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10 mai 2018

iAROSS : interview pour Le cri des fourmis

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Avec la sortie du nouveau disque de iAROSS, Le Cri des fourmis, plus de doute sur la question : il va falloir sérieusement compter sur ce trio montpelliérain, au cœur de la chanson française. 13 textes profonds qui ne laissent pas indifférent et qui osent répondre à la folie du monde. Chacun interroge bien plus qu’il ne dénonce. Entre rock, jazz et chanson (pas question d’entrer dans une case), ce disque à la rage contenue est aussi brillant musicalement que textuellement. J’ai rencontré le leader du groupe, Nicolas Iarossi, dans un café des Grands Boulevards, le 23 mars 2018.

Biographie officielle (par Stéphanie Berrebi) :

C’est la rencontre de trois styles, un son fluide, limpide, évident, reflétant des influences multiples. Le trio, issu du conservatoire,  fusionne jazz, rock, chanson française et slam. C’est avec ce mélange très particulier que les montpelliérains se sont déjà fait remarquer avec leur deuxième album Renverser, Coup de cœur de l’Académie Charles Cros.

Pendant les trois années qui séparent les deux disques, iAROSS a pris le large, se nourrissant de ses voyages (Japon, La Réunion, …) et revient avec cette envie d’aller encore plus loin dans la recherche de sa sonorité propre.

Les morceaux sont nés autour des textes, le groupe voulait en respecter l’ossature et éviter le superflu. L’équilibre est trouvé, entre l’épure et les envolées aussi puissantes que planantes, avec les guitares et claviers de Colin Vincent, le violoncelle de Nicolas Iarossi et la batterie de Germain Lebot (c'est désormais Julien Grégoire qui le remplace sur scène).

C’est un album tout en relief, à l’image de la vie, avec ses moments calmes et ses moments de rage, de folie.

Et de la rage, il y en a. Le titre « Le Cri des Fourmis » exprime cette révolte des petites gens, notre impuissance et notre désarroi.

Inspiré par les auteurs précurseurs du surréalisme tels Rimbaud ou Lautréamont, et le cinéma poétique des années 50, de Pasolini ou Bertolucci, le chanteur, slameur, poète à la voix rauque, use de la métaphore, d’images fortes et parlantes pour exprimer ses ressentis, de la rupture amoureuse aux problèmes de société.

On retrouve chez iAROSS l’empreinte du « Théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud, cette souffrance d’exister, cette idée que le “monde glisse et se suicide sans s’en apercevoir”.

Le disque par Patrice Demailly (extrait du journal Libération du 10 mars 2018):iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interview

Le groupe montpelliérain, à qui on souhaite vivement une visibilité plus marquée, a passé un sérieux cap avec son troisième disque, Le Cri des fourmis. Sa musique a gagné en grandeur et en discipline, sans rompre avec ses diversions climatiques menaçantes et ses longues divagations instrumentales. Entre chanson, incursions jazz et velléités rock progressif, Iaross n’a pas choisi son camp. Un souffle panoramique sous couvert de tempête grondante et d’un désenchantement verbal. Le chanteur-violoncelliste Nicolas Iarossi assume ses élans anars : «On enverra tout paître / Des images à brider / Des reflets sans reflets / Des ravages effrénés / Des rouages étalés.» Le texte de cette chanson, « Chiens de garde », prend son impulsion du côté de l’auteur anti-capitaliste Paul Nizan. Iaross, indocile et mordant, avant l’embrasement.

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iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interviewInterview :

Quand as-tu commencé la musique ?

Très tôt. Je devais avoir trois ans quand j’ai suivi une initiation à la musique. Jusqu’à 7 ans, j’ai appris une méthode américaine par l’oralité, ensuite je suis rentré au conservatoire. J’ai commencé le violoncelle à ce moment-là.

Peux-tu m’en dire plus sur cette méthode américaine ?

Tu vas directement à la pratique. Bien sûr, il y a la théorie, mais ce qui est vraiment important, c’est le jeu. On s’amuse en apprenant. D’ailleurs, dans le travail que l’on fait avec iAROSS, on fait ça aussi. On n’analyse rien, on est dans l’instantanéité. C’est très instinctif.

Tu as fait des études de musicologie, tout comme tes deux acolytes. On y apprend quoi ?

On apprend l’histoire de la musique classique du moyen âge jusqu’à la musique contemporaine.

Au fond, ça sert à quoi ses études-là quand on est musicien?

C’est avant tout un bagage culturel. Quand j’écris une chanson, je lis un livre. Ce livre va peut-être m’amener des idées. C’est pareil pour les études de musicologie. Quelque part, beaucoup de choses apprises m’ont inspiré dans ma musique, sans savoir quoi exactement. C’est de la nourriture pour l’écriture.

Clip de "Traces".

Ce bagage culturel n’est-il pas trop encombrant ?

Il faut le digérer. Il faut savoir quel propos on a envie de donner. Avec ce disque, il me semble que c’est la première fois que nous y parvenons. Je dirige beaucoup plus, je sais où je veux aller.

