse du groupe.)

Tu écris comment ?

Très souvent je compose, puis j’écris sur la musique. C’est à l’instinct. Il faut que l’écriture soit musicale, qu’elle rentre dans l’émotion, qu’elle coule... Le texte, c’est comme une partition de musique. C’est même rythmique. Le rythme, c’est la base de la musique. Suivent ensuite l’harmonie et la mélodie.

"Comment marcher droit" en sextet avec Trio Zephyr le 22 novembre 2017 au Théâtre Gérard Philipe de Montpellier.

Tu n’aimes donc pas trop les artistes de divertissement?

Heureusement que ça existe, mais au regard de ces deux façons d’envisager la musique, il y a une visibilité plus accrue dans un sens que dans un autre. Parce qu’il y en a un qui dérange et l’autre pas. Je ne crache pas sur le divertissement, ça fait du bien aux gens, mais je rappelle qu’au 16e siècle, il a été utilisé par le cardinal Mazarin pour avilir les foules. Je pense qu’aujourd’hui, il y a aussi un peu de ça.

Tu es un chanteur qui dit des choses… tu penses quoi de la société actuelle ?

Il faudrait une bonne petite révolution pour que les choses changent. Il y a un nivellement par le bas dans tout. Les intellectuels ne parlent plus. Tout se passe sur les réseaux sociaux où tout le monde y va de son petit commentaire sans fond. Plus personne ne se regarde dans les yeux pour dire les choses.

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Pendant l'interview...

Considères-tu faire de la « chanson française » ?

A partir du moment où tu mets un texte sur de la musique, ça devient une chanson. Tous les songwriters des années 70 comme Bob Dylan ou Leonard Cohen faisaient des chansons. Si on doit nous mettre dans une catégorie, celle-là ne nous déplait pas, même si on a l’esprit rock.

Comme Higelin (qui n’était pas encore décédé le jour de cette interview), dont vous avez fait la première partie un jour…

Nous sommes comme lui. On adore que le public soit près de nous. On adore quand il y a de l’intimité parce que ça donne l’impression que nos propos passent 100 fois plus. Alors qu’il jouait sa chanson « Champagne », Higelin s’est arrêté parce qu’il en avait marre de cette distance énorme qu’il y avait avec le public. Il a dit : « Bon, maintenant ça suffit ! Vous vous rapprochez tous de moi. Vous vous levez et vous venez. Je me fais chier tout seul ». J’aime cet état d’esprit.

"14/14" en live à Mourèze.

Il est clair que vous n’êtes pas reconnu à votre juste valeur. Vous souffrez du manque de notoriété ?

Non, parce que l’on sait d’où l’on vient. On fait un chemin qui nous permet d’avoir un regard critique sur les choses et de garder les pieds sur Terre. Nous sommes dans le réel et pas dans le bling bling. Mais, effectivement, on aimerait avoir un peu plus de visibilité, juste pour que notre message soit entendu par plus de monde.

Vous êtes bien dans ce milieu ?

Oui. Il faut être bien entouré avec des gens de confiance. Notre tourneur qui est aussi notre producteur sur cet album, notre éditeur, notre attachée de presse… sont des gens de confiance, c’est le principal.

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Avec Nicolas Iarossi, après l'interview, le 23 mars 2018.

09 mai 2018

Liz Cherhal : interview pour L'alliance

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(Photos : François Guillement).

liz cherhal,l'alliance,interview,mandorAuteure, compositrice et interprète, Liz Cherhal vient de sortir son troisième album L’alliance. Il évoque les difficultés du couple, la séparation, les conséquences sur l'enfant, la maternité, l'avortement, la nouvelle rencontre, le retour de l'amour, tout ce qu'une femme peut rencontrer dans sa vie. Et pour la première fois dans l’histoire de la chanson française, Liz Cherhal a décidé de partager ses chansons avec un public souvent laissé-pour-compte, les sourds et malentendants. Elle s'est donc entourée d'un chorégraphe, d'un metteur en scène et de deux interprètes en langue des signes. Respect.

Le 15 mars dernier, je l’ai rencontré au FGO-Barbara de la Goutte d’Or à Paris où elle chantait le soir même. (C’était sa deuxième mandorisation. La première date de 2011, elle sortait alors son premier album).

Biographie officielle un peu écourtée (par Sophie Chauvey) :liz cherhal,l'alliance,interview,mandor

Liz Cherhal, avec son air angélique, son charme piquant et son humour flingueur, démarre sa carrière l'accordéon en bandoulière, comme chanteuse-comédienne au sein du trio nantais Uztaglote aux côtés d'Olivier Touati et Nicolas Berton (2003-2008). Depuis, Liz n'a eu de cesse de tracer un chemin personnel et sensible à hauteur de femme, entre gravité et légèreté, passant à chaque nouvel album une étape la rapprochant toujours un peu plus d'elle-même et de l'essentiel.

En 2011, Il est arrivé quelque chose, album-transitoire ouvre un nouveau chapitre éminemment personnel, plus pop aussi. Seule aux commandes, Liz donne voix à ses fêlures et blessures, avec ironie et humour, un sens aigu du récit, abordant des thèmes aussi forts que la folie, l'amour, le deuil, le suicide ou le handicap. Coup de cœur de l'Académie Charles Cros, l'album reçoit plus qu'un bel accueil critique et les bravos des professionnels du festival Alors Chante! de Montauban pour sa version scénique.

