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09 avril 2018

Samuele : interview pour Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent

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samuele,les filles sages vont au paradis,les autres vont où elles veulent,interview,québec,transgenre,queerForte personnalité, ayant écumée l’underground de Montréal pendant des années, ce n’est que récemment que Samuele a pu obtenir la reconnaissance du métier, des médias et du public québécois. Après deux EP, elle sort enfin son premier album, Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent, aux couleurs folk-rock, blues et indie sans complexe. Militante de premier ordre, féministe assumée, épousant la cause du radicalisme queer, Samuele joue de sa poésie brute et crue pour mieux nous sensibiliser à ses combats. Je ne pouvais pas passer à côté de cette québécoise, tout sauf lisse… et, pour la petite histoire, fan de Daniel Balavoine et de Starmania. Le 26 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :

Multi instrumentiste à la plume bien aiguisée, Samuele dépose une poésie intime et engagée sur un folk-rock à forte ascendance blues.  À l’aise sur les planches comme plante au soleil, elle se produit sur les scènes des bars underground de Montréal avant d’avoir l’âge légal d’y entrer.  Seule à la guitare, accompagnée de ses complices musicaux ou, austérité oblige, en femme-orchestre, Samuele livre un spectacle désarmant d’honnêteté où se mélangent chansons et spoken word.

Samuele assume pleinement son côté militant, féministe et queer à travers sa musique. Sa démarche samuele,les filles sages vont au paradis,les autres vont où elles veulent,interview,québec,transgenre,queerartistique sans concession lui donne une place de choix parmi les nouveaux talents émergents, grâce à sa singularité et son énergie.

Après deux EP, Le goût de rien et Z’album, Samuele se distingue avec ses chansons folk-blues engagées et sa forte présence scénique lors de la 19e édition des Francouvertes en 2015 se retrouvant en demi-finale et remportant deux prix. Suivent le festival Vue sur la Relève avec 10 prix Coups de cœur, puis la consécration en 2016 au Festival international de la chanson de Granby d’où Samuele repart avec le Grand Prix, bénéficiant d’une bourse qui lui permet de produire son premier album, Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent. Il reçoit une forte attention médiatique et lui vaut deux nominations au Gala de l’ADISQ 2017 (l’équivalent de nos Victoires de la Musique) dans les catégories Album alternatif et Révélation de l’année.

Sachez enfin qu'avec cet album, Samuele a reçu un prix "Coups de cœur de l'Académie Charles Cros 2018".

Ce qu’ils en disent :

« Disque essentiel, sincère, fort et fragile à la fois. Samuele va où elle veut, au fil de ses émotions et nous, on suit ! » FrancoFans

« [...] [Samuele] fait partie des rares artistes qui osent le courage de leurs pensées, et vont jusqu’au bout de ce qu’elles affichent.» Froggy’s Delight

« Avec sa voix forte, qui claque parfois, [Samuele] sait nous faire vibrer comme personne. Et se donne sur scène [...]»  Le Peuple du Rock

« Surprenante et détonante [...] Autant par ses chansons que ses discours bien sentis ! Claque. Voilà une forte personnalité venue du Québec avec laquelle il va falloir compter ! » Longueur d’Ondes

«[Samuele] n’est qu’authenticité, sans calcul.» Nos Enchanteurs

« Une artiste engagée à découvrir de toute urgence !» Unis-son

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Isamuele,les filles sages vont au paradis,les autres vont où elles veulent,interview,québec,transgenre,queernterview :

Tu as commencé à 7 ans à écrire des poésies.

J’ai reçu un cahier pour ma fête. Ca a tout déclenché. J’ai décidé d’écrire de la poésie parce que je voyais mes parents écrire tout le temps.

Quel genre de poésie on peut écrire à cet âge-là ?

Je m’inventais des problèmes, des drames. J’avais une écriture dramatique  naturellement, même si j’allais très bien. Je trouvais que c’était romantique d’être malheureux. Et je trouve qu’écrire est romantique.

Tu lisais beaucoup ?

J’ai commencé à lire avant d’aller à l’école. J’étais fascinée par les mots, alors j’ai appris à lire toute seule.

C’est la guitare qui t’a donné envie de passer de la poésie à la chanson?

Oui, mais j’ai commencé à interpréter les chansons des autres comme Nirvana et Léonard Cohen, par exemple. J’ai grandi dans la musique anglophone. J’ai écrit en anglais jusqu’à l’âge de 20 ans. En écoutant Léonard Cohen, je me suis rendu compte que je n’aurais jamais une poésie aussi imagée, aussi touchante que lui en anglais. Je n’aurais jamais assez de vocabulaire à ma disposition.

