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08 février 2018

Daphné : interview pour Iris Extatis

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(Photo : Julia Gragnon)

daphné, iris extatis, mandor, interviewÇa fait longtemps que je suis fasciné par le monde merveilleux de Daphné. Il me semble avoir été le tout premier journaliste musical à l’avoir interviewé pour son premier album, L’émeraude, pour le magazine des magasins Virgin. C’était en 2005. Elle était encore timide mais résolue. Déjà, son univers mystérieux et féerique m’envoûtait. Elle était habitée par une vision singulière comme on n'en entend que trop rarement. Sur ce premier disque, violoncelles et autres arrangements de cordes fantasmagoriques portaient une voix fragile, mélancolique et remuante qui délivrait des textes intenses. Cinq albums plus tard, Daphné reste la même… en mieux. Avec Iris Extatis, le charme continue d’opérer.

Je suis allé à sa rencontre le 24 janvier dernier pour sa troisième mandorisation (la première pour Carmin en 2007, la seconde ici pour Fauve).

Argumentaire officiel (très écourté) :daphné, iris extatis, mandor, interview

Chaque album de Daphné est un voyage. Depuis ses débuts, de l’Emeraude, Carmin, Bleu Venise à La fauve, elle ne cesse de nous parler d’amour entre abysses et sommets, déclarations et portraits intimes. A travers ces 11 nouveaux titres, Daphné nous livre cette fois de profonds cris du cœur. Ayant imaginé Iris Extatis comme une formule magique, un sésame censé nous insuffler espoir et émerveillement, - tous deux antichambres à l’extase -, Daphné nous raconte qu’il n’y a pas de frontière à l’imaginaire et que notre regard, notre iris peut être en perpétuel mouvement, ouvert sur le monde.

Iris Extatis est un album qui souhaite réunir et réconforter. Même le corps va jusqu’à se faire voyant pour nous aider à nous guider vers qui nous sommes vraiment. Avec conviction, Daphné nous ouvre les portes d’un monde fertile et foisonnant, d’un monde païen, sans frontières où mythes, fantaisie, nature et femmes sont reliés. C’est avec Edith Fambuena que Daphné a choisi de dessiner une palette de couleurs inattendue autour des guitares et du piano. Vous croiserez parfois un sitar, un koto japonais, un laud marocain, une harpe, et pour la première fois des rythmiques qui vont même jusqu’à flirter avec la deep house… Cette collaboration jouissive et fusionnelle va jusqu’à la présence d’Edith derrière le micro, le temps d’un duo. Avec Iris Extatis, Daphné distille une poudre d’évasion pour qu’enfin, chacun puisse croire en ses rêves et s’y accrocher. Décidément, « On n’a pas fini de rêver ».

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(Photo : Julia Gragnon)

daphné,iris extatis,mandor,interviewInterview :

Encore un titre d’album qui est une couleur. Tu joues avec ça depuis ton premier disque.

Pour moi, faire de la musique, c’est ludique. Plus exactement, c’est aussi ludique. Il y a également tout un voyage intérieur qui n’est pas que jeu. Une couleur pour chaque album, je ne sais pas si c’est devenu un jeu, mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour définir l’énergie d’un disque. Ces couleurs font partie d’un tout, dont j’ai déjà le titre. Si j’ai la chance de pouvoir faire toutes les couleurs que je souhaite, au bout, je dévoilerai l’explication globale.

Tu trouves des couleurs de moins en moins évidentes.

Je considère le titre Iris Extatis comme une formule à la « abracadabra »… comme un sortilège. Ça m’est venu comme ça, sans réfléchir. Je ne cherche jamais les titres. J’ai déjà les prochains d’ailleurs. Après je raconte les histoires autour du titre. C’est toujours mon point de départ.

Dans la création, tu es toujours dans l’instinct ?

Je travaille beaucoup par instinct et par incident.

Par exemple ?

Je décide de faire une chanson, je vais m’installer pour travailler, je démarre, la porte psychique est ouverte et il y a autre chose qui arrive. J’abandonne donc le thème je pars vers autre chose qui s’impose. Je considère cela comme une sorte de déviation. Finalement, même quand je décide d’aller vers la musique, c’est elle toujours qui me surprend. Je reste ouverte à la surprise, à l’aventure… même dans la vie. Du coup, il n’y a aucun frein à mon imagination. Je me rends compte aussi qu’il y a un pragmatisme dans l’imagination.

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(Photo prise le jour de l'interview)

Les ficelles sont commandées par quelque chose ?

Je pense qu’elles sont commandées par des choses qu’on ne contrôle pas, qui sont aussi ce que l’on est, mais pas forcément visiblement. On ne passe pas notre temps à s’étudier, du coup, il y a des choses qui resurgissent. C’est surprenant, c’est pour ça que j’aime ce métier. Je me fais moi-même surprendre par des chansons. Je me fais emporter. C’est un peu comme faire du cheval. J’en fais, j’adore ça. On est deux entités, dont une entité qu’on ne maîtrise pas complètement. Un cheval, c’est hyper sensible. Il faut être en relation, accepter d’être emmené. En même temps, c’est nous qui pouvons diriger aussi, parce qu’on veut aller plus ou moins là où là. C’est un équilibre.