On retrouve Liz en 2015 avec Les Survivantes et Morvan Prat déjà présent sur la tournée, à la réalisation. Apaisée, plus libre que jamais, pour la première fois sans son accordéon, avec une nouvelle vitalité, elle se raconte en femme plurielle, vous prend de sa voix pure d'emblée par les sentiments au travers de titres lancés comme des canots de sauvetage, des mains tendues ou bouteilles à la mer.

liz cherhal,l'alliance,interview,mandorLe disque (par Sophie Chauvey) :

Pour L'Alliance, Liz confie de nouveau les arrangements à Morvan Prat ainsi que les musiques de 4 des 11 titres. Elle a volontairement écrit seule la totalité des textes et les 7 autres musiques. Avec cet album Liz nous plonge une nouvelle fois au cœur du sensible aux travers d'histoires qui lui appartiennent, celles d'une femme ancrée dans son époque et sa société avec ce don si particulier de rendre l'intime universel. Au travers d'instants clés, d'éclats de vies cabossées ou de parcours in-tranquilles, il est question des liens, que l'on fait ou que l'on défait, de la séparation, de la difficulté d'être parent, de violence physique ou verbale au sein du couple, du choix d'interruption volontaire de grossesse, de recomposition, de reprendre les rênes, de nouvelle chance et de nouveau souffle. Un souffle nouveau, donné également par les arrangements pop-rock alliés aux cordes et au piano qui épousent à merveille les thématiques et donnent aux mots et à la voix cristalline de Liz une nouvelle ampleur.

Le spectacle (par Sophie Chauvey) : liz cherhal,l'alliance,interview,mandor

Passionnée depuis longtemps par la langue des signes qu'elle apprend depuis plusieurs années, Liz a choisi de présenter  son nouveau spectacle dans une version entièrement traduite, accueillant sur scène un danseur-interprète. C'est aussi l'occasion pour elle d'explorer de nouveaux territoires, du côté de la danse en faisant appel au chorégraphe Hervé Maigret qui a d'ailleurs participé à son clip "Les heures en or" pour chorégraphier quelques chansons.

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(Photo : François Guillement)

liz cherhal,l'alliance,interview,mandorInterview :

Tout n’est pas négatif dans une séparation ?

Tout n’est pas négatif, mais on s’en rend compte après coup, notamment quand on a des enfants. Quoi qu’on en dise, même si on a envie de se séparer, quand on a enfant, ce n’est jamais facile, c’est même douloureux. Dans une séparation, tout est compliqué. Il n’y a pas un gentil et un méchant.

Dans ta chanson « J’aimais mieux quand c’était toi », tu dis à l’ex-compagne d’un de tes amis que pour toi, c’est dur de ne plus les voir ensemble.

Exactement. Mais moi aussi je suis la nouvelle compagne de quelqu’un, donc j’arrive dans la vie d’une nouvelle personne. Dans cette chanson, je dis qu’on n’est jamais un seul personnage dans une histoire. Moi-même, je suis tous les personnages de la séparation. Je suis la nouvelle compagne, je suis l’ex de quelqu’un d’autre, je suis la mère de l’enfant de l’autre… etc...

C’est aussi le thème de la chanson « La recomposition ».

Quand on se met avec quelqu’un qui, lui aussi, a des enfants d’une autre personne, que se passe-t-il ? J’en ai fait une chanson plutôt enjouée et rigolote, tout en expliquant en filigrane qu’il faut que chacun sache rester à sa place. Dans une famille recomposée, chacun doit conserver son rôle. 

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Liz Cherhal et Morvan Prat

(Photo : François Guillement).

Dans « Tu respires », tu évoques la culpabilité de faire souffrir l’enfant qui est obligé de vivre deux liz cherhal,l'alliance,interview,mandorvies. Est-ce vraiment de la souffrance ?

C’est la question que je pose dans la chanson, peut-être pour me persuader moi-même que non et pour gérer ma propre culpabilité. Je vois que l’enfant souffre, que c’est compliqué pour lui, mais c’est ça qui va le construire. Cette vie partagée entre ses deux maisons va faire son identité et cette identité sera sa force.

Il fallait que cette histoire de séparation et de ses conséquences sortent ?

Ce n’était pas impératif, mais c’est ma manière de faire. Mes deux premiers disques étaient très liés à mon père, à sa maladie et à sa mort. C’est ce que je vivais à ce moment-là. Il se trouve que ces dernières années, j’ai eu l’expérience de la parentalité, je me suis séparée de l’homme avec qui j’étais, ensuite, j’ai rencontré quelqu’un qui a des enfants… forcément, c’est source d’inspiration tout ça.

Clip de "J'ai marché tant marché".

liz cherhal,l'alliance,interview,mandorJe crois que personne n’échappe à ce que tu dis dans cet album.

Tant mieux. Quand on vit l’expérience de la parentalité, qui peut être parfois compliquée, voire douloureuse, on se sent seul. C'est ce que je raconte dans "J'ai marché, tant marché". J’aurais aimé entendre une chanteuse qui me raconte qu’elle aussi a traversé la même chose que moi. On se sent souvent seul, alors que l’on vit tous la même chose. Mon disque, c’est finalement l’universalité de l’intime.

« Pas que je pleure » et « Les mots, les bourreaux » sont deux chansons dures.

Je ne me suis pas inspirée que de moi et de ma vie personnelle, j’ai aussi fait beaucoup de recherches. J’ai passé énormément de temps à la médiathèque Jacques Demy à Nantes dans les rayons de psychologie. Pour écrire « Les mots, les bourreaux », j’ai lu beaucoup d’interviews de femmes victimes de pervers narcissiques. J’avais besoin de matière pour ça.