Alors, tu as décidé de chanter en français.

En chantant en français, je me sentais beaucoup plus vulnérable, mais je me suis rendu compte que j’étais capable d’aller plus en profondeur et de trouver les mots qui pouvaient toucher ceux qui m’écoutaient. J’ai une meilleure maitrise du français que de l’anglais, il fallait que je me rende à l’évidence. L’anglais est plus malléable que le français, alors, quand même, pour moi, c’était un plus gros défi. Ecrire du rock en français, c’est dur ! « I love you baby » ne sonne pas comme « je t’aime mon amour ».

Clip de "La révolte".

Quel a été le déclic qui t’a fait envisager de faire une carrière dans la musique ?

J’élevais un enfant toute seule, j’avais un emploi à temps plein et je débutais ma carrière à côté. Les trois ensemble, c’était trop. Il fallait que quelque chose saute. J’ai tenté un concours, les Francouvertes, en 2015, qui allait me faire savoir s’il y avait un potentiel commercial dans ce que je faisais ou pas. Il se trouve que les résultats me l’ont confirmé. Du coup, j’ai abandonné mon boulot.

Ça fait peur ?

Oui, parce qu’on a l’impression de se jeter dans le vide. Si je n’avais pas pris cette lourde décision, je pense que je serais devenue dépressive et amère.

samuele,les filles sages vont au paradis,les autres vont où elles veulent,interview,québec,transgenre,queerUn an après, au 48e Festival international de la chanson de Granby, tu as obtenu le Grand Prix.

Oui, et c’est grâce à cela que je suis en France en ce moment. Ça m’a permis aussi d’avoir de l’argent pour finir mon album et d’avoir un budget promo. 

Chanter est le meilleur moyen de délivrer des messages ?

Toutes mes chansons n’ont pas un message, ne sont pas militantes et engagées, mais par contre, il doit se passer quelque chose dans mes spectacles. Je sens l’urgence de dire des choses importantes. Chanter c’est porter une histoire. Les mots sont le premier instrument.

Quand elles ne sont pas militantes, tes chansons sont très dans le quotidien.

Ce qui est certain, c’est que je n’écris jamais des histoires inventées. Mon cerveau n’est pas capable d’inventer de la science-fiction.

Le texte d'"Egalité de papier".

Le premier titre de l’album, « Egalité de papier » tente de replacer la femme, au moins à la même hauteur que l’homme.

Au minimum. Mais « Egalité de papier » est plutôt un constat. J’ai écrit ce texte après avoir entendu une phrase qui m’a choqué : « le Québec est féministe ». On vit l’égalité sur le papier, mais la réalité est très violente. Dans les faits, il y a encore beaucoup de doubles standards et je les décris dans ce texte parlé. Les attentes ne sont pas les mêmes quand tu es une femme et quand tu es un homme.

Ce que tu dis dans ce texte écrit il y a 6 ans correspond à ce que l’on entend aujourd’hui grâce aux différents mouvements qui ont libéré la parole des femmes.

Le propos que j’ai dans « Egalité de papier » n’aurait pas eu le même écho quand je l’ai écrit. Là, tout le monde me parle de ce texte. J’ai l’impression que les gens ont envie d’entendre aujourd’hui ce que je pense depuis des années. C’est une coïncidence, mais c’était le bon moment de sortir ce texte.

Clip de "La sortie".

Dans « La sortie », tu expliques qu’il est bon de sortir du cadre, des conventions, du moule, pour aller là où on veut aller, sans restriction.

C’est exactement ça. J’ai eu cette image : la vie est une autoroute à 4 voies et soudain, il y a une sortie qui t’emmène ailleurs. Il est intéressant de la prendre, même si tu ne sais pas où elle te mène.

Il n’y a aucune concession dans tes chansons.

J’ai la chance d’avoir une équipe qui m’encourage à être moi-même. C’est un milieu où tu es vite attaqué de toutes parts, ou tu vas être jugé, critiqué, du coup, c’est difficile de se rendre vulnérable, d’ouvrir son cœur. Moi, avec le soutien des gens que j’aime, qui m’acceptent telle que je suis, j’ai décidé de me livrer complètement.

Sur scène, vous êtes complètement vous ?

Au maximum. Quand je vais voir quelqu’un en concert, j’aime bien que l’artiste soit vrai ou que le personnage qu'il "joue" nous emmène dans un autre univers dans lequel j’ai accès et qui me touche. Personnellement, je puise dans ce que je vis et je l’offre au public. Je vis tout très intensément. Je suis dans l’émotion. C’est un travail de plusieurs années d’être capable de n’avoir aucun frein.

