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14 février 2018

Livia : interview pour l'EP Le blaireau riche

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(Photo : Alain Leroy, pour" l’œil du spectacle")

livia,le blaireau riche,interview,mandorDans les chansons de Livia, elle raconte ce qui la touche, ce qui l’entoure et l’inspire. Cette chanteuse, pianiste, auteure-compositrice chante tout haut ce que l’on pense tout bas, sans retenue ni faux-semblant. Car comme elle le dit : « ça n’a aucun intérêt de faire semblant et en plus c’est fatiguant ». Plus authentique que cette chanteuse, je ne vois pas. En interview aussi, elle n’a pas la langue dans sa poche. Le 1er février dernier, j’ai pu en juger  par moi-même, dans un bar de la capitale. Un premier EP (que vous pouvez écouter ici), c’était une occasion en or pour une première mandorisation.

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Biographie officielle (par Livia elle-même):livia,le blaireau riche,interview,mandor

L’histoire commence comme ça : en 2014, dans un bar à vin à Saint-Germain-en-Laye, moi, Lilie la petite brune demande au grand métis s’il aimerait gratter, tâter de la corde, slider sur mes morceaux. Et derrière son verre aviné, le grand métis dit oui. Alors, c’est dans un mini studio d’enregistrement parisien, au fin fond d’une cave sombre qui pue l’humidité, qu’avec un ordinateur, des claviers, un piano toy, un xylophone et un micro, du café, encore du café et beaucoup de café, que JR et moi bricolons, fabriquons, bidouillons, créons de la musique. Cinq ans plus tard, JR, est toujours aussi patient et Sam a discrètement rejoint l’équipe.

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(Photo : Alain Leroy, pour" l’œil du spectacle")

livia,le blaireau riche,interview,mandorInterview :

La musique, ça a commencé quand pour toi ?

A la maison, quand j’étais toute gamine, il y avait un piano et ma mère y jouait de temps en temps. Alors, pour m’amuser et par vif intérêt je mettais mes doigts sur les touches du piano. Après le bac, j’ai décidé de faire mes études dans la musique. C’était en moi. Je n’avais pas d’autres choix.

Tu as étudié le piano et le chant à l'American School Of Modern Music. Ensuite, tu as complété ta formation musicale à la Bill Evans Piano Academy. Diplômée des deux écoles, tu as poursuivi ton parcours par deux ans d’études au sein du Centre International de Musicothérapie… mazette !

A 14 ans, je suis tombée amoureuse du jazz. Donc après le bac, j’ai fait des études de jazz. Je voulais consolider ma formation pianistique. Je t’avoue aussi que, toutes ses études musicales, c’était aussi pour rassurer mon père. Il avait besoin de savoir que j’avais des diplômes. En parallèle de mes études, j’ai monté mes premiers groupes jazz, ambiance Nora Jones… 

Est-il difficile de se dépêtrer de ce qu’on apprend dans des écoles musicales ? Il y a forcément des automatismes qui se forment…

Je pense qu’un bon musicien est quelqu’un qui a des bases, qui sait ce qu’il fait, mais qui sait, à un moment, se débarrasser de tout et épurer. Cela dit, j’imagine que tu peux être autodidacte et être un tueur. Ça s’est déjà vu.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Comme l’indique ta bio, le déclic pour faire ce métier sérieusement a commencé dans un bar à vin ?

Avant le bar à vin, j’ai été aux Trois Baudets pour voir le concert du groupe vocal OMMM. Il y avait sur scène un beat boxer. Là, je suis tombée amoureuse de sa performance vocale et rythmique. J’ai décidé qu’il fallait que je bosse avec ce gars-là. Après, nous sommes allés boire un verre dans ce fameux bar à vins et on a décidé de collaborer. C’est à ce moment que le projet Livia est né. Il s’est plus orienté trip hop/chanson. Du coup, j’ai laissé de côté la batterie, la contrebasse et le saxophone qui m’accompagnaient depuis des années sur scène, mais qui prenaient trop de place.

Parlons de certaines de tes chansons de ce premier EP. Dans « Le blaireau riche », tu racontes l’histoire d’une jeune femme qui vit avec un homme riche pour avoir une protection financière, voire sociale… et qui assume la chose.

Ça m’emmerde de tourner autour du pot et de ne pas dire les choses franchement. D’habitude, les femmes sont des femmes-objets, là, je prends le contre-pied, je renverse la situation, j’utilise mon mec, il est plein de thunes, j’en profite. J’ai grossi un peu les traits, parce que cette personne-là existe. C’est mon ancien compagnon avec qui j’ai vécu 4 ans. Pour l’anecdote, j’ai composé cette chanson quand je vivais sous le même toit.  Il l’a trouvé très bien (rires). Pour vivre avec moi, il faut avoir du troisième degré.

