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05 avril 2018

Barcella : interview pour Soleil

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(Photo : Michaël Boudot)

barcella, soleil, interview, mandorComme l’indique son dossier de presse, Barcella est un « artiste atypique et solaire, poète moderne ruisselant d’eau vive et d’audace. Il « conte » parmi les virtuoses les plus inventifs de sa génération. Homme de scène accompli, tantôt chanteur, musicien, conteur, slameur. Interprète saisissant et élastique, il se mue d’une plume à l’autre, nous bringuebalant du rire aux larmes avec finesse et humour. » J’ai déjà mandorisé Barcella et sa bio complète est là (dont je ne réitère pas son parcours).

Barcella sera ce soir et demain au Café de la Danse de Paris. Il vient de sortir son quatrième album, Soleil. Il y parle d'amour, d'espoir, de joie, de voyages, d'absence, il parle de lui, de ce qu'il a vécu ces 4 dernières années. Deux bonnes raisons pour donner rendez-vous le 15 mars dernier à cet artiste solaire de 36 ans dans un bar de la capitale. 

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barcella,soleil,interview,mandorInterview :

Tu me disais en off que tu étais angoissé par la sortie de ce nouvel album. Pourquoi ?

J’ai la chance d’avoir un métier dans lequel on voyage beaucoup, on rencontre de nouvelles personnes, on vit des aventures originales. Chaque album clôture une période de vie et cela fait bizarre de livrer cela au public. C’est une part de toi-même, la fin d’un carnet de bord et le début d’une nouvelle aventure.

Tu fonctionnes à l’envie. Entre deux albums, tu joues des spectacles jeunes publics, tu participes à des collectifs… 

On a fait plus de 100 dates de Tournepouce. Les enfants nourrissent beaucoup l’imagination des auteurs. Dans l’enfance, il y a une fraicheur et une capacité à s’émerveiller de tout. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai adoré cette parenthèse artistique. Après, j’avais envie de revenir à des chansons pour les adultes, pour la famille. J’avais envie aussi de refaire des festivals d’été et des grandes salles.

On entend des chœurs d’enfants dans ta chanson « Soleil ».barcella,soleil,interview,mandor

Il se trouve que je parraine « On souffle dans ton dos », une association qui est chargée d’accompagner des enfants extraordinaires, plus exactement de jeunes autistes. Les membres de cette association font en sorte qu’ils soient scolarisés dans des écoles classiques avec des auxiliaires de vie. Il faut que ces enfants continuent à vivre et à s’élever avec les autres enfants. Il y a parmi eux une fille qui s’appelle Lisette et il se trouve que ses parents sont choristes. Je leur ai fait écouter une chanson pour voir ce qu’ils pourraient en faire vocalement. Dans cette famille, il y a 8 enfants… et  ils chantent tous. C’était tellement bien que je les ai invités sur 4 titres de l’album.

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« Soleil 2.0 » est la chanson la plus positive de l’album.

Il y a dans les mots simples, une puissance vibratoire très forte. Le soleil pour moi est synonyme de joie, de liberté, c’est le début des beaux jours, c’est une forme de source d’inspiration. Quand je fais des concerts, je vais souvent au milieu de la foule et j’ai vraiment l’impression d’être entouré des rayons de chacun. J’ai la sensation que l’on forme un soleil collectif.

On dit souvent aux artistes : « vous donnez au public ». Toi, tu trouves que c’est complètement réciproque ?

Evidemment. Le public nous donne beaucoup aussi. Ça se voit dans l’étincelle des yeux des gens. C’est avant tout un partage. Je me nourris énormément de l’énergie des gens. Leur côté solaire me donne envie de continuer à écrire. Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous (rires).

Dans Tournepouce, ton spectacle « jeunes publics », il y a une chanson qui s’appelle « Maman ». Dans ton nouvel album aussi. Je me souviens que tu m’avais dit lors de notre première rencontre qu’elle était professeure de littérature et que ton goût des mots venait d’elle.

Elle était aussi prof de théâtre. C’est ma mère qui a nourri mon inspiration, mon goût pour l’écriture et mon amour des  mots. C’est quelqu’un qui aime les mots, qui les savourent… les chiens ne font pas des chats.

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Dans la chanson « Améthyste », tu racontes ton amour des mots.

Encore une fois, je parle de la puissance vibratoire des mots. Dans la vibration, j’entends le sens et la sonorité. Quelqu’un qui passe sa journée à vociférer des insultes, quelque part, se fait du mal. On le voit physiquement, dans ses yeux, dans la manière qu’il a de dessiner son visage avec des rides qui tombent. Les gens solaires fabriquent des visages « sourieux ». Cultiver la joie est un chemin plus vertueux et plus courageux que faire des chansons de pleureurs.

