Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Yann Hegann : interview pour L'enfant qui venait des étoiles | Page d'accueil | Simon Chouf : interview pour Volatils »

31 mars 2018

Evie : interview pour Balades électriques

evie,balades électriques,interview,mandor

(Photos : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorLe troisième album de la chanteuse Evie est sorti hier (le 30 mars 2018). Dans balades électriques (à écouter ), elle distille ses sentiments, ses révoltes, ses émotions et une certaine rage de vivre, le tout sous fond de musique pop, rock, électro, folk… Du bel ouvrage réalisé par une jeune femme sensible et mélancolique… à fleur de peau, même.

Je lui ai donné rendez-vous le 23 février dernier pour une toute première mandorisation.

Biographie officielle :

Auteur compositeur interprète, Evie, de sa voix grave et claire, s’applique à trouver le mot juste pour exprimer de façon simple et universelle ce qui touche à l’intime. 

Evie a chanté en anglais, puis en français, joué du piano, puis de la basse, traversé quelques orages et quelques tristesses que l’on devine ici et là au fil de ses mots, a gardé le cap et la passion. 

D’abord chanteuse du groupe Time Factory, avec l’album No Borders  (première partie de Feist et Rachid Taha), elle devient ensuite la voix féminine du duo Paris Brune en 2010 (L’œil du Cyclone, Jive Epic). 

En 2011, elle commence un projet solo, reprenant pour l’occasion le surnom que quelques amis lui ont donné : Evie

Deux premiers disques voient le jour, La route sorti en 2011 puis Sentimental System D, en 2013.

Argumentaire officiel du disque (un peu écourté):evie,balades électriques,interview,mandor

En 2017, Evie retourne en studio entre la Bourgogne et Paris pour enregistrer un nouvel opus, point d’orgue de sa collaboration depuis 2 ans avec ses deux musiciens, également présents sur scène. Au clavier ou à la basse entourée par sa violoncelliste et son guitariste, ainsi que Clive Martin aux manettes (Les Négresses Vertes, Dolly, Manu Lanvin, Les Wampas…) Evie installe un univers lumineux et éclectique qui distille quelques boucles électro mixées aux sons organiques, aux frontières de la pop, du rock et de la chanson française.

Mêlant sentiments, émotions et révoltes, lʼalbum, porté par des mélodies entêtantes et des textes profonds raconte comme une tranche de vie … Avec pour fil conducteur la voix. 

Il y a d’un côté l’espoir, de l’autre, il y a le désenchantement. On y retrouve les thèmes de la rupture, de l’abandon... Il y a aussi un regard, parfois ironique, parfois mélancolique sur le monde et les gens autour … l’idée de quitter le métro, la ville et ses « Foules absurdes », ou le plus léger « Lola », portrait d’une femme enfant évaporée.

En marge du reste de l’album, « Des heures », véritable plainte aux accents trip-hop, dévoile une atmosphère sonore de prédilection, également présente dans la chanson « Puisque les clowns », écrite suite aux attentats de Charlie Hebdo. Enfin « Un dernier verre », qui sonne comme un épilogue pour annoncer déjà la couleur, le chemin à venir…

evie,balades électriques,interview,mandor

(Photo : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorInterview :

La musique est arrivée dans ta vie par hasard, je crois.

Mon père était médecin, ma mère est magistrat, mes frères sont dans la finance et moi, je voulais être cavalière professionnelle. Ça a été une partie de ma vie. Concernant la musique, petite, je faisais du piano, mais très vite, ça m’a ennuyé, j’ai donc arrêté. A l’âge de 17 ans, je me suis mise à chanter complètement par hasard. Le meilleur ami de mon grand frère est pianiste. Un jour, j’ai fredonné une chanson qui passait à la radio. Il a trouvé que je m’en sortais bien et ma proposé d’essayer de chanter chez lui. J’ai accepté. Ses parents sont arrivés dans la pièce où nous étions et m’ont demandé si c’était moi qui chantais. A partir de ce moment, je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser de ce côté-là. Comme cet ami avait composé des instrumentaux, je les ai pris et j’ai commencé à écrire dessus. C’est ainsi que j’ai commencé.

Tu es donc une parfaite autodidacte ?

Oui, j’y suis allée au feeling.

Et la suite ?

Un jour, dans un bar d’Avoriaz, j’ai rencontré un batteur, Guillaume Rossel, le fils de Bernard Lavilliers. On a commencé à travailler ensemble, puis, du coup, on a fait un album sous le nom de Time Factory. Nous co-composions et j’écrivais les paroles. Je chantais, il faisait les arrangements.

evie,balades électriques,interview,mandor

C’est à partir de ce moment que tu as décidé d’axer ta vie vers la musique et uniquement la evie,balades électriques,interview,mandormusique ?

J’étais en DEA de Politique Européenne. J’essayais de ne pas prendre de décision hâtive. Je ne savais vraiment pas quoi faire, mais ce que je savais, c’est que je ne voulais pas faire un métier classique.

L’aventure Time Factory a duré combien de temps ?