Pareil pour la chanson « Sauvage » ?

Oui, j’ai fait beaucoup de recherche sur Jacqueline Sauvage et Alexandra Lange qui m’ont inspiré cette chanson. Là, je ne parle pas du tout de moi.

Clip de "sauvage".

« Hija » est la seule chanson qui ne parle de la séparation ou d'une nouvelle vie amoureuse...liz cherhal,l'alliance,interview,mandor

C’est l’ovni du disque. C’est l’histoire d’une de mes amies colombiennes qui a été adopté à l’âge de 4 ans en France. Elle m’a demandé d’écrire une chanson sur l’adoption. Comme je ne savais pas exactement ce que c’était, elle m’a expliqué sa vie pendant une semaine, chaque matin. J’ai pris des notes, des notes et des notes et ça a fait cette chanson. Ça m’a rappelé mes études de sociologie (rires).

Pourquoi ton disque s’intitule L’alliance, alors que tu racontes le contraire ?

Au départ, ce disque devait s’appelait La recomposition. Au final, j’ai trouvé que ce mot était trop sociologique et pas forcément agréable à entendre. Je voulais un titre d’album qui évoque le rassemblement et qui soit positif. Avec Morvan et mon producteur, on a lu toutes les paroles des nouvelles chansons en entourant les mots qui pouvaient potentiellement devenir un titre d’album. Dans la chanson « Vibrante », on a trouvé le mot alliance. Avec Morvan, on a décidé de le choisir et de nous mettre tous les deux sur la pochette.

Est-ce que tu trouves ton album positif ?

Pour moi, oui (rires). Mais, je sais bien qu’il ne l’est pas tant que cela. Dans la dernière chanson « La vibrante »,  je dis que, malgré tout, même quand tu te dis que ta vie est un putain d’échec, il y a toujours un moment où ça va remonter.

Parlons scène. Actuellement, tu te produis avec un comédien qui traduit tout en langue des signes.

Quand j’étais ado, dans la rue, j’ai vu deux personnes sourdes se parler dans leur langue. Je m’étais promis de l’apprendre. C’est ce que je fais depuis 5 ans. J’ai découvert le potentiel de cette langue. Je ne la domine absolument pas, car elle est très compliquée. J’arrive juste à communiquer basiquement avec des personnes sourdes.

liz cherhal,l'alliance,interview,mandorDans tes concerts, tu danses beaucoup.

C’est ma troisième langue. Celle du corps. Je l’utilise au maximum.

Puisque la danse et le langue des sourds sont intégrés dans tes concerts, cela nécessite donc beaucoup plus de concentration sur scène ?

Oui. C’est un travail méticuleux pour moi et aussi pour les lumières. Il y a une réflexion hyper poussée de scénographie et de mise en scène pour que le traducteur trouve sa place à mes côtés.

Est-ce que tu as l’impression de faire de mieux en mieux ton métier ?

Là, je n’ai pas eu l’impression d’avoir fait des progrès, mais carrément d’avoir fait un bond. J’ai beaucoup bossé. Le fait de réfléchir à ce spectacle accessible aux sourds, ça m’a obligé à faire les choses le plus rigoureusement possible. Je me suis pris la tête des heures et des heures sur des détails. Ca a été payant.

 Ta musique aussi a évolué. C’est plus rock !liz cherhal,l'alliance,interview,mandor

C’est grâce à Morvan Prat. C’est lui qui m’a apporté cette espèce d’énergie rock hyper soutenue et puissante. Aujourd’hui, en concert, ça joue vraiment, alors ça me porte.

Cette énergie te fait changer ta façon de chanter ?

Complètement. Il faut que j’envoie du bois, que je sois plus forte que les musiciens (rires). Je dis ça, mais je me sens vraiment soutenue par les gars derrière. Pour la première fois, j’ai l’impression que je suis à la place où je dois être. Je ne me pose plus la question du bien fondé de ma présence sur scène. 

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Pendant l'interview...

Le problème de légitimité s’est posée à toi ?

Forcément, de par la présence lumineuse et éclairante de ma sœur Jeanne, la légitimité m’a toujours posé question. Elle est beaucoup plus connue que moi et très reconnue par le milieu professionnel. Aujourd’hui, je sais que ma présence à du sens.

Les gens du métier savent que la petite sœur est là et qu’elle est douée.

Je ne m’en rends pas encore compte. En tout cas, les gens du métier savaient que j’existais, mais n’avaient jamais cherché à me connaître vraiment, ni connaître mon travail d’ailleurs. Ils se faisaient juste une idée de moi-même. Ça m’a pénalisé, mais ça m’a amené aussi à beaucoup bosser et à faire ce que je fais aujourd’hui. A un moment, il faut arrêter de s’excuser d’être là.

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Le 15 mars 2018, après l'interview.

03 mai 2018

Kiefer : interview pour Manifeste.

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(Photo en haut et dans l'introduction : Stéphane Merveille)

kiefer, manifeste, interview, mandor« J’ai écrit un manifeste en guise de trousse de secours. Puis je me suis effacé au cœur d’un thermoformage sur lequel il resterait mes mots, mes couleurs, mon ombre… ainsi, je peux me déplacer où je désire être. Au plus proche de toi, du genre humain : face à des horizons incertains ! Dans ce premier chapitre, il est question de luttes, d’isolements, de glaces, d’un appartement… d’un train camé, de Marvin Hagler ! » C’est ainsi que Kiefer présente son premier album Manifeste, composé de neufs superbes titres. Il y regarde le monde avec tendresse et y évoque la solitude de l’homme dans la foultitude. Mais tellement plus que ça…

Comme j’ai trouvé ce disque magnifique et profond, j’ai voulu rencontrer cet artiste discret, mais ô combien précieux. Le 15 mars dernier, je lui ai donné rendez-vous dans un bar des Grands Boulevards.

