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31 mars 2018

Evie : interview pour Balades électriques

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(Photos : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorLe troisième album de la chanteuse Evie est sorti hier (le 30 mars 2018). Dans balades électriques (à écouter ), elle distille ses sentiments, ses révoltes, ses émotions et une certaine rage de vivre, le tout sous fond de musique pop, rock, électro, folk… Du bel ouvrage réalisé par une jeune femme sensible et mélancolique… à fleur de peau, même.

Je lui ai donné rendez-vous le 23 février dernier pour une toute première mandorisation.

Biographie officielle :

Auteur compositeur interprète, Evie, de sa voix grave et claire, s’applique à trouver le mot juste pour exprimer de façon simple et universelle ce qui touche à l’intime. 

Evie a chanté en anglais, puis en français, joué du piano, puis de la basse, traversé quelques orages et quelques tristesses que l’on devine ici et là au fil de ses mots, a gardé le cap et la passion. 

D’abord chanteuse du groupe Time Factory, avec l’album No Borders  (première partie de Feist et Rachid Taha), elle devient ensuite la voix féminine du duo Paris Brune en 2010 (L’œil du Cyclone, Jive Epic). 

En 2011, elle commence un projet solo, reprenant pour l’occasion le surnom que quelques amis lui ont donné : Evie

Deux premiers disques voient le jour, La route sorti en 2011 puis Sentimental System D, en 2013.

Argumentaire officiel du disque (un peu écourté):evie,balades électriques,interview,mandor

En 2017, Evie retourne en studio entre la Bourgogne et Paris pour enregistrer un nouvel opus, point d’orgue de sa collaboration depuis 2 ans avec ses deux musiciens, également présents sur scène. Au clavier ou à la basse entourée par sa violoncelliste et son guitariste, ainsi que Clive Martin aux manettes (Les Négresses Vertes, Dolly, Manu Lanvin, Les Wampas…) Evie installe un univers lumineux et éclectique qui distille quelques boucles électro mixées aux sons organiques, aux frontières de la pop, du rock et de la chanson française.

Mêlant sentiments, émotions et révoltes, lʼalbum, porté par des mélodies entêtantes et des textes profonds raconte comme une tranche de vie … Avec pour fil conducteur la voix. 

Il y a d’un côté l’espoir, de l’autre, il y a le désenchantement. On y retrouve les thèmes de la rupture, de l’abandon... Il y a aussi un regard, parfois ironique, parfois mélancolique sur le monde et les gens autour … l’idée de quitter le métro, la ville et ses « Foules absurdes », ou le plus léger « Lola », portrait d’une femme enfant évaporée.

En marge du reste de l’album, « Des heures », véritable plainte aux accents trip-hop, dévoile une atmosphère sonore de prédilection, également présente dans la chanson « Puisque les clowns », écrite suite aux attentats de Charlie Hebdo. Enfin « Un dernier verre », qui sonne comme un épilogue pour annoncer déjà la couleur, le chemin à venir…

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(Photo : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorInterview :

La musique est arrivée dans ta vie par hasard, je crois.

Mon père était médecin, ma mère est magistrat, mes frères sont dans la finance et moi, je voulais être cavalière professionnelle. Ça a été une partie de ma vie. Concernant la musique, petite, je faisais du piano, mais très vite, ça m’a ennuyé, j’ai donc arrêté. A l’âge de 17 ans, je me suis mise à chanter complètement par hasard. Le meilleur ami de mon grand frère est pianiste. Un jour, j’ai fredonné une chanson qui passait à la radio. Il a trouvé que je m’en sortais bien et ma proposé d’essayer de chanter chez lui. J’ai accepté. Ses parents sont arrivés dans la pièce où nous étions et m’ont demandé si c’était moi qui chantais. A partir de ce moment, je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser de ce côté-là. Comme cet ami avait composé des instrumentaux, je les ai pris et j’ai commencé à écrire dessus. C’est ainsi que j’ai commencé.

Tu es donc une parfaite autodidacte ?

Oui, j’y suis allée au feeling.

Et la suite ?

Un jour, dans un bar d’Avoriaz, j’ai rencontré un batteur, Guillaume Rossel, le fils de Bernard Lavilliers. On a commencé à travailler ensemble, puis, du coup, on a fait un album sous le nom de Time Factory. Nous co-composions et j’écrivais les paroles. Je chantais, il faisait les arrangements.

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C’est à partir de ce moment que tu as décidé d’axer ta vie vers la musique et uniquement la evie,balades électriques,interview,mandormusique ?

J’étais en DEA de Politique Européenne. J’essayais de ne pas prendre de décision hâtive. Je ne savais vraiment pas quoi faire, mais ce que je savais, c’est que je ne voulais pas faire un métier classique.

L’aventure Time Factory a duré combien de temps ?

Quelques années, mais nous n’avons enregistré qu’un album. Guillaume est parti en tournée avec Rachid Taha, du coup j’ai décidé d’écrire mes propres chansons… et en français, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Par pudeur surement. Je me suis remise au piano. De fil en aiguille, j’ai composé un album entier. Après, je n’ai plus jamais décroché de la musique.

Ensuite, il y a eu le duo Paris Brune.

Je le formais avec le bassiste Pierre Legay. Il avait joué pour Time Factory sur l’album et en concert. Comme c’est un ami, un jour, il me demande de le dépanner en faisant quelques voix témoins pour quelques chansons à lui. Ils voulaient les proposer à d’autres artistes. On a enregistré une chanson et il s’est rendu compte qu’en duo, ça pouvait bien coller. A l’époque, les duos mixtes étaient à la mode. Il est allé proposer cette chanson, « L’œil du cyclone » à des éditeurs et quelqu’un a flashé dessus. Il nous a proposé de faire un album entier. On a donc enregistré d’autres titres et Jive-Epic a signé.

Tu arrives donc dans un gros label.

Le petit label dans lequel j’étais auparavant était très dynamique et me plaisait beaucoup. Être dans un gros label  m’a surtout permis de comprendre mieux le milieu de la musique, d’en connaître les rouages.

Clip de "L'œil du cyclone" du duo Paris Brune.

« L’œil du cyclone » est beaucoup passé en radio.

Ensuite il y a eu un autre single, « A l’endroit, à l’envers ». Et puis, la maison de disque n’a pas sorti l’album. Tout s’est arrêté d’un coup. Ils voulaient les éditions, ça ne les intéressaient de développer un petit peu notre duo.

Du coup, tu t’es repenchée sur ton projet solo ?

Oui, je me battais pour faire avancer les choses de ce côté-là. En 2011, j’ai fini par signer sur le label MVS pour mon premier album, La route. En 2013, j’ai enregistré un deuxième album, Sentimental Système D. Là j’avais pris un arrangeur, donc le disque était un peu plus rock.

Le clip de "La ligne" extrait de Balades électriques

Tu écris quand ça va mal ou quand tu vas bien ?

La tristesse m’a toujours porté. J’utilise mes soucis ou mes drames personnels pour en faire des chansons. Dans l’album Sentimental Système D, il y a au moins 4 titres qui évoquent la mort de mon père, plus ou moins clairement.

C’est bien d’utiliser ses épreuves de la vie pour en faire de l’art et les sublimer ?

Sur mon nouveau disque, j’aborde la séparation parce que c’est ce que j’ai vécu. J’aimerais bien qu’il ne m’arrive plus rien de ce genre, même si ça me permet d’écrire des chansons (rires).

Session acoustique de "Game Over" extrait de Balades électriques.

Tu racontes ta vie, mais ta vie ressemble à celles des autres, non ?

Oui, c’est tout à fait vrai… du coup, chacun peut s’y retrouver.

Tes disques mettent en avant une certaine mélancolie.

Dans la vie, je raconte énormément de conneries, je ris beaucoup, mais au fond de moi, je suis très mélancolique. En m’analysant, j’ai compris que j’aime autant les hauts que les bas. J’essaie aujourd’hui de préférer les hauts. 

Session acoustique de "Lola" extrait de Balades électriques.

Dans ton nouvel album Balades électriques, il y a une chanson sur l’attentat contre Charlie Hebdo, « Puisque les clowns ». Pourquoi ?

La question était : est-ce qu’écrire une chanson sur ce sujet était utile. D’autant que je savais qu’elle ne serait pas sur disque avant un bout de temps  et que d’autres s’y étaient collés immédiatement. Je n’ai pas résolu la question, mais je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire et de la sortir. Je voulais transcrire ce drame collectif d’une manière ou d’une autre. Ce qui m’a étonné, c’est qu’il y a eu beaucoup de chansons sur Charlie, mais pas sur le Bataclan, en tout cas, celles qui existent n’ont pas été faites dans l’immédiateté. On était tellement à plat, tellement assommés, que personne n’a osé en faire une chanson.

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(Evie par Mandor et son iPhone6)

Es-tu d’accord si je dis que ton écriture n’est pas frontale ?

C’est vrai. Je n’aime pas le sens direct, j’aime bien passer par des chemins de traverse. Il y a de la poésie, des images, des métaphores et surtout, je tiens à ce qu’il y ait une musicalité dans mon écriture. J’y tiens même beaucoup. Par contre, je ne veux pas que l’on ne comprenne rien, sinon, ça n’a pas d’intérêt. Il y a donc un juste milieu à trouver.

Ça te fait du bien d’écrire ?

Oui, mais c’est aussi toujours un peu douloureux. Je ne sais pas pourquoi je fais ça… (sourire). 

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Après l'interview, le 23 février 2018.

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26 mars 2018

Yann Hegann : interview pour L'enfant qui venait des étoiles

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorYann Hegann, c’est une Madeleine de Proust. C’est un type, quand je n’étais qu’un gamin introverti, qui me faisait rêver. Lui, mais également Jean-Loup Lafont et François Diwo. Mon triumvirat radiophonique. Ce sont ces trois-là d’Europe 1 qui m’ont donné envie de devenir animateur radio et télé (ce que j’ai fini par faire plus tard et un long moment). Bref, je vous la fais courte, quand j’ai su que mon pote manager/agent Olivier Vadrot connaissait Yann Hegann et qu’il lui faisait faire un peu de promo, je lui ai demandé qu’il m’organise une rencontre. Je n’avais pas lu son livre, je le confesse, ce n’était pas là le plus important. J’avais même, je le confesse (bis), un énorme a priori sur l’intérêt d’un livre se voulant un ersatz du Petit Prince écrit par un animateur radio. J’allais faire ce qui s’appelle une « concession ». J’interviewerai Yann Hegann, mais pas vraiment pour parler du livre.

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Yann Hegann sur Europe 1 (ça donne ça, notamment).

Et puis, j’ai lu.

Et puis, j’ai lu en me disant, « mais quel con je suis ! »

Je lutte contre l’a priori depuis toujours et bim ! Je m’y adonne. yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

En fait, L'enfant qui venait des étoiles est un conte fabuleux qui fait renaître l'enfance en chacun de nous. Le célèbre Petit Prince n’y est intentionnellement jamais cité, mais le lecteur se rend vite compte qu’il s’agit de la suite suggérée par l'auteur historique. Dans cette narration romanesque, on découvre pourquoi le petit héros revient sur Terre, ce qu’il cherche et surtout, ce qu’il est vraiment. Cet ouvrage à double lecture m’a scotché. Comme Le petit Prince, L’enfant qui venait des étoiles s’adresse aux enfants comme aux adultes. Un très joli conte philosophico-initiatique que je conseille à tous.

Le 22  février 2018, Yann Hegann m’a donné rendez-vous dans le bar à côté d’Europe 1. L’homme est disert et aimable… et un peu taquin aussi. 

4e  de couverture : 

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorInterview :

Quelle est la genèse de ce livre ?

En 1957, j’ai tourné dans un film avec Gérard Philipe, Le joueur, d’après l’œuvre de Dostoïevski. Jamais Gérard Philipe ne m’appelait par mon prénom. Il m’appelait Petit Prince. Un jour, il m’interpelle: « Viens voir Petit Prince, j’ai quelque chose pour toi. » Il m’a offert deux cadeaux. J’ai ouvert le premier, c’était le livre d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince. Le deuxième, c’était la version disque racontée par Gérard Philipe lui-même. Je l’ai écouté des quantités de fois en lisant le livre en même temps. Pour moi, le Petit Prince c’est la voix de Gérard Philippe. Je ne peux dissocier les deux. Au point que ça a créé une confusion : je confondais Saint-Exupéry et Gérard Philipe.