Tu n’aimes pas les chansons tristes ?

Si. On peut se nourrir de nostalgie et de mélancolie, mais je trouve plus courageux de cultiver la joie. Bourvil, Georges Brassens, Henri Salvador, Boby Lapointe, Robert Lamoureux, Charles Trenet, Boris Vian… Quand vous écoutez leurs chansons, ça vous remonte le moral en un instant.

Toi, tu ne cultives que la joie ?

Comme tout le monde, je suis traversé par toutes sortes d’émotions. J’en fais parfois des chansons, mais je ne les cultive pas. Sur mes anciens albums, j’ai proposé beaucoup de chansons nostalgiques comme « La symphonie d’Alzheimer », « L’âge d’or »… Je continuerai de les chanter, mais aujourd’hui, j’ai compris que quand la joie est là, tu as envie qu’elle reste. Quand tu es dans des émotions lancinantes et négatives, elles t’indiquent que la joie va revenir. Donc dans tous les cas, je ne cultive que la joie. Une chanson de pleureur, c’est une chanson de quelqu’un qui a envie d’arrêter de pleurer.

barcella,soleil,interview,mandorDans « La rivière insolente », où est la joie ?

Elle n’y est pas, mais c’est un chemin pour y arriver. Ce n’est pas une chanson introspective. J’aime l’idée d’endosser des rôles d’interprètes. Là, je joue un papa noyé dans l’alcool qui s’adresse à sa fille. Préoccupé par les turpitudes sa vie, il se rend compte qu’il ne lui a jamais dit « je t’aime ». Je connais beaucoup de gens touchés par ce problème, ce n’est pas pour autant que cela concerne mon père ou moi. Nous, on arrive à se dire je t’aime en se regardant droit dans les yeux.

Tu aimes les artistes qui ne sont qu’interprètes ?

Bien sûr. La puissance du rôle de l’interprétation est énorme. On peut travailler sur l’empathie et embrasser des émotions qui ne nous appartiennent pas. Brel et Aznavour sont extraordinaires par rapport à ça.

(Soudain, un jeune garçon nous interrompt poliment et avec le sourire. Il salue avec respect Barcella et lui dit que lui aussi est Rémois et qu’il l’apprécie beaucoup. Qu’il l’a vu souvent sur scène et qu’il va acheter son nouveau disque. )

La scène que nous venons de vivre est géniale car symptomatique de ce que tu projettes aux gens. La sympathie immédiate.

C’est une loi de l’univers, on récolte ce que l’on sème. Ça me touche énormément ce genre de chose. J’ai une carrière modeste, je suis connu juste dans le monde de la chanson, je fais ma vie professionnelle sur les routes, mais pas à la télévision. Voir un type de 20 ans m’exprimer sa joie de me rencontrer, c’est la plus belle des récompenses. Dans la mesure où l’on récolte ce que l’on sème, commençons par semer des mots empreints d’une certaine poésie, d’une forme de douceur, de légèreté nourrie au soleil et à l’harmonie.

Comment est ton public ?

Il est fantastique. Sans flagornerie. D’ailleurs, tu n’es pas obligé de l’écrire. J’ai fait à peu près 800 concerts, il y a quelques personnes qui sont venus au moins 80 fois. Je ne sais pas comment ils ne se lassent pas, même si chaque soir est différent. Je laisse une grande part à l’improvisation et je m’adapte aux gens qui sont en face de moi. On a un public curieux, fidèle et solaire.

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Et quand on fait un cover d’une de tes chansons, tu aimes ?

Voir ses chansons voyager et écouter d’autres gens les chanter est merveilleux. J’ai vu quelques covers, notamment de « Ma douce » ou du tube des Fréro Delavéga, « Le chant des sirènes » dont j’ai écrit les paroles, ça m’émeut beaucoup.

« Le chant des sirènes » reste ton plus grand succès.

Je ne reviens pas de l’ampleur d’une chanson comme celle-là. C’était une très jolie chanson d’habillage d’album qui ne devait initialement pas sortir en single. Là, il y a quelque chose qui me dépasse. Encore une fois, quand les choses sont faites avec le cœur et avec des mots choisis comme on choisirait des bons ingrédients pour faire une bonne salade. A un moment, l’univers fait le reste. Je ne l’explique pas, c’est la magie du monde. Ce titre est la plus grosse diffusion radio en 2015.

