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23 mai 2018

Lucien Chéenne : interview pour Pied Tendre

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockLucien Chéenne, nous l’avons découvert au sein de son groupe Chéenne de vie, puis avec deux EPs solo dont l'inspiration allait de Johnny Cash à Félix Leclerc en passant par Caussimon, Desjardins et Dylan. Aujourd’hui, avec son nouvel album Pied Tendre, Chéenne chante la vie et l’amour (souvent avec ironie), en folk, en blues et country, parfois taquiné par des cuivres diablement efficaces. Bref, j’aime beaucoup. Une mandorisation s’imposait donc.

Le 15 mai dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de la place de la République.

Biographie officielle :

Il y a les voyages qui forment la jeunesse. Il y a ceux qui ouvrent de nouveaux horizons. La boucle par Tadoussac, trésor caché du Québec où le souffle des baleines envahit le fleuve Saint-Laurent, a eu raison de ses certitudes. Choc émotionnel, humain et artistique. Remise en question, en 2014, à la sortie de ce précieux festival de chanson dans lequel il était invité à participer aux chemins d'écriture. Lucien Chéenne envoie alors valser le rock twist-surf des années 50, la batterie - excepté sur disque - et les textes à tiroirs. Une trajectoire comme un destin. Et surtout une volonté manifeste de professionnalisme. Donc Lucien Chéenne, trentenaire bavard, volubile et qui a le goût des autres. Tombé dans la marmite chanson à l'âge de seize ans sous l'influence d'un ami de la famille. Les premiers élans se passent sur la côte bretonne. Il fait la manche là-bas puis retourne dans sa Sarthe natale. Au sein de son premier groupe Chéenne de vie, il détale déjà devant la conformité de masse et s'affiche comme un fidèle allié de la langue française. Cinq ans en collectif et c'est l'échappée belle solo.

Lucien Chéenne a l'originalité qui déborde. Mais une originalité d'historien de la musique populaire. Johnny Cash, Bob Dylan, Hank Williams d'un côté. Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Félix Leclerc, de l'autre. Et l'amour sans limite de ses aïeuls folk aussi : Michel Corringe, Jean-Roger Caussimon, Michel Tonnerre.

Le disque (argumentaire officiel):lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Enregistré au Garage Hermétique à Nantes par Nicolas Moreau (Pete Doherty, Raoul Petite, Dominique A) s'intitule Pied Tendre. Entendre par là : le nom donnée par les Amérindiens aux colons blancs qui refusaient de marcher pieds nus par snobisme. C'est un disque chaleureux et accueillant d'un chanteur en liberté. Lucien Chéenne a le profil du type qui ne se la raconte pas. Il enfourche autant le vieux canasson country-folk que la bécane vrombissante d'un blues-rock brut de décoffrage. Il peut se le permettre puisque il chante à cœur ouvert. Des chansons tissées à partir de souvenirs à la fois respirés et observés. Des chansons injectant du kérosène au réalisme des situations. Des chansons jamais contraintes par la norme et l'époque. On pense à Dylan et son illustre opus Highway 61. Il se dit même que Lucien Chéenne a failli appeler l'album Desolation row.

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockInterview :

Avant la création de ton groupe Chéenne de vie, tu faisais déjà de la musique ?

J’ai commencé cette activité tout seul à 8 ans. J’avais un tout petit piano ridicule et je faisais de la batterie sur des sceaux. C’était la pleine époque du hard FM. J’avais envie de faire du hard avec des permanentes (rires). Sinon, j’écoutais les Guns N’ Roses, mais aussi les Frères Jacques. J’ai des parents très anciens qui m’ont appris beaucoup de choses vraiment « old school ».

Tu comprenais quoi au hard rock à 8 ans ?

Rien, mais c’était un exutoire. J’adorais voir les mecs qui pétaient des câbles. Il y en avait plein et vraiment, ça m’a donné envie de faire pareil.

A quelle âge as-tu écris tes premières chansons ?

A 16 ans. Je composais et j’écrivais les textes, ensuite, j’allais les chanter dans les rues en Bretagne. Je chantais tout en Français parce que c’est ma langue.  

Le public dans la rue était réceptif ?

Je voyais que les gens s’arrêtaient et écoutaient. On me disait que j’avais une voix.

Clip de "Tout pris".

Je crois que tu étais « punk » à l’époque.

Oui, j’avais une crête et tout. Mon groupe Chéene de vie, que j’ai monté à 18 ans, était presque un groupe punk, même si on chantait des chansons. Mais avant cette formation, j’ai joué dans plein d’autres. Je cherchais où était ma place et ce que je voulais faire exactement. J’ai appris à grandir et à m’émanciper dans cette jungle avec toute cette faune-là.

Jungle ?

C’était la petite jungle dans la grosse jungle. C’est ça qui est bien avec l’alternatif. Il faut toujours se battre et éviter les dangers.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockUn jour, tu montes donc Chéenne de vie ?

Je ne comprenais rien aux « musiques actuelles », à ce qui se faisait de très « hype » et très contemporain. J’avais donc besoin d’être entouré et d’être dans cette musique et culture indépendantes. On a bien tourné sur les scènes alternatives. Chéene de vie, ça a été une grosse aventure… très formatrice.

Pourquoi as-tu arrêté le groupe?

A un moment donné, j’en ai eu ras le bol. Quand on dit qu’un groupe, c’est comme une famille, c’est de la poudre aux yeux. On est très seul, même si on est accompagné. Par la force des choses, c’est un peu « chacun pour sa gueule ». Si t’es trop gentil, tu te fais bouffer, si tu es trop méchant, tu restes tout seul. J’ai préféré me prendre en main sans l’aide des autres.

