Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Fred Blondin : Interview pour Pas de vie sans blues | Page d'accueil | Vanessa Philippe : interview pour A l'abri du vent »

11 avril 2018

La Goutte (Gabriel de Villeneuve) : interview pour Advienne que pourra

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

10 ans d’existence, de très nombreuses scènes et 3 albums, voilà le bilan du groupe Lillois, La Goutte. Il vient d’enregistrer douze nouvelles chansons dans Advienne que pourra. Le quatuor confirme ce gout certains pour les beaux textes ciselés. Cette fois, les arrangements sont différents, il y a des sonorités nouvelles... comme pour marquer une évolution. Il est question de solitude, d’enfermement, de relations amoureuses, de doutes, de questionnements personnels, du destin et des hasards de la vie. Malgré des textes plutôt graves, on sent toujours un brin d'espoir dans le fond...

Le 28 février dernier, j’ai mandorisé (pour la deuxième fois) le chanteur et âme du groupe, Gabriel de Villeneuve dans un café (bien nommé) « La pinte du Nord ».

(La première mandorisation, en janvier 2013, pour le deuxième album de La Goutte, Drôle de monde, à lire ici.)

Mini bio (officielle, mais écourtée):

Flamenco du port d'Amsterdam...tango des Flandres...quelque part entre la musique de chambre et le rock de garage, La Goutte marche hors des sentiers battus. "En s'énervant contre le monde à force de trop vouloir l'aimer", c'est une douce révolte, un grand parfum de liberté que la bande vous invite à partager. Sans faux-semblants ni simagrées voici un récital à fleur de peau, mais aussi une franche rigolade et il suffit de le découvrir en scène pour s'en apercevoir.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandorL’album (argumentaire officiel, mais écourté) :

S’il y a des poètes que le temps tarit, des musiciens que la trentaine assèche, les membres de La Goutte ne sont pas de ceux-là. Avec Advienne que pourra, leur troisième album, Gaby et sa troupe nous offrent une consolation, un contour à nos nostalgies, un sourire à nos angoisses. Cet album, c’est le fado d’un équipage rimbaldien, l’appariement des chansons de pirate et des chansons d’amour. « Solitaire en exil », c’est l’inexplicable saudade* (du latin solitatis, isolé, « délicieuse nostalgie et désir d’ailleurs ») à portée de notre sensibilité.

Loin de s’enfermer dans le carcan « chanson » qui colle au timbre du groupe, celui-ci se réinvente. Plus électrique, plus équilibré, l’album laisse un espace rêvé aux chœurs et aux claviers de Ludivine, aux guitares et aux basses-batteries inspirés de Jonas et Hugo. La Goutte a fait son chemin et trouvé sa voie, nous livrant comme un compagnon son chef d’œuvre, après deux beaux albums qui sonnent aujourd’hui comme les promesses de celui-ci. N’est-ce pas cela, un chef d’œuvre : un objet qui rend sensible ce que l’on pressentait, donne une forme à ce qui nous hantait ? Advienne que pourra est un trésor trop précieux pour qu’on n’ait pas l’envie de le partager avec le monde entier.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandorInterview :

Tout le monde s’accorde à dire que Advienne que pourra est un album dans lequel vous vous renouvelez franchement.

Il n’y a rien qui ne s’est fait consciemment. J’ai continué à composer les chansons et à les écrire de la même manière, mais avec plus d’âge et d’expériences. La grosse différence, c’est que j’ai laissé beaucoup plus de place à Ludivine qui fait des voix, les claviers et l’accordéon et à Jonas, à la guitare électrique. Ils ont apporté énormément sur la tonalité du disque. Avant, j’étais attaché à l’acoustique, là, j’ai lâché du lest.

Pourquoi as-tu décidé de leur laisser plus de place ?

Parce que j’ai trouvé leur travail magnifique. Nous étions fiers d’aller enregistrer ses chansons-là avec ses arrangements-là. Nous sommes restés fidèles à ce que l’on a toujours fait, mais au final, notre son est beaucoup plus actuel. J’ai pris conscience qu’il le fallait.

Clip de "Nuages à l'envers", extrait de l'album Advienne que pourra

Tu n’as pas eu peur de bousculer le public de La Goutte ?

Je me suis posé la question, mais pas longtemps. Le disque est sincère, il est ce que nous sommes, donc le public le remarque aussi.

Ce disque est beaucoup plus personnel que les deux précédents. Il me semble que tu parles plus de toi.

Je ne parle pas forcément beaucoup plus de moi, je l’ai toujours fait. C’est juste que j’essaie de toucher à l’universel en passant par la singularité de ma vie. Je parle du couple notamment, parce que cela touche tout le monde. Nous sommes de plus en plus seuls dans l’amour. On n’est pas accompagnés comme nous l’étions avant, il me semble. Sans juger que c’est mieux ou moins bien, c’est juste différent. Ce sujet m’a inspiré.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

Ce disque ne serait-il pas un chouia plus optimiste que les précédents ?

