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11 mars 2018

Caryl Férey : interview pour Plus jamais seul

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C©Francesca Mantovani-Gallimard

IMG_0100.JPGCaryl Férey est né à Caen en 1967 mais a grandi en Bretagne. Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, collaborant même au fameux Guide du Routard. Il s'est aventuré en Nouvelle-Zélande avec sa « saga maorie » (Haka et Hutu), en Afrique du Sud avec Zulu (récompensé entre autres par le Grand Prix de littérature policière en 2008 et adapté au cinéma en 2013), puis en Argentine avec le sublime Mapuche et au Chili avec Condor (2016). Un détour en 2017 par la ville ultra-secrète et hyper polluée de Norilsk, en Sibérie, un carnet de voyage paru aux éditions Paulsen.

Tous les deux-trois ans je mandorise Caryl Férey. (Celle de 2012 ici et celle de 2014 là !) Cet auteur engagé me fascine (un écrivain punk aventurier, ça ne court pas les rues non plus) et ses livres me passionnent. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé chez lui pour évoquer son nouveau livre, Jamais seul. Après l’interview pour le magazine, je vous propose un bonus mandorien…

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Pour ceux qui n'ont pas de bonnes lunettes, voici l'introduction en plus lisible. 

Caryl Ferey s’est fait connaitre en 2008 avec Zulu, récompensé par de prestigieux prix littéraires et adapté au cinéma en 2013. Avec Mapuche et Condor, il a emmené ses héros partager les turpitudes du continent sud-américain. Entre deux voyages, Férey revient se ressourcer en Bretagne en compagnie de son héros tonitruant, Mc Cash. Dans le troisième roman de ses aventures,  l’ex-flic borgne à l’humour grinçant et consciencieusement autodestructeur fait l’apprentissage tardif de la paternité ,tout en enquêtant sur la disparition brutale en mer de son ami Marco.  

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C©Francesca Mantovani-Gallimard

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Bonus mandorien :

Les filières clandestines que vous évoquez, pourquoi on n’arrive pas à régler le problème ?

Je ne sais pas, mais en Allemagne Angela Merkel a eu le courage d’ouvrir ses frontières. J’ai des amis allemands qui donnent des cours à des réfugiés. Ils sont très solidaires. Les réfugiés, pour le reste de l’Europe, c’est la dernière roue du carrosse. Je comprends qu’on ne puisse pas accueillir toute la misère du monde, mais ce qui faisait la grandeur de la France, c’était justement l’accueil. Si on vivait ce que vivent certains de ces gens-là dans leur pays, on n’agirait pas comme des égoïstes. Beaucoup sont des gens comme nous. Le fait qu'aujourd'hui les réfugiés hésitent à venir en France, je considère que c’est une défaite de l’esprit de notre pays. Maintenant, je n’ai pas de solutions concrètes.

Revenons à Mac Cash, je n’arrive pas à savoir s’il est beau ou pas.

(Rires) Ca me plait bien ça. Mon pote dégage vraiment quelque chose. C’est un aimant à filles. Vous mettez un bandeau, ça change complètement une personnalité. On se demande ce qui lui ait arrivé. Ça rend mystérieux… les filles, ça les attirent.

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Caryl Férey et son pote Lionel Chauveau, le Mc Cash de ses livres.

Dans le livre, avec sa fille, il peut paraitre brutal.

Il se protège. Il ne s’attendait pas à devenir père du jour au lendemain. Ça lui fait peur. Mais on voit bien qu’il ne peut s’empêcher de l’aimer, c’est comme ça. C’est plus fort que lui, c’est sa fille. Il est rattrapé par les sentiments… et heureusement.

Il faut préciser qu’elle est issue d’une relation furtive. Un soir, sur un capot de voiture avec une fille qu’il connaissait à peine.

A la Bretonne, quoi! (Rires) Mc Cash est rattrapé par son bon fond, mais ça le désole. En fait, sa pulsion de vie est plus forte que sa pulsion de mort.

Parfois, il fait pitié.

Qu’on le prenne en pitié, c’est une insulte. « Pitié de moi ! Plutôt crever ! » En tout cas, on peut avoir de la compassion pour lui. La pitié, c’est trop chrétien, la compassion, c’est plus humain. Mc Cash à une vraie humanité. Une humanité rock’n’roll, c’est sûr.

lauteur-de-polars-sur-les-marches-de-cannes.jpgQue pense le vrai Mc Cash de se retrouver héros de vos livres ?

Ça le fait rire parce que, du coup, on l’appelle Mc Cash dans la rue. A Rennes, il est connu comme le loup blanc. Il me dit juste : « Bon, tu fais ce que tu veux, mais je te préviens, Mc Cash n’est pas pédé ! » Il n’est absolument pas homophobe, mais il est très macho. C’est son honneur qui est en jeu.

Il vous donne des idées pour vos livres.

Non, mais je l’emmène dans tous mes voyages et je le regarde. C’est tellement  n’importe quoi que cela en devient fascinant.

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Caryl Férey, chez lui.

Entre le fameux Marc, devenu Marco dans le livre, et celui qui est le vrai Mc Cash, vos amis sont spéciaux (rires).

J’aime les gens romanesques. Quand on a des amis comme ça, déjà, c’est drôle dans la vie. On se marre tout le temps. J’ai une bande à Rennes et quand il y en a un de nous qui meurt, c’est un choc, un traumatisme. Quand Marc est mort sur son bateau, ça m’a bouleversé. Ça me tenait à cœur de lui rendre hommage dans un roman.

Vous aimez diversifier vos livres ?

Oui, j’écris du théâtre, des livres « jeunesse », des récits de voyage, des polars sud-américains, africains, européens… tout me nourrit. Un auteur ne doit pas avoir forcément la même écriture selon ce qu’il écrit.

Je voudrais revenir sur le terme « cauchemar » que vous avez employé au début de l’interview. C’est un cauchemar quand vous écrivez vos pavés comme Zulu ou Mapuche ?

Vu la gueule des rêves que je fais en les écrivant, je ne vois pas quel autre terme utiliser. Je m’endors avec, je me réveille avec. Des livres comme ces deux-là ne fonctionnent que si l’on s’implique. Des livres sur l’Argentine, il y en a eu plein, mais si on n’est pas complètement avec les personnages et en empathie totale, ça ne marche pas. Je décris les horreurs de la dictature, les tortures, ce qu’ils ont fait aux disparus... Je n’aime pas le gore et la violence inutile, mais ce qui m’intéresse, c’est de donner la parole aux victimes. Pour donner la parole aux victimes, il faut être avec elles.

Envisager un livre sans fond social derrière ?

Non. Ça ne m’intéresse pas d’écrire s’il n’y a pas ça. Ecrire sans fond social ne sert à rien.

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Après l'interview, le 24 janvier 2018, avec/chez Caryl Férey.

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