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02 avril 2018

Guillaume Jan : interview pour Samouraïs dans la brousse

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guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorUn écrivain voyageur-baroudeur-aventurier qui part sur les traces d’un des plus grands primatologues à la découverte des bonobos en République démocratique du Congo, ça me parle. Le truc que ne vit à priori personne, sauf quand on a le goût de vivre une existence hors-norme et que l’on a du courage (et du culot). Bon quand cet écrivain est un ami, c’est quand même plus facile d’organiser un rendez-vous. Guillaume Jan à cet air de ne pas y toucher qui fait qu’on ne s’imagine pas la vie qu’il a eue. Je ne vais pas réitérer qu’il a été notamment palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter, il me semble m’être déjà attarder sur son cursus exceptionnel dans une première mandorisation (pour son précédent livre Traîne-savane qui m’avait conquis). Guillaume Jan est aussi présent dans une mandorisation assez particulière.

Le 27 mars dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale (son fief à deux  pas de chez lui) pour évoquer le livre qui découle de son aventure, Samouraïs dans la brousse.

Argumentaire officiel du livre : guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandor

Qu’est-ce qui a poussé Guillaume Jan à entreprendre, seul, un voyage au plus profond de la forêt équatoriale ? Au terme d’une interminable remontée du fleuve Congo et de ses affluents, après plusieurs jours de vagabondages à pied et à moto à travers la jungle, l’écrivain voyageur gagne Wamba, minuscule hameau près duquel on peut encore voir des bonobos sauvages. Parti sur les traces du Japonais Takayoshi Kano, le premier scientifique à étudier le comportement des bonobos dans leur environnement naturel en 1973, l’auteur s’engouffre dans une aventure rocambolesque et rapporte un livre magnétique, qui s’attache autant à fouiller la personnalité de cet énigmatique primatologue qu’à décrire le quotidien d’un village littéralement oublié du monde. Un récit fluide et drôle, créant des ponts entre le Zaïre des années 1970 et le Congo d’aujourd’hui, entre le Japon et l’Afrique, entre Mohamed Ali et le premier samouraï noir...

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandor« Un récit picaresque et émouvant » Les Inrocks

« Ces rencontres imprévisibles, cette observation de plusieurs strates, rendent la lecture de Samouraïs dans la brousse captivante. » Libération

L’auteur :

Né en 1973, Guillaume Jan est journaliste et écrivain. Grand reporter pour le magazine Max, co-auteur de L’Almanach des voyageurs, il a vécu plusieurs années en Afrique et s’est marié à une congolaise en pays Pygmée. Il vit désormais à Paris avec sa femme et leurs deux enfants. À 45 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane, a essayé d’apprendre la boxe à Cuba et fut éjecté à coups de pied aux fesses d’un camp d’entraînement pour enfants soldats en Côte d’Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo – sujet de son premier livre, Le Baobab de Stanley. Il a ensuite publié Le Cartographe (2011), roman d’errance dans les Balkans et Traîne-savane, truculent récit de son voyage sur les traces de Livingstone, encensé par France Inter et Le Nouvel Observateur.

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(©Tetsuya Sakamaki)

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorInterview :

C’est ton troisième livre sur la République Démocratique du Congo. Tu en es devenu un peu le spécialiste.

Oui, même si j’ai eu une vie avant le Congo. J’étais journaliste pendant 15 ans et j’ai parcouru beaucoup de pays. Ma première rencontre avec la forêt, c’était en Guyane. Je souhaitais faire un bon sujet sur les chercheurs d’or, j’en avais donc accompagné dans leur exploration dans la jungle pour trouver des pépites. Il se trouve que depuis 10 ans, je voyage au Congo. J’ai tout de suite aimé ce pays. J’y ai vécu plein d’histoires. Quand les éditions Paulsen m’ont contacté pour me demander de faire un voyage pour leur collection « Démarches » en me laissant le choix de la destination, je leur ai fait 10 propositions en espérant qu’ils en acceptent une. J’ai commencé par leur parler des bonobos au Congo, tout de suite, ça les a intéressés.

Quand tu as su le pays, tu as cherché un angle ou tu connaissais déjà l’existence du scientifique japonais Takayoshi Kano ?

Il m’a fallu trouver un angle. Paulsen s’est enthousiasmé pour le projet des bonobos, c’est bien, mais ça ne faisait pas une histoire. Il fallait que je trouve une manière de parler des bonobos, de parler d’un voyage qui m’amènerait sur leur territoire congolais. J’avais peur de devoir écrire un livre de vulgarisation scientifique. Un jour, en lisant de la documentation scientifique, justement,  je suis tombé sur un Don Quichotte. Tu sais que j’aime bien les Don Quichotte.