Et toi, tu ne te prenais pas pour le Petit Prince, du coup ? yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

Non, je ne me suis jamais identifié à lui. Je le voyais comme un personnage dans lequel « on » peut s’identifier,  mais c’est tout. Même si Gérard Philipe m’appelait Petit Prince, je savais que je n’étais pas ce héros. J’étais naïf, mais pas con à ce point-là (rires).

Quand  tu allais avec ta mère dans les librairies à Paris, tu demandais toujours aux libraires : « vous avez la suite du Petit Prince de Saint-Exupéry ? »

C’est vrai. Les libraires me répondaient qu’il n’y avait pas de suite. Moi, je disais « Si, si, regardez ce qu’il y a écrit à la fin : Regardez attentivement ce paysage afin d'être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s'il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l'étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s'il rit, s'il a des cheveux d'or, s'il ne répond pas quand on l'interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite qu'il est revenu... Alors, monsieur, vous voyez bien qu’il y a une suite !

Un jour après une lecture de Saint-Exupéry devant des enfants, une maman t’a encouragé à écrire la suite.

Oui. J’ai décidé d’y réfléchir en me baladant avec mon chien. Je me suis retrouvé sur un quai que je fréquentais tous les jours, mais dont je ne connaissais pas le nom. Ce soir-là précisément, je découvre avec stupeur qu’il s’appelle le quai Saint-Exupéry. Là, je me dis que c’est un signe qu’il ne faut pas occulter.

Comment on attaque une suite à ce livre culte ?

Je me suis posé la question. J’avais juste écrit un premier roman que je n’avais jamais envoyé à des maisons d’édition. Le narrateur raconte l’histoire d’un promeneur qui tombe sur un enfant qui a tout du personnage que l’on connait. Après, partant de cette base, je me suis laissé aller.

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L'illustratrice du livre : Luba Aguilova est née en Sibérie, habite à Bordeaux où elle vit de son talent d’illustratrice.

Tu ne cites jamais Le Petit Prince.

C’est intentionnel.

Ce petit personnage qui venait des étoiles s’est fait manger par un serpent. Il n’y a donc aucun doute sur son identité.

Admettons que ce soit une suite. Il revient, mais pourquoi ? Que cherche-t-il aujourd’hui, ce personnage des années 40 ? Qui est-il ? Je dois répondre à ces trois questions, mais à ma manière dans des chapitres qui correspondent à des voyages « initiatiques ». Quand on écrit un roman, le bon dieu et l’auteur, c’est la même personne. On a le droit de vie ou de mort sur qui on veut.

Ce qui est agréable, c’est que tu n’as pas cédé à la vulgarité ambiante de notre époque.

Tu as raison de le souligner. Notre époque est sous le signe de la cruauté et de la méchanceté. Mon livre est aux extrêmes de tout ça. Ma meilleure amie me dit que je vis au pays des Bisounours. Je suis empreint d’une grande naïveté et je vais mourir comme ça. Pendant des années, j’ai essayé de combattre ma naïveté et j’ai décidé que c’était une erreur il n’y a pas si longtemps.

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Illustratriation : Luba Aguilova.

yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorC’est un roman initiatique avec plein de considérations philosophiques. On rencontre la souris philosophe, l’aigle royale, l’homme du désert, le voyant infaillible, le marin et les statistiques…

J’avais très envie d’écrire ce livre, alors j’y suis allé tête baissée, même si je suis dans l’incapacité de te dire si j’ai du talent. Le monde littéraire est un monde que je ne connais absolument pas. Il a fallu faire abstraction de tout ça et que je fonce sans me poser de questions.

Tu fais dire au voyant infaillible : « il y a une différence fondamentale entre le rêve et l’illusion ».

Dans cette parabole, je dis qu’il ne faut jamais sacrifier le moindre de ses rêves. Quand on écrit un conte philosophique, on passe par des chemins qu’on a vécu soi-même.

Le Petit Prince s’est vendu à largement plus de 150 millions d’exemplaires.

C’est pas mal, effectivement. Je sais bien que je me suis attaqué à un monument et que mes chiffres de ventes seront dérisoires à côté. Je considère mon livre comme un hommage. Il fallait que je le fasse. Point barre. Je ne me pose aucune autre question. 

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Le 22 février 2018 dans le bar à côté d'Europe 1.

Stop archive! Les mêmes protagonistes, 34 ans plus tôt, le 22 août 1984 lors d'un podium Europe 1  à la Grande-Motte.

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21 mars 2018

Anna Karina, Howe Gelb et Laurent Balandras : interview pour Je suis une aventurière

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anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorMuse de Godard, icône des sixties, Anna Karina fait de nouveau parler d'elle à 77 ans avec la sortie de l’album, Je suis aventurière, une épithète qui lui va à merveille. On y retrouve ses collaborations avec Serge Gainsbourg, Philippe Katerine, Bassiak entre autres. Dans son actualité, il y a aussi deux de ses films qui sortent pour la première fois en DVD : Shéhérazade, tourné au Maroc en 1963, et Vivre ensemble, le premier film qu'elle a réalisé en 1973. L’occasion était belle d’aller à sa rencontre. Son éditeur et agent (et ami) Laurent Balandras m’a organisé une rencontre d’une heure dans une brasserie du boulevard Saint-Germain où elle a ses habitudes. Ce jour-là (le 7 mars dernier), le musicien chanteur américain Howe Gelb, qui interprète deux duos avec Anna Karina, a accepté de se joindre à nous. Belle conversation à quatre voix.

Argumentaire officiel du disque :anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Les meilleurs titres de l’icône de la nouvelle vague, signés Gainsbourg, Katerine, Bassiak, Godard... inclus Sous le soleil exactement plus des inédits dont 2 duos avec Howe Gelb.

Anna Karina a toujours chanté. Souvent dans des films. Depuis Une femme est une femme en 1960 où elle interprète "La chanson d'Angela" écrite par Jean-Luc Godard et composée par Michel Legrand, Anna Karina a chanté Bassiak (Rezvani) toujours pour Godard et surtout Serge Gainsbourg qui a conçu pour elle son unique comédie musicale Anna en 1967. Icône de la Nouvelle Vague, l'actrice d'origine danoise propose une compilation de chansons de films dont certaines sont éditées ici pour la première fois (extraits des films Last song de Dennis Berry et Haut, Bas, Fragile de Jacques Rivette) ainsi que des titres de son album écrit par Philippe Katerine). En bonus, plusieurs chansons originales viennent compléter cette rétrospective dont deux duos enregistrés en 2017 avec Howe Gelb, artiste-phare de la scène rock américaine. Je suis une aventurière lance avec son regard bleu pétillant celle qui a passé sa vie à jouer, chanter et danser sous les regards enamourés de George Cukor, Tony Richardson, Luchino Visconti, Rainer Werner Fassbinder, Raoul Ruiz ou Jonathan Demme et qui doit son nom de scène à Coco Chanel.

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anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

Laurent Balandras : C’est un peu nous deux.

Anna Karina : Non, c’est toi Laurent. J’ai trouvé l’idée formidable, d’autant qu’il a ajouté quelques chansons inédites. Certaines n’ont jamais été éditées. Il y a des chansons que j’ai signées moi-même, d’autres par mon mari Dennis Berry. Il y a les principales chansons de ma carrière, mais il n’y a pas tout. Laurent n'a pas pu en obtenir certaines.

Laurent Balandras : Quand on fait ce genre de disque, il y a toujours des problèmes de droit sur certains titres. Quand ce sont des chansons tirées de films, ce sont les boîtes de production des films qui détiennent les droits… et là, ça devient compliqué. On ne retrouve pas toujours la société de production. Il faut aussi que je te dise qu’on avait déjà fait une compilation de chansons de films en 2004, alors on n’a pas voulu non plus mettre les mêmes titres dans ce nouveau disque.

Anna, pourquoi dès le début de votre carrière, vous a-t-on demandé de chanter dans les films ?

Anna Karina : Parce que dans la vie, je chantais tout le temps, et ce depuis toute petite. Je faisais le show partout où je passais. Les gens qui m’entouraient remarquaient donc que j’avais quelques velléités à ce niveau-là. Mon premier mari, avec lequel je vivais, Jean-Luc Godard, me voyait chanter toute la journée, il a fini par me demander d’en faire de même dans quelques films. Les autres réalisateurs ont suivi.

Documentaire de Luc Lagier : Godard, l'amour, la poésie. L'histoire d'amour entre Jean-Luc Godard et Anna Karina.

Laurent, pourquoi Anna est-elle si importante pour toi ? anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Laurent Balandras : A 23 ans, je venais de découvrir le cinéma d’auteur. Quand je suis arrivé à Paris, je rêvais de la rencontrer. Ce qui m’intéressait beaucoup chez elle, c’était la chanteuse. Au départ quand nous avons fait connaissance, je voulais la refaire chanter. Je travaillais à l’époque aux Sentiers des Halles et, tu connais la salle, c’est dans une cave.. Malheureusement pour moi, elle est claustrophobe.

Anna Karina : Je n’ai donc pas accepté d’y chanter (rires).

Anna, quand vous avez vu arriver Laurent la première fois, vous avez pensé quoi ?

Anna Karina : Il a d’abord téléphoné. Il est tombé sur mon mari, Dennis Berry. Il a eu très peur (rires). Après, on s’est donné rendez-vous au Chai de l’Abbaye, rue de Buci. Tout de suite, ça a collé entre nous. Je le trouvais formidable. Après, il a travaillé chez Universal au moment où j’enregistrais mon album chez eux. Ça a été le début d’une forte amitié et très belle collaboration.

Anna, vous êtes étonnée que de jeunes cinéphiles viennent encore vous voir ?

Anna Karina : J’ai eu la chance de tourner avec la Nouvelle Vague, mais aussi avec des grands réalisateurs « classiques » comme Visconti, Cukor ou Fassbinder. Donc, beaucoup m’ont vu et il doit leur en rester quelque chose de positif. J’aime que des jeunes de 15-16  ans se souviennent, s’intéressent et me posent des questions sur le 7e art.

Laurent Balandras : En Corée du Sud, c’est de la folie ce que représente Anna. En Australie, des gens avaient fait des centaines de kilomètres pour venir la voir.

Blow Up sur Arte : C'est quoi Anna Karina?

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorVous avez aussi tourné dans des « petits » films.

Oui, ils sont moins connus, mais ça veut dire que j’ai toujours été sur la route. J’ai fait ce que je voulais faire quand j’étais gosse : aventurière.

Laurent Balandras : « Je suis une aventurière » est une phrase qu’elle dit souvent. Alors, on en a fait le titre du disque. Anna est quelqu’un qui s’amuse tout le temps. C’est une adolescente éternelle. Avec Anna Karina, la vie est une comédie musicale.

Anna Karina : (Me regardant) Il est gentil. Oh ! Il est adorable.

Laurent Balandras : Avec elle on chante et on se marre tout le temps.

Ma scène préférée dans Bande à part de Godard (1964), celle de la danse.

Parlons avec Howe Gelb, à présent. Vous chantez deux chansons avec Anna. D’abord, que anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorreprésentait-elle pour vous ?

(Pour être tout à fait honnête, ma connaissance de la langue anglaise étant ce qu’elle est, c’est Laurent et un peu Anna qui m’ont servi d’interprètes.)

Howe Gelb : A la base, je ne la connaissais pas. Un jour, j’ai vu une photo d’Anna avec le texte d’un film, je l’ai mise sur ma page Facebook. Le réalisateur des deux chansons que j’interprète avec Anna sur le disque a vu cette photo. Comme c’est un ami, il m’a proposé de la rencontrer. La rencontre a eu lieu et le courant est passé immédiatement.

Vous l’avez trouvé comment ?

Howe Gelb : Elle m’a fait penser à une adolescente. C’est extrêmement rare une femme comme elle. A partir de là, je me suis intéressé à qui elle était. J’ai regardé la plupart des films dans lesquels elle jouait. Ça m’a complètement emporté. A l’époque je travaillais avec une fille qui avait 23 ans et qui ressemblait beaucoup à Anna Karina. Cette fille, croate, et Anna se sont retrouvées à la même table et ça a donné un tableau très mystérieux. A ce moment-là, je me rends compte qu’Anna est née au Danemark. Et ma femme, elle aussi, est née dans ce pays. Je trouvais qu’il y avait beaucoup de coïncidences.

Anna Karina : Je me souviens, on s’est rencontrés aux Deux Magots avec Laurent. Ensuite, nous sommes restés en contact pendant 5 ans.

Laurent Balandras : Anna, j’ai appris aujourd’hui qu’Howe a enregistré il y a quelques années ton duo avec Serge Gainsbourg, « Ne dis rien », sans savoir que c’était toi qui interprétait cette chanson.  