Tu veux aller où ?

On a changé de batteur il y a deux mois. Ça change énormément de choses. Il est plus dans l’influence musique contemporaine/electro jazz, ça nous dirige vers d’autres portes.

Mais tu gardes le côté hip-hop ?

Oui, parce que le hip-hop, le rap d’origine, celui qui est social, politique et pas lisse, m’intéresse beaucoup.

Clip de "Chiens de garde".

Est-ce que l’album Le cri des fourmis est un disque politique ?

Oui, mais ce n’est pas de la politique politicienne. Tu ne peux pas monter sur une scène pour ne rien raconter. Ça n’a aucun intérêt. Un artiste doit être un passeur qui proposent des messages politiques. Le rôle de l’artiste, c’est aussi de tenter de changer les choses. Dans le prochain disque, il y a la volonté de livrer des messages toujours aussi imagés, mais plus clairs dans le propos.

Tu vas donc freiner tes ardeurs de poète ?

Comme je viens de te le dire, j’ai envie d’être plus direct sans casser le côté poétique. C’est hyper difficile. J’aimerais arriver à écrire des chansons comme « Avec le temps » et « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Elles sont magnifiques, poétiques et elles t’arrivent directement au cœur et à l’âme.

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Le 9 mars 2017, avec Colin Vincent (guitares et claviers de iAROSS) et Nicolas Iarossi (chanteur/slameur et violoncelliste de iAROSS) sur la terrasse de la Scène du Canal à Paris lors d'une première mandorisation. Elle ne verra jamais le jour, car l'interview était sur mon iPhone. Celui-ci m'a été dérobé dans le métro quelques jours plus tard... Dommage car nous avions aussi parlé du groupe Volin, dont Colin est le leader.

(Photo : Sissi Kessaï, l'attachée de presse du groupe.)

Tu écris comment ?

Très souvent je compose, puis j’écris sur la musique. C’est à l’instinct. Il faut que l’écriture soit musicale, qu’elle rentre dans l’émotion, qu’elle coule... Le texte, c’est comme une partition de musique. C’est même rythmique. Le rythme, c’est la base de la musique. Suivent ensuite l’harmonie et la mélodie.

"Comment marcher droit" en sextet avec Trio Zephyr le 22 novembre 2017 au Théâtre Gérard Philipe de Montpellier.

Tu n’aimes donc pas trop les artistes de divertissement?

Heureusement que ça existe, mais au regard de ces deux façons d’envisager la musique, il y a une visibilité plus accrue dans un sens que dans un autre. Parce qu’il y en a un qui dérange et l’autre pas. Je ne crache pas sur le divertissement, ça fait du bien aux gens, mais je rappelle qu’au 16e siècle, il a été utilisé par le cardinal Mazarin pour avilir les foules. Je pense qu’aujourd’hui, il y a aussi un peu de ça.

Tu es un chanteur qui dit des choses… tu penses quoi de la société actuelle ?

Il faudrait une bonne petite révolution pour que les choses changent. Il y a un nivellement par le bas dans tout. Les intellectuels ne parlent plus. Tout se passe sur les réseaux sociaux où tout le monde y va de son petit commentaire sans fond. Plus personne ne se regarde dans les yeux pour dire les choses.

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Pendant l'interview...

Considères-tu faire de la « chanson française » ?

A partir du moment où tu mets un texte sur de la musique, ça devient une chanson. Tous les songwriters des années 70 comme Bob Dylan ou Leonard Cohen faisaient des chansons. Si on doit nous mettre dans une catégorie, celle-là ne nous déplait pas, même si on a l’esprit rock.

Comme Higelin (qui n’était pas encore décédé le jour de cette interview), dont vous avez fait la première partie un jour…

Nous sommes comme lui. On adore que le public soit près de nous. On adore quand il y a de l’intimité parce que ça donne l’impression que nos propos passent 100 fois plus. Alors qu’il jouait sa chanson « Champagne », Higelin s’est arrêté parce qu’il en avait marre de cette distance énorme qu’il y avait avec le public. Il a dit : « Bon, maintenant ça suffit ! Vous vous rapprochez tous de moi. Vous vous levez et vous venez. Je me fais chier tout seul ». J’aime cet état d’esprit.

"14/14" en live à Mourèze.

Il est clair que vous n’êtes pas reconnu à votre juste valeur. Vous souffrez du manque de notoriété ?

Non, parce que l’on sait d’où l’on vient. On fait un chemin qui nous permet d’avoir un regard critique sur les choses et de garder les pieds sur Terre. Nous sommes dans le réel et pas dans le bling bling. Mais, effectivement, on aimerait avoir un peu plus de visibilité, juste pour que notre message soit entendu par plus de monde.

Vous êtes bien dans ce milieu ?

Oui. Il faut être bien entouré avec des gens de confiance. Notre tourneur qui est aussi notre producteur sur cet album, notre éditeur, notre attachée de presse… sont des gens de confiance, c’est le principal.

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Avec Nicolas Iarossi, après l'interview, le 23 mars 2018.

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