Tu as étudié la musique de l’intérieur.

Grace à la musique, et au travers d'elle, j'ai pu faire de la sociologie, recouper, tester, apprendre sur moi et sur les autres. La musique est une véritable loupe qui permet de mieux comprendre le monde, son histoire, ses répétitions; ses erreurs. Grâce à elle, on peut apercevoir un tas de trucs qui nous parlent tout de suite. La génération qui chantait pour la paix a été remplacée par celle qui chantait le pognon. Aujourd'hui, quels sont les messages?

Teaser de l'album Pied Tendre.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockJe te trouve engagé quand tu me parles, mais tes chansons ne le sont pas.

Avec Chéenne de vie, on était engagés, avec mon projet personnel, je voulais l’être moins, sortir de cette ornière-là. J’estime que mon engagement ne regarde que moi. Le rôle du musicien ou de celui qui écrit des chansons, ce n’est pas de faire la morale aux autres. A un moment, Bob Dylan a fait la bascule. Il s’est transformé en moraliste. A partir de là, on a commencé à le siffler en concert. Quand on bascule dans la morale, ça n’intéresse plus personne. Ce n’est pas ce qu’on a envie d’entendre. Ce qui nous intéresse, c’est éventuellement un réveil des consciences, une piqure de rappel, pas que l’on nous récite un dogme. On est au XXIe siècle, les grandes aventures sociales sont finies, les quêtes humaines aussi. La quête individuelle semble être celle qui a le plus de sens, même si cela reste largement discutable

Tu as surtout la volonté de divertir ?

Oui, complètement.

Tu pratiques pas mal l’autodérision dans tes chansons ?

C’est une de mes forces, une marque de fabrique.

Musicalement, ton disque donne aussi envie de danser.lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Dans ma musique, il y a une grosse influence Johnny Cash. Je peux dire que je fais du country rock en français.

Ce n’est pas un peu désuet en France ?

Sûrement. Mais comme la musique électronique. Je te signale que Pierre Henry a inventé ça dans les années 60. La mode, c’est vulgaire. L’intéressant, c’est justement le désuet.

Quel est l’artiste dont tu aimerais avoir une carrière similaire ?

Serge Gainsbourg. C’est la classe internationale ! Quand il faisait un disque, il pensait déjà aux deux suivants. Il a toujours eu des coups d’avance et ses textes sont purs et limpides. Gainsbourg indique toujours un futur. Aujourd’hui, les jeunes sont très  influencés par lui. « La carte postale » de Juliette Armanet, c’est du Gainsbourg. Julien Doré, il ne fait pas du Gainsbourg période L’homme à la tête de chou ? Non, vraiment, il est présent aujourd’hui chez plein de gens.

Mais il ne t’a pas influencé toi ?

Tu plaisantes ? Serge Gainsbourg a de superbes morceaux de country. « Un violon, un jambon », par exemple.

"Un violon, un jambon" par Serge Gainsbourg (réalisé par Jean Bacque le 20/11/65).

Tu es plus exigeant en musique ou en textes ?

Les deux mon général ! Un peu d’exigence, un peu de compassion et beaucoup d’écoute. On a le droit de faire des erreurs. Parfois, les erreurs ont un sens.

Tu travailles déjà sur un nouveau disque ?

Oui. Et comme Gainsbourg, ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur un contre-pied.

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Pendant l'interview...

Quelle tournure aimerais-tu que ta « carrière » prenne ?

Je n’ai pas envie de devenir Johnny Hallyday non plus, d’ailleurs, de ce côté-là, il n’y a pas de risques. Mais, il ne faut pas se leurrer, à partir du moment où on fait un métier sur scène, un métier où on se fait voir et où on cherche la lumière, il y a forcément une volonté d’aller toujours plus loin et d’être reconnu par le plus grand nombre. Si je ne suis pas plus connu que je ne le suis aujourd’hui, ce n’est pas grave. La vie que je mène aujourd’hui est déjà exceptionnelle pour moi.

C’est long de construire une carrière ?

Très long. Il y en a qui vont très vite, je ne sais pas comment ils font.

Doutes-tu souvent ?

Oui. Si je ne doutais pas, je n’aurais pas fait musicien, mais trader (rires).

Pour finir, je vais demander à ton tourneur, JB ce qu’il pense de toi (il était à nos côtés lors de l’interview) ?

JB : Pour aborder mon métier, je choisis l’humain plutôt que l’industrie Avec Lucien, on se connaît depuis le lycée. J’ai toujours aimé son univers. Je le suis depuis Chéenne de vie. J’ai envie de le  mettre dans la lumière parce que son discours et sa musique sont vraiment intéressants. Il y a un chemin à faire avec lui et si je peux apporter la pierre à l’édifice en le poussant loin, j’en serais très heureux.

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Après l'interview, le 15 mai 2018.

Commentaires

Je connais déjà cet artiste qui est passé entre autres par Le Mans Cité Chanson ! un mec hyper généreux, humble, sympa et talentueux ! Longue et belle route à toi Lucien !
Biz. Marie

Écrit par : Marie Froger | 24 mai 2018

Ça remonte à très longtemps. Je suis à Frere à Jean Marc Stephane
Je te souhaite une longue et belle carrière

Écrit par : Lebreton | 29 mai 2018

Ça remonte à très longtemps. Je suis à Frere à Jean Marc Stephane
Je te souhaite une longue et belle carrière

Écrit par : Lebreton | 29 mai 2018

Les commentaires sont fermés.