Clip de "Dactylo".

Tu parles de la transsexualité ou de l’homosexualité sans aucun tabou.

Les gens qui vivent la même chose que moi sont heureux d’en entendre parler. Ce n’est ni politisé, ni un enjeu, c’est juste moi et ce que je vis. Nous vivons dans une société homophobe, alors je raconte  mon intimité ou ceux de mes amis qui sont comme moi en essayant de toucher les gens… ça aide à faire comprendre certaines choses et rendre les personnes plus tolérantes.

Il y a 10 ans, aurais-tu pu faire un album de ce type ?

Non.

Donc, les temps changent en mieux ?

Oui. Il y a une ouverture. Mais il ne faut pas comprendre « il y a une ouverture » et « ça va bien ». Ça va mieux, mais il y a encore beaucoup de problèmes et de violences.

Tu es optimiste ou pessimiste ?

Je fais beaucoup d’effort pour être optimiste. J’ai passé les trois quarts de ma vie à me battre. J’ai compris désormais que j’ai plus d’impact sur scène que dans une manifestation.

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J’ai l’impression que tes chansons « à messages » sont quand même poétisées.

Quand j’écris un texte, tout vient en images. Ce sont des émotions, des sentiments, des métaphores, des images qui me viennent. Mon cerveau ne décortique rien de façon cartésienne. Parfois, j’aimerais écrire autrement, mais j’en suis incapable.

Vous êtes peu à vous revendiquer « queer » dans la chanson, peu à s’exposer finalement. Tu n’as pas peur d’en devenir la porte-parole.

Même si j’accepte les émissions où l’on parle de ce sujet, je fais très attention pour que ça n’arrive pas. Si  j’ai l’occasion de donner la parole à quelqu’un d’autre, je le fais aussi. Tu sais, il  n’y a pas grand monde qui a envie d’en parler dans les médias. Moi, je viens d’un monde radical et le monde radical déteste le monde médiatique. J’ai un pied dans chaque partie, alors je joue le jeu. J’accepte certaines entrevues parce que je sais que si je n’y vais pas, ce sera quelqu’un de moins radical qui me remplacera. Le propos que j’ai envie de porter ne sera pas porté.

C’est quoi cette notion de radicalité ?

C’est aller à la racine des choses. Il ne faut pas confondre avec l’extrémisme qui est d’aller à l’extrême d’une chose. La racine, c’est le contraire. Le radicalisme queer, c’est déconstruire ce que l’on a appris de l’hétéronormativité (personne qui pense que l'hétérosexualité est la seule et unique orientation sexuelle possible). Si chaque personne avait des valeurs de respect, de consentement et d’ouverture, il n’y aurait pas de sexisme.

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Tu n’as pas peur d’être « segmentante » avec de tels sujets, pas vraiment « populaires ».

Je ne pense pas à ça. Je suis chanceuse d’écrire ce que je veux écrire sans compromis.

As-tu envie d’écrire autre chose que des chansons.

Je viens d’écrire une comédie musicale.

samuele,les filles sages vont au paradis,les autres vont où elles veulent,interview,québec,transgenre,queerAh bon ! Moi, je viens d’écrire un livre sur Starmania.

Non ! J’adore Starmania ! Avec Balavoine ?

Oui, toutes les versions en fait.

C’est vraiment un bel opéra rock, carrément révolutionnaire. C’est de la grosse tune (tune : chanson). Et je suis une grande fan de Daniel Balavoine.

C’est mon chanteur préféré.

Oh my god ! Moi aussi ! Il était fascinant. Voilà quelqu’un qui n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait… et quelles chansons, quelle voix !

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Oh! Mais qui est sur le joli T-shirt de Samuele? 

Dans Starmania, vous auriez aimé jouer un rôle ?

Oui, celui que jouais Balavoine, Johnny Rockfort. Je veux être le bad boy.

Revenons à ta comédie musicale à toi. Elle va parler de quoi ?

Je n’ai pas envie d’en parler tout de suite, c’est un peu tôt.

Tu vis en communauté. C’est essentiel pour toi.

Je ne pourrais pas habiter toute seule. Je ne pourrais pas ne pas avoir une famille qui m’accueille quand je reviens d’une tournée. C’est une sacrée lapalissade, mais je ne me sens pas chez moi quand je ne suis pas chez moi. Sur la scène, tout va bien, je suis comme un poisson dans l’eau. Etre sur la route, rencontrer tout le temps de nouvelles personnes, par contre, c’est difficile. J’ai besoin de mes racines, ma famille, mes amis.

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Après l'interview, le 26 février 2018.

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