Le thème de la destruction progressive de la vie sur Terre est un thème infini, certes, mais je me suis peut-être un peu usé à l’évoquer. Dans ce disque la chanson « Kaput » est encore sur cette thématique-là. Pour ne rien te cacher, j’écris encore plein de chansons là-dessus, mais j’en garde moins qu’avant. Je dois dire que les autres membres du groupe m’ont incité pas mal à mettre en avant les histoires d’amour plutôt que mes chansons sur la planète en danger (rires). Quand j’arrive avec mes chansons, je sens à l’avance lesquelles vont leur plaire et celles qu’ils aimeront moins. On se connait depuis longtemps maintenant.

Vous avez changé votre façon d’enregistrer en studio ?

Disons que c’est la première fois que l’on entre en studio avec des chansons que l’on n’a jamais joué en live. Précisément, on en jouait 4 en concert, mais pas les 8 autres. Il fallait donc que ça sonne déjà sur le disque. Pour le live, on a réarrangé la plupart des titres, car nous sommes 5 musiciens et le disque a été enregistré à 4.

Vous avez un nouveau batteur.

Oui, c’est un ami de Jonas, le guitariste. Il s’est d’ailleurs parfaitement intégré. Il est comme un poisson dans l’eau. Il est charmant.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

La presse spécialisée est dithyrambique sur ce  nouvel album.

Les gens qui m’en parlent disent qu’il y a une nette évolution et que c’est plus mature. J’ai l’impression qu’il se passe plus de choses avec ce disque. Mais, bon, on ne sait pas ce qu’il va se passer derrière ce frémissement.

Faut-il 10 ans pour trouver la bonne voie ?

Quand je regarde autour de moi, j’ai l’impression qu’il y a deux chemins possible. Il y a ceux qui sont propulsés immédiatement, et qui ne durent pas forcément longtemps, et ceux qui sont dans le labeur, qui ne lâchent rien et qui persévèrent… parfois pendant 10 ans. J’ai conscience que dans 10 ou 20 ans, on pourra encore nous dire qu’enfin, on a trouvé le bon chemin.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

(Photo : Kalimba Mendes).

Pourquoi écris-tu une chanson ?

Le plus grand plaisir que je peux avoir, c’est quand quelqu’un vient me voir et me dit que ma chanson l’a aidé ou lui a ouvert les yeux sur certains sujets. Ce genre de témoignage est précieux pour moi. Sinon, écrire, c’est plutôt une hygiène de vie. J’ai besoin d’écrire des chansons pour me sentir bien. Si je ne les chante pas, je suis frustré. A la base, je sais, c’est égoïste. Je le fais parce que ça me fait du bien. Pour que ça me fasse du bien, j’ai besoin que les gens les aiment aussi… je suis pris dans un sacré cercle vicieux (rires). De là à dire que mes chansons ont pour but de faire réfléchir ceux qui les écoutent, je trouve cela prétentieux. En tout cas, si jamais je pose des questions qui invitent aux questionnements, ce n’est déjà pas si mal.

« Si je me voyais » est une chanson sur le regard que l’on a sur soi-même.

Et du regard que l’on a sur les autres. C’est une analyse un peu psychologique de ce que nous sommes, de ce nous nous ne comprenons pas, de ce que nous ne maîtrisons pas, mais qui sort pourtant de nous. Cette chanson est une invitation à se découvrir plus profondément, une analyse de ce que nous sommes.

"Elle dit" en version acoustique, extrait de l'album Advienne que pourra.

Que penses-tu de toi-même ?

Ça va, je fais comme je peux.

Advienne que pourra n’est pas un titre choisi au hasard, je présume ?

J’ai choisi ce titre-là parce que j’ai l’impression que c’est finalement une réponse que l’on pourrait apporter à une question fondamentale et principale :  qu’est-ce qu’il va se passer demain sur Terre ? On n’en a aucune idée. C’est donc une forme de philosophie à suivre. On ne maitrise rien, donc, on verra bien. Il faut faire confiance à la vie.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

Le monde qui part en sucette, ça te rend fou ?

Ça ne me rend pas plus fou que toi, je n’en sais rien. Je suis content d’être vivant, ma vie me plait, tout va bien. Après, si tu me parles de l’état du monde, il y a en moi une certaine fatalité. On se dirige tout droit vers quelque chose qui risque de nous péter à la gueule, mais au fond, je n’en sais rien.

Quoi ? Un chanteur n’est pas prophète ?

Malheureusement non.

Es-tu satisfait de comment est ta vie d’artiste ?

Ça ne nous suffit jamais totalement. On aimerait avoir le confort de ne plus chercher des dates. On aimerait que l’on nous propose et que nous disposions. Mais, globalement, cet équilibre me va bien. J’alterne ma vie banale et tranquille en Bretagne où je vis 10 jours par mois et le reste du temps nous sommes sur la route pour faire des concerts. Le truc, c’est qu’on aimerait travailler régulièrement. Ça fait 10 ans que nous restons à la surface, mais de manière progressive…et on est toujours là.

gabriel de villeneuve,la goutte,lille,advienne que pourra,interview,mandor

Après l'interview, le 28 février 2018.

Les commentaires sont fermés.