Clip de "Passe-passe".

Ta chanson « Passe-passe » m’a justement fait penser au « chant des sirènes ». Elle est faite de la barcella,soleil,interview,mandormême façon, c’est-à-dire avec un refrain ensoleillé d’une redoutable efficacité.

C’est le groupe belge Suarez qui en a fait la musique. D’ailleurs on retrouve ce titre sur leur disque aussi, mais dans une version plus épurée. Je leur avais dit que s’ils ne mettaient pas plus en avant cette chanson dans l’exploitation de leur album, je la chanterais aussi sur mon propre disque. Je l’aime vraiment beaucoup car elle a une simplicité élégante. C’est un hymne à la sensualité. J’y vois le soleil que j’ai envie de voir.

La musique aussi à évolué dans cet album.

Je voulais une forme de renouveau avec des sonorités inédites dans mes chansons.

Il me semble qu’avec ce disque, tu vas passer dans un cap « populaire », dans le sens noble du terme.

Mais, je veux être un artiste populaire. Je rêve que mes chansons embrassent le plus grand nombre de monde. Populaire ne veut pas dire simpliste, mais simple. Une chanson simple peut rencontrer le cœur des gens. « Le sud » de Nino Ferrer est un chef d’œuvre de simplicité. On n’est pas dans une poésie trop céleste, mais dans des mots simples qui touchent immédiatement. On peut faire quelque chose en s’adressant à la francophonie, avec le cœur et sans brader l’exigence qu’on peut avoir par rapport à une belle chanson.

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(Photo : Michaël Boudot)

C’est quoi une belle chanson finalement ?

Je le répète, les plus belles chansons sont simples. Tous les plus grands cuisiniers te le diront : un bon plat, c’est peu d’ingrédients, mais c’est une manière de les cuisiner… avec la bonne intention.

Faire simple, c’est compliqué ?

C’est toute la magie des sportifs. J’adore le snowboard, le skate aussi. Quand tu as un certain niveau tu fais des gestes techniques avec le sourire aux lèvres en donnant l’impression que c’est d’une simplicité accessible à tous, alors qu’il y a 20 ans de travail. Quand tu as tellement travaillé quelque chose, tu peux te décentrer. Brel le disait fort justement : « le talent, c’est que de la sueur ».

Tu écris dans l’effort ?

Pas du tout. Je n’explique pas très bien mon inspiration d’ailleurs. C’est comme un robinet qui s’ouvre au-dessus de ma tête et qui m’inonde d’un coup. A ce moment-là, il faut juste que je me rende réceptif. Quand l’inspiration est là, j’ai deux heures pour récupérer tout ce qui tombe. Le lendemain, je prends deux trois heures pour peaufiner le texte. Finalement, j’ai ce qu’on appelle des fulgurances.

Tu fais toujours de longue marche en montagne ?

Bien sûr. Je marche 8 à 10 heures tout seul. C’est souvent à ce moment d’ailleurs que l’inspiration arrive. Je fais le point et je sème mes petits cailloux comme le Petit Poucet, je sème la tristesse sur le bord de la route pour revenir rechargé à bloc. Je puise l’inspiration dans les hauteurs, ensuite, je reviens vivre des choses ici. J’ai besoin de faire de gros festivals et d’être entouré de plein de gens solaires que j’aime et qui m’aiment. Ensuite, je retrouve ma solitude parce que je l’aime, qu’elle me protège de  plein de choses, parce que j’y trouve l’inspiration. Je serais malheureux de n’être que dans l’un et ne pas avoir accès à l’autre.

barcella,soleil,interview,mandorLa dernière fois que nous nous sommes vus, en août 2016, au Festival Pause Guitare (photo à gauche), tu sortais d’un gros coup de fatigue. Là tu as l’air en pleine forme.

J’avais mis un an à m’en remettre en effet. Je sortais de trois tournées différentes (Tournepouce, le collectif 13 et la tournée Puzzle) en même temps, j’étais en plein surmenage. J’ai aujourd’hui plus d’énergie qu’à l’époque. C’est grâce à l’alimentation. J’essaie de manger moins acide, beaucoup plus d’aliments crus, des graines germées, des fruits… Quand tu commences à changer ton alimentation, tu as aussi des pensées plus apaisées. Tu es moins dans le stress et l’anxiété. C’est vraiment relié. L’intestin, c’est le cerveau qui donne le signal. Je suis sorti d’un cercle vicieux pour rentrer dans un cercle vertueux par l’alimentation.

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Après l'interview, le 15 mars 2018.

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