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26 avril 2018

Sarah Toussaint-Léveillé : interview pour La mort est un jardin sauvage

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(Photo : Jerry Pigeon)

sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandorJe ne sais pas ce qu’il y a au Québec, mais la plupart des artistes sont enthousiasmants. Sarah Toussaint-Léveillé n’échappe pas à la règle. Elle m’a conquis dès la première écoute de son deuxième album, La mort est un jardin sauvage. Entre pop et chanson folk, ses chansons douces-amères sont imprégnées de mélancolie. Accouchement, pertes, deuil, passage à l’âge adulte… Voilà des thématiques universelles, mais les chansons sont très personnelles et son écriture fine, infiniment poétique.

Le 13 mars dernier, lors d’un court séjour parisien, je lui ai donné rendez-vous dans un bar de la place du Trocadéro.

Biographie officielle :

Sarah Toussaint-Léveillé est une jeune artiste multidisciplinaire de 26 ans, passionnée d’écriture, de musique et de cinéma. Son cœur cynique carbure au rire, et c’est souvent son rire qui parle à sa place. Elle s’exprime en images, des fois pesantes, des fois vulnérables. Des fois en mosaïque, des fois en gueulant, parfois presque en chuchotant.

En 2012, elle lance un premier album, La Mal Lunée, qui fait son chemin sur la scène musicale francophone. La jeune auteure-compositrice-interprète fait de nombreuses prestations un peu partout au Québec, en France, ainsi qu’en participant à toutes sortes de vitrines, concours, festivals et résidences artistiques (Francofolies, Tadoussac, Petite Vallée, Vue sur la Relève, tournée ROSEQ, résidence d’écriture avec Gilles Vigneault, etc). Après avoir fait une vitrine à Rideau 2014 et remporté le prix des Diffuseurs Européens, en plus d’avoir gagné les entrées en scène Loto Québec grâce à Vue sur la Relève, elle se retrouve avec une soixantaine de dates pour 2014-2015.

Le disque (argumentaire officiel) :sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandor

Sarah Toussaint-Léveillé se consacre ensuite à l’écriture et l’enregistrement de son deuxième album, co-réalisé avec Socalled. La mort est un jardin sauvage sort en 2016. Ses textes de chansons sont imagés, mêlant le surréalisme au réalisme. Elle met en avant une poésie sincère et introspective, portée par des arrangements de cordes à la fois doux et puissants.

Très bien reçu par la critique, La mort est un jardin sauvage s’est vu récompensé en avril 2016 par L’Académie Charles-Cros (France), qui lui décerne le prix Coup de cœur Francophone Québécois. Mais elle a aussi obtenu deux nominations à l’ADISQ (auteur ou compositeur de l’année, prise de son et mix de l’année) et deux nominations aux GAMIQ (album folk de l’année, prix du public).

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sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandorInterview :

Souvent, les journalistes qui connaissent ton travail disent que tu as fait d’énormes progrès entre ton premier disque La mal lunée et celui-ci, La mort est un jardin sauvage. Ce n’est pas vexant de lire ça ?

Non, parce que c’est souvent moi qui le dit. J’ai écrit les chansons de mon premier disque entre l’âge de 15 et 20 ans. Je me suis lancée sans réfléchir. Même si j’ai toujours fait de la musique, ce n’était pas mon premier amour artistique. Le fait que je me mette à chanter est un peu un accident.

C’était quoi ton premier amour artistique alors ?

L’écriture. Pour le théâtre, pour la musique, pour le cinéma… D’ailleurs, quand j’écris une chanson, c’est vraiment comme un film. Je visualise toutes les images. J’écris souvent en image et c’est peu réaliste.

Tes chansons sont pleines de poésies, de métaphores, mais parfois, c’est plus dans le concret.

C’est un mélange des deux.

Par exemple, ta chanson « Pas à pas »  me plait beaucoup, mais je ne l’ai pas vraiment comprise.

C’est normal. Même moi, je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La signification peut évoluer en cours d’écriture.

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Ça peut friser l’écriture automatique ? sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandor

Non. J’écris beaucoup et quasiment tout le temps. J’ai toujours un cahier avec moi qui me sert à noter ce que je pense, ce que je vois, c’est comme un journal intime, ou pas. Parfois quand j’écris une chanson sur un thème précis, je me souviens avoir écrit quelque chose sur ce même thème dans mes cahiers. Je recherche et si c’est intéressant, je l’inclus dans ma chanson.

Ton disque parle beaucoup de la mort.

J’évoque aussi le passage.

Le passage ?

Oui, ça peut-être la naissance par exemple. C’est le thème de ma première chanson « Ta tempête ». La naissance est un état où tu pousses tes limites. Tu es à la fois dans la plus grande vulnérabilité et en même temps, dans la plus grande puissance humaine.

"Ta tempête" (extrait de l'album La mort est un jardin sauvage) à Montréal en lumière 2015. Live au Lion d'or.

sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandorLa mort te fait peur ?

Oui. J’ai peur de mourir et j’ai envie de vivre longtemps. La mort des gens que j’aime et qui sont autour de moi me terrorise aussi. En écrivant sur ce sujet, ça exorcise quelque chose. Dans la société occidentale, il n’y a pas beaucoup de rituels liés à la mort. On n’a pas le temps de réfléchir à ce sujet. C’est même tabou. Ça manque à nos traditions du coup, personne n’est à l’aise avec la mort.

Dans « L’escargot » et « La guitomane », tu évoques la peur de l’engagement avec l’autre. Ça te concerne ?

