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01 avril 2018

Simon Chouf : interview pour Volatils

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(Photo : Fabien Espinasse)

simon chouf,chouf,volatils,interview,mandorChouf depuis le début de sa carrière nous emmène dans son monde à la fois torturé et empreint de douceur et de tristesse. Dans ce quatrième album, Volatils, enregistré au Studio Elixir (Toulouse) par Manu Cabrol (Anakronik, Magyd Cherfi, El Gato Negro...) et réalisé par Dimoné, il aborde les tensions planétaires, qu'elle soit politique, économique ou sociale, et souligne la fragilité de l'homme.

Le 23 février dernier, Simon Chouf est venu à mon rendez-vous, à l’heure de l’apéro…

Biographie officielle :

Nourri aux textes de Brassens et au blues cuivré de Tom Waits, le Monsieur Chouf des débuts a mué en Chouf, crooner au poing levé, pile tragique, face poétique. simon chouf,chouf,volatils,interview,mandor

Dans ce quatrième album, Volatils, il est question des migrants des mers (« Le cimetière des oiseaux »), de l’état orageux du monde (« Les êtres jetables »), des amours (« Fugitive »), des peurs et des questionnements ressurgis de l’enfance (« Des Aveugles » écrit par Christian Olivier), le tout enveloppé d’une musique chaleureuse. Ces thèmes graves et personnels sont enluminés par des tableaux métaphoriques riches de sens et d’émotion qui ont en commun, la fragilité de l’humain et son passage éphémère sur Terre. Ses rêves volés, Chouf les transforme en fête populaire, empruntant des chemins parfois rock, parfois swing pour embarquer le public dans son spectacle.

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(Photo  : Fabien Espinasse)

simon chouf,chouf,volatils,interview,mandorInterview :

Chez toi, on écoutait beaucoup de musique quand tu étais petit ?

On écoutait de la musique surtout dans la voiture. Il y avait quelques cassettes. Tu sais celles qui duraient 90 minutes. Je m’en souviens d’une avec sur une face Cabrel et sur l’autre, Souchon, le live Défoule sentimentale qui date de 1995. Il y avait une autre cassette avec Renaud sur les deux faces. Plus tard, quand on partait en vacances, mon père emmenait une valise de CDs. Lui, son truc, c’était la musique cubaine, du jazz et les deux premiers albums de Nilda Fernandez. Vers 10 ans, j’ai eu mon premier poste personnel. J’ai demandé qu’on m’offre les disques de Pierre Perret et de Brassens. Mais, je pense que j’étais influencé par les chansons « Fernande » et « Le zizi » (rires). Du coup, j’ai eu un double album de Brassens. Je pense qu’il a eu un impact sur moi et ma création.

Tu écoutais autre chose ?

Oui, les conneries qui passaient à la radio à l’époque. Mais les premières chansons « à histoires », je m‘y suis familiarisé grâce au rap et au hip-hop des années 90.

Tu commences la musique quand ?

Quand j’arrive au lycée. Je découvre la guitare grâce à des copains. Je m’y mets en essayant de jouer les musiques que je connaissais déjà, dont Brassens. Très vite, je me suis mis à chanter. Je préférais faire une demi-heure de guitare en rentrant à la maison que de faire mes devoirs, tu t’en doutes.

Mais au lycée, tu écoutais de la chanson française plus « jeune ».

Oui, des gens comme Mano Solo, les Têtes Raides, la Mano Negra, les Négresses Vertes, Pigalle, Marcel et son Orchestre, La Rue Kétanou … tous les artistes alternatifs du moment et ceux qui faisaient de la chanson festive. J’écoutais aussi les artistes de Toulouse, Zebda qui cartonnait, les Beautés Vulgaires… A Toulouse, ça chante beaucoup dans les bars. Un jour, je vois Jehan chanter du Leprest, du Anne Sylvestre, du Pierre Perret. J’ai flashé sur la belle chanson dans le plus simple appareil. Je me suis construit à l’écoute de tout ça.

Clip de "Ca va péter". 

Tu as joué dans quelques groupes.

J’avais un premier groupe de chansons néo-trash-réalistes, Les sexes symboles. A 16 ans, alors qu’on ne savait pas faire de la musique, on jouait déjà dans les bars de la ville. A l’époque, il y avait beaucoup de concerts amateurs. Les assos fourmillaient dans tous les sens, alors la possibilité de jouer était facile. On en profitait. Je le répète, on ne savait pas jouer, du coup, nous faisions les cons, mais on donnait beaucoup physiquement. Il se passait des choses à chaque fois. Ensuite, j’ai joué dans un autre groupe, Les moites de peau dans lequel il y avait aussi Manu Galure.

Les moites de peau s’arrêtent quand tu avais 18 ans.

Oui, le chanteur part au Québec. Je me dis que ça devient compliqué de faire partie d’un groupe. Je décide de faire des chansons personnelles à la guitare. A 20 ans, je m‘y mets sérieusement. On me propose des concerts de soutien pour des associations, des trucs militants… c’était pour moi l’insouciance absolue.

Tu avais quel répertoire ?

Manu (Galure) m’avait filé quelques textes, moi j’avais deux, trois chansons. A aucun moment, je me suis dit que j’allais faire ça de ma vie.

En 2006, tu es à la fac lors des manifestations anti-CPE. Il y a un blocage pendant tout le deuxième semestre, tu restes donc chez toi toute la journée.

J’ai pris conscience que je ne voulais plus aller bosser, mais faire de la musique tout le temps. Se lever et faire de la musique directement. La vie rêvée.

Ainsi Monsieur Chouf n’a pas tardé à arriver.

