Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2018-02-17 | Page d'accueil | 2018-02-26 »

24 février 2018

Nour : interview pour son album Après l'orage

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

(Photo ci-dessus et à gauche : Hugues Anhes)

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorUn beau soir du mois de septembre 2017, des amis journalistes musicaux m’ont incité vivement à découvrir une artiste que je ne connaissais que de nom, mais que je n’avais jamais écouté ou vu sur scène. J’ai obtempéré, car je suis très curieux des nouvelles voix de la chanson française ou francophone. C’est ainsi que j’ai découvert Nour chez Madame Arthur lors de sa Release Party (soirée de lancement de son disque Après l’orage). Et là, le choc. Une forte personnalité, des textes et des mélodies magnifiques et surtout une voix extraordinaire. J’ai donc décidé de m’y intéresser.

Le 15 février dernier, nous sommes donnés rendez-vous sur la terrasse d’un bar parisien. Et nous avons passé un beau moment…

Biographie officielle (par Olivier Bas) mais légèrement écourtée:

Tout droit venue de Suisse, Nour court depuis toujours après la liberté musicale. Elle ouvre la porte à toutes les formes de musique, même si le jazz reste son point de départ : « Je chantais du jazz dans les bars à punks ».

Son troisième album respire la lumière, l’audace élégante, et ne refuse jamais l’absurde artistique. Après l’orage raconte sans en avoir l’air les quotidiens d’une jeune femme auteur, compositeur, interprète.

Cet album est aussi le premier fait en France, les deux précédents Des P’tits Hommes et Au-delà de l’Arc-En-Ciel connurent une jolie vie chez les helvètes. Arrivée à Paris, pensionnaire de la Cité Des Arts, Nour se réinvente, flirte avec les arts plastiques sans abandonner la musique. Années d’expériences et de redécouverte de soi. Les rencontres sont bien sûr au rendez-vous : Les Zoufris Maracas (avec qui elle fera la manche et pour qui elle fera les chœurs), Bertrand Belin qui est présent sur le titre « Pauvre Prince Charmant » (extrait de son second album) : « Parce qu’il avait la voix d’un prince charmant » CQFD. L’amoureuse de Boris Vian et de Nougaro se réinvente à Paris, affiche sa vision du monde, en affirme sa version féminine.

L’album (par Olivier Bas) :nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

Le très doux « Les horizons » est le premier titre qui vit le jour. Au départ conçu comme une musique de film, il met en valeur la voix entre malice et tendresse et montre l’étendue de sa poésie. C’est une vraie chanson de film qui sera le dernier morceau crée pour cet album. « Lumière bleue » est la chanson générique du film de Marie Noelle-Sehr : Marie Curie qui raconte le nouvel amour de cette femme aux deux prix Nobel. Un titre pêchu avec des chœurs comme elle les aime, intégré à la BO faite par Bruno Coulais.

« Sale temps » qui ouvre l’album démarre par… des essuie-glaces et introduit l’ossature de « Après l’orage ». Nour malaxe, triture et fait vivre les bruits du quotidien. La magie de cet acte créatif est que cela ne fait jamais gadget ou bidouillage.

Après avoir travaillé sur un EP récemment paru, avec Camille Ballon (aka Tom Fire) et dont on retrouve ici trois morceaux, c’est Alexis Campet (Eskalina- Bergman) qui réalise le reste de l’album, s’il a bien sûr apporté sa patte, il a surtout validé le travail que pas à pas Nour avait fait dans son coin.

Ni trop drôle ni trop triste Nour aime cependant le grain de folie nécessaire pour ne pas tomber dans… la folie justement. Le monde est ce qu’il est. Nour le redécore et convoque les surréalistes, Breton, Ernst et Magritte en tête pour les marier à Tom WaitsAndré Minvielle et Billie Holiday pour être elle en toute simplicité et vivre dans sa tête et dans son corps tous ses morceaux. Absurde peut être mais toujours plein de sens.

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

(Photo : Ewa Cieskowska)

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorInterview :

Avec un papa musicien qui avait son propre studio, tu es un peu une enfant de la balle, non ?  

Il y a longtemps, mon père, d’origine libanaise, faisait la manche à Paris. Pour être clair, il faisait aussi les 400 coups. Il était pote avec Polnareff et vivait la vie de bohème. Un jour, il a rencontré ma mère. Ils sont partis s’installer en Suisse et il a créé un studio d’enregistrement. C’est lui d’ailleurs qui avait enregistré mes deux premiers albums. Après l’orage est le premier disque que je fais sans mon père.

Ça ne devait pas être évident d’enregistrer sous le regard du père…

Ce n’est pas simple parce que cela génère beaucoup de confusions. Il avait mis des sous dessus, du coup, il attendait des choses. Il me dirigeait un peu, mais moi, j’avais ma vision assez claire de ce que je voulais et de ce que je ne voulais pas. Mon père et moi avons beaucoup de personnalité, donc ça pouvait péter à tout moment. Avec le temps, il s’est adouci. 

Tu as toujours écrit des chansons ?

Oui, dès ma prime enfance. Je demandais d’ailleurs à mon père de m’aider. J’avais 6 ans.

