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15 avril 2018

Vanessa Philippe : interview pour A l'abri du vent

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(Photo : Marta Bevacqua)

vanessa philippe, a l'abri du vent, interview, mandorVanessa Philippe vient de sortir un album tout en délicatesse qui allie harmonieusement chansons française, pop et folk. Ses textes sensibles et métaphoriques nous happent et ne nous lâchent plus. On décèle dans A l’abri du vent une fausse naïveté, mais ne vous y trompez pas, comme le dit le site Indiepoprock, « c’est le disque d’une artiste française, projetant des sentiments profonds, troubles, souvent noirs mais jamais complaisants, dans une musique ambitieuse et belle, aux racines ténébreuses. »

Le 9 mars dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans une brasserie de Trocadero pour une première mandorisation.

Biographie officielle :

Auteur-compositeur, c'est après deux premiers albums de chansons françaises, La dérive en 2008 et La fille sans qualités en 2011, que Vanessa Philippe a écrit et co-compose My Man avec Naïm Amor (Calexico) en français et en anglais, un troisième album plus rock, plus «live» sorti en 2015. Également danseuse et chorégraphe, elle décide de mettre en scène ses chansons et réalise plusieurs clips vidéos (en rotation sur D17, MTV, TV5 monde), notamment pour les titres "Quand je te vois" et  "Woman, Who's a Woman". 

L’album (argumentaire  officiel un peu raccourci): vanessa philippe, a l'abri du vent, interview, mandor

Dans une forme d’écriture inconsciente ou automatique, Vanessa Philippe passe plusieurs mois à composer seule des mélodies à la guitare, sur des accords simples, improvisant des textes.

Elle fait alors écouter ses 11 titres à Fredda et lui propose de re-composer 5 chansons pour ajouter de la couleur au projet. La réalisation avec Pascal Parisot (le compagnon de Fredda) est évidente, l’envie de Vanessa étant d’aller vers quelque chose de simple, un son épuré avec des samples, dans une tendance pop-folk électro.

C’est «à la maison» que Pascal réalise et joue l’ensemble des chansons avec un instrumentarium limité, identique sur tous les titres, ainsi que quelques samples bien choisis. Acoustiques, pop ou aux limites de l’électro, les arrangements sont aériens et organiques, complètement en accord avec les aspirations de Vanessa. La fragilité de la voix est volontairement mise en avant. Sur une proposition de Fredda, Vanessa Philippe confie ensuite le mixage à Jim Waters (French Cowboy, The Little Rabbits) à Tucson.

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(Photo : Marta Bevacqua)

vanessa philippe,a l'abri du vent,interview,mandorInterview :

Ton premier disque est sorti en 2008. Tu fêtes donc tes 10 ans de carrière.

Et encore, la première version de mon premier disque La dérive est sortie en 2006.

A la base, tu es danseuse.

Depuis toute petite. D’abord danseuse classique, puis contemporaine, mais j’ai toujours écrit. Dès l’âge de 10 ans,  j’écrivais des journaux intimes, des poèmes, des nouvelles… rétrospectivement, je me rends compte que ce que j’écrivais n’avais que peu d’intérêt. J’habitais au Cameroun, je racontais donc ma vie là-bas. Plus j’approchais de l’adolescence, plus j’écrivais des poèmes nourris par mes lectures. J’aimais beaucoup Les fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Tu n’écrivais que de courts textes ?

A 19 ans, j’ai écrit aussi un vague roman qui s’appelle La saison des pluies. Il n’a pas été publié.

Tu as fait des études de communication.

C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai rencontré un compositeur qui cherchait des textes. J’en avais, je lui en ai donc proposé. Il m’a demandé de les interpréter moi-même et, de fil en aiguille, on en avait suffisamment pour enregistrer un album entier. Ce n’était pas du tout prévu. J’aime bien que la vie me réserve ce genre de surprise.

Ça a été une révélation ?

C’est tout à fait ça. C’est devenu vital pour moi de faire des chansons.

Clip de "Not a Siren Song", extrait de l'album A l'abri du vent.

Quand on décide de chanter sérieusement, on prend des cours ?

J’étais complètement autodidacte, donc rien n’a été facile au début. J’ai pris quelques cours  pour apprendre à chanter juste, mais pas beaucoup. Je voulais garder une certaine fragilité.

En 2009, tu faisais deux concerts par mois dans des salles à Paris.