Howe Gelb : J’ai enregistré cette chanson sans même avoir entendu la chanson d’Anna avec Gainsbourg. Cet après-midi, juste avant de venir vous voir, j’ai écouté la version originale avec eux dans un studio. Ça m’a fait un choc. La façon qu’a Anna de chanter, c’est quelque chose qui m’est familier.

Anna Karina et Serge Gainsbourg : "Ne dis rien".

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorDans une des chansons que vous interprétez, il y a des phrases en français. C’était difficile pour vous ?

Howe Gelb : Oui, c’était dur. Mais Anna a essayé de m’aider.

Howe, vous venez du rock indépendant américain, vous avez enregistré 60 albums. Que pensez-vous d’Anna Karina chanteuse ?

Howe Gelb : Elle est dans l’énergie. Il y a le feu en elle. Anna, c’est une pierre précieuse. Avec tout ce qu’elle a fait d’important dans sa vie, elle est une personne qui devrait être célébrée à sa juste valeur. J’ai beau avoir 60 albums dans les pattes, ça me flatte d’avoir fait deux chansons avec elle. Je n’ai pas connu son histoire, car je n’ai pas été élevé dans cette culture-là, mais je suis hyper honoré de faire désormais partie de son histoire… même un tout petit peu.

Anna Karina : (Gênée) C’est moi qui suis fière.

Howe, aimeriez-vous travailler de nouveau avec Anna ?

Howe Gelb : Oui. J’essaie de la convaincre.

Anna Karina : Mais je n’arrive plus à chanter !

Howe Gelb : Elle ne chante pas comme elle a pu chanter à une époque, mais elle chante toujours très bien. Sa voix est plus grave, mais c’est très bon.

Anna Karina : Bon, s’il aime bien, je ne suis pas contre, mais ça sera compliqué (rires). Commençons déjà par une chanson.

Le tournage de la comédie musicale, Anna.anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Il y a trois chansons de la comédie musicale de Pierre Koralnik, Anna, dont toutes les chansons sont de Serge Gainsbourg. Vous dites souvent que c’est un de vos meilleurs souvenirs.

Anna Karina : Koralnik et Gainsbourg  sont venus me voir. Je ne savais pas du tout de quoi ça parlait, j’ai dit oui immédiatement. J’étais folle de joie.

Comment était Gainsbourg avec vous pendant cette comédie musicale ?

Anna Karina : Il était très perfectionniste et très gentil. Il était Gainsbourg et pas encore Gainsbarre. Ensemble on se marrait comme des baleines. On parlait en verlan ensemble. On ne disait que des conneries. On picolait du rouge et après on allait répéter.

"Sous le soleil exactement", extrait de la comédie musicale Anna.

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorLa chanson que vous interprétez la plus connue est « Sous le soleil exactement », tirée d’ailleurs de la comédie musicale Anna. Ce n’est pas votre chanson préférée j’imagine ?

Anna Karina : Je l’aime bien, mais je les aime toutes avec leurs différences.

Ce que j’aime chez vous Anna, c’est que vous souriez tout le temps.

Anna Karina : Je suis comme ça naturellement.

Laurent Balandras : Elle me fascine. Elle chante tout le répertoire de la chanson française. Elle connait 200 millions de chansons par cœur. Elle travaille avec la nouvelle génération, a enregistré avec Jeanne Cherhal et Barbara Carlotti, a écrit des contes musicaux adaptés d’Andersen,  a écrit trois romans, a joué au théâtre… non, vraiment elle m’épate.

Anna, bientôt, on pourra voir un documentaire d’une heure trente sur vous qu’a réalisé votre mari. Quand vous le voyez, vous êtes nostalgique ?

Anna Karina : Pas du tout. Je n’ai aucune nostalgie du passé. Au contraire. Je suis folle de joie quand je revois tout ça.

Blow Up sur Arte : Pierrot le fou en 3 minutes.

Vous revoyez parfois des comédiens comme Belmondo, avec qui vous avez tourné ?

Anna Karina : Ca m’arrive, mais très rarement. A chaque fois que l’on se revoit, c’est comme si on nous nous étions vus la veille. On a l’impression de faire partie d’une même famille.

Laurent Balandras : C’est Jean-Claude Brialy que tu as revu souvent.

Anna Karina : On a fait 6 films ensemble. Nous étions très proches.

Le 14 février 2018, est sorti en DVD le premier film réalisé par Anna Karina, Vivre ensemble (1973), en version restaurée.

Il faudrait que vous écriviez une autobiographie.

Anna Karina : Je l’ai commencée, mais j’ai toujours peur de blesser des gens. Moi, je suis pour dire la vérité. Si j’écris, ce n’est pas pour être mièvre et mentir.

Vous avez eu une vie unique et folle. Vous l’avez vu passer.

Anna Karina : Oui, dans la joie et avec beaucoup de bonheur. La vie m’a donné beaucoup de chance. J’ai fait tant de choses qui m’ont amusée et passionnée, je sais que c’est rare. Je n’ai eu que des cadeaux, souvent tombés du ciel. J’ai eu aussi de grandes tristesses… mais je me cache quand je suis triste. Je n’emmerde pas les gens avec mes soucis. J’aime la vie, alors je me présente sous mon meilleur jour aux autres.

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De gauche à droite, Howe Gelb, Anna Karina, Mandor et Laurent Balandras, le 7 mars 2018.

Edit : le 11 avril 2018, près d'un mois après cette interview, j'ai appris qu'Anna Karina et Jean-Paul Belmondo s'affichent ensemble (Pierrot le fou) pour représenter le 71e festival international du film de Cannes. La classe.

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19 mars 2018

Seemone : interview d'une future grande artiste

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(Photo : Boby)

seemone,nighbird,interview,mandor(Photo à gauche : Phunillb)

Attention ! Talent hors norme à l’horizon ! Seemone n’a que 20 ans, personne ne l’a connait encore et pourtant elle va exploser d’un jour à l’autre. Il ne peut pas en être autrement.

Des nouvelles venues sur la scène musicale pop française, il y en a pléthore. Mais peu ont retenu mon attention aussi radicalement. Une gravité dans  le visage, un timbre très mature, tout aussi surprenant qu’envoûtant. Il émane de ses titres et reprises une grande fraîcheur et une intensité rare.

Le 9 mars dernier, nous nous sommes retrouvés aux Bains Douches pour une première mandorisation. Et  pour être plus précis, il s’agissait de la première interview de sa vie. (Merci à Julien Piraud de l’agence Multimédiaxe pour ce cadeau.)

Biographie officielle : 

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(Photo : Boby)

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(Photo : Boby)

seemone,nighbird,interview,mandorInterview :

Vous ne débarquez pas comme ça par hasard. Cela fait trois ans que vous travaillez les chansons que nous sommes en train de découvrir. Mais quel est votre parcours avant votre rencontre avec le ténor Fabrice Mantegna.

Il est particulier. A la base, je n’avais pas envie de faire de la musique, mais du cinéma en tant que comédienne. Mais depuis toute petite, j’ai une malformation vocale qui m’a donné une voix un peu bizarre. Au Cours Florent, avec cette voix complètement cassée, c’était difficile de la porter. Parfois, elle n’était pas audible… c’était compliqué. On m’a donc conseillé de prendre des cours de chant pour l’utiliser au mieux. J’ai pris des cours avec une première prof avec laquelle ça n’avait pas du tout collé. Elle m’avait même traumatisé. Elle me disait carrément que je n’avais pas une voix pour chanter et que je n’étais absolument pas faite pour ça.

Heureusement, une de vos copines avait comme prof de chant, Fabrice Mantegna (photo à droite). seemone,nighbird,interview,mandor

Oui et je trouvais qu’en deux mois, elle faisait des progrès fulgurants, j’ai donc souhaité le rencontrer. Au bout d’un mois de cours il m’a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi je voulais faire du cinéma. Il a trouvé que j’étais faite pour la musique et que ma voix était super jolie. C’était tout ce que j’avais envie d’entendre. Je me suis vite aperçue que j’avais l’oreille musicale. Il faut dire que depuis toute petite je chantais en secret dans ma chambre. Je suis donc tombée dans la musique un peu par hasard, mais un joli hasard.

Et vous avez immédiatement pris goût au chant ?

Ce dont j’étais certaine c’était que j’avais une âme d’artiste. Je ne savais pas trop où aller parce que j’étais très jeune. Ce sont des questions que l’on ne se pose pas forcément quand on est au lycée. Je savais juste que je ne voulais pas faire quelque chose de normal. J’avais besoin de créer. A travers la musique, j’ai trouvé ma voie et ma voix. J’ai fait de ma différence une force. 

Le dernier clip de Seemone, "Que reste-t-il de nous?" 

Votre voix, quand vous me parlez, ne me paraît pas si grave et cassé que cela.

Mais quand j’étais petite fille, ça choquait les gens. Je rentrais chez moi et je disais en pleurant à ma mère « mais pourquoi tu m’as faite avec une voix comme ça ? »

Mais aujourd’hui, franchement, ce n’est pas choquant.

J’ai subi une opération l’année dernière et ça a nettement atténué le problème. J’ai été opérée par un super chirurgien et je suis hyper heureuse parce que ma voix est méconnaissable. C’est fou ! Je me suis endormie, puis je me suis réveillée et j’avais une voix claire. Je ne sais pas comment il a fait. J’ai passé deux semaines sans parler pour cicatriser tout ça. Pour moi, ce chirurgien est un Dieu. Je me suis dit qu’il avait sauvé ma vie.

Après la rencontre avec Fabrice Mantegna, vous décidez de faire des covers sur YouTube.

C’est venu au bout d’un moment. Au début, il me donnait des cours particuliers chez moi et me faisait bosser plein de chansons d’autres artistes que je connaissais de nom mais vers lesquels je ne m’étais jamais penchée sur l’aspect vocal. Je n’avais pas envie de chanter pour « divertir », mais pour capter la même sensation qu’un chanteur peut ressentir au moment où il lâche des notes. Quand une note touche l’artiste, elle touche le public. C'est ça que j'ai voulu apprendre en priorité. On ne peut pas tricher là-dessus.

Cover de la chanson de Matthieu Chédid, "La bonne étoile".

Ne pas « divertir »… c’est rare d’entendre ce discours.

C’est effectivement un peu maladroit comme formule. Disons que je veux surtout faire passer des émotions à travers ma voix.

Vous avez mis longtemps à faire des covers…

Je n’avais pas du tout envie que l’on me filme. J’avais aussi un problème avec mon image. Je suis en train de le régler peu à peu.

Vos parents vous ont soutenu ?

Toujours, mais ils ont souhaité que je passe mon bac d’abord. Je l’ai eu avec la mention « bien ». Il fallait que je les rassure… et que je me rassure.

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Pendant l'interview...

Une fois le bac obtenu, Fabrice Mantegna  a composé une première chanson, « Nightbird », et un auteur, Mehdi Messouci a écrit les paroles. Pourquoi est-elle écrite en anglais ?

C’est mon choix. Il se trouve que j’ai toujours chanté des chansons en anglais et que je suis moins attirée par les chansons en français. Je n’ai pas du tout une culture chanson française. Plus jeune j’écoutais Nina Simone, Amy Winehouse ou encore Selah Sue…

Des chanteuses à voix.

Inconsciemment, j’étais attirée par ce genre de voix-là.

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(Photo : Boby)

Quand on vous a proposé de chanter en français, comment avez-vous réagit ?

Je me suis demandé si j’étais capable de le faire, si ma voix allait bien sonner avec la langue française… en fait, il se trouve que j’ai adoré. Aujourd’hui, je considère que je suis aussi à l’aise dans les deux langues. Mes parents m’ont toujours initié à l’anglais.

Quand on chante en français, il faut que les textes soient bien écrits.

Je suis exigeante au niveau de la qualité d’écriture. Comme je ne suis pas connue, pour l’instant il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent écrire pour moi. Mais j’espère que cela va vite changer.

Pour l’instant, tu as deux chansons originales et deux reprises écoutables et visibles sur Youtube et sur quelques plateformes musicales. Il y a d’autres chansons pas encore livrées au public ?

Quatre autres sont enregistrées. Un EP devrait en découler aux alentours d’avril-mai. J’ai envie que ça marche et que je puisse en faire mon métier… Mais même si ça ne plait pas au public et que je ne peux pas vraiment gagner ma vie avec cet art, je veux quand même continuer à faire de la musique. La musique est arrivée dans ma vie au bon moment. Elle m’a fait me découvrir complètement.

Le clip de "Nightbird".

Le clip de « Nightbird » rend hommage à la danseuse et chorégraphe Pina Bausch.

