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26 mars 2018

Yann Hegann : interview pour L'enfant qui venait des étoiles

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorYann Hegann, c’est une Madeleine de Proust. C’est un type, quand je n’étais qu’un gamin introverti, qui me faisait rêver. Lui, mais également Jean-Loup Lafont et François Diwo. Mon triumvirat radiophonique. Ce sont ces trois-là d’Europe 1 qui m’ont donné envie de devenir animateur radio et télé (ce que j’ai fini par faireyann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor plus tard et un long moment). Bref, je vous la fais courte, quand j’ai su que mon pote manager/agent Olivier Vadrot connaissait Yann Hegann et qu’il lui faisait faire un peu de promo, je lui ai demandé qu’il m’organise une rencontre. Je n’avais pas lu son livre, je le confesse, ce n’était pas là le plus important. J’avais même, je le confesse (bis), un énorme a priori sur l’intérêt d’un livre se voulant un ersatz du Petit Prince écrit par un animateur radio. J’allais faire ce qui s’appelle une « concession ». J’interviewerai Yann Hegann, mais pas vraiment pour parler du livre.

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Yann Hégann avec Thierry Le Luron et Gérard Lenorman.

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Yann Hegann sur Europe 1 (ça donne ça, notamment).

Et puis, j’ai lu.

Et puis, j’ai lu en me disant, « mais quel con je suis ! »

Je lutte contre l’a priori depuis toujours et bim ! Je m’y adonne. yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

En fait, L'enfant qui venait des étoiles est un conte fabuleux qui fait renaître l'enfance en chacun de nous. Le célèbre Petit Prince n’y est intentionnellement jamais cité, mais le lecteur se rend vite compte qu’il s’agit de la suite suggérée par l'auteur historique. Dans cette narration romanesque, on découvre pourquoi le petit héros revient sur Terre, ce qu’il cherche et surtout, ce qu’il est vraiment. Cet ouvrage à double lecture m’a scotché. Comme Le petit Prince, L’enfant qui venait des étoiles s’adresse aux enfants comme aux adultes. Un très joli conte philosophico-initiatique que je conseille à tous.

Le 22  février 2018, Yann Hegann m’a donné rendez-vous dans le bar à côté d’Europe 1. L’homme est disert et aimable… et un peu taquin aussi. 

4e  de couverture : 

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorInterview :

Quelle est la genèse de ce livre ?

En 1957, j’ai tourné dans un film avec Gérard Philipe, Le joueur, d’après l’œuvre de Dostoïevski. Jamais Gérard Philipe ne m’appelait par mon prénom. Il m’appelait Petit Prince. Un jour, il m’interpelle: « Viens voir Petit Prince, j’ai quelque chose pour toi. » Il m’a offert deux cadeaux. J’ai ouvert le premier, c’était le livre d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince. Le deuxième, c’était la version disque racontée par Gérard Philipe lui-même. Je l’ai écouté des quantités de fois en lisant le livre en même temps. Pour moi, le Petit Prince c’est la voix de Gérard Philippe. Je ne peux dissocier les deux. Au point que ça a créé une confusion : je confondais Saint-Exupéry et Gérard Philipe.

Et toi, tu ne te prenais pas pour le Petit Prince, du coup ? yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

Non, je ne me suis jamais identifié à lui. Je le voyais comme un personnage dans lequel « on » peut s’identifier,  mais c’est tout. Même si Gérard Philipe m’appelait Petit Prince, je savais que je n’étais pas ce héros. J’étais naïf, mais pas con à ce point-là (rires).

Quand  tu allais avec ta mère dans les librairies à Paris, tu demandais toujours aux libraires : « vous avez la suite du Petit Prince de Saint-Exupéry ? »

C’est vrai. Les libraires me répondaient qu’il n’y avait pas de suite. Moi, je disais « Si, si, regardez ce qu’il y a écrit à la fin : Regardez attentivement ce paysage afin d'être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s'il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l'étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s'il rit, s'il a des cheveux d'or, s'il ne répond pas quand on l'interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite qu'il est revenu... Alors, monsieur, vous voyez bien qu’il y a une suite !

Un jour après une lecture de Saint-Exupéry devant des enfants, une maman t’a encouragé à écrire la suite.

Oui. J’ai décidé d’y réfléchir en me baladant avec mon chien. Je me suis retrouvé sur un quai que je fréquentais tous les jours, mais dont je ne connaissais pas le nom. Ce soir-là précisément, je découvre avec stupeur qu’il s’appelle le quai Saint-Exupéry. Là, je me dis que c’est un signe qu’il ne faut pas occulter.

Comment on attaque une suite à ce livre culte ?

Je me suis posé la question. J’avais juste écrit un premier roman que je n’avais jamais envoyé à des maisons d’édition. Le narrateur raconte l’histoire d’un promeneur qui tombe sur un enfant qui a tout du personnage que l’on connait. Après, partant de cette base, je me suis laissé aller.

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L'illustratrice du livre : Luba Aguilova est née en Sibérie, habite à Bordeaux où elle vit de son talent d’illustratrice.

Tu ne cites jamais Le Petit Prince.

C’est intentionnel.

Ce petit personnage qui venait des étoiles s’est fait manger par un serpent. Il n’y a donc aucun doute sur son identité.

Admettons que ce soit une suite. Il revient, mais pourquoi ? Que cherche-t-il aujourd’hui, ce personnage des années 40 ? Qui est-il ? Je dois répondre à ces trois questions, mais à ma manière dans des chapitres qui correspondent à des voyages « initiatiques ». Quand on écrit un roman, le bon dieu et l’auteur, c’est la même personne. On a le droit de vie ou de mort sur qui on veut.

Ce qui est agréable, c’est que tu n’as pas cédé à la vulgarité ambiante de notre époque.

Tu as raison de le souligner. Notre époque est sous le signe de la cruauté et de la méchanceté. Mon livre est aux extrêmes de tout ça. Ma meilleure amie me dit que je vis au pays des Bisounours. Je suis empreint d’une grande naïveté et je vais mourir comme ça. Pendant des années, j’ai essayé de combattre ma naïveté et j’ai décidé que c’était une erreur il n’y a pas si longtemps.

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Illustratriation : Luba Aguilova.

yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorC’est un roman initiatique avec plein de considérations philosophiques. On rencontre la souris philosophe, l’aigle royale, l’homme du désert, le voyant infaillible, le marin et les statistiques…

J’avais très envie d’écrire ce livre, alors j’y suis allé tête baissée, même si je suis dans l’incapacité de te dire si j’ai du talent. Le monde littéraire est un monde que je ne connais absolument pas. Il a fallu faire abstraction de tout ça et que je fonce sans me poser de questions.

Tu fais dire au voyant infaillible : « il y a une différence fondamentale entre le rêve et l’illusion ».

Dans cette parabole, je dis qu’il ne faut jamais sacrifier le moindre de ses rêves. Quand on écrit un conte philosophique, on passe par des chemins qu’on a vécu soi-même.

Le Petit Prince s’est vendu à largement plus de 150 millions d’exemplaires.

C’est pas mal, effectivement. Je sais bien que je me suis attaqué à un monument et que mes chiffres de ventes seront dérisoires à côté. Je considère mon livre comme un hommage. Il fallait que je le fasse. Point barre. Je ne me pose aucune autre question. 

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Le 22 février 2018 dans le bar à côté d'Europe 1.

Stop archive! Les mêmes protagonistes, 34 ans plus tôt, le 22 août 1984 lors d'un podium Europe 1  à la Grande-Motte.

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