Comme je n’étais pas connue, je ne vais pas prétendre que je réussissais à remplir les salles. Au bout d’un moment, j’ai donc arrêté de me produire.

En 2011, tu sors ton deuxième album, La fille sans qualités.

J’étais enceinte à l’époque, du coup, j’ai écrit des chansons plus joyeuses, plus libres, plus métaphoriques. J’avais une sorte d’apaisement et de légèreté qui n’étaient pas présent dans mon premier disque.

En 2015 sort un troisième album, My man.

J’ai composé moi-même quelques chansons parce que je n’avais plus de compositeur. Celui de mes deux premiers albums n’avait plus envie de faire des chansons parce qu’il trouvait que ça ne prenait pas, qu’il n’y avait pas de retombée par rapport à ce qu’il attendait lui. Moi, ce qui me plaisait, c’était la création, j’avais donc envie de continuer. J’ai rencontré Marianne Dissard qui venait de Tucson et je lui ai proposé de réaliser l’album. Elle m’a proposé de travailler avec Naïm Amor pour les compositions. Forcément, j’ai trouvé que ce qu’il faisait était bien mieux que ce que je faisais moi. On a donc co-composé quatre titres et il a recomposé tout le reste.

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(Photo : Marta Bevacqua)

A l’abri du vent, lui, est composé par Fredda Dastrevigne.

J’avais composé les 11 chansons. Fredda en a recomposé 5. C’était un choix d’avoir une autre couleur, un autre esprit. J’aime beaucoup tout faire moi-même, mais c’est enrichissant de partager.

C’est un album délicat et épuré.

Je voulais faire un album guitare-voix, mais on a ajouté des petites touches electro. J’avais adoré les premières chansons d’Emilie Simon et, musicalement, je me rends compte que nous ne sommes pas si éloignés.

Clip de "Barbe bleue", tiré de l'album A l'abri du vent.

Ton écriture n’est pas frontale.

Elle est métaphorique et poétique. Je n’aime pas trop les textes au premier degré. J’aime bien contourner un peu pour laisser l’ouverture… comme quand on regarde une peinture. On peut interpréter ce que l’on a envie de voir, envie d’entendre, de lire, d’écouter.

C’est de l’écriture  inconsciente ?

Oui. C’est un peu le principe du journal intime. On ne sait pas ce qui va sortir mais l’inconscient fait son œuvre. Tu finis par l’écouter et tu écris naturellement. Avec l’écriture automatique, on part vers une idée, mais on aboutit à tout autre chose.

Et pour les compositions ?

Ça se passe de la même façon, mais avec ma guitare. Je fais des accords, des mélodies viennent et là-dessus s’imposent les textes.

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(Photo : Marta Bevacqua)

Tu écris beaucoup ?

J’ai des périodes d’écriture. Quand ma tête est libre, que je peux prendre une guitare et me laisser aller.

Ecrire te fais du bien ?

Oui, d’ailleurs je conseille à tout le monde d’écrire. Ça permet de se débarrasser de ce qu’on a sur le cœur. Mes chansons ne sont pas autobiographiques, c’est de l’empathie sur certaines choses.

vanessa philippe,a l'abri du vent,interview,mandorTu donnes des cours de yoga. Tu as dû faire ce disque dans une certaine sérénité ?

Ça m’a amené effectivement pas mal de sérénité… une sorte d’apaisement et de confiance en moi. Ce n’est pas évident d’avoir confiance en soi quand on est autodidacte.

Te sens-tu légitime dans le monde de la musique ?

Je ne sais pas si on peut parler de légitimité, mais j’ai besoin de faire les choses. Je fais toujours un autre album avec la conviction qu’il va me ressembler encore plus. Je fais une recherche sur moi-même de plus en plus pointue.

C’est dur de se faire sa place ?

Oui, très. D’autant que je ne cultive pas mon réseau. Il n’est pas facile de se faire programmer dans des salles.

Tu réalises toi-même tes clips. Pour ce nouveau disque, il y en a déjà deux en ligne, trois autres arrivent bientôt.

C’est un peu le même processus que quand j’écris. Je suis très dans l’impro. J’ai une idée de départ et après je travaille à l’aveugle. C’est là qu’il se passe des choses. Avec mes clips un peu décalés, je veux donner une autre dimension à mes chansons. La mélancolie qu’il y a dans mes textes, je l’évite dans mes clips.

Clip de "Aujourd'hui", tiré de l'album A l'abri du vent.

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Le 9 mars 2018, après l'interview.

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