Les danseurs font partie de la compagnie de Pina Bausch. J’ai eu la chance de rencontrer ces gens par Fabrice qui avait travaillé avec eux à Berlin sur des opéras. « Nightbird » allait complètement avec l’esprit de ces danseurs. Visuellement, ça colle parfaitement avec ce qu’il se passe vocalement. J’ai conscience d’avoir de la chance d’arriver tout juste dans ce milieu et de rencontrer déjà des artistes qui ont un talent immense. J’ai été très honorée d’être entourée de gens aussi magnifiques humainement que physiquement. Nous étions sur la même longueur d’ondes. Une parfaite osmose.

C’est quoi l’esprit du projet Seemone ?

Je souhaite mettre en avant le reflet de ma personnalité, mais plus en profondeur que ce que je veux bien voir. En tant qu’artiste, je veux montrer la partie cachée de l’iceberg. Dans la vie, je suis plutôt une fille solaire et joyeuse, je rigole tout le temps, quand il s’agit de musique, je vais chercher des choses encore plus loin en moi. Le projet Seemone est plus mélancolique que ce que je suis dans la réalité. Pour moi, c’est un combat la musique. C’est aller au-delà de ce que je suis.

Cover de la chanson de Matt Simons, "Catch & Release".

Vous écrivez vous-même ?

Pas sur les chansons qui seront sur l’EP, mais je commence à essayer. C’est un autre pas à faire. J’y vais mollo, mais à terme, je veux y parvenir. Je prends mon temps pour parvenir un jour à écrire des choses qui me touchent et qui touchent le public. Il y a tellement d’auteurs talentueux que je ne me sens pas encore à la hauteur.

Qui par exemple ?

Dans la génération actuelle, Ben Mazué écrit des textes qui me bouleversent. J’ai adoré les chansons du premier album de Renan Luce. Grand Corps Malade me donne des frissons. En France, nous avons vraiment le goût du mot.

seemone,nighbird,interview,mandorPar rapport à un artiste déjà existant, quelle serait pour vous la carrière idéale ?

Sans hésitation, celle d’Adele. Quand j’ai commencé à chanter je me disais que je voulais être comme elle. Elle est vraiment mon modèle. C’est une femme extrêmement forte, elle est belle, elle a réussi à s’imposer juste grâce à sa voix. Elle n’a eu besoin d’aucun artifice. Et vocalement parlant, elle est incroyable. A chaque fois que je l’entends, je pleure.

Vous êtes allée la voir à Bercy ?

Oui. En plein concert, il y a eu un ennui technique. Le micro s’est éteint, mais elle a continué toute la chanson. Le micro a repris à quatre mesures de la fin et elle était encore en train de chanter… elle était pile sur la note. Elle a donné des frissons à toute la salle. Je suis hyper émue de parler de ça. Si un jour, j’arrive à avoir une carrière comme ça tout en restant moi-même, ce serait le rêve absolu.

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Seemone (par Mandor).

Comment vivez-vous cette période particulière de début de carrière ? Personne ne vous connait, mais tout le monde va vous découvrir…

Je le vis très bien. Je suis super excitée, mais, je ne suis pas pressée. Je préfère prendre mon temps et sortir quelque chose de juste. Je n’ai qu’une envie, c’est de voir comment ça va se passer, de savoir si le projet va grandir ou pas et si je pourrai aller là où je veux. Cette période est magique.

Rencontrer des journalistes, c’est compliqué ?

Vous êtes le premier, alors, pour le moment, ça va (rires). J’ai la chance d’être assez à l’aise avec ma personne parce que je me suis enfin trouvée. Il y a un an, ça aurait été plus compliqué de parler de moi et de mon projet. J’ai l’impression que j’ai mûrie à travers la musique.

Que pensent vos parents de ce qu’il vous arrive ?

Ils sont très fiers de moi et m’aident beaucoup. Ils ont été très compréhensifs quant à mes besoins d’envol. J’ai les meilleurs parents du monde (émue).

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(Photo : Boby)

Seemone, quelle étrange pseudo...seemone,nighbird,interview,mandor

Je savais que c’était ce qu’il fallait que je choisisse. Simone était mon surnom au lycée. Tout le monde s’appelait par son nom de famille. Simone, c’est un remix de mon nom de famille. Quand j’ai choisi mon pseudo, j’ai un peu modifié, j’ai mis « see » comme « voir » en anglais. J’ai senti qu’il fallait que je fasse cela, mais je ne peux pas vous expliquer pourquoi. C’était instinctif. Et puis le fait que j’écrive Seemone moi-même, c’était super important. C’est une signature, comme j’ai une signature vocale.

Je peux vous dire quelque chose ?

Oui, bien sûr.

Une fois que vous serez repérée par un large public, ce qui va arriver, il faudrait que vous deveniez mystérieuse et rare.

Une fois que je serais un peu connue, donc pas maintenant (rires). Mais effectivement, si les choses tournent bien, ça pourra être pas mal de ne pas trop s’imposer au public.

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Après l'interview, le 9 mars 2018 aux Bains Douches. 

(Photo : Julien Piraud)

13 mars 2018

Les Fouteurs de Joie, Laurent Madiot et Tom Poisson : interview pour Des étoiles et des idiots.

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(Photo : Sylvain Gripoix)

C’est Télérama qui le dit : « Pour leur troisième création, les cinq compères font fort. Tendre, énergique, humaniste – en se gardant bien de tomber dans l'écueil de la leçon – et doté d'une belle dose d'humour, leur nouveau spectacle ravit autant par sa poésie que ses moments de fanfare, savamment dosés…. » Il est vrai que chaque show des Fouteurs de joie est un véritable moment de bonheur. Profond, drôle, poétique, souvent absurde, ils nous en font voir de toutes les couleurs émotionnelles.

Ils sont de retour avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Des étoiles et des idiots.  Comme ils seront aussi au Café de la Danse le 22 mars prochain, l’occasion était belle de recevoir deux éminents Fouteurs de joie. Deux déjà mandorisés, Laurent Madiot (ici) et Tom Poisson ().

Le 22 février dernier, ils sont venus  à domicile pour évoquer le groupe et leur actualité.

les fouteurs de joie, laurent madiot, tom poisson, interview, des étoiles et des idiots, mandorBiographie officiel :

L’humanité des Fouteurs de Joie dépasse le strict cadre de leurs chansons. Ce qu’ils trimballent avec eux, c’est avant tout 20 ans d’amitié et de connivence. C’est au théâtre d’abord que tout commence, au sein d’une compagnie itinérante qui organise des tournées à chevaux et charrettes : Les représentations à ciel ouvert, la marche à pied, les chevaux, les parades dans les villages, les nuits à la belle étoile… Ces premières années d’existence sans grands enjeux professionnels sont le terreau artistique et humain du groupe.

En dix ans, on a pu croiser Les Fouteurs de Joie sur quantité de festivals. À Paris, ils se sont produits au Lavoir Moderne, au Bataclan, à la Boule Noire, au théâtre Mouffetard, au Théâtre 13, au Cabaret Sauvage, au Grand Point Virgule. En province, sur les scènes nationales de Blois, Douai, Calais, Aubusson, Alès, dans les théâtres de Cahors, Compiègne, Montélimar, Nantes, à la comédie de Picardie… et dans des centaines de centres culturels et de théâtres municipaux.

Les concerts du groupe sont donnés en quasi-acoustique. Seul le son du plateau est renforcé. Pas de câble, pas d’ampli, trois micros disposés discrètement sur scène. Cette option crée une intimité très forte avec le public. Ce choix est aussi d’ordre esthétique puisque la scène est complètement « dépouillée » du matériel de sonorisation classique. Cinq interprètes et une douzaine d’instruments voyagent librement durant une heure et vingt minutes.

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(Photo : Sylvain Gripoix)

Le disque et le spectacle (argumentaire officiel): les fouteurs de joie, laurent madiot, tom poisson, interview, des étoiles et des idiots, mandor

Les Fouteurs de joie sont « joyeux » de vous présenter leur nouvel album en même temps que leur nouveau spectacle : Des Etoiles et des Idiots car les deux sont indissociables.

Des étoiles – comme un guide, un cap. C’est à la fois la hauteur et l’inspiration. Filante, la route est tracée, celle de l’amitié et de la poésie.

Des idiots – comme Nicolas Ducron, Laurent Madiot, Alexandre Léauthaud, Christophe Dorémus et Tom Poisson, qui gesticulent frénétiquement sous une boule à facettes, chantent en allemand et pratiquent le karaoké au restaurant chinois. Les idiots, c’est eux, c’est nous. Idiots que NOUS sommes de nous laisser bercer par le monde de la finance, de manger du poulet industriel, d’assister impuissant au réchauffement climatique. Idiots encore de mettre en terre des graines stériles dès l’année suivante.

Oui, les « Fouteurs » sont définitivement (imbéciles)-heureux d’être réunis tous les cinq. Après plus de 800 concerts, heureux de se retrouver pour être idiots ensemble. En route pour les étoiles ! Il sera toujours temps de retomber idiots !

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(Un discret placement de produit s'est glissé dans cette photo.)

les fouteurs de joie,laurent madiot,tom poisson,interview,des étoiles et des idiots,mandorInterview :

C’est quoi les Fouteurs de joie ?

Laurent Madiot : C’est avant tout un projet de scène. C’est plus qu’un concert, c’est un spectacle avec de la mise en scène, des fils rouges, une esthétique visuelle qui est à l’opposé des concerts habituels. Même au niveau du son. Il n’y a pas de micro standard, pas de retour.

Vous avez toujours sorti vos albums bien après avoir rodé vos chansons ?

Tom Poisson : Non,  justement… et on l’a regretté amèrement sur le précédent disque. On avait l’impression d’avoir chanté les chansons de l’album La belle vie comme des petits puceaux. On ne les avait pas fait parvenir au public, on ne les avait donc pas vraiment en bouche. Une centaine de dates plus tard, on s’est rendu compte que les chansons n’étaient plus les mêmes. Les tempos et la façon de les porter avaient évolué. Là, comme on fonctionne comme une compagnie de théâtre et pas comme un groupe de chanteurs, nous nous sommes payé le luxe d’enregistrer l’album après une cinquantaine de dates.

Laurent Madiot : Ce qui permet une interprétation des chants et de la musique plus juste. On a soigné le groove. En plus, les chansons sont dans l’ordre du spectacle et c’est quasiment la même orchestration.

Teaser du spectacle "Des étoiles et des idiots".

Vous l’avez enregistré dans des conditions idéales.

Tom Poisson : On a eu la chance que monsieur Francis Cabrel nous ouvrent les portes de son studio. C’était dans une ancienne grange avec un studio grand luxe, mais aussi une grande cuisine. Comme on aime la vie, on aime manger, boire du bon vin. Quand Laurent finissait sa prise de guitare, moi, j’étais déjà en train de couper les oignons. Les Fouteurs de joie, c’est aussi ça. C’est important de partager l’amour des belles et des bonnes choses.

Laurent Madiot : D’ailleurs, ça s’entend dans le disque quand tu coupes les oignons. On entend le tchac thac tchac.

Question idiote dont je connais la réponse : il est sympa Cabrel ?

Tom Poisson : C’est un seigneur. L’idée de ce que l’on se fait de Francis Cabrel, élégant, gentil, discret, c’est exactement conforme à la réalité. Il est touchant. On a passé une soirée avec lui et on a bien rigolé. J’ai fait un Tigre qui pleure (un plat traditionnel de la cuisine asiatique, notamment thaïe, à base de viande de bœuf marinée et pimentée) pour Francis Cabrel, je peux mourir tranquille (rires).

Clip de "Les wagons qui passent".

Quand vous êtes sur scène, il y a aussi l’énergie que vous offre le public… retrouvez-vous la même niaque en studio?

Laurent Madiot : Nous sommes cinq et on a joué tellement de fois ces titres que c’est quasiment la même chose.

Ce que j’aime chez vous, c’est que c’est joyeux, profond et sociétal. Est-ce qu’un bon spectacle est une question de dosage ?

Tom Poisson : Au début, on ne s’interdit rien. On emmène nos chansons et on revoit nos copies au fur et à mesure des dates. On fait au mieux pour trouver la parfaite énergie du spectacle.

Clip de "La supplique des patrons".

En combien de temps vous créez  un spectacle ?

Laurent Madiot : Un an, un an et demi, entre le moment où on se rencontre chez les uns et chez les autres autour d’une table pour en parler, que l’on sort nos chansons respectives pour les faire écouter et les différentes résidences où l’on répète pendant 4 semaines. On fait en sorte que chaque chanson ait une petite scénette. Certaines chansons sont plus élaborées. Il y a des masques, des accessoires…

Vous avez un œil extérieur qui vient voir ce que cela donne ?

