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07 février 2018

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : interview pour l'album Nous

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Grégoire Gensse, jeune homme d’à peine 30 ans est mort l’année dernière. Il était le compositeur du Cirque Plume. Il était aussi à la tête du Very Big Experimental Toubifri Orchestra, fanfare iconoclaste de dix-huit musiciens. Un jour Gensse a rencontré Loïc Lantoine… et l’osmose fut parfaite. En 2015, un spectacle autour de l’univers de ce dernier, mêlant d’anciennes et nouvelles chansons, tout en y ajoutant quelques morceaux inédits créés pour l’occasion, est né. Cette collaboration existe aussi désormais sur disque… et ça déménage !de leur rencontre. Le fruit de leu

Le 10 janvier dernier, j’ai rencontré Loic Lantoine pour la seconde fois (lire sa première mandorisation) dans un café de la capitale. Il était accompagné de la clarinettiste du Very Big Experimental Toubifri, Elodie Pasquier. Une conversation à trois des plus passionnantes.

22519593_10155190516028163_5366930480007915775_n.jpgArgumentaire du disque :

Il y a des rencontres comme ça, instantanées, évidentes, foudroyantes. Celle entre Loïc Lantoine et le Very Big Expérimental Toubifri Orchestra pète ici tous les plafonds qu'elle méritait bien une double offrande : un live pour réinventer le passé et un album original pour redéfinir le présent. Quand dix-huit musiciens, libres, aventureux et ouverts à tous les vents, font briller un auteur d'âme, l'idylle ne peut que jouer les prolongations.

Présentation des forces en présence :

Loic Lantoine : Déjà plus de 10 ans qu’il fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice François Pierron, le chantre de la « chanson pas chantée » a baroudé de bars en gites, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et 3 albums sous les aisselles : Badaboum, 1er essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme 2 ans après et du live À l’attaque, en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d’un Bukowski ch’timi ou d’un Tom Waits nordiste.  Bête de scène. Malgré lui, affirme-t-il : s’il s’est un jour lancé sur les planches, c’est parce qu’il préférait dire ses textes plutôt que de les faire lire.

Very Big Experimental Toubifri Orchestra :

Créé en 2006, le Very Big (ou le Toubifri !) est un gros orchestre de 18 musiciens, membre de la Fédération des Grands Ensembles de Jazz et musiques improvisées. Avec comme règle absolue de porter la musique à ses extrêmes limites. Fondé sur un jazz puissant et savamment maîtrisé, le Very Big est une fantasque fusion des genres, un maelström indéfinissable inspiré des mandalas cycliques du gamelan balinais et profondément marqué par la musique pop. Les modes de jeu multiples explorent la richesse des timbres, la spatialisation du son et l’énergie des instruments. Une véritable fusion des genres pour un style tout bonnement inclassable !

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23621668_1355367987908792_1585996448025325776_n.jpgInterview :

Loïc, qu’as-tu pensé de Grégoire Gensse quand tu l’as vu la première fois ?

Loïc Lantoine : Je me souviens avoir vu un hurluberlu sautillant qui m’a demandé si on pouvait faire un truc ensemble. Je l’ai trouvé très insistant, mais charmant. Il m’a envoyé le disque des Toubifri, Waiting in the Toaster, et quand je l’ai écouté, j’ai pris une bonne baffe dans la gueule. Du coup, je l’ai vouvoyé. Je l’ai appelé et je lui ai dit : « monsieur le petit lutin sauteur, finalement, j’aime beaucoup ce que vous faites ! »

Tu ne t’es pas demandé ce que tu allais faire au milieu de 18 musiciens ?

Loïc Lantoine : Il ne faut surtout pas réfléchir, sinon, tu ne fais rien. A la base, cela devait être une collaboration momentanée et courte, mais de fil en aiguille, on a décidé de laisser une trace avec des spectacles et un CD live. Au début, on ne devait faire que des reprises de mon répertoire, mais au final, on a fait aussi un album complet de nouvelles chansons.

Et en plein milieu de l’élaboration de tout ça, Grégoire Gensse est mort.

Loïc Lantoine : Ça a été la catastrophe. L’horreur absolue. On ne savait pas quoi faire. Est-ce qu’on allait repartir chacun de notre côté avec nos petits souvenirs sous le bras ou, pour ne pas devenir fou, allait on finir le disque ? On a choisi de continuer. Dans cette histoire horrible, c'est ma fierté absolue.

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Grégoire Gensse.

Elodie, toi tu es dans le Very Big Experimental Toubifri Orchestra depuis