Quel a été le rôle d’Edith Fambuena dans tout ça ?

Comme elle le dirait elle-même, elle aime habiller les chansons. C’est une rencontre magnifique. C’est le deuxième album que je fais dans le respect mutuel. C’est très rare. Il y a beaucoup d’arrangeurs qui sont dans le pouvoir. J’avais fait Bleu Venise avec Larry Klein (Joni Mitchell, Melody Gardot, Madeleine Peyroux) qui n’est pas du tout comme ça. C’est tellement un musicien excellentissime qu’il n’a rien à prouver, donc il est dans le partage. Edith, c’est la même chose. Plus un musicien est doué, plus il est simple et ça se passe bien. Quand on est accueilli dans sa globalité et pas uniquement un bout de soi, forcément on s’offre encore plus et mieux.

Il parait qu’Edith Fambuena est très exigeante. C’est vrai ?

Oui et tant mieux. Je le suis aussi. Nous sommes toutes les deux minutieuses et des folles furieuses du bouillonnement dans la création. Edith est vraiment aventureuse. C’est mon cas aussi, donc nous nous sommes beaucoup amusées. Je ne me suis jamais autant amusée sur un disque.

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(Photo : Julia Gragnon)

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai amené à Edith les chansons en piano-voix, en guitare-voix ou en bidouillages-maison voix. Je lui ai raconté les univers de toutes. Ensuite, elle écoute et elle se laisse inspirer par tout ce qu’elle a en elle et ce que la chanson lui raconte. Avec Edith, c’est un plaisir intellectuel et humain. Je lui ai dit : « fais gaffe, je vais vouloir faire mon prochain album avec toi » (rires).

Souvent, on te considère comme quelqu’un d’éthéré. Ça te dérange ?

Ça ne me dérange pas. Après, quand les gens me connaissent, ils découvrent quelqu’un de plus terrien, de plus ancré. Dès qu’on parle du rêve et du sentiment, on est considéré comme quelqu’un qui vit sur la lune, mais pour moi, il n’y a rien de plus concret qu’un sentiment.

Dans « Le corps est un voyant », tu dis que tu  ne crois plus à l’amour…

Je raconte l’ambivalence de ne plus y croire et en même temps, d’un corps qui, lui, y croit. Il y a aussi une chanson qui s’appelle « L’amour ». Je pense ne pas me tromper en disant qu’à un moment, nous avons tous été éloignés d’un sentiment qu’on ne veut plus revivre, alors qu’au fond de son cœur, on croit encore à l’amour. C’est une forme de protection. Au niveau des sentiments, on n’est pas noir ou blanc, c’est très coloré.

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Musicalement, pour la première fois, il y a une incursion dans la musique africaine.

Je trouve que sur « La prière aux étoiles », ça s’y prêtait. On était dans quelque chose qui était proche de la transe. Il n’y a pas vraiment de refrain, c’est plus quelque chose que je scande… une sorte de pont.

Dans « La lune est une femme africaine », tu évoques pas mal de continents différents.

C’est lié à la curiosité que j’ai des peuples et de la différence. J’ai le sentiment d’être reliée au monde dans sa généralité par des sentiments, par notre humanité, même si nous ne sommes pas nés avec les mêmes gènes, le même environnement, la même langue, la même culture. Ça me fascine totalement. C’est très important d’avoir un horizon quand on est un être humain. Ceux qui n’en ont pas sont souvent très malheureux. Que ce soit un projet, un voyage, une rencontre, c’est quelque chose qui nourrit vraiment.

Est-ce que le plus beau des mondes n’est pas ton monde intérieur ?

Mes disques sont en tout cas une véritable plongée à l’intérieur de mon moi. Ce métier permet à la fois d’être intériorisé et aussi de jaillir.

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Tu es pressée d’interpréter ces nouvelles chansons sur scène ?

J’ai hâte et en même temps, j’appréhende les réactions. C’est toujours un mélange des deux, c’est un équilibre, une alchimie fragile.

C’est peut-être ton album le plus populaire.

La chanson, c’est un art populaire. J’espère toucher le plus de monde possible. Je n’ai jamais eu l’intention de faire des disques élitistes.

Au bout de 6 albums, ça y est, tu te considères enfin comme une chanteuse ?

(Rires) Toujours pas. Iris Extatis, j’ai l’impression que c’est mon premier album. Je ne suis pas quelqu’un qui fonctionne sur les acquis en tout domaine. Souchon disait « chanter, c’est lancer des balles », c’est exactement ça. On lance quelque chose pour que l’on joue avec nous, pour qu’il y ait une réponse, que l’on puisse rebondir aussi… J’ai l’impression d’être une éternelle novice.

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Après l'interview, le 24 janvier 2018.

Commentaires

Merci pour cet article : touchant, poétique, lyrique, émouvant et si profond... Cela fait tellement plaisir de lire de jolis mots qui comprennent les univers : belles rencontres d'humains et de "mélanges" d'éthéré et d'ancré : parfait ! Bravo à l'écrivain-journaliste, bravo Daphné...

Écrit par : CHANTEREAU Christine | 18 février 2018

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