Clip de "Le blaireau riche".

Dans le clip, tu donnes de ta personne. On te voit nue. En ombres chinoises, mais quand même…

Je fais du théâtre en parallèle de la chanson. Je suis assez à l’aise dans mon corps. Je voulais illustrer le propos du morceau qui était de surligner le fait que, quand il n’était pas là, je me sentais libre et je pouvais danser. Et je dois dire que c’était très agréable de danser toute nue. Il y a un retour au primitif qui était très agréable. Il y a aussi un côté un peu provoc et insolent, je dois être un peu comme ça. J’en ai marre que l’on ne puisse pas être authentique, j’ai envie d’être moi-même. Je n’ai plus envie de faire semblant et de mettre un masque.

Dans « Même si » et « Bah, t’es pas beau », j’ai l’impression qu’il s’agit de la même personne.

Bien vu, c’est le même homme. Là encore, ce ne sont pas des chansons d’amour conventionnelles. Il n’est pas très grand, il est petit, chauve, mais je suis bien avec lui quand même. On se dit les choses.

Livia dans sa salle de bain  : "Bah t'es pas beau".

De quoi parle « L’histoire de » ?

Il y a trois couplets et chaque histoire est un constat sur les masques que nous portons tous  en société. C’est aussi une chanson sur les peurs que nous avons. Quand je dis « nous », je parle surtout de moi. C’est sur la peur de vivre finalement.

On ment tous dans la vie. On ne peut pas toujours dire la vérité. Heureusement ?

Non, pas heureusement. Moi, je cherche vraiment à être la plus authentique et à tenter de ne jamais mentir. On a tous des attitudes, des gestes, des manières de parler pour plaire à l’autre, mais c’est un peu triste parce que, finalement, nous sommes tous faux. Dans un monde utopique, j’aimerais bien qu’aucun de nous n’ai de masque.

"J'aurais presque préféré" en concert aux Trois Baudets, 30 Novembre 2017 Avec Jean-Roland M'Barga à la basse Sam, waxybox au beatbox.

Dans « J’aurais presque préféré », tu racontes l’histoire d’un cœur d’artichaut contre un cœur de pierre.

Ca raconte mon histoire. Je me suis fait larguer et j’ai été dégouté (rires). J’aurais presque préféré qu’il fasse semblant.

« La mastication » parle de ta conception par tes parents.

C’est un acte bizarre à la fois fascinant et qui me dégoûte, parce que s’imaginer ses parents faire l’amour n’est pas dans l’ordre des choses. J’ai sans doute voulu exorciser ce truc qui me met mal à l’aise et en même temps qui  m’amuse.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Tu parles pas mal de sexe dans tes chansons.

J’ai peut-être un problème avec le sexe parce qu’effectivement, je parle beaucoup de cul dans mes chansons (rires). En vrai, ça me fait rire de parler de cul. J’ai toujours aimé parler de ça.

La chanson « Papa » raconte l’histoire d’une femme à qui son père n’a pas donné assez de temps, ni assez de tendresse.

Toutes mes chansons sont autobiographiques. Mon père a quatre filles. Je pense qu’il aurait voulu un gars.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Qu’en a pensé ton père ?

Il l’a entendu, mais il ne m’a pas dit ce qu’il en pensait. C’est quelqu’un qui cache beaucoup ses émotions. Je sais juste qu’à la fin du concert, il est sorti pour s’aérer. Il devait être un peu ému.

Fais-tu attention au visuel, à l’image en général ?

Oui. Je suis quelqu’un un peu dans le contrôle. J’ai du mal à déléguer, car je me dis toujours stupidement que les autres feront moins bien que moi. Pour la pochette de cet EP, c’est un ami dessinateur, lelefante, qui s’y est collé. Je l’ai pas mal dirigé. Je voulais un truc printanier, frais, comme une renaissance, un renouveau. Il y a plein de détails qui rappellent mes chansons. Tout à une signification précise.

"Même si" en live dans Le Grand Studio RTL.

La musique, les chansons, ça t’apporte quoi ?

C’est un évacuateur, une manière de me libérer des choses qu’il y a dans ma tête. Tous les artistes qui écrivent, c’est parce qu’ils ont besoin que cela sorte. Mes chansons sont des pages de mon journal intime et j’espère qu’elles procureront une émotion à ceux qui les écoutent.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu es différente. On a besoin d’insolence dans la chanson française.

Ça me fait plaisir parce que je n’envisage pas ce métier en le faisant hypocritement. Ça m’emmerde d’être une vraie fille. Je ne suis pas une vraie fille. Parfois, j’ai une manière de penser comme un gars. Je ne suis jamais vulgaire, mais je parle crûment et simplement. Je ne veux pas faire semblant.

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Après l'interview, le 1er février 2018.