On écrit quoi à 6 ans ?

Des conneries (rires). J’ai gardé des carnets de textes de quand j’étais gamine. C’est à mourir de rire, même si je regarde cela avec beaucoup de tendresse aujourd’hui. 

Tu n’as jamais cessé d’écrire depuis ce moment ?nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

Jamais… même si j’ai eu des moments où j’écrivais moins.

Quel a été le déclic qui t’a incité à faire ce métier-là sérieusement ?

A l’époque, je travaillais dans un bistrot, La Bretelle, à Genève. J’étais serveuse, mais parfois j’y interprétais des reprises. Un jour, un copain me voit chanter et me dit qu’il fait une soirée avec des potes à L’Usine, un lieu alternatif de la ville. Il me propose de venir, mais avec des chansons à moi. J’ai accepté le challenge. J’avais des textes non aboutis, je les ai fignolés. C’était un déclic pour moi. J’étais heureuse parce que, même sur cette scène alternative où il y avait des gens de tous les âges, j’ai constaté que mes chansons retenaient l’attention de la même manière les jeunes et les moins jeunes. J’ai toujours détesté les tiroirs, alors ressentir que je pouvais toucher tout le monde était un sacré beau cadeau. C’est ce soir-là que j’ai compris que la musique était un art qui pouvait relier tout le monde.

Tu as fait des études musicales ?

J’ai fait un peu le conservatoire pour bien apprendre le piano, mais cette expérience m’a un peu traumatisé. Ma prof me mettait dehors à chaque fausse note. Ça m’a foutu la honte. J’ai mis du temps pour me remettre au piano après ça. J’ai quand même fait 6 ans de solfège, mais je ne suis pas allée plus loin. Je me considère comme autodidacte. Je travaille beaucoup à l’oreille.

Tu as été cheffe de chœurs à Science Po.

Oui, pendant plus de deux ans. Sans partition. On faisait tout a capella, sans instrument.

Clip de "Lumière bleue".

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorParlons de ta voix. Tu as un timbre très original.

Je suis une mezzo colorature. Je peux naviguer dans les hauts et dans les bas et j’adore ça. C’est ce qui m’amuse. Quand je fais quelque chose, il faut toujours que ça vienne titiller une forme d’amusement.

C’est aussi une forme de jeu ?

Oui. Je joue avec les mots, la voix, le texte. C’est un des rares métiers où peut s’adonner à cela.

Comment as-tu enregistré Après l’orage ?

J’ai tout maquetté, arrangé et j’ai imaginé tous les bruits et les bidouillages dans mon coin, chez moi. Les réalisateurs ont ensuite mis leur patte dans mon travail.

Dans quel état tu es quand tu crées ?

Il y a des états psychologiques qui aident. Ça me fait chier ce côté où il faut être dans le pathos pour pouvoir écrire. Cela dit, j’ai vécu quelques soubresauts dans ma vie et j’ai eu la sensation d’avoir mis un capot sur ma tronche un moment et soudain, de m’en être libérée. Je ne pouvais pas passer une journée sans écrire. Il fallait que je sorte ce que j’avais à dire. Il fallait que je trouve un moyen de sublimer ce que je vivais. Ce qui est bien, c’est tu peux vivre les pires merdes de l’existence, mais la beauté de la création fait que tu peux en tirer quelque chose. Tu es dans le fumier extrême, mais c’est de la nourriture.

Clip de "Sale temps".

Ton album commence par une chanson qui s’appelle « Sale temps ». Une chanson qui dit que la vie nour,nour agan,après l'orage,interview,mandord’artiste n’est pas facile…

Pour se faire sa place de rêveur dans cette société, il faut se battre à un point phénoménal.

Un artiste est donc un rêveur ?

C’est ma conviction. Dans mon deuxième album, il y a de très nombreuses chansons tirées de mes rêves. C’est très important pour moi les rêves. Source inspiratrice.

Je sais que tu aimes le mouvement artistique des surréalistes.

C’est celui qui me touche le plus.

Ton album est dadaïste ?

Je n’en suis pas sûre. Ce qui peut être dada, sur un certain plan, c’est que j’ai utilisé les objets du quotidien pour en faire des rythmiques. Je sors l’objet de son rôle d’objet et je l’emmène ailleurs.

Clip de "Si légère". 

Tu ne te sens pas un peu part dans le milieu de la chanson ?

Je me suis toujours sentie à part de toute façon (rires).

Ton papa a écouté l’album ?

Oui, il a beaucoup aimé.

Le fait de faire un album sans lui, c’est aussi pour « tuer le père ».

Je pense qu’il y a quelque chose de cet ordre-là. J’ai eu une nécessité d’indépendance. Il faut toujours trouver suffisamment de ressources internes pour trouver son indépendance. Je fais tout pour trouver mon assise avec ce que je suis, avec l’artiste et l’artistique. J’ai une recherche d’authenticité totale. Je pense que je suis en train de la trouver. Je me sens artiste et désormais, j’ai décidé de l’assumer. Je ne me perdrai plus à faire autre chose car, c’est ma nature profonde.

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

Après l'interview, le 15 février 2017.