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04 avril 2018

Tony Melvil : interview pour La relève

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tony melvil,la relève,interview,mandorTony Melvil, vient de sortir l’un des albums français les plus audacieux de l’année, La relève. Un disque inclassable. Mi-rock, mi-punk, mi-chanson. Les chansons qui le composent ont été écrites sur plus de 10 ans et ont été pour la moitié d’entre elles déjà enregistrées dans ses trois premiers EP : Tentative d’évasion (2012), La cavale (2014) et Plein Jour (2015). Les nouveaux arrangements de ces chansons que l’on connait déjà sont au cordeau… quant aux nouveaux titres, ils nous mettent une bonne baffe. Comprenez, on se réveille, presque en état de choc. KO, sonné. Merci Tony pour cet album rugueux, avec des angles saillants, sans concession. C’est si rare.

Tony Melvil propose sa "Release Party" le 5 mars 2018 (en co-plateau avec K!) au Nouveau Casino.

Avant ce rendez-vous, le 27 février dernier, nous sommes retrouvés dans un bar de Pigalle pour une troisième mandorisation. (La première là en 2014 et la seconde ici en 2016).

L’album (argumentaire de presse) :tony melvil,la relève,interview,mandor

Dans son premier album, Tony Melvil fait la guerre, à blanc. Une croisade contre le monde idiot qui l'entoure, contre nos folies et nos paradoxes. Armé de son violon et porté par un rock rugueux savamment orchestré, il nous balade entre des chansons coup-de-poing et des textes plus songeurs. Outrancier, sans aucun doute. Tragique, souvent, lorsque la guerre, les migrations, les violences que l'on tait apparaissent, reviennent, tournent sur elles-mêmes. Politique également, ancré dans une génération en quête de sens, refusant de suivre la voie tracée, cherchant de nouvelles solutions.

(…)

L’écoute de ce premier album est loin d’être reposante. Il faut y marcher et  même courir, se prendre une série d’uppercuts avant de se laisser caresser par La relève, chanson titre et final acoustique où le piano d’Albin de la Simone agit comme  un baume qui soigne nos blessures, nous laissant dans une vaste rêverie sur le monde qui nous entoure et notre place en son sein.

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(Photo : Mandor)

tony melvil,la relève,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes enfermés 10  jours à 8 dans une grange dans les Hautes-Fagnes, en Belgique. Il n’y avait aucune connexion avec l’extérieur et vous ne vous êtes rien interdit.

Je trouve qu’on n’arrête pas de s’autocensurer dans ces métiers-là. Mon manager, Pierre Marescaux a proposé que l’on s’éloigne de toutes préoccupations du quotidien pour que l’on fonce, quitte à aller trop loin. J’ai fait quelques disques avant celui-ci, quand je les réécoute avec un peu de distance, je déplore que tous les effets voulus aient été amoindris. J’ai compris aujourd’hui qu’il faut trouver le bon dosage et surtout ne pas hésiter à grossir le trait.

Grossir le trait, ça veut dire que peut-être le public ne comprend pas quand c’est  trop fin ?

Je ne dis pas ça. Le côté outrancier dans certains de mes textes et de mes musiques, c’est pour m’amuser. Les gens savent que c’est un jeu. Je ne veux plus rien faire de timide et consensuel. Quand on fait ce métier, on espère toujours qu’on va plaire à un public large, du coup, on édulcore son travail. Aujourd’hui, j’ai réglé ce problème, du coup,  je fonce là où je veux sans me restreindre.  L'album La relève est donc violent, rugueux et sans retenu.

Clip de "Au courage". Réalisation : Pierre Martin.

Est-ce qu’il t’arrivait de penser que tu allais trop loin quand même ?

Non, je te dis, on n’a fait aucune concession. En chanson, on est toujours dans un entre-deux. Le côté « variété grand public » et le côté « chanson à texte ». Pour ne pas avoir le cul entre deux chaises, nous y sommes allés fort.

Cette originalité peut te distinguer des autres artistes français.

Des gens qui ont des personnalités très fortes, il y en a et ils font de superbes carrières. Philippe Katerine par exemple, je ne pense pas qu’il soit dans le calcul. Il fait ce qu’il veut. Point. Il faut trouver jusqu’à quelle limite on peut aller.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Mon moteur, c’est de continuer à me découvrir. J’ai envie de chercher et d’ouvrir de nouvelles portes.

Clip de "Les miroirs à l'envers". Réalisation : Pierre Martin.

Même tes nouveaux clips sont conceptuels.