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Takayoshi Kano à Wamba en 1973 (archive personnelle de Takayoshi Kano) .

On connaissait peu de chose sur son parcours.

Et notamment sur son premier voyage au Congo que j’ai tout de suite trouvé extraordinaire. Quand j’ai appris qu’il a cherché un emplacement pour observer les bonobos en se déplaçant à vélo, sans argent pendant plusieurs mois dans la jungle, alors qu’entre le japon et le Congo il n’y avait aucune histoire commune, j’ai su que je tenais mon histoire et que je prenais la bonne direction.

J’ai passé pas mal de temps à faire des recherches sur Takayoshi Kano avant notre rendez-vous, je n’ai pas trouvé grand-chose…

Je me suis heurté à la même difficulté que toi, mais il m’intéressait de plus en plus. J’ai donc enquêté sur lui moi-même. J’ai vite compris qu’il fallait que j’aille jusqu’à son poste d’observation des bonobos, à Wamba.

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Takayoshi Kano : autoportrait sous un palétuvier en 1980 (archive personnelle de Takayoshi Kano)

Tu racontes dans le livre les nombreuses galères que tu as rencontrées. Le voyage dans une pirogue de 25 mètres, les sentiers en moto, les araignées dans les maisons qui t’accueillaient, j’en passe des vertes et des pas mûres. J’imagine qu’à chaque fois tu devais te dire : « Chouette, ça fera une anecdote à raconter ».

Mais c’est tellement ça. C’est ma bouée. Il faut bien trouver un point positif quand on galère à ce point. Les galères c’est important pour rythmer le récit. Dans le bateau, je ne savais pas si j’allais pouvoir rencontrer Takayoshi Kano, je n’étais même pas sûr de pouvoir aller jusqu’à Wamba. J’étais dans le doute absolu sur tout. C’était un voyage très compliqué. Je suis bien content de l’avoir fait avant 45 ans parce que je ne sais pas si je referais un jour des voyages aussi ardus. J’ai toujours aimé en faire, mais celui-là a été le plus difficile de tous.

Tu es écrivain voyageur, mais te sens-tu une sorte d’aventurier ?

Tu me demandes si je me sens comme Indiana Jones ? Très franchement, quand on vit l’aventure, on ne pense pas à ça. On se contente de régler les problèmes dès qu’ils arrivent. Par exemple, si j’ai un problème aux pieds, il faut trouver une solution pour que cela ne s’infecte pas. Il fallait que je sache où j’allais bien pouvoir dormir le soir. Il y avait aussi sur place des problèmes administratifs à gérer. Au Congo, beaucoup de choses sont compliquées.

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Guillaume Jan avec son conducteur Joël pendant leur visite à Wamba en octobre 2016.

Le Congo est complètement délaissé par Kinshasa et les hommes au pouvoir. Tu racontes aussi cet aspect-là.

Leur président, Joseph Kabila,  reste au pouvoir, alors que son mandat s’est terminé il y a deux ans. Il y a à la fois un énervement, une lassitude et un épuisement. Les congolais sont énergiques, mais j’ai l’impression que là, ils baissent les bras. Chaque année supplémentaire, ils doivent faire avec un peu moins. Au bout d’un moment, ils ne peuvent plus suivre.

Il y a évidemment des conséquences sur l’écosystème. Il y a moins d’animaux par exemple…

Comme il n’y a plus de routes, les gens qui vivent dans la forêt sont laissés à l’abandon, ils doivent donc se débrouiller pour manger. Ils sont obligés de beaucoup chasser. Il y a une surchasse, il en résulte que la forêt devient de plus en plus silencieuse. 

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Guillaume Jan avec Iyokango, l'un des meilleurs pisteurs de Wamba.

Dans le livre, tu racontes l'état du Congo d’aujourd’hui.

Je ne pourrais pas parler du Congo en disant que, globalement, ça va quand même. Ce serait mentir. J’essaie d’être honnête autant avec les gens que je rencontre qu’avec les lecteurs, qu’avec moi et mon histoire. 

Tu as évidemment voulu rencontrer Takayoshi Kano.

Plus je cherchais, plus on me faisait comprendre que ce serait impossible. J’étais déçu, mais j’ai quand même pris la décision de raconter son histoire. Tant que je n’étais pas allé à Wamba, ses successeurs ne répondaient même pas à mes mails. Je leur demandais des renseignements, comme de m’indiquer la route à prendre pour aller là-bas, je n’ai reçu aucune réponse. J’ai donc dû me débrouiller tout seul. Quand je suis arrivé à Wamba, ils ont été très surpris. A partir de là, on a commencé à échanger. Ils m’ont enfin pris au sérieux.