Biographie officielle (par Stéphanie Berrebi) :kiefer, manifeste, interview, mandor

Après une vingtaine d’années d’expériences et d'errances musicales allant du grunge au hip-hop, Kiefer (à droite par Frédéric Petit) présentait en 2014 un premier EP solo, signé sur le label Les Imprudences, petite maison de disques d'Audrey et Bertrand Betsch. Un quatre titres oscillant entre chanson et folk, hors des sentiers battus. Avec Manifeste, son premier album à plus de quarante ans, notre banlieusard nous ouvre son carnet d'exil…

Tel Renaud, Eddy Mitchell ou Lavilliers, Kiefer enrobe le réalisme d'images poétiques et douces, écrivant des chansons qui se regardent défilant au rythme saccadé de vies qui s'usent et s'épuisent. C'est depuis sa campagne mancelle d’adoption, qu'il revoit Le thé au Harem d’Archimède (Mehdi Charef). Une fois. Mille fois. Film miroir de sa propre adolescence, vécue entre brutalité du quotidien, tendresse des amitiés et des amours naissantes, rage sans cause et prise de conscience. C’est à cet ado d'alors qu’il décide de s’adresser en commençant à écrire les premières chansons de la série des trois albums à venir, et dont Manifeste est la première partie. Lui qui a pris son envol, décidant de transformer la colère en carburant, encourage cet adolescent, l'exhorte à croire en lui, en l’avenir. En la vie. Aux autres. A être ce Manifeste poétique plutôt que politique. Un acte d'Amour. Une trousse de secours !

kiefer, manifeste, interview, mandorLe disque (par Stéphanie Berrebi) :

Neuf titres et autant de manières d'interroger le sens de nos vies. Notre dignité sur « Ombre Jusqu'au bout », cet hommage aux héros invisibles du quotidien, l'ambiguïté de nos amitiés sur « Sucrée-Bullée » ou encore la tendresse comme moteur dans une « Conversation », interprétée en duo avec la délicate Pauline Drand. Dans cet album aux sonorités électro-folk, Manifeste, titre éponyme et central, détonne. Seul morceau enregistré sans guitare.

C’est à Bertrand Betsch que Kiefer a confié les premières maquettes de Manifeste, en lui laissant une liberté totale sur les premiers arrangements. Ainsi, la guitare folk est reléguée au second plan, au profit des claviers, violons et des percus, donnant des sonorités jazz, world, rock… Les samples de Kiefer issus de sons du quotidien (train, cour d’école…) insufflent l’idée que tout est musique et beauté dès que l'on tend l’oreille et accepte de se laisser emporter. La cohérence du tout est finalement assurée par le travail de Nicolas Dufournet (studio Mélodium, Montreuil). En ajoutant des instruments acoustiques, voire vintages, des sonorités influencées par la Blaxploitation (Marvin Gaye, Gil Scott-Heron), il donne à ce disque une patine particulière et intemporelle hors des tics de l'époque. On retrouvera cette même équipe pour les deux autres volets à venir de cette trilogie : Exode et Racines à paraître.

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(Photo : Sébastien Pillault)

kiefer,manifeste,interview,mandorInterview :

Mine de rien, tu as commencé la musique il y a 20 ans…

J’ai commencé par la batterie dans les années 80 avec des potes de ma banlieue. A cette époque, tous les styles musicaux se mélangeaient. A la fin des années 80, il y avait les débuts du rap. On squattait Radio Nova pour aller faire des freestyles. J’ai fait de la musique pendant 20 ans en dilettante. Je suis passé du rock au rap en passant par le grunge. A la fin des années 90  et le début des années 2000, on a fait presque 500 concerts en France avec le groupe Nature X.Press. C’était à l’époque de l’avènement d’émissions comme Star Academy, donc quand on allait dans les maisons de disques et qu’on leur disait qu’on avait 3 maxis, 1 album, qu’on en a vendu 1500 exemplaires, ils nous riaient au nez. Ils n’en avaient rien à faire. Ensuite, j’ai tourné avec le groupe Sunrise XXL. En 2003, on nous a proposé de jouer à Solidays, on a fusionné et on est devenu le groupe Cortes. Je suis parti en province en 2004 et eux ont sorti un album en 2008.

Un jour, tu as eu besoin de développer un projet en solo.

En 2012, Alex Monville, le manager de mon ancien groupe, m’a incité à m’affirmer, à ne plus me cacher derrière des pseudos et à sortir du bois à découvert… avec mon vrai nom, donc. Il fallait que je montre que j’existais et que j’avais plein de chansons. Un jour, j’ai mis « Mon frère » sur SoundCloud. Cela m’a permis de commencer à faire des choses, dont la première partie d’Olivia Ruiz.

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(Photo : Sébastien Pillault)

Ton premier EP date de 2014. Ça a légitimé le fait que tu étais bien un artiste, non ?

Oui. J’ai fait les Trois Baudets et des premières parties, notamment de Demi Mondaine. Ça m’a permis de me faire repérer des gens qui gravitent autour de la chanson française et de quelques médias spécialisés dans le domaine, comme FrancoFans qui m’a toujours soutenu.