Je bosse avec un vidéaste avec lequel je fais une série de clips. Ce sont des clips « augmentés » où on essaye de faire cohabiter la chanson en tant que telle et un deuxième texte. C’est un peu expérimental. Pierre Martin bosse pour l’opéra et le théâtre. Il est très ambitieux, notre collaboration était évidente.

Parfois, je me  suis gouré dans l’interprétation que je faisais de certaines de tes chansons de l’album. Par exemple dans « Wagons à bestiaux », je pensais que tu évoquais les wagons à bestiaux qui transportaient les déportés vers les camps de la mort. Or, j’apprends dans le livret que tu fais allusion aux trains dans lesquels les gens se comportent n’importe comment, notamment avec leurs téléphones portables.

Pour une certaine génération, je me suis dit que c’était normal. Je ne veux pas dire que tu es vieux, mais pour des gens plus jeunes, ils ne pensent pas forcément à la seconde guerre mondiale.

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C’est intéressant finalement cette histoire de sens et de double sens dans une chanson.

C’est l’idée aussi du titre de l’album, La relève. C’est quoi la relève ? C’est un type qui se prend pour la relève de la discipline ? Quelle prétention ! Mais ce n’est qu’un jeu. Sur la pochette, on a caché le visage. Rien n’est clair. J’aime l’idée que l’on soit dans le flou. Toujours poser des questions, ne jamais y répondre…

A ce propos, tu précises dans le livret qu’avec ce disque tu es parti « avec l’ambition de révolutionner la discipline, mettre la barre très haute pour donner le meilleur de soi ». Tu n’as pas peur qu’on se dise que tu as le boulard.

Je m’en fous. Je ne fais pas de la musique que pour ma chambre. Un artiste doit aller loin et doit avoir de l’ambition. C’est mon métier et j’essaye de me surpasser. Si dire ce que j’ai dit peut devenir un moteur pour me permettre de me surpasser, allons-y ! La charge narcissique est violente dans ce métier, mais très franchement, je lève le curser de la prétention loin... aussi par jeu.  

"Palmyre" (en audio).

Ca participe à ton personnage un peu provocateur. tony melvil,la relève,interview,mandor

Tony Melvil est provocateur et un peu arrogant, mais Tony Melvil, ce n’est pas mon vrai nom. Quand je suis chez moi et que je vais chercher mon gamin à l’école le soir, je suis normal et tout le monde se fout de ce que je suis. Encore une fois, jouer à l'insolent, c’est un jeu qui m’épanouit.

Tu décris la violence du monde depuis toujours. Mais avec une ironie mordante. J’adore.

Il faut trouver la bonne distance. Dans quelques années, j’irai peut-être vers des choses plus lumineuses. Pour le moment, je trouve qu’il y a de la beauté dans le sombre, dans le malheur. Il y a des histoires à raconter. « Palmyre » est une chanson sur les migrants. J’habite à Lille,  j’ai beaucoup travaillé à Calais, du côté de Grande-Synthe aussi. Je les vois les vieillards passer sur l’autoroute, on sait d’où ils viennent. Je parle de l’atrocité des guerres qui se mélange à l’Histoire. Il n’y a pas que les hommes,  les monuments tombent aussi. La schizophrénie de ce monde est dingue, c’est un matériau intéressant, même s’il est horrible. Dans ce disque, notre vision de la violence du monde, nous l’avons sorti avec une énergie de bulldozer, un son de chantier de démolition. Ne surtout rien ramollir, rien tiédir.

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Pendant l'interview...

Tu as demandé à un artiste que j’aime beaucoup, Dimoné, de venir te donner un coup de main sur l’aspect scénique.

On était en résidence ensemble parce qu’au moment de préparer les concerts liés à cette sortie d’album, je ne voulais pas être seul à réfléchir à comment j’allais aborder les choses. Je trouve que c’est important d’être conseillé par un regard extérieur. Et quel regard ! C’était vraiment génial et on s’est bien marrés. Dimoné nous a beaucoup aidés.

Je t’ai vu interpréter « En chantant » de Michel Sardou sur France 3 Hauts-de-France (voir là). Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

A la base, on voulait chanter le vieux titre d’Hallyday, « Cheveux longs, idées courtes ». Ils ont considéré que ce n’était pas assez connu. Du coup, on a choisi de chanter Sardou. On s’est amusés comme des fous. Ce  qu’il représente dans le milieu musical et au point de vue idéologique, ce n’est pas notre tasse de thé, mais en toute sincérité, j’ai été touché par certaines de ses mélodies. Il n’y a pas que le cerveau qui nous fait apprécier telle ou telle chanson ou tel ou tel artiste, il y a aussi l’instinct.

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Après l'interview, le 27 février 2018.

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