Oui. Comme beaucoup de personne, on a envie que la relation fonctionne, qu’elle se développe, qu’elle grandisse. C’est difficile de trouver l’équilibre entre les compromis à faire et rester soi-même.

"La guitomane" (extrait de l'album La mort est un jardin sauvage) à Montréal en lumière 2015. Live au Lion d'or.

Dans « La guitomane », tu insinues presque qu’il est impossible d’aimer ou d’être aimé quand onsarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandor voue sa vie à la création.

Au contraire, c’est très possible en fait. L’amour et le désir sont même de grandes sources d’inspiration. L’amour, c’est ce qui fait que l’on écrit. Si on n’aime pas, c’est difficile d’écrire quelque chose de vraie et de toucher les gens.

Quand il t’arrive quelque chose de négatif dans la vie, en fais-tu des chansons qui te permettent de sublimer le malheur ?

Je le fais instinctivement, mais ça ne finit pas nécessairement en chanson enregistrée. Le moteur de l’écriture c’est les états d’esprit comme la tristesse, le bonheur ou la souffrance. Ça me fait du bien d’écrire parce que le problème se détache de moi et je peux l’observer.

"Prison voyageuse" (live session quatuor) extrait de l'album La mort est un jardin sauvage. Son et mix: Tyler Fitzmaurice, caméra et montage: Marc-André Laurin (Northand Films)

sarah toussaint-léveillé,la mort est un jardin sauvage,interview,mandorDans « Prison voyageuse », tu expliques qu’on peut aimer d’amour une personne du sexe opposé ou du même sexe.

C’est l’histoire d’une personne qui traversent ses deux envies là et qui essaye de se comprendre. Quand on est ouvert dans son orientation sexuelle, ça dérange les gens parce que cela provoque des questionnements chez eux sur leur propre orientation et leurs propres envies. Les personnes comme moi sont le miroir des gens. Souvent, ils ont besoin de nommer la bisexualité, je peux le comprendre. Moi, je veux juste vivre telle que je le souhaite. Que je fréquente un homme et que trois mois plus tard je fréquente une femme, dans l’ensemble, on s’en fout.

Est-ce que tu essayes d’universaliser tes histoires personnelles quand tu écris ?

Pas vraiment. Ça voudrait dire que je suis capable de toucher tout le monde. Je ne veux pas diluer mon propos pour qu’il passe mieux. Je peux juste parler de ce que je connais, des choses que je vis, des discussions que j’ai avec des gens. Je me projette dans ce qui me touche et j’y  rentre à fond. Je veux être le plus juste possible dans ce que je ressens. Ceux qui m’écoutent doivent au moins ressentir de la sincérité.

"Mille et un cris" (live session quatuor) extrait de l'album La mort est un jardin sauvage. Son et mix: Tyler Fitzmaurice, caméra et montage: Marc-André Laurin (Northand Films)

Dans tes chansons, tu te livres beaucoup. Es-tu pudique à la base ?

Je suis pudique, mais dans une chanson, je ne me dévoile pas entièrement, de plus, je choisis ce que je dis et ce que je ne dis pas. Il y a toujours une façon de rester fidèle à soi-même en gardant de la pudeur, mais en disant pourtant beaucoup. C’est un juste milieu à trouver.

Je ne te parle pas trop de tes chansons parce que je présume que tu n’aimes pas ça. Tout est dit dans une chanson, non ?

C’est exactement ça. Je n’aime pas les expliquer. Ca brise l’interprétation que les gens peuvent s’en faire. Parfois, quand j’écoute des chansons, moi aussi j’aimerais bien savoir d’où elles partent, ce qu’il y a derrière… c’est intéressant de connaître l’histoire d’une chanson. Je reviens sur ce que je viens de te dire. Ça ne me dérange pas de parler du thème d’une chanson, de la réflexion qu’elle englobe, mais ce que je ne veux pas, c’est de l’analyser phrase par phrase. Mes chansons sont souvent un ressenti, ce n’est pas à moi d’analyser ce que je fais.

Tes textes sont souvent très longs.

(Rires.) La graphiste qui a fait le livret du disque a un peu galéré. Sérieusement, souvent on veut faire court parce qu’une chanson, au-dessus de 3 minutes, ça ne passe pas à la radio. Moi, je ne m’interdis rien, je ne pense pas aux conséquences de cette nature-là.

Clip de "L'escargot", extrait de l'album La mort est un jardin sauvage.

Dans tes clips officiels, on ne te voit jamais. Ce sont des dessins-animés. Pourquoi ?

Je ne suis pas à l’aise avec la caméra et je ne veux pas faire semblant. Mes clips me permettent de travailler avec des gens de l’animation. J’adore ce milieu-là parce que tout est possible. C’est magique. Cela me permet de transformer mon « œuvre » en autre chose.

Tu as travaillé avec Socalled, parle-moi de lui.

Cet homme est une drôle de créature. Il est connu un peu partout dans le monde, mais paradoxalement, c’est l’homme le plus discret du monde, donc personne ne sait vraiment qui il est. Il a apporté beaucoup à cet album dans les arrangements. Il m’a apporté beaucoup de stimulation.

Ton père, François Leveillé, chanteur et humoriste très connu dans ton pays, est ton producteur. Ça se passe bien ?

On est tous dans le milieu artistique chez nous. Ma mère est directrice de production à la télévision. Bref, au départ, je voulais m’autoproduire pour être indépendante, mais j’étais jeune et je ne savais pas comment faire. Mon père, très naturellement, a donc décidé de m’aider et tout se passe à merveille entre lui et moi.

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Après l'interview, le 13 mars 2018.

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