Tu as aussi participé au projet Tatatssin, un site qui proposait 20 artistes qui rendaient hommage à Renaud, sous l’initiative du journaliste Baptiste Vignol.

Il avait entendu « Mon frère » et il a senti que ce projet pouvait m’intéresser. Renaud, j’ai un peu décroché dans les années 90, mais il a marqué mon adolescence. Il m’a appris à écrire des chansons sans être trop politique et laisser toujours de la lumière à l’horizon. Tout n’est pas sombre. Je m’en suis servi dans l’écriture de Manifeste.

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(Sébastien Pillault)

Qui étaient tes maitres dans la chanson française quand tu étais ado ?

Mon père écoutait beaucoup Jean Ferrat, Jean-Roger Caussimon, Marcel Mouloudji, mais aussi Eddy Mitchell.

Eddy Mitchell ?

Oui, il a plein de chansons sociologiques super belles. « La fille du motel », « Il ne rentre pas ce soir »…

Et ta mère ?

Elle écoutait plus du funk, des musiques rhythm’n’blues. En français, elle écoutait Alain Souchon, Yves Simon, Nicolas Peyrac, des artistes de cette nature. Je me suis construit avec ça. A l’adolescence, quand j’ai commencé à avoir mes goûts à moi, je suis passé à Higelin, Thiéfaine, Lavilliers… Ils proposaient quelque chose qui était rock, mais qui mélangeait les genres. J’ai compris que l’on pouvait voyager dans un disque.

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(Photo : Pierre Gable)

Je vais te dire un truc. Ça fait longtemps que j’ai ton disque, mais j’ai mis un temps fou à l’écouter. Je pensais que ton « manifeste » était un disque engagé… et je n’aime pas les disques engagés. Ce n’est pas le cas en fait.

L’écriture s’est déclenchée en 2015, quand j’ai perdu ma maman. Michel Cloup, un ancien Diabologum, a sorti son premier album solo en 2011, Notre silence, lui aussi, à la suite de la perte de sa maman. Il dit dans le premier titre qu’il souhaite « recycler cette colère », parce que cette colère reste son meilleur carburant. Ça s’est produit sur moi aussi. Je viens du rap et du rock, je viens donc d’une énergie très vive, souvent en colère. Ma colère, elle s’est recyclée. Je ne voulais plus faire les choses de la même manière qu’avant. Par exemple, je ne voulais plus m’adresser à la première personne, mais à la deuxième. Comme si je prenais la main de celui qui écoute, comme si je lui parlais à l’oreille… et il est hors de question pour moi de faire la morale à qui que ce soit.

Pourquoi dis-tu que Manifeste est une trousse de secours ?

Il y a dedans des phrases qui répondent en écho à des interrogations ou à des choses que l’on vit au quotidien. Dans Manifeste, le thème principal est la solitude. On a des périodes dans nos vies où on a l’impression que les choses s’écroulent. C’est pour ça que je ne voulais pas que ce soit totalement sombre, mais qu’il y ait aussi des zones de lumière.

Clip de "Manifeste".

kiefer,manifeste,interview,mandorParle-moi du clip de « Manifeste ».

C’est Thomas Guerigen qui me l’a proposé. Il vient de l’animation et de la 3D et j’adorais la poésie qu’il mettait dans son univers. Il était intéressant de réunir nos deux poésies. Dans ce clip, on ne voulait pas rentrer dans les clichés de la banlieue. En discutant avec lui, je lui ai dit que j’avais un vieux rêve : rencontrer les deux comédiens principaux d’un film que j’ai adulé dans les années 80, Le thé au harem d’Archimède. Quand j’ai vu ce film à l’époque, j’ai eu l’impression de voir la vie de mes amis et la mienne. Qu’ils apparaissent 30 ans après dans mon clip, c’était symboliquement un truc de fou. Je les ai contactés sur Facebook, ils ont accepté directement. Avant de tourner, on s’est vus dans un café au château de Vincennes. Eux ne s’étaient pas vus depuis une dizaine d’années. C’était surréaliste de voir Rémy Marin et Kader Boukhanef devant moi.

Et le deuxième clip, le duo avec Pauline Drand, « Conversation » ?

Ce ne sont pas nous qui jouons dans le clip, c’est la chanteuse comédienne Gervaise et le comédien Jean-Baptiste Loubet. Pauline et moi sommes un peu timides, vu ce qui était prévu de tourner dans le clip, on a décidé de laisser nos places (rires).

Clip de "Conversation".

Manifeste est-il l’album que tu as toujours rêvé de faire ?

Oui.  Ce qui est intéressant pour moi, c’est qu’il peut plaire à l’adolescent que j’étais.

Et plaire aux adolescents d’aujourd’hui ?

Oui, mais les jeunes ont moins accès à la chanson d’aujourd’hui. Après, si on me met sur une scène devant des ados, il y en a qui vont aimer.

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Kiefer avec Samuel Cajal et Matthieu Lesénéchal

(Photo : Frédéric Petit)

Es-tu resté adolescent ? Regarde comment tu es habillé (rires).

Oui. On est d’une génération qui a du mal à se considérer comme adulte.

Tu dis que ton disque est un acte citoyen.

Parce que le thème est la solitude. La solitude, c’est faire un pas de côté, s’éloigner de la cité (au sens large). Le thème majeur de la trilogie, c’est le temps. Le temps perdu, le temps retrouvé.

Le temps qui passe ?