Laurent Madiot : Oui, on fait appel à Christophe Gendreau, un des membres fondateurs des Wriggles. Il vient en milieu de résidence pendant trois jours. Il valide ou pas ce que l’on propose, il modifie certaines choses, bref, on a besoin de lui pour nous conseiller. Et ses conseils sont souvent très justes.

Tom Poisson : Il est très pertinent, très intelligent et c’est ce dont nous avons besoin. Il n’est pas du genre à vouloir laisser son empreinte au spectacle, mais au contraire, il respecte la personnalité de l’artiste, mais essaie de la sublimer. Christophe n’a pas de recettes toutes faites, mais il nous aide à trancher.

Clip de "Da da da".

Vous tenez tous à avoir vos carrières personnelles.

Tom Poisson : Oui, on pourrait jouer encore plus avec les Fouteurs de joie, mais on s’impose des temps d’arrêt pour nous recentrer sur nos projets respectifs. C’est salvateur et impératif de varier les plaisirs.

Vos spectacles remportent un franc succès. Je crois savoir qu’à Avignon, c’est déclencheur de plein de dates ?

Tom Poisson : On produit à Avignon. Ça nous coute un bras, mais effectivement, les répercussions sont immédiates. On a signé plus de 70 dates pour cette année. Une quarantaine est en option pour l’année prochaine. Sans fausse modestie, en général, notre spectacle séduit les gens. Il est populaire dans le bon sens du terme. Il plait aux jeunes, aux vieux, aux bobos, aux vignerons quand on joue dans le Languedoc… chacun à son degré de lecture et chacun y trouve son compte.

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Il n’y a pas beaucoup de groupes qui tournent autant, même parmi les artistes très médiatisés.

Tom Poisson : Quand je repense à tout ça, je me dis que l’on peut être fier de nous parce que nous avons passé plein d’épreuves. Des épreuves humaines compliquées, des épreuves artistiques, des enjeux qui évoluent au fil du temps. Grace à cela, nous sommes devenus solides.

Laurent Madiot : Partout où nous jouons, c’est plein. Sauf à Paris. On n’a pas développé de public ici et surtout, on n’a pas beaucoup de médias qui nous suivent, hors ceux spécialisés dans la chanson française. On a Diane Shenouda qui nous suit sur Europe 1 et on a fait une émission à RTL. Mais c’est tout dans les gros médias ;

Tom Poisson : Mais le Café de la danse, ce sera plein à craquer, je l’espère.

(Note de Mandor : Le café de la Danse est effectivement complet depuis quelques jours).

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(Photo : Marylène Eytier/Au bon déclic)

Il doit y avoir une émulation quand vous êtes ensemble.

Tom Poisson : On se pousse mutuellement à être le meilleur de nous-mêmes. On essaie de se dire les choses avec diplomatie. Quand il y a des petits trucs qui se dérèglent dans la machine, on tente de les réparer, du coup le spectacle reste au niveau où il doit être. C’est sur le fil parce qu’on attendrit les gens, on les fait rire, mais si on est du mauvais côté, ça peut vite faire blague de tonton. Il faut toujours être sincère parce que le dosage est fragile. Le cap, c’est vraiment la sincérité.

Laurent Madiot : Quand tu enchaines les dates, c’est facile d’être cabot, d’être putassier, de tirer la couverture… Alors, il faut faire attention à tout ça. Travailler ensemble est très enrichissant, mais il faut respecter les autres.

Qui est celui qu’il faut le plus « maitriser » ?

Laurent Madiot : J’avoue, je pense que c’est moi.

Tom Poisson : On a tous les défauts de nos qualités. Laurent, sa qualité c’est sa folie. Parfois, il tente des choses qui ne sont pas prévues et c’est génial, parfois on lui suggère de freiner un peu (rires). Moi, c’est l’inverse. Quand je suis sur des rails confortables, ça ne me gêne pas de refaire 70 fois la même chose, donc c’est bien que les autres m’incitent à être un peu plus foufou.

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les fouteurs de joie,laurent madiot,tom poisson,interview,des étoiles et des idiots,mandorVous avez chacun un rôle différent dans la troupe.

Laurent Madiot : Rôle, ce n’est pas le terme, mais il y a des personnalités qui se dégagent bien. On a 5 univers qui se chevauchent.

Tom Poisson : Tu mets le doigt sur quelque chose d’important François. On est 5 sur scène, il faut que l’on soit 5 heureux en même temps, que les 5 soient rassasiés, nourris. On y parvient et c’est super parce que chacun à son moment de gloire.

Vous avez le souci de surprendre les autres ?

Tom Poisson : Oui. Personnellement, j’aimerais que nous soyons encore comme de jeunes amoureux, mais nous sommes un vieux couple. On sait parfaitement ce que peut faire l’autre, alors parvenir à surprendre la troupe est toujours jubilatoire.

Laurent Madiot : Là, je pense déjà au prochain spectacle et je me demande bien ce que l’on va pouvoir faire/raconter. Il va falloir que l’on se surprenne tous. Il faudra oser aller dans des territoires inconnus de nous en restant nous-même.

Vous donnez beaucoup sur scène. Vous allez loin dans l’absurde et j’adore ça.

Tom Poisson : Le but de notre spectacle, c’est qu’au bout d’un quart d’heure, on puisse tout se permettre, surtout si c’est absurde.

Laurent Madiot : Mais n’oublions pas quelque chose d’important : ce qui nous motive le plus, c’est le goût de l’écriture de chansons. Nos chansons ne sont pas un prétexte à faire des sketchs ou des gags. Nous sommes avant tout des amoureux de la chanson, de la langue et de la mélodie. Après, on en joue pour en faire un spectacle.

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Après l'interview, le 22 février 2018.

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11 mars 2018

Caryl Férey : interview pour Plus jamais seul

FÉREY_Caryl©Francesca Mantovani-Gallimard.jpg

C©Francesca Mantovani-Gallimard

IMG_0100.JPGCaryl Férey est né à Caen en 1967 mais a grandi en Bretagne. Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, collaborant même au fameux Guide du Routard. Il s'est aventuré en Nouvelle-Zélande avec sa « saga maorie » (Haka et Hutu), en Afrique du Sud avec Zulu (récompensé entre autres par le Grand Prix de littérature policière en 2008 et adapté au cinéma en 2013), puis en Argentine avec le sublime Mapuche et au Chili avec Condor (2016). Un détour en 2017 par la ville ultra-secrète et hyper polluée de Norilsk, en Sibérie, un carnet de voyage paru aux éditions Paulsen.

Tous les deux-trois ans je mandorise Caryl Férey. (Celle de 2012 ici et celle de 2014 là !) Cet auteur engagé me fascine (un écrivain punk aventurier, ça ne court pas les rues non plus) et ses livres me passionnent. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé chez lui pour évoquer son nouveau livre, Jamais seul. Après l’interview pour le magazine, je vous propose un bonus mandorien…

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Pour ceux qui n'ont pas de bonnes lunettes, voici l'introduction en plus lisible. 

Caryl Ferey s’est fait connaitre en 2008 avec Zulu, récompensé par de prestigieux prix littéraires et adapté au cinéma en 2013. Avec Mapuche et Condor, il a emmené ses héros partager les turpitudes du continent sud-américain. Entre deux voyages, Férey revient se ressourcer en Bretagne en compagnie de son héros tonitruant, Mc Cash. Dans le troisième roman de ses aventures,  l’ex-flic borgne à l’humour grinçant et consciencieusement autodestructeur fait l’apprentissage tardif de la paternité ,tout en enquêtant sur la disparition brutale en mer de son ami Marco.  

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C©Francesca Mantovani-Gallimard

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Bonus mandorien :

Les filières clandestines que vous évoquez, pourquoi on n’arrive pas à régler le problème ?

Je ne sais pas, mais en Allemagne Angela Merkel a eu le courage d’ouvrir ses frontières. J’ai des amis allemands qui donnent des cours à des réfugiés. Ils sont très solidaires. Les réfugiés, pour le reste de l’Europe, c’est la dernière roue du carrosse. Je comprends qu’on ne puisse pas accueillir toute la misère du monde, mais ce qui faisait la grandeur de la France, c’était justement l’accueil. Si on vivait ce que vivent certains de ces gens-là dans leur pays, on n’agirait pas comme des égoïstes. Beaucoup sont des gens comme nous. Le fait qu'aujourd'hui les réfugiés hésitent à venir en France, je considère que c’est une défaite de l’esprit de notre pays. Maintenant, je n’ai pas de solutions concrètes.

Revenons à Mac Cash, je n’arrive pas à savoir s’il est beau ou pas.

(Rires) Ca me plait bien ça. Mon pote dégage vraiment quelque chose. C’est un aimant à filles. Vous mettez un bandeau, ça change complètement une personnalité. On se demande ce qui lui ait arrivé. Ça rend mystérieux… les filles, ça les attirent.

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Caryl Férey et son pote Lionel Chauveau, le Mc Cash de ses livres.

Dans le livre, avec sa fille, il peut paraitre brutal.

Il se protège. Il ne s’attendait pas à devenir père du jour au lendemain. Ça lui fait peur. Mais on voit bien qu’il ne peut s’empêcher de l’aimer, c’est comme ça. C’est plus fort que lui, c’est sa fille. Il est rattrapé par les sentiments… et heureusement.

Il faut préciser qu’elle est issue d’une relation furtive. Un soir, sur un capot de voiture avec une fille qu’il connaissait à peine.

A la Bretonne, quoi! (Rires) Mc Cash est rattrapé par son bon fond, mais ça le désole. En fait, sa pulsion de vie est plus forte que sa pulsion de mort.

Parfois, il fait pitié.

Qu’on le prenne en pitié, c’est une insulte. « Pitié de moi ! Plutôt crever ! » En tout cas, on peut avoir de la compassion pour lui. La pitié, c’est trop chrétien, la compassion, c’est plus humain. Mc Cash à une vraie humanité. Une humanité rock’n’roll, c’est sûr.

lauteur-de-polars-sur-les-marches-de-cannes.jpgQue pense le vrai Mc Cash de se retrouver héros de vos livres ?

Ça le fait rire parce que, du coup, on l’appelle Mc Cash dans la rue. A Rennes, il est connu comme le loup blanc. Il me dit juste : « Bon, tu fais ce que tu veux, mais je te préviens, Mc Cash n’est pas pédé ! » Il n’est absolument pas homophobe, mais il est très macho. C’est son honneur qui est en jeu.

Il vous donne des idées pour vos livres.

Non, mais je l’emmène dans tous mes voyages et je le regarde. C’est tellement  n’importe quoi que cela en devient fascinant.

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Caryl Férey, chez lui.

Entre le fameux Marc, devenu Marco dans le livre, et celui qui est le vrai Mc Cash, vos amis sont spéciaux (rires).

J’aime les gens romanesques. Quand on a des amis comme ça, déjà, c’est drôle dans la vie. On se marre tout le temps. J’ai une bande à Rennes et quand il y en a un de nous qui meurt, c’est un choc, un traumatisme. Quand Marc est mort sur son bateau, ça m’a bouleversé. Ça me tenait à cœur de lui rendre hommage dans un roman.

Vous aimez diversifier vos livres ?

Oui, j’écris du théâtre, des livres « jeunesse », des récits de voyage, des polars sud-américains, africains, européens… tout me nourrit. Un auteur ne doit pas avoir forcément la même écriture selon ce qu’il écrit.

Je voudrais revenir sur le terme « cauchemar » que vous avez employé au début de l’interview. C’est un cauchemar quand vous écrivez vos pavés comme Zulu ou Mapuche ?

Vu la gueule des rêves que je fais en les écrivant, je ne vois pas quel autre terme utiliser. Je m’endors avec, je me réveille avec. Des livres comme ces deux-là ne fonctionnent que si l’on s’implique. Des livres sur l’Argentine, il y en a eu plein, mais si on n’est pas complètement avec les personnages et en empathie totale, ça ne marche pas. Je décris les horreurs de la dictature, les tortures, ce qu’ils ont fait aux disparus... Je n’aime pas le gore et la violence inutile, mais ce qui m’intéresse, c’est de donner la parole aux victimes. Pour donner la parole aux victimes, il faut être avec elles.

Envisager un livre sans fond social derrière ?

Non. Ça ne m’intéresse pas d’écrire s’il n’y a pas ça. Ecrire sans fond social ne sert à rien.

