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29 mai 2018

Flor del Fango : interview de Marucha Castillo et Napo Romero pour Hekatombeando

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Fflor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorormé à la fin des années 90, Flor Del Fango est composé de membres issus de la scène rock alternative des années 80. Ils sont réunis autour d'un projet musical latino rock psychédélique (Espagne, Mexique, Pérou) engagé aux côtés des Zapatistes et des minorités en lutte. 

Avec un seul album sorti en 2000, ce groupe n’avait pas vocation à renaitre un jour, et pourtant, Flor del Fango revient bel et bien pour une série de concerts et ce deuxième album, Hekatombeando. Douze nouvelles chansons qui respirent le soleil et les rythmes festifs. Elles évoquent des amours contrariés, des luttes collectives et des désirs de justice. On y retrouve vraiment l’esprit du premier album éponyme, dont on avait gardé un souvenir déjà plein de chaleur et de bonnes vibrations. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. C’est cette dernière, Marucha Castillo et l’un des membres éminents du groupe, Napo Romero (déjà mandorisé là pour parler d’un projet concernant Mano Solo) que j’ai rencontré en terrasse d’une brasserie parisienne le 16 mai dernier. 

Le disque (argumentaire de presse officiel) :flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandor

Flor del Fango revient dans un style évidemment latino mais repousse les limites du genre en explorant des hybridités musicales surprenantes. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. Les chœurs lui répondent aussi bien que les guitares. Flor del Fango nous offre un voyage où toutes les composantes de la musique s’entremêlent. En ressort une musique fantaisiste et festive, construite avec le souci du détail. On se laisse facilement surprendre par l’inventivité et la virtuosité des musiciens. Chaque chanson est semblable à une peinture surréaliste, des couleurs et des émotions inattendues, jusque dans leur nom : « Hekatombeando », « Melancolia sideral » ou « La punta del iceberg ».

Line Up :

Composé de musiciens de Manu Chao, Mano Negra, Parabellum, Chihuahua, Mano Solo, Frères Misères, Melissmell... tous réunis autour d'un projet musical rock latino! Marucha Castillo (chant lead), Napo Romero (guitares charango), Daniel Jamet (guitares), Madjid Fahem (guitares), Philippe Teboul (batteries percussions), Alejandro Marassi (basse), chant, Patrick Lemarchand (batteries percussions), F.R.Matuzenski (claviers).

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(Photo : Raphael Rinaldi)

flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorInterview :

Après 20 ans d’absence, le public semble ravi de vous retrouver.

Marucha : Ils sont contents comme nous le sommes nous.

Napo : Il faut relativiser, nous n’avons pas eu le même succès que la Mano Negra, mais l’accueil que l’on nous fait pour notre retour est super sympa. En Amérique du Sud, l’effervescence est grande. Notre premier disque avait bien marché là-bas.

Pourquoi revenez-vous ?

Napo : Le truc c’est qu’on ne s’est jamais séparés. On a arrêté par la force des choses, mais on n’a jamais annoncé la fin officielle du groupe. C’était juste une longue pause. A l’époque, on avait 24 morceaux jamais sortis, mais enregistrés, mixés et masterisés. L’année dernière, un copain du label Sabor Discos nous a appelés pour  nous dire qu’ils allaient casser la tirelire pour sortir ces chansons qui datent de 2003, 2004 et 2005. Il a fallu recontacter tout le monde et tout le monde a accepté de revenir. C’est bien parce qu’on était tous bien occupés.

Marucha : J’étais frustrée de savoir ces merveilles dans un tiroir. Je suis heureuse qu’enfin, le public puisse en profiter.

Napo : On ne pouvait pas ne pas les partager. Ce sont des chansons qu’on aime et qu’on écoute souvent.

Il manque à l’appel le guitariste d’origine, Sven Polhammer, qui n’est plus.

Napo : Il était un membre fondateur et c’est lui qui avait trouvé le nom du groupe, Flor del Fango. Il est irremplaçable aujourd’hui et il nous manque énormément.

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Il n’y a que des potes dans cette formation.

Napo : On se connait tous depuis 1981. On a une relation qui va au-delà de la musique. De toute manière, je ne peux pas travailler avec des gens avec lesquels je n’ai pas de feeling. Là, c’est du bonheur. Parfois, on parle ou on se marre tellement que l’on a du mal à jouer.

Flor del Fango à quoi de particulier par rapport à vos autres projets ?

Napo : Ce projet latino est notre petit port de pêche, un coin à nous qu’on aime bien, qui nous fait plaisir au-delà du commerce ou de la pression du business.