Oui, aussi. Mais il s’agit aussi de revenir au cœur de la cité pour dire ce que l’on a à dire. Ça, c’est citoyen. Une chanson comme « Eaux futures » est la plus dure. Je raconte comment avec le temps, parfois, les amitiés se déchirent. La chanson « Manifeste » est un encouragement à rester soudé. J’essaie de faire le pas de côté, de réfléchir, de revenir. C’est une trousse de secours, donc il n’y a pas de solution. 

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Après l'interview, le 15 mars 2018.

02 mai 2018

Hervé Vilard : interview pour ses "dernières" à l'Olympia.

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hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandor"1965 résonne au son d'une mélodie devenue un succès interplanétaire. « Capri, c'est fini » révèle au public son jeune interprète, Hervé Vilard. Cette chanson le consacre star incontournable de la chanson française ad vitam aeternam. Après plus de 40 millions de disques vendus et 5 décennies à chanter sur les scènes du monde entier, son répertoire reste gravé dans l’inconscient collectif des français. « Nous », « Reviens », « Méditerranéenne », « Fais-la rire », « Mourir ou vivre », « Sayonara », « Rêverie »… "

Hervé Vilard veut clore un chapitre pour passer au suivant. Alors, il nous invite à ces dernières, à l'Olympia les 5 et 6 mai 2018, pour interpréter ses plus grands succès… un bel hommage à un public fidèle. Attention, il ne dit pas adieu à son public mais à ses chansons. Il  aura bel et bien une nouvelle vie avec des chansons plus pointues et d'autres mots, probablement littéraires et théâtrales.hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandor

Après ces deux Olympia, une tournée suivra. A cette occasion, Hervé Vilard présente aussi Dernières, la compilation regroupant ses plus grandes chansons mais aussi 2 nouveaux titres exclusifs "Une vie de ouf" et "Hasta te que conoci".

Le 1er mars dernier, grâce à notre ami commun, le journaliste Patrice Demailly (merci à lui), Hervé Vilard m’a donné rendez-vous dans un restaurant du quartier latin, son fief. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’artiste n’a pas la langue dans sa poche… pour mon plus grand plaisir.

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hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandorInterview :

Pourquoi faire ces « dernières » dans les jours prochains ?

Si un jour ma voix me lâche,  je vais me retrouver comme un con. Je préfère partir en complet état de marche. Avec les années, ma voix est devenue plus puissante. Je ne veux pas baisser les tonalités. Je quitte cette scène là avant de me retrouver devant le fait accompli. Je suis orgueilleux. Et puis, franchement, je ne peux plus chanter les chansons que j’interprétais quand j’étais encore « un prince charmant », comme « Ma vie sera la tienne, Méditerranéenne... » Ma vie fut, elle n’est plus. Ça devient ridicule que je continue à chanter des paroles comme ça. Il y a un moment, il faut savoir s’arrêter, se regarder et regarder la vie. Et puis, je vais vous dire, quand j’étais un môme disquaire, je vendais des disques de Mouloudji, de Gréco, de Félix Leclerc, de Marc Ogeret  et de bien d’autres artistes de cette trempe que je connais par cœur. Je me disais que si j’arrivais à devenir  un vieux chanteur, je les chanterai.

Dans votre carrière, vous avez essayé d’en placer de temps en temps entre deux tubes populaires ? hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandor

Non parce qu’on me disait de ne pas le faire. Tout le monde considérait que j’étais trop jeune pour aborder ce répertoire. Je ne dis pas que ça me faisait souffrir, mais ça m’emmerdait un peu. Alors, comme revanche, et je n’aime pas ce mot, je me contenterais de les chanter, bien assis sur un tabouret, dans des cabarets de provinces, des petits théâtres… je vais arrêter de faire le beau. J’ai fait le tour du monde, j’ai chanté, c’était beau. J’ai fait mes dernières à Prague, à Buenos Aires, à Santiago, je vais faire deux soirées à l’Olympia. Je fais ça pour les mamans et les grands-mères qui m’aiment bien. Elles pourront chanter « Sayonara », « Capri, c’est fini », « Reviens », « Nous » et tout ça. Je le ferai avec bonheur, je ne renie rien de mon répertoire, mais il n’est plus de mon âge.

10 tubes (en intégralité) d'Hervé Vilard : "Capri c'est fini", "Mourir ou vivre", "Fais-là rire", "Sayonara", "Elle était belle", "Rêveries", "Je l'aime tant", "Méditerranéenne", "Nous", "La vie est  belle, le monde est beau".

hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandorDans votre répertoire personnel, il y a des chansons moins connues, voire pas connues, qui sont très profondes. Vous êtes un des rares à avoir parlé du Sida, de l’homosexualité…

Je crois que mon public ne voulait pas le savoir. Je crois que les gens de ce métier, les gens de radio, ne voulaient pas le savoir non plus. Tout le monde voulait me garder comme le petit frère, le beau gendre ou le gentil garçon qui chante des jolies chansons. J’étais cela et personne n’avait envie que je casse ce que je représentais en chantant des choses graves. Je le comprends. Je ne me suis pas sacrifié. Je ne renie rien, mais j’ai essayé d’aborder des thèmes comme Berger et Plamondon ont abordé avec excellence dans Starmania. Dans les années 70, puis dans les années 80, j’ai tenté de parler de la zone, des banlieues, des lames de rasoir… mais ça n’a jamais marché. Je n’ai donc jamais pu sortir du personnage que je représentais.