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Après l'interview, le 24 janvier 2018, avec/chez Caryl Férey.

10 mars 2018

Céline Lenfant : interview pour Etat : Dame

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirDans ce premier album Etat : Dame (qui sort le 23 mars), Céline Lenfant nous promène au cœur de la féminité avec un joli portrait d’une trentenaire d’aujourd’hui. Des textes empreints de poésie sur de la musique acoustique avec de discrètes touches d’électro. De la variété pop que vous pourrez aussi découvrir dans le cadre de la soirée de lancement du disque au Réservoir le 19 mars prochain.

Le 13 février dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de Trocadero, histoire d’évoquer son actualité chargé.

Biographie (par Céline Lenfant) :

Auteur-compositeur-interprète, je suis née à Toulouse et je vis en région parisienne depuis plusieurs années. J'ai commencé par chanter les chansons des autres sur les scènes françaises et à l'étranger, enregistré des chœurs pour des artistes comme Benjamin Biolay sur l’album Trash Yéyé.

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Au Réservoir, le 6 juin 2016.

Mais l'envie de partager mes mots, mes notes et mes émotions est devenue une évidence et aujourd’hui je me lance dans cette magnifique aventure de l’album solo !

Ce projet est né de l’envie. L'envie de raconter des histoires, des émotions, des sentiments, des situations et des rencontres. L’envie de créer des chansons à partir des mélodies qui me trottaient dans la tête et des paroles qui me venaient. L’envie de profiter du bonheur que procure cette créativité. L’envie d’enregistrer ma voix sur ces chansons. L’envie de collaborer avec d’autres artistes pour que ce projet soit beau, le plus abouti possible et qu’il devienne une fête pour tous ceux qui veulent y participer. L’envie de me sentir libre et de me sentir moi, sur un ton tour à tour intime, léger, piquant, sombre, mélancolique, sensuel...

Depuis trois ans, j’ai écrit et composé de nombreuses chansons au piano ou à la guitare, me nourrissant de mes rencontres d’écriture, comme à Astaffort, ou avec Claude Lemesle, et Ignatus… 

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Lors des 43e Rencontres d'Astaffort, le 23  septembre 2016, avec Francis Cabrel.

J’ai pu enregistrer des maquettes en autoproduction avec des réalisateurs de talent comme Manu Larrouy et Jean-Paul Gonnod.

A l'été 2015, j’ai décidé de me confronter au public. J’ai fait des concerts en solo et en groupe aux quatre coins de la France. L’accueil qui m’a été réservé m’a vraiment donné envie de poursuivre et d’enregistrer un album entier et de le partager sur scène.

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirL’album (par Céline Lenfant) : 

J’ai la chance d’être accompagnée par d’excellents musiciens, pour les concerts live et pour l’enregistrement studio : Damien Dabey, claviers, programmations, Jocelyn Dupuis, guitare, Laurent Ovieve, basse, Fred Chapperin, batterie. 

 Dans un style variété-pop française, mes chansons, pour la plupart, cherchent à peindre le portrait d’une trentenaire d’aujourd’hui qui racontent ses relations aux autres, au couple et à elle-même. Vous allez le voir, il y a de la légèreté dans mes chansons de câlins sous la couette et dans mes espoirs, de la relativité dans mes désillusions, de la sensibilité dans mes histoires d’un soir… 

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirInterview :

Je crois que tu as été élevée dans une ambiance un peu artistique.

Mon grand-père était clown et acrobate, en plus d’être pompier. Du coup, mon père a fait des numéros de clown avec son papa. J’ai moi-même partagé un numéro avec lui quand j’avais 10 ans. Il faisait sauter une puce et moi j’étais sous la table avec le micro et je jouais le rôle de la puce. J’ai appris aussi très récemment que ma grand-mère paternelle chantait. L’artistique, on aime beaucoup dans la famille.

Tu n’es donc pas artiste par hasard.

On est tous construits de choses qui ne nous appartiennent pas et on ne sait pas pourquoi on fait les choses. J’ai découvert que ma grand-mère chantait après sa disparition. C’était un secret de famille dont j’ai fait une chanson qui n’existe pas sur disque, mais que je chanterai au Réservoir le 19 mars. Aujourd’hui, je sais pourquoi je suis devenu chanteuse.

Tu as commencé avec quel art ?

J’ai fait de la danse à l’âge de 5 ans, du théâtre à 9 ans. Dans le même temps, j’ai pris des cours de piano et j’ai trouvé que c’était l’enfer. C’était trop dur pour moi et j’ai arrêté au grand dam de ma prof de piano. En tout cas, cette base-là m’a permis de refaire du piano quelques années plus tard.

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(Photo : Xavier Excoffon)

Sur ton site, tu expliques que tu écris depuis toujours. céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir

J’ai toujours écrit des poèmes. C’est la façon d’écrire la plus carrée et scolaire Il faut faire des rimes, il faut aussi que ce soit cadré par le nombre de pieds. J’étais très bonne en math et je trouve que c’est très mathématique d’écrire des poèmes. Il y a un côté logique. En classe, quand on faisait des rédactions, à chaque fois les profs me disaient qu’il y avait quelque chose d’intéressant dans ma façon d’écrire, même si ce que j’écrivais était un peu barré.

Ensuite, tu es passée à l’écriture de chansons ?

J’ai commencé à écrire les premières quand j’avais 15-16 ans. Il y a une différence entre écrire de la poésie et des textes de chansons. Les textes de chansons doivent sonner avec la mélodie, c’est donc beaucoup plus compliqué.

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirCe qui implique que tu écris sur la musique, alors ?

Ce n’est pas si simple que cela. J’écris beaucoup en marchant, comme Claude Lemesle avec qui je travaille depuis trois ans en atelier d’écriture. Le rythme des pas fait venir des mots et des mélodies en même temps. Souvent, je sors mon dictaphone de ma poche et je chante. C’est très rare que j’écoute une mélodie pour coller des mots dessus. Mes débuts de textes viennent d’une petite flamme, d’une sensation, d’un sentiment, d’un mot… c’est comme un fil que tu attrapes et qui se déroule.

Que t’inculquent Claude Lemesles ou Ignatus, avec qui tu fais aussi des ateliers d’écriture.

Les deux n’ont pas la même façon de travailler et c’est ce que je trouve intéressant. Les ateliers ne se passent pas du tout de la même façon. Avec Ignatus, on travaille plus sur des choses personnelles. Il nous donne une musique et là, il faut construire en fonction des pieds, mettre des mots qui deviennent un texte, pour aboutir à une chanson. Claude Lemesle, lui, il te donne un thème avec comme contraintes des mots imposés. J’aime bien aussi cette façon de faire car cela permet d’aller vers des thèmes que tu n’aurais pas exploré de toi-même.

Extrait de la chanson "Innocent Teen".

Et aux Rencontres d’Astaffort, initié par Francis Cabrel?céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir

Ce n’est pas vraiment un travail d’écriture, mais de collaboration. Pour ma session, j’ai eu la chance d’avoir comme maître de stage Jean Fauque. Quand ce géant de l’écriture te dit qu’il est satisfait d’un texte, tu es contente (rires).

Du coup, tu travailles comment ?

Plus à la Lemesle. Je pars d’un thème et d’une sensation. Dans l’album, il y a des chansons qui viennent des thèmes proposés par son atelier. Pour « A la fenêtre », le thème proposé était : Plus s’allonge les jours. Pour « Innocent Teen », le thème était : Chateaubriand. J’ai transposé un de ses poèmes à notre époque actuelle. Enfin pour « Dire que demain », le thème était : dire que demain je t’aimais. D’ailleurs, pour l’anecdote, quand à l’atelier j’ai fait écouter à Claude Lemesle le résultat de ma chanson, il m’a dit « C’est la première fois que je comprends le sens que je donne à un thème ». (Rires)

Tu as fait tes premiers concerts en 2015. Les choses sérieuses ont commencé à ce moment-là ?

J’ai fait une première maquette qui a été écoutée par des copains, comme le guitariste de Bénabar et le chanteur d’Astonvilla. Ils ont été très encourageants. Ils m’ont fortement conseillé de me lancer. Après j’ai fait un stage de structuration de projet aux Studios des Variétés. J’ai adoré. Ça m’a vraiment boosté et j’ai enfin pris ce projet à bras le corps. Ça m’a incité à partir sur les routes avec mon piano et ma sono chez les particuliers pour tester mes chansons.

Clip de "Un peu". 

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirComment en es-tu arrivée à faire les chœurs dans le disque de Benjamin Biolay, « Trash Yéyé » ?

En 2005, j’ai fait une école de musique actuelle, Atla. Il y avait un chef de chœur, mon prof de chant Guillaume Coignard, qui m’a dit qu’il avait besoin d’une mezzo pour faire les chœurs de Benjamin Biolay. J’ai évidemment accepté immédiatement. On a enregistré au studio Labomatic. On s’est retrouvé à quatre : un ténor, un barython, une mezzo et une soprane.

Tu as pris des cours de chant ?

J’ai commencé à chanter dans des orchestres de variétés. J’interprétais les chansons des autres pendant quatre heures non-stop. J’ai chopé des petits nodules que j’ai dû corriger par de la rééducation. On m’a donc obligé à prendre des cours de chant pour mieux placer ma voix et pour que mes cordes vocales soient plus solide.

Clip de "Toi, moi".

Dans ton album, il y a de très belles chansons. En revanche, je suis moins client de ton premier singlecéline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir « Toi, moi » qui est très léger textuellement.

Ignatus me l’a dit aussi. Il sait comment j’écris et a été surpris de ce premier single. Sortir « Toi, moi » en premier était une stratégie que l’on a eue avec mon attaché de presse. Le truc c’est que je ne suis pas produite, je n’ai pas de label, le seul moyen qu’on avait de se faire remarquer par les médias, c’était de sortir un titre un peu « mainstream » et qu’il passe à la radio. Du coup, je me suis laissé convaincre de sortir cette chanson. Chanson que j’aime beaucoup quand même. Elle est fraiche et elle plait à un large public.

Au final, la stratégie a fonctionné ?

Les radios l’ont bien accueilli, elle a été diffusée sur France Bleue et une soixantaine de webradios. Quelques radios nous ont répondu qu'elles ne diffusaient pas d'artistes inconnus.

Clip de "Celles". 

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirLà, tu sors ton troisième single, « Celles », une chanson poignante.

Je voulais contrebalancer avec le côté léger des deux premiers titres, « Toi, moi » et « Un peu ». On vient de sortir un clip réalisé par quelqu’un que j’adore, Dorothée Pierson. Elle m’a trouvé une quinzaine de bombes avec des gueules, des caractères, des personnages. La chanson est très forte, percutante.

Comment vis-tu les critiques ?

Je sais entendre les critiques quand elles sont constructives. Je sais que c’est un premier album, que j’ai autoproduit, que j’ai auto-réalisé avec des supers partenaires et collaborateurs que j’ai choisi. Il n’a peut-être pas le formatage de ce que l’on peut entendre à la radio, mais c’est l’album que je voulais faire à l’instant T. 

Peut-on dire qu’en écoutant cet album, on connait Céline Lenfant ?

Cet album est hyper personnel. Il y a 80% de mon histoire. C’est plus ou moins romancé, car je pars d’une idée de base et je brode autour.

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Pendant l'interview...

J’aime beaucoup « Son chemin ». Que fait-on sur Terre ? Pourquoi sommes-nous là ? Quelle est notre destinée ?

J’ai écrit cette chanson en janvier 2015. C’était un soir de neige. Je n’avais pas le moral. Je me suis regardé dans un miroir et je me suis demandé où j’en étais dans ma vie.

Ça fait du bien d’écrire ?

Ce n’est pas tant thérapeutique, c’est plutôt la jouissance et la magie de la création.

Tu as déjà écrit des nouvelles chansons.

Beaucoup. J’espère avoir la possibilité financière de pouvoir enregistrer un nouveau disque. Mon écriture a évolué. J’ai envie qu’un EP sorte à la rentrée prochaine. Chaque chose en son temps, je sais. Mon premier album n’est même pas encore sorti…

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Après l'interview, le 13 février 2018.

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08 mars 2018

Margaux Simone : interview pour l'EP Platine.

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Auteure, compositrice et interprète, Margaux Simone sort un nouvel EP aux sonorités pop/glamour, voire electro baptisé Platine sur lequel elle a travaillé durant plusieurs années. Révélée en 2010 par les internautes producteurs sur My Major Company, Margaux a pris le temps depuis de peaufiner son univers et d'expérimenter de nouvelles sonorités. Cette année elle est bien décidée à retrouver le chemin de la scène.