Tu t’es attaché à ce personnage ?

Avant de le rencontrer, c’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’admiration et d’attachement. En le rencontrant, ça s’est confirmé. J’ai bien aimé son humour, sa modestie, sa bienveillance… et son courage. Il a quand même fait un AVC en 2008. Il est encore handicapé du côté droit, mais il semble bien rétabli.

Tu l’as donc rencontré le 6 décembre 2016.

Je n’avais pas les moyens de me rendre au Japon. Mais un miracle est arrivé. Un des magazines pour lesquels je travaille m’a envoyé en reportage sur la péninsule coréenne, juste en face de l’archipel nippon. Je n’ai eu qu’une heure d’avion pour enfin le rencontrer. Je l’ai vu à Toyonaka, tout au fond de  la baie d’Osaka. J’étais accompagné de son successeur à l’institut de recherche sur les primates Takeshi Furuichi. Son épouse Noriko Kino nous a accueillis. L’homme de 78 ans arrive enfin. Il nous raconte des détails sur ses voyages, le paradis des premières années, l’appendice dans la brousse, la 404 en panne, la bicyclette rouge, les colères et les éblouissements. Entre deux sakés, il exhume ses souvenirs dans le désordre. Il déplie ses planisphères et me raconte très précisément son itinéraire et ce qu’il a vécu.

Tu dis, je te cite : « Le vieux singe n’est pas un ours, il est simplement entré en ermitage pour s’écarter de la vanité des hommes ».

Voilà, ça le résume bien. Un homme simple, humble, mais un grand scientifique qui a fait avance l’étude des grands singes.

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Guillaume Jan avec Noriko & Takayoshi Kano ainsi que Takeshi Furuichi (debout), le successeur de Kano, le 6 décembre 2016 à Toyomaka.

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Guillaume Jan et Takayoshi Kano à Toyomaka, le 6 décembre 2016 à Toyomaka.

Parlons des bonobos que tu appelles les hippies de la jungle. Ce sont des bêtes de sexe qui ont plein de positions différentes à proposer à leur partenaire.

Un vrai kamasutra. Qui leur sert de régulateur social. Disons que le sexe leur sert à prévenir les conflits dans le groupe. Ils préfèrent faire l'amour que la guerre.

J’ai retenu aussi qu’ils sont bien plus cools que les chimpanzés.

Ils sont plus sociaux.

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Tu as assisté au réveil des bonobos. A part les scientifiques et les gens du village, personne ne peut assister à un tel spectacle.

Et encore, les locaux ne vont pas assister au réveil des bonobos à 6 heures du matin.

Tu veux dire que c’est comme les parisiens qui ne vont pas visiter la Tour Eiffel ?

C’est exactement ça. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, avant d’aller au Congo, j’avais déjà vécu pas mal de trucs dans différents endroits du monde, mais ce moment-là a été le plus exceptionnel de ma vie. Il me semble en tout cas.

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Pendant l'interview...

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorTu as pris des photos ?

Non. Je voulais me charger au minimum parce que je savais que le voyage allait être duraille. J’avais mon iPhone, mais à ce moment-là, il s’est bloqué. Je ne pouvais plus prendre de photos. Ce  n’est pas grave, j’ai tout emmagasiné sur mes carnets. J’ai même fait des croquis (voir à gauche). C’est amusant parce que pendant 10 ans, j’étais très intéressé par la photo. Mais 10 premières années de journaliste, j’étais reporter et  photographe. La photo m’intéressait presque plus que le texte. Aujourd’hui, j’arrive à voyager sans appareil photo, ce que je considère comme une victoire. Mon but est d’arriver à voyager avec rien. Je m’encombre encore de trop de choses. J’aimerais parvenir à voyager uniquement en chemisette (rires).

Si je te compare à Nicolas Bouvier, ça te va ?

Nicolas Bouvier est très important dans l’histoire des récits de voyage. Il a amené une nouvelle génération. Il a une très belle plume. Avant lui, il me semble qu’il y avait moins d’exigence littéraire. Cela dit, je n’ai pas envie que l’on me compare à quelqu’un. Il y a beaucoup d’écrivains voyageurs que j’admire et chacun dans un style différent. Quand j’écris, je n’essaie pas d’aller dans les pas de quelqu’un d’autre. Par contre, tout ce que j’ai lu ou vu depuis plusieurs décennies, ça nourrit ce que j’écris aujourd’hui. Ce n’est pas nécessairement de la littérature de voyage, mais de la littérature tout court, de la bande-dessinée, du cinéma et du théâtre.

Et n'hésitez pas à rencontrer Guillaume Jan pour un apéro-lecture le mercredi 4 avril prochain.

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