A propos de Berger, tout le monde croit qu’« Adieu Jolie Candy » est de Jean-François Michaël, mais en fait, c’est Berger qui l’a écrite pour vous.

C’est vrai. Comme il savait que c’était une chanson excessivement populaire, pas très rock’n’roll, il n’a pas signé Michel Berger.

Pour en revenir à ces fameuses chansons plus graves, qui n’ont pas marché, c’est une frustration hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandorprofessionnelle pour vous ?

Non. C’est un échec, mais ce n’est pas de la frustration. Je ne me suis pas battu parce que  je voulais aller où le vent me portait. Comme j’ai eu la chance d’aller au bout du monde pour chanter mes romances, je me suis contenté de ça. A partir du moment où je pouvais voyager en chantant, j’étais le plus heureux des hommes. 

Vous ne voulez pas que l’on dise que vous faites vos adieux à l’Olympia. Pourquoi ?

Parce que ce ne sont pas mes adieux, ce sont mes dernières. Les dernières de « Méditerranéenne », de « Nous » et de « Reviens »… il y a une grosse différence.

Ça veut dire que vous bouclez une boucle et que vous allez passer à autre chose ?

Je ne veux pas me voir ridicule, c’est tout. Je chanterai autrement et autre chose. Ma copine Nicoletta  fait du Gospel. Elle continue à chanter « Mamy Blue », mais en gospel. Moi, je chanterai peut-être « Capri, c’est fini » au piano. Je l’ai déjà fait. 

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Le dimanche 3 avril 2016. Avec Hervé Vilard et Nicoletta lors du 14e salon du livre et de la chanson de Randan.

hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandorVous avez écrit deux livres qui sont devenus des best-sellers, vous avez eu de très nombreux tubes, vous avez beaucoup voyagé… vous avez l’impression qu’un ange s’est occupé de vous ?

Non. Les anges sont au ciel. Ils ne nous fréquentent pas vous savez. Les terriens sont des gens atroces (rires).

Je sais que vous avez la curiosité des autres. Je vous ai vu plusieurs fois dans des concerts de nouveaux artistes que personne ne connait, notamment au Festival Pause Guitare pendant 3  jours. Nous  nous sommes croisés aux 3 Baudets récemment. Vous êtes à l’affut des nouveaux artistes ?

J’ai fait ça toute ma vie parce que je n’aime pas la ségrégation. Je connais Gilbert Lafaille ou Henri Tachan sur le bout des ongles, j’aime aussi Simone Langlois et Francesca Solleville… et j’ai notre ami commun, Patrice Demailly, qui me fait découvrir plein d’artistes d’aujourd’hui. J’aime tout connaitre, alors je me documente, je m’intéresse. Quand j’étais disquaire, à 15 ans, j’étais pareil. J’ai lancé Adamo avec « Tombe la neige ». J’ai tout fait pour vendre la totalité du stock que j’avais. 3 mois après, cette chanson est devenue un tube. 

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Avec Hervé Vilard, au Festival Pause Guitare, le 7 juillet 2017 à Pratgraussals.

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Avec Hervé Vilard et Stéphanie Berrebi (FrancoFans), au Festival Pause Guitare, le 8 juillet 2017 à l'Athanor.

Vous dites qu’il n’y a rien de plus beau qu’être un chanteur populaire.hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandor

Etre sur une scène et rassembler des gens de gauche, de droite, des culs-de-jatte, des cocus et les autres. Les cocus pleurent beaucoup dans mes chansons d’amour, c’est pour ça que j’ai bien gagné ma vie (rires). Toutes les chansons d’amour sont des chansons de cocus, plus ou moins bien écrites. Ce qui est intéressant dans tout ça, c’est l’écriture.

Vous avez de sacrés goûts éclectiques

J’aime bien Vianney, Maître Gims aussi. Je n’aime pas les faux Gainsbourg, je tairai leurs noms, j’aimais beaucoup Bashung. Pour moi, ce n’est pas Gainsbourg le maître, c’est Bashung. Quant à Biolay, il n’a rien inventé. Je n’ai rien contre lui, mais il n’a rien inventé.

hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandorVous aimez aussi beaucoup Camille, je crois.

Vous faites bien de m’en parler. Je suis allé la voir à Pleyel récemment. Cette salle est d’une tristesse… on se croirait dans les pays de l’est. Je plaignais le pauvre public de Camille qui est une immense artiste. Je la vénère. Elle chante et bouge comme personne. Mais ce public est tellement coincé, étriqué, se retenait tellement… on se serait cru à Saint-Nicolas du Chardonnet avec les vieux chignons et les jupes plissées. Je me suis dit en voyant ça que j’ai eu de la chance d’avoir un autre public plus large. Ce que je trouvais beau dans les années que les chanteurs populaires comme Sardou, Dassin, Dave ou moi avons traversées, c’est que tout le monde se rassemblait sans discernement sur les places publiques. Pour moi, un pays qui ne chante pas à l’unisson, ce n’est pas un pays. Actuellement, nous ne sommes plus un pays. Nous ne chantons plus à l’unisson, mais de manière compartimentée.

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Dans les années 70, Hervé Vilard et quelques chanteurs "populaires"...

La chanson réaliste à une place à part dans votre cœur, je le sais. Quand vous faites des concerts avec ce genre-là de chansons, il y a du monde qui vient ?

Depuis que j’écris des livres, un autre public vient me voir.

Un public « intellectuel » ?