Marucha : C’est notre projet le plus engagé. On a donné notre premier concert lors d’une soirée de soutien à la cause des indiens du Chiapas et aux Zapatistes qui s’est tenue au Zénith à Paris en novembre 1997. Nous sommes des enfants d’une génération qui a souffert du franquisme ou des dictatures latino-américaines. On a grandi au son de Victor Jara, Atahualpa Yupanqui, Chavela Vargas, Violeta Parra, Camaron, Pata Negra mais aussi de Chuck Berry, Gene Vincent, Ry Cooder ou Santana. Personnellement, ça me réjouit d’être utile socialement.

Napo : On est tous issus du mouvement alternatif créé par nous-mêmes. Beaucoup des membres du groupe ont été formés dans la rue, dans des squats anarchistes, ça a beaucoup marqué notre parcours. Dans un mois, on sort un single sur la guerre d’Espagne. Demain, on parlera d’autre chose. Du jeune de 24 ans qui est devenu clochard et qui est dans la merde absolue. On est dans un monde super dur, on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. On s’engage dans un combat révolutionnaire et républicain pour ce pays. Nous sommes autant habités par la poésie que la politique. Comme disait Mano Solo, nous autres les artistes, nous sommes les journalistes de notre temps.

"Hekatombeando" (audio).

Le fond est grave, mais la musique festive.

Napo : On  ne fait  pas que des chansons revendicatives. C’est même loin d’être la majorité de notre travail. Si on prenait au premier degré les revendications dans la musique, ce serait super chiant en fait. 

Marucha : C’est rigolo parce que parfois, les gens dansent sur des textes qu’ils ne comprennent pas, mais qui veulent dire beaucoup.

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(Photo : fb-photographe)

Musicalement, c’est quoi Flor del Fango ?

Napo : Sven a apporté son influence chilienne, mais il y a aussi l’Argentine, l’Espagne, le Mexique et bien d’autres pays. C’est un mélange de notre culture latine qui est hyper large. Et le rock s’immisce dans toutes ses influences.

Marucha : Il y a la personnalité musicale de chaque membre du groupe. C’est quand même bien barré ! Il y a une putain d’énergie et ça, ça vient de l’entente, de l’amour et du respect  que nous avons les uns pour les autres.

Napo : Si tu fouilles, il y a tout un monde dans  notre  musique.

Cantina Esperanza de FLOR DEL FANGO. C'est le regretté Sven Pohlhammer, guitariste du groupe, qui avait écrit ce morceau d'anthologie.

Il faut gratter ou se laisser aller ?

Napo : Les deux. Il faut écouter puis réécouter. C’est super vivant… une véritable fourmilière. De par notre parcours, on ne peut pas faire un disque moyen, il faut rester inventif et explosif. On n’a pas envie que l’on dise que nous sommes trop vieux, donc fatigués.

Marucha : L’ambition que nous avons va au-delà de nous-même.

Marucha, tu es la seule femme du groupe. Il y a 7 garçons et toi… ça se passe bien ?

Marucha : On est pote depuis toujours, il n’y a aucun problème de cette nature-là.

Napo : Au départ du groupe, il y a avait aussi Ana. C’était un duo vocal féminin donc pas un groupe de mec. De toute façon, nous sommes tous respectueux des femmes. On aime Marucha et on la soutient à fond.

Marucha : Ils me  soutiennent pour la musique et leur attitude envers moi est irréprochable. Je comprends que tu poses la question en ce moment,  mais ça ne touche pas le groupe.

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Marucha Castillo et Napo Romero pendant l'interview...

Vous n’êtes plus beaucoup à jouer cette musique aujourd’hui, alors que dans les années 90, des groupes comme le votre pullulaient. As-tu une explication à cela ?  

Napo : Il y a deux explications. Aujourd’hui, la musique est faite avec des machines, des DJs. Tourner à 8 aujourd’hui, c’est un truc de fou absolument pas raisonnable. En plus, nous nous battons pour que  nos places de concert ne soient pas chères… ce n’est pas comme ça que l’on gagne beaucoup d’argent. Les jeunes d’aujourd’hui sont conditionnés par le pognon, donc notre façon de faire ne leur donne pas envie.

La deuxième explication ?

Napo : C’est que pour beaucoup de gens, la révolution, c’est foutu. Nous, la révolution, on la poursuit contre vents et marées dans ce monde hyper nombriliste. On essaie de partager quelque chose sans faire semblant. La Flor nous tire vers le haut. Quand on a cette relation-là dans un groupe, on s’oblige à être bon, valeureux, amical, à laisser à la porte nos soucis, tout le bad que l’on trimballe.

Marucha : Pour nous, c’est super important d’agir avec justesse et justice. On ne laisse pas l’ego rentrer. Ce qui nous importe, ce sont les autres.

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Après l'interview, le 16 mai 2018.

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