Je raconte des petites histoires à la guitare, mais je ne me sens pas « chansonnier ». Je me sens inhibé alors je décide de ne pas faire ce métier avec mon nom civil. Chouf est mon surnom tiré de mon nom de famille. Monsieur Chouf m’a permis de me cacher derrière un personnage sur scène. Depuis 2011, c’est-à-dire dès le deuxième album, j’ai enlevé le monsieur. Je n’ai plus eu besoin de ce subterfuge pour chanter. 

Clip de "Être jetables".

Aujourd’hui, tu es un chanteur en état de marche, justement.

J’ai pu évoluer dans la région grâce à une salle comme Le Bijou. Philippe Pagès a lancé pas mal d’artistes. Ensuite le Festival Pause Guitare d’Alain Navarro à Albi a créé en 2009 une scène "découvertes". Je me suis retrouvé là-dedans au bout de 6 mois de chansons. C’est marrant parce qu’au fur et à mesure de mon parcours, des portes se sont ouvertes et j’ai pu rencontrer des artistes que je vénérais comme les Zebda, les Têtes Raides, Arno, dont j’ai fait les premières parties.

Tu es sorti assez vite de ta région.

Oui, il y a eu un concours en Suisse, puis une résidence en Suisse grâce à Jean-François Delfour des Rencontres d’Astaffort. Tout s’est fait naturellement. J’ai commencé à tourner partout en France.

Comment sens-tu que tu évolues ?

Je suis en perpétuelle évolution et je me sens de plus en plus en phase avec ce que je veux faire. Je prends un chemin qui me plait bien. Avant, j’avais tellement de figures tutélaires, de références énormes dans la chanson, qu’il a fallu que je me dise que je ne serai jamais eux. Je me suis aperçu que ce que je voulais être ne correspondait pas à ce que j’étais. En 2013, lors de la tournée de l’album, «L’hôtel des fous », il y a eu une réflexion, une analyse très profonde. Il a fallu que je fasse le deuil de mes ainés et que je devienne moi. A partir du moment où j’ai réalisé ça, je me suis senti beaucoup mieux sur scène et plus légitime dans le métier. Je commençais à assumer mes chansons et ce que j’étais.

Teaser tournée "Volatils".

Il me semble que ta voix à évolué entre ton troisième album et le nouveau. Prends-tu des cours de chant ?

Oui, parce que je n’étais pas satisfait de ce que je faisais vocalement. J’ai donc pris le problème à bras le corps. J’avais besoin de savoir comment placer ma voix, comment ne pas l’abimer inutilement. Ça me permet aujourd’hui d’être mieux dans le texte et, du coup, la chanson respire mieux.

Comment travailles-tu un nouvel album ?

J’accumule des pistes de chansons, des thématiques, des bouts de textes, des bouts de musiques, puis je rassemble et je fais le point. Je ne suis pas en création permanente. Si je devais caricaturer, je dirais que je fais les chansons en même temps que le disque.

Dans l’album Volatils, tu parles beaucoup des travers de notre société.

Il y a deux portes d’entrées qui se rejoignent dans cet album. Il y a des chansons avec des textes universels comme « Etre jetable », « Magie noire », « Ça va péter », « Le cimetière des oiseaux » et il y a des chansons plus de l’ordre de l’intime. Elles ont le spectre du contexte du moment. Le point commun de ses textes-là, c’est la fragilité de l’humain aujourd’hui dans la vie. Le propos n’est pas super guilleret, mais c’est ça qui me touche. Bref, je suis là et, j'espère, pour longtemps.

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Je n’aime pas du tout la chanson engagée, mais ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la morale, tu ne dis pas des choses vindicatives. Tu fais réfléchir, mais sans brusquer.

Je ne me permettrai surtout pas de faire la morale. Je ne me positionne pas dans un questionnement argumentaire. Des sujets forts me parlent, mais j’essaie d’en faire un rendu poétique. Dans mes chansons, il y a beaucoup de moi et de mes turpitudes, de mes centres d’intérêt, mais j’y glisse des images, des métaphores et des choses qui permettent aux gens de se retrouver. Une chanson, c’est l’alchimie parfaite entre la voix, la musique et les mots.

Tu sais bien que dans les médias, si on parle des migrants, des réfugiés, du monde qui va mal, c’est faire de la chanson engagée.

D’abord, qu’est-ce que la chanson engagée ? Qu’est qu’un artiste engagé ? Vaste sujet. Il y a des gens dans leur quotidien lambda qui sont beaucoup plus engagés que bien des artistes. Je ne parle même pas des artistes qui ont une posture de personne engagée et qui dans leur quotidien ne sont pas en adéquation avec leur discours ou  avec ce qu’ils chantent. Il faut vivre en phase avec ce que l’on raconte et ce que l’on dégage.

Tu es content de ton sort dans le monde fabuleux de la scène française ?

Oui, dix ans plus tard, je peux me targuer d’être encore là. Je fais encore des chansons et j’ai encore envie de les produire et de les chanter sur scène. Je ne te dis pas que c’est facile, mais je suis là. Ma quête idéale serait d’avoir une base solide de public pour faire ce métier encore longtemps. Je n’ai jamais décollé, ni explosé, mais je me suis quand même retrouvé à faire des scènes énormes. J’ai joué mes chansons au Zénith de Toulouse. J’ai aussi chanté devant 15 000 personnes lors de la Fête de la Musique sur la place du Capitole à l’époque où les caméras de France 2 n’y déposaient pas ses caméras. Je dis ça, mais j’adore aussi défendre mes chansons à la guitare dans un salon sans micro et autres artifices.

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Après l'interview-apéro, le 23 février 2018

Commentaires

Bravo a chouf et merci à François pour cette belle interview

Écrit par : Benjamin Conte | 01 avril 2018

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