Vous allez m’énerver là ! Intellectuel, ce n’est pas un mot gentil. Les intellectuels sont de pauvres gens, cher ami. Ils sont enfermés dans une case. Il n’y a rien de pire pour un chanteur populaire que d’être enfermé, parce que le rôle d’un chanteur populaire, c’est d’être rassembleur. Chez certains intellectuels, il y a un manque de générosité et d’ouverture. Ils ont des certitudes.

En tout cas, beaucoup vous ont regardé autrement après ces deux livres. hervé vilard,dernières à l'olympia,chanteur populaire,interview,mandor

Il était temps ! J’étais l’ami de Marguerite Duras, vous savez.

Je le sais. Vous étiez présent quand elle a écrit L’amant.

J’étais là et je l’entendais lire à haute voix certains passages. Elle me demandait si tel ou tel passage allait.

Elle aimait ce que vous chantiez ?

Quelques chansons, pas tout. Je sais qu’elle a adoré « Capri, c’est fini ». Vous savez, j’ai croisé des écrivains illustres, des gens magnifiques, qui chantaient des chansonnettes comme « Siffler sur la colline », avec un ravissement adorable.

Pour vous, c’est une mission de défendre aussi la chanson réaliste ?

Maintenant oui. Je dirais plutôt que c’est une vocation. Quand on chante Maurice Fanon ou Colette Magny, c’est pour ne pas les laisser mourir. Je suis absolument outré qu’il n’existe pas à Paris, comme il existe La Comédie Française, la Maison de la Chanson Française.

On y ferait quoi ?

On pourrait monter chaque année un répertoire avec des chanteurs, par exemple, de The Voice ou de La Nouvelle Star et qui n’ont pas de boulot. On les ferait chanter devant des touristes des classiques de la chanson. Les japonais sont fous de ça. Ils connaissent « Les feuilles mortes » mieux que nous. Que le Ministère de la Culture n’ait pas encore ouvert les portes de la chanson française à tout le monde est scandaleux. Ils attendent quoi ? Que tout meurt ? Il faut que nous soyons des passeurs. J’espère qu’il y en aura beaucoup.

C’est le contraire qui se passe. Plein de petites salles qui défendent la chanson française sont en train de fermer. Ça aussi, c’est scandaleux.

Je sais bien. Le Lapin Agile est en train d’être vendu. Que vont-ils en faire ? Bruant, Giono, Scotto et les autres ont écrit des chansons sublimes qu’il ne faut surtout pas laisser mourir. 

Vous avez tenté de faire quelque chose de concret vous-même ?

J’ai envoyé des dossiers au Ministère de la Culture, je n’ai jamais eu de réponse. Je ne suis qu’un chanteur populaire, rue de Valois, on ne me parle pas.

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Piaf, Damia et Fréhel.

Quel regard vous avez sur le monde de la culture en France ?

Ce que je regrette, c’est que la culture en France est étatisée. C’est l’état qui décide. On décide dans les ministères de ce qui sera à l’opéra, combien on va mettre de budget…etc. Wagner pas trop, parce que ça fait extrême-droite, Mozart, c’est bien, ça plait à tout le monde. Il faut proposer un peu de tout pour que les gens aient le choix. En règle générale, la culture doit naitre de la rue et non dans les ministères. Fréhel et Piaf sont nées dans la rue. Piaf et Fréhel, c’est la culture. Je connais beaucoup d’artistes, jeunes, qui souffrent et qui ne vivent pas de leur art. Ils sont obligés d’aller travailler chez Mac Do pour vivre. Pendant ce temps-là, vous avez des peintres entretenus par des ministres qui passent et repassent.

Que pensez-vous de la Fête de la Musique ?

Jack Lang, c’est un faux ministre. Un jour, je suis allé chanter à Cuba. Je leur ai parlé de la Fête de la musique. Ils m’ont répondu : « Parce que vous ne fêtez la musique qu’une fois par an chez vous ? »

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Pendant l'interview...

Pour conclure, ce qui peut nous rassembler, c’est la culture, c’est la chanson ?

Exactement. Par exemple, quand on va dans le 93, personne ne sait qui est Juliette Gréco ou Jean Gabin, ça m’attriste. On donne du budget pour financer des groupes de rap ou de raï, mais pas pour des gens qui font de la chanson. Récemment, je suis allé à Saint-Denis visiter la cathédrale. J’ai voulu voir nos chers rois et leurs tombeaux. Ensuite, je suis allé en terrasse. J’étais avec des amis. J’ai vu des musulmans passer devant la cathédrale et saluer le cœur de la cathédrale. C’est ça qu’il faut leur montrer aux gens, pas ce qu’il y a de négatif. On pourrait demander à des gens talentueux comme Vincent Delerm d’aller à Saint-Denis pour faire découvrir ce qu’est de la bonne chanson. Je suis sûr que les Dyonisiens vont venir. J’en ai marre que tout soit cloisonné. Je n’ai pas l’intention de refaire le monde, mais moi, ce qui m’intéresse, c’est de chanter un bon répertoire de chansons à droite, à gauche. Je vous garantis que je vais aller à Saint-Denis chanter Aragon.

Dans votre prochain livre, vous parlerez de tout ça ?

Bien sûr, je suis d’ailleurs en plein dedans, c’est pour cela que je vous dis tout ça.

Vous pouvez tout dire aujourd’hui, il ne peut plus rien vous arriver…

C’est ça. Je n’ai plus rien à prouver. Je m’en fous de déplaire. 

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Après l'interview, le 1er mars 2018.

Entrée libre avant ses deux "dernières" à l'Olympia.

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