Quelques années, mais nous n’avons enregistré qu’un album. Guillaume est parti en tournée avec Rachid Taha, du coup j’ai décidé d’écrire mes propres chansons… et en français, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Par pudeur surement. Je me suis remise au piano. De fil en aiguille, j’ai composé un album entier. Après, je n’ai plus jamais décroché de la musique.

Ensuite, il y a eu le duo Paris Brune.

Je le formais avec le bassiste Pierre Legay. Il avait joué pour Time Factory sur l’album et en concert. Comme c’est un ami, un jour, il me demande de le dépanner en faisant quelques voix témoins pour quelques chansons à lui. Ils voulaient les proposer à d’autres artistes. On a enregistré une chanson et il s’est rendu compte qu’en duo, ça pouvait bien coller. A l’époque, les duos mixtes étaient à la mode. Il est allé proposer cette chanson, « L’œil du cyclone » à des éditeurs et quelqu’un a flashé dessus. Il nous a proposé de faire un album entier. On a donc enregistré d’autres titres et Jive-Epic a signé.

Tu arrives donc dans un gros label.

Le petit label dans lequel j’étais auparavant était très dynamique et me plaisait beaucoup. Être dans un gros label  m’a surtout permis de comprendre mieux le milieu de la musique, d’en connaître les rouages.

Clip de "L'œil du cyclone" du duo Paris Brune.

« L’œil du cyclone » est beaucoup passé en radio.

Ensuite il y a eu un autre single, « A l’endroit, à l’envers ». Et puis, la maison de disque n’a pas sorti l’album. Tout s’est arrêté d’un coup. Ils voulaient les éditions, ça ne les intéressaient de développer un petit peu notre duo.

Du coup, tu t’es repenchée sur ton projet solo ?

Oui, je me battais pour faire avancer les choses de ce côté-là. En 2011, j’ai fini par signer sur le label MVS pour mon premier album, La route. En 2013, j’ai enregistré un deuxième album, Sentimental Système D. Là j’avais pris un arrangeur, donc le disque était un peu plus rock.

Le clip de "La ligne" extrait de Balades électriques

Tu écris quand ça va mal ou quand tu vas bien ?

La tristesse m’a toujours porté. J’utilise mes soucis ou mes drames personnels pour en faire des chansons. Dans l’album Sentimental Système D, il y a au moins 4 titres qui évoquent la mort de mon père, plus ou moins clairement.

C’est bien d’utiliser ses épreuves de la vie pour en faire de l’art et les sublimer ?

Sur mon nouveau disque, j’aborde la séparation parce que c’est ce que j’ai vécu. J’aimerais bien qu’il ne m’arrive plus rien de ce genre, même si ça me permet d’écrire des chansons (rires).

Session acoustique de "Game Over" extrait de Balades électriques.

Tu racontes ta vie, mais ta vie ressemble à celles des autres, non ?

Oui, c’est tout à fait vrai… du coup, chacun peut s’y retrouver.

Tes disques mettent en avant une certaine mélancolie.

Dans la vie, je raconte énormément de conneries, je ris beaucoup, mais au fond de moi, je suis très mélancolique. En m’analysant, j’ai compris que j’aime autant les hauts que les bas. J’essaie aujourd’hui de préférer les hauts. 

Session acoustique de "Lola" extrait de Balades électriques.

Dans ton nouvel album Balades électriques, il y a une chanson sur l’attentat contre Charlie Hebdo, « Puisque les clowns ». Pourquoi ?

La question était : est-ce qu’écrire une chanson sur ce sujet était utile. D’autant que je savais qu’elle ne serait pas sur disque avant un bout de temps  et que d’autres s’y étaient collés immédiatement. Je n’ai pas résolu la question, mais je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire et de la sortir. Je voulais transcrire ce drame collectif d’une manière ou d’une autre. Ce qui m’a étonné, c’est qu’il y a eu beaucoup de chansons sur Charlie, mais pas sur le Bataclan, en tout cas, celles qui existent n’ont pas été faites dans l’immédiateté. On était tellement à plat, tellement assommés, que personne n’a osé en faire une chanson.

evie,balades électriques,interview,mandor

(Evie par Mandor et son iPhone6)

Es-tu d’accord si je dis que ton écriture n’est pas frontale ?

C’est vrai. Je n’aime pas le sens direct, j’aime bien passer par des chemins de traverse. Il y a de la poésie, des images, des métaphores et surtout, je tiens à ce qu’il y ait une musicalité dans mon écriture. J’y tiens même beaucoup. Par contre, je ne veux pas que l’on ne comprenne rien, sinon, ça n’a pas d’intérêt. Il y a donc un juste milieu à trouver.

Ça te fait du bien d’écrire ?

Oui, mais c’est aussi toujours un peu douloureux. Je ne sais pas pourquoi je fais ça… (sourire). 

evie,balades électriques,interview,mandor

Après l'interview, le 23 février 2018.

evie,balades électriques,interview,mandor

Les commentaires sont fermés.