Le 21 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien pour une première mandorisation.

margaux simone, platine, philippe bruguière, margaux bruguière, platine, interview, mandorBiographie (par Arnaud de Vaubicourt) :

Avant même d'avoir écouté sa musique, la sonorité du nom de l'artiste évoque tant de choses : une reine déjà, des icônes musicales, cinématographiques ou littéraires ensuite. Un sentiment hors du temps. Margaux Simone vibre au présent mais résonne du passé. Son présent, parlons-en : un EP évanescent et sensuel, à la pop vaporeuse et visible à l'oreille nue, tant ses chansons sont empreintes d'effluves hollywoodiennes des années 30, de la littérature "lost generation" qui scandait que Paris était une fête.

Mais attention, Margaux Simone, 27 ans, est bel et bien ancrée dans notre époque. Pas de nostalgie ici, juste un écho d'un temps révolu mis au point à la lumière d'aujourd'hui. Après un premier album, Nana, concocté en 2010 grâce à la structure participative MyMajor Company, puis un EP, Rue des Archives (2014), Margaux Simone revient avec une pop climatique et envoutante. Son chant évoque tour à tour Lana Del Rey, Beth Gibbons ou Mina Tindle. Sa musique atmosphérique convoque autant la pop anglosaxonne que le hip hop américain, l'une de ses influences digérées avec une grâce folle. Si Margaux Bruguière, fille du producteur Philippe Bruguière, a opté pour Margaux Simone, c'est en raison de la force évocatrice de ce prénom. De Simone de Beauvoir à Nina Simone, en passant par Simone Weil ou Simone Signoret, la chanteuse originaire de Martigues et élevée le plus clair de son temps dans les studios de son père, a ainsi eu pour dessein de se créer un personnage rendant hommage à ses amours musicales et cinématographiques.

L’EP (par Arnaud de Vaubicourt) :margaux simone, platine, philippe bruguière, margaux bruguière, platine, interview, mandor

La force créative de ce nouvel EP a été instillée par une envie de se recentrer musicalement. De se réinventer. Un besoin de mettre en mouvement ses influences, son amour de la littérature (Margaux Simone est diplômée d'un Master de Littérature et Civilisation américaine) et ainsi de créer un univers mêlant ce qu'elle aurait pu être, ce qu'elle est et ce qu'elle sera... A l'écoute de ses titres, comme "Bikini Queen Icon", "Casino" ou "Mulholland", on imagine volontiers David Lynch et Ernest Hemingway assis dans un cabaret, sirotant un verre dont le contenu resterait un mystère... Margaux Simone inscrit sa pop faussement rétro et vraiment moderne dans un écrin émotionnel résolument intense, où elle évoque avec élégance ses amis, ses amours, et ses voyages intérieurs... Depuis ses débuts en 2010, Margaux Simone, sillonnant les routes de la création musicale, parvient aujourd'hui à projeter un halo de splendeur, entre douce noirceur et lumière vive. Avec ce nouvel EP, elle parvient à toucher l'essentiel. Un ébranlement s'opère dès la première écoute, et fait ainsi surgir Margaux Simone du lot. Comme une commotion musicale que l'on osait à peine espérer...

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorInterview :

Tu as passé toute ta jeunesse dans le studio de ton réalisateur de père. Il t’en reste quoi ?

Comme j’étais toujours entourée de musiciens, je trouve normal aujourd’hui d’être artiste. A l’adolescence, je sortais du lycée et j’allais dans le studio de papa. Je me mettais dans un coin, sagement, et je regardais, j’écoutais tout. J’apprenais en fait. Comme je faisais aussi de la musique, de l’alto, des harmonies de voix sans m’en rendre compte, petit à petit, je me suis retrouvée à enregistrer des chœurs pour tel ou tel artiste.

Tu as donc commencé par la musique classique.

Oui, mais je ne me retrouvais pas trop dans cet univers-là. On ne pouvait pas créer, on devait se contenter de reproduire. Je me suis vite rendu compte que je n’allais pas être douée pour faire ça. Moi, si je faisais du violon, c’était pour faire comme Louise Attaque. Je voulais apprendre à improviser. J’aurais pu faire du jazz, mais ça ne m’intéressait pas à l’époque. Du coup, je me suis mise à la guitare. Et là, révélation, j’ai eu envie de faire des chansons.

Tu racontais quoi à 11 ans ?margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Dans un premier temps, j’écrivais des petits poèmes que je n’arrivais pas à mettre en chansons, mais que j’ai gardés. Sinon, j’écoutais des chansons en anglais et je les traduisais.

A 11 ans, tu parlais anglais ?

Non, j’essayais juste de comprendre de façon instinctive, avec les deux trois mots que je connaissais de l’école. En fait, mes textes ne voulaient rien dire parce que je devinais les choses et ce n’était pas la traduction exacte. Finalement, inconsciemment, je m’inventais des univers et des histoires. J’ai commencé comme ça.

Qui étaient tes premières idoles ?

Alanis Morissette et Sheryl Crow… des nanas à la guitare. Un jour, j’ai vu un disque de Balavoine dans la chambre de mon frère, Sauver l’amour. J’étais hypnotisée par ce disque. Je l’écoutais en boucle. Mes parents en avaient tellement marre de l’entendre qu’ils me l’ont confisqué (rires). La voix aigüe de Balavoine me transperçait. Quand il chantait « Petit homme mort au combat », je pleurais, mais je pleurais.

Daniel Balavoine : "Petit homme mort au combat".

Quand as-tu décidé de faire ce métier ?margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

A l’âge de 14 ans, je suis allée voir mon père et je lui ai dit que j’avais quatre chansons. Je lui ai demandé avec vigueur et force de conviction de les enregistrer. Il écoute, il trouve ça mignon, il me prend au sérieux, même s’il trouve ça encore un peu jeune. Quand il avait du temps, il m’enregistrait. Quand on a eu 10 chansons, nous les avons faites écouter à un ami de la famille, parisien, musicien, réalisateur lui aussi. Il trouve ça bien aussi. Il me dit qu’il a trois copains qui viennent de monter une maison de disque dont le principe de financement est participatif.

C’était le début de My Major Company.

Voilà. J’ai signé très vite dans cette maison. Mon premier album est sorti quand j’avais 20 ans. Bon, je ne suis pas très satisfaite de comment se sont déroulées les choses, ou plutôt, comment elles ne sont pas déroulées. Le développement d’artiste n’était pas leur point fort. Mais, je suis quelqu’un de positif. Chaque expérience que j’ai eue fait partie de mon cheminement. C’est grâce à ce cheminement que je suis ce que je suis aujourd’hui. Je ne regrette rien. 

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorCe premier disque, tu en penses quoi, quelques années après ?

C’est mon recueil d’adolescente. Ce sont mes premières chansons, alors, il y a une part de naïveté dans mes textes. Mais je ne le renie pas du tout. J’étais en plein cheminement en tant qu’être humain et en tant qu’artiste. Je suis encore fière d’une chanson comme « nana ».

Que s’est-il passé après My Major Company ?

Ça n’a pas été facile. Ila fallu que je me reconstruise un peu. J’habitais encore à Marseille, j’ai sorti l’EP, Rue des Archives. Il n’a pas eu beaucoup d’écho, car je n’avais pas de réseau pour le faire découvrir. Pour moi, ce disque était le disque transitoire entre le premier, Nana, et Platine. Une chanson comme « Downtown » annonçait ce que je voulais faire aujourd’hui. J’y évoque déjà l’Amérique. margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Ton nouveau look de femme fatale, c’est aussi une volonté de  dire que tu n’es plus une petite fille, mais une femme parfaitement assumée ?

Le changement de musique que j’ai effectué m’a fait  ressentir le besoin de changer également de look. Devenir blonde platine, avoir les cheveux plus courts, m’a aidé à incarner mes nouvelles chansons. Je m’assume plus et je suis plus assurée. C’est comme un habit de guerre.

Dans la chanson « Platine », j’ai l’impression que tu dis : vous allez voir ce que vous allez voir.

C’est comme un ego trip dans le rap. Dans cette chanson, je suis comme une boxeuse. C’est une chanson un peu féministe. Je ne veux plus être conventionnelle. Je vais être dans le paysage musical avec mon identité forte.

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorLe clip de « Bikini Queen Icon » est signé du chanteur Joseph d’Anvers. 

Joseph à fait la Femis (École nationale supérieure des métiers de l'image et du son). C’est un artiste global, même si on ne le connait que comme auteur-compositeur-interprète. C’est un copain avec qui j’ai plein de points communs. On adore David Lynch, on a déjà bossé ensemble, alors au moment de faire le clip, je me suis dit que j’avais deux solutions. Soit j’allais voir les gens avec qui tout le monde bosse, des mecs qui font 20 clips par mois, soit j’allais essayer de chercher quelqu’un qui a toujours plein d’idées, mais à qui on ne donne pas trop la parole et qui a les mêmes goûts que toi. J’ai donc pensé à Joseph. Il m’a dit oui après un temps de réflexion.

Clip officiel de "Bikini Queen Icon", signé Joseph d'Anvers. 

Pour en revenir à l’EP Platine, c’est ton père qui l’a réalisé et enregistré. margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Je suis arrivée avec mes chansons en piano voix ou guitare voix. Parfois, j’avais aussi un peu avancé au niveau des arrangements. Avec mon père, nous avons maquetté dans son studio. Après, c’est Lionnel Buzac (photo à droite) qui a réalisé, fait les productions additionnels et mixé. C’est lui qui a apporté la couleur électronique et moderne de l’EP.

EP qui est hyper bien produit. Sur scène, ça va être coton d’être proche du son du disque, non ?

Ça fait une bonne année que je tourne avec ces chansons, je viens à peine de trouver la bonne formule. Elle est assez trip-hop. Là, je suis contente.

Clip de "Platine".

Tu viens de sortir cet EP. Evidemment, c’est pour sortir un album dans pas longtemps ?

Je suis encore dans les retombées de l’EP. Je ne peux pas te dire quand va sortir l’album. Ca dépend de l’entourage, des gens qui se greffent ou non dans le projet… j’espère t’annoncer de bonnes nouvelles bientôt (sourire).

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Après l'interview, le 21 février 2018.

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07 mars 2018

Dominique A : interview pour Toute Latitude

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(Photo : Vincent Delerm)

dominique a,toute latitude,interview,contact fnac,mandor,sébastien laudenbachChaque album  de Dominique A devient un événement pour les amateurs de chanson française. Avec Toute Latitude, enregistré en groupe, il fait la part belle au rock, à l'électrique et l’électronique. Le chanteur de l’introspection cesse de l’être, il entame même un virage social. A la fois album de transition, évolution et rappel du passé du chanteur. Il faudra attendre octobre pour découvrir la suite, «La fragilité».

Pour le journal Contact de la FNAC (daté du mois de mars 2018), j’ai interviewé une nouvelle fois Dominique A (déjà chez Mandor ici).

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4 titres de Toute Latitude en film animé : « Toute latitude », « Aujourd’hui n’existe plus », « Se décentrer » et « Cycle ».

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06 mars 2018

Zoé Simpson : interview pour Femmes debout

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(Photo : Camille Laloux)

zoé simpson, femmes debout, interview, mandorC’est à l’issue d’un concert de Garance à l’Essaïon que la chanteuse me présente une amie à elle, chanteuse également, Zoé Simpson.

-Quoi, tu ne connais pas Zoé ? me dit-elle. Mais elle est géniale !

Soit. Nous discutons donc un court moment. Le lendemain, elle m’envoie un lien de son album Femmes debout. Dès la première écoute, je remarque le petit supplément d’âme nécessaire au talent d’un artiste. Textes forts, subtils et utiles. Musique pop élégante. Elle raconte des histoires de femmes. Les siennes… et surement celles de bien d’autres.

Le 20 février dernier, nous nous voyons pour une première mandorisation.

Biographie (très largement inspirée par celle de Laure Michel, journaliste culture et société) :

Zoé Simpson est comédienne, metteur en scène, créatrice de bijoux. Mais avant tout chanteuse et parolière, mêlant, l’image, le corps, la voix et le texte.

Elle est la fille du peintre, Couss aka Oko, et la petite fille du comédien, Maurice Coussonneau, qui créa le Festival d’Avignon avec Jean Vilar, et transmit à Zoé l’amour des planches, des textes et de la création.

A dix ans, elle découvre les plateaux de tournage. Elle est la petite fille dans l’adaptation du roman culte Des cornichons au chocolat. Et c’est Alain Bashung qui interprète son père. Pas longtemps après, à l’école de Théâtre, elle chante, déjà, dans un quatuor au titre prophétique : Les âmes heureuses.

Un jour, elle commence à écrire des chansons.

Plus tard, Zoé rêve d’un groupe chansons théâtrales, d’une bande de filles. Ce sera Les Valseuses, avec Marianne Cadic et Laure Legoff. Des femmes, et... un homme : Malcolm Crespin, qui compose la musique et produit l’album. Zoé Simpson écrit une grande partie des textes. Zoé Simpson enseigne l’écriture au Cours Florent Musique et  se consacre désormais complètement à la musique, toujours avec Malcolm Crespin.

L’album (par Zoé Simpson) :zoé simpson, femmes debout, interview, mandor

Elles s’appellent Kayla, Léa, Kate, Gabriela, Nastassja, Lise, Michelle, Ophélie, Lili ou Zoé. Elles auraient pu s’appeler Tristesse, Liberté, Souffrance, Égalité, Espérance-Déçue, Fraternité, Blessée ou Désenchantée. Elles sont Zoé. Zoé est chacune d’entre elles. Qu’elles aient été esclaves d’un chef de Daesch ou se soient perdues dans leurs nouveaux idéaux avant les affres d’une guerre sainte, qu’elles aient été marathoniennes au bout du rouleau ou abusées par leur père, qu’elles aient été anéanties par la mort de leur mère et rattrapées par les évènements, qu’elles aient été mères ou filles, qu’elles soient encore de ce monde ou l’aient quitté pour d’autres horizons, toutes ont un point en commun : elles sont restées debout.

« Femmes debout est un album gorgé d’histoires de femmes que j’ai connues, vues, lues… Elles sont dans un instant de leur vie où tout pourrait s’écrouler, où elles pourraient s’effondrer, mais où elles tiennent. Debout. Fortes. Indociles. Elles dansent sur le feu. Le cœurs de mes femmes bat dans mes chansons, se mêle au mien. Un rythme cardiaque musical. Tantôt ballades, tantôt pop électro, chaque arrangement porte leur souffle, leur histoire. En poésie. Faire du beau avec du moche. Et danser. »

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(Photo : Camille Laloux)

zoé simpson,femmes debout,interview,mandorInterview :

Te considères-tu que tu es une enfant de la balle ?

Ce qui m‘a beaucoup construite quand j’étais petite, c’était les récits de mon grand-père Maurice Coussonneau sur le Festival d’Avignon. Il était le bras droit de Jean Vilar. C’est lui qui a découvert le Palais des Papes par exemple (voir témoignage là). Il a aussi travaillé avec Jean Mercure au  Théâtre de la Ville. Bref, il  a un parcours théâtral très important. Il était plus dans l’ombre que tête de gondole. J’ai baigné dans ses récits et dans cette idée du théâtre comme un lieu sacré où tout était possible. De tout cela, il me reste une rigueur artistique.

L’ombre tutélaire du grand-père (photo de droite) doit te mettre un peu de pression quant à la qualité de ton travail,zoé simpson,femmes debout,interview,mandor non?

Dès l’âge de 10 ans, je savais que je voulais être comédienne. Mon grand-père jouait dans le Van Gogh de Maurice Pialat,  je suis donc allée sur le tournage. Devant un camion remplit d’habits, je me suis écriée : « C’est super tous ces déguisements ! »  Il m’a regardé sérieusement et m’a répondu : « Ce ne sont pas des déguisements, ce sont des costumes ». Cette anecdote qui peut paraître anodine m’a fait comprendre qu’il fallait faire attention à ce que l’on disait dans ce milieu-là. Il y a l’idée de sacré dans tout ce qui l’entoure. Cela m’a appris à ne rien négliger, à faire attention au moindre mot.

Ton goût du beau texte te vient-il des pièces de théâtre lues et jouées par toi ?

Oui, ma vie de comédienne m’a permis de découvrir  des textes sublimes. Quand un texte n’est pas magnifique, il ne m’intéresse pas.

Ce qui est intéressant dans les tiens, c’est qu’ils sont poétiques, subtils, mais très accessibles. Beaucoup ne parviennent pas au bon équilibre de tout ça.

Je donne des cours d’écriture au Cours Florent Musique et je travaille beaucoup cette question-là depuis des années. J’essaie d’allier la poésie, un  niveau de texte important et une accessibilité. En chanson, on ne peut pas faire autrement. Il ne faut pas faire une chanson pour soi, mais pour ceux qui écoutent. Personnellement, pour transmettre l’émotion, je cherche du côté des images simples et marquantes.

zoé simpson,femmes debout,interview,mandorMusicalement, qu’écoutaient tes parents ?

Ils étaient des hippies. Je suis née en communauté hippie. J’ai été bercée par les Beatles, par les Rolling Stones, Rickie Lee Jones. J’ai d’ailleurs eu un grand choc artistique avec cette dernière. Sa voix et ses textes me rendaient dingue.

C’est ta grand-mère qui t’a initié à la littérature.

Oui, elle est anglaise. Elle a été bibliothécaire en France. C’est une grande femme de culture et de caractère. J’ai pris son nom, Simpson.

Ta famille t’a encouragé à devenir toi aussi une artiste ?

Ma sœur est pilote de ligne, moi, artiste. Ce sont des parcours différents, mais ce sont des parcours « passion ». Nos parents nous ont soutenus et accompagnés dans des passions un peu folles. Merci à eux !

Y a-t-il eu un déclic incitatif à faire ce métier sérieusement ?

Quand j’étais en école de théâtre, j’ai rencontré des comédiennes, qui sont devenues des amies, et avec lesquelles nous avons créé un groupe de chanteuses. C’était agréable de chanter en polyphonie. On jouait beaucoup dans les bars, les petits théâtres…c’est à ce moment que j’ai écrit avec un format « chanson ». Cette écriture m’a complètement happé et je me suis rendu compte qu’il se passait quelque chose du côté de la musique. Cela me permettait de ne pas être qu’interprète, mais être aussi à la source de ce que j’avais à l’intérieur de moi et qui ne demandait qu’à sortir. Une comédienne est au service d’un metteur en scène, c’est formidable, mais il me manquait une part de création pure.

Il y a ensuite l’expérience Les Valseuses.zoé simpson,femmes debout,interview,mandor

Oui, ça c’est un projet qui a pris plus d’ampleur.

Vous étiez trois. C’était aussi une façon de se protéger ?

Complètement. Quand j’ai commencé à chanter seule, je me suis sentie complètement à poil. Au niveau de la voix, c’était terrible pour moi. Je ne la connaissais pas. Je ne l’aimais pas du tout et j’ai trouvé cela violent de me retrouver seule à chanter. Il a fallu du temps pour que j’apprivoise cette nouvelle part de moi.

As-tu pris des cours de chant ?

J’ai eu plusieurs périodes dans ma vie où j’ai pris des cours, mais j'ai beaucoup plus appris avec mes expériences en polyphonie. Elles ne laissaient pas de place à l’à-peu-près. On n’a pas le choix, il faut savoir placer sa voix correctement et travailler la précision en permanence.

Il y a une rencontre importante, celle avec Malcolm Crespin.

C’est lui qui compose et réalise, moi, j’écris les textes. Nous nous sommes rencontrés à l’âge de 14 ans. Nous nous sommes donc construits artistiquement ensemble quasiment. C’est plus tard que l’on a travaillé ensemble, mais quand nous avons décidé de faire des chansons tous les deux, tout semblait évident. Malcolm sent l’univers de chaque chanson, il est très doué.

zoé simpson,femmes debout,interview,mandorCet album que tu as écrit en 6 ans parle des femmes. Il sort alors que la libération de la parole des femmes est dans l’air du temps.

C’est dingue! Quand les #metoo et  #balancetonporc ont démarré, je m’apprêtais à sortir le disque. C’est un sacré concours de circonstances car j’aborde aussi des sujets de cette nature. La première chanson, « Iphigénie », représente quelque chose que je ressens très fort actuellement. Ce personnage que j’ai joué au théâtre et dont je suis très imprégnée est une jeune fille qui est sacrifiée pour du vent. Artémis a coupé les vents, les bateaux grecs ne peuvent donc pas partir en guerre contre Troie. Les hommes sont tous malheureux. Le chef des armées, Agamemnon, le père d’Iphigénie, doit sacrifier sa fille pour que la déesse accepte  de  remettre du vent. C’est vraiment sacrifier une fille pour du vent.

"Iphigenie" en live aux Trois Baudets le 17 mai 2017.

C’est la mythologie grecque, mais actuellement, on fait la même chose aux jeunes filles et aux femmes.

Le corps de la femme n’est pas un objet, un butin, un outil, une marchandise qui peut servir à la guerre, que l’on peut échanger. J’ai vu un reportage de Manon Loizeau, « Syrie, le cri étouffé » qui m’a bouleversé. Face caméra, des Syriennes témoignent des viols et des déshonneurs subis dans les geôles de Bachar el-Assad.

Tes chansons sont parfois graves, mais la musique reste légère.

C’est un peu comme la chanson « Marcia Baila » des Rita Mitsouko, on danse sur une chanson qui parle d’une femme qui est morte d’un cancer.  Il faut toujours danser. Il faut être du côté de la vie. Il ne faut éluder aucune question dans les chansons. Il faut parler de tout, tout en mettant en avant notre énergie vitale.

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Pendant l'interview...

Dans « Petite conne », tu chantes, « tu ne dois pas te mettre à genou, une laisse à ton cou .» C’est le même sujet qu’ « Iphigénie » mais traité différemment.

Ce texte a été inspiré par une jeune fille très proche qui a été embrigadée, qui s’est convertie à l’islam de manière extrême et qui a voulu quitter la France. On a réussi à l’empêcher de partir. Qu’une fille de 16 ans ait ce désir-là, je n’arrive pas à le comprendre intellectuellement. Après toute cette lutte des femmes pour leur droit depuis tellement longtemps, je n’arrive pas à comprendre que l'on veuille se mettre dans une prison pareille avec un risque pour sa vie. Choisir d’aller tout droit vers l’horreur… Je ne peux pas juger ce choix, mais ça me dépasse complètement. Il y a des questions à se poser sur la régression qu’il y a sur la place de la femme dans la société.

Pour toi, une chanson doit faire réfléchir ?

Passer par l’émotion à travers une chanson permet d’interroger des choses qui sont importantes. Ça peut mettre en lumière des questions qui nous concernent tous. La chanson n’est pas que du divertissement.

Clip de "Novembre sous les cendres".

« Novembre sous les cendres » est la chanson qui m’a le plus touché. Tu parles du décès de ta maman qui a eu lieu le 12 novembre 2015, la veille des attentats Parisiens.

Ces événements ont changé mon album qui était très avancé, presque terminé même. Il était un peu plus léger à l’origine. Je n’avais plus envie de ça car ces deux événements ont aussi changé la face de mon monde. Je suis allée plus loin, plus profondément en moi. J’ai écrit des textes plus durs, plus justes, plus violents. J’ai commencé à écrire « Novembre sous les cendres » le 12 novembre, dans le métro, en allant voir ma mère à l’hôpital. On sent de la colère et de la panique dans cette chanson.  

Comment on vit un deuil personnel et un deuil national coup sur coup ?

C’était un chaos total. J’ai été dans un état de sidération un long moment. C’est comme si tout s’écroulait en deux jours. Toute ma vie… et toute la vie avait changé. Je me demandais comment mes enfants pouvaient grandir dans un monde où il n’y avait plus d’espoir. C’est compliqué le deuil intime au milieu du deuil national, mais j’ai la chance d’être artiste, j’ai pu en faire une chanson. J’ai fait du beau avec du moche. 

Il y a une chanson sur le désir des femmes, «Caresse-moi ».

Je parle des femmes qui ont envie d’être aimées, d’être touchées. Elles ont un besoin de sensualité. Ce n’est jamais simple d’assumer ce désir-là chez la femme. Elles peuvent très vite être considérées comme des salopes ou autres joyeusetés.

Clip de "J'avais des rêves". 

Tu chantes « J’avais des rêves ». Il me semble que tu accomplies les tiens, non ?

J’ai  toujours envie de m’accomplir encore plus, d’aller plus loin en tant qu’artiste. Mais je sais que je suis au bon endroit. C’est là que je dois être. Je ne veux pas passer à côté de ma vie.

Tu joues comme une comédienne quand tu chantes tes chansons ?

Je ne cherche pas à jouer. Je cherche à incarner chaque femme dont je raconte l’histoire pour donner leurs paroles et qu’elles soient reçues de manière la plus juste.

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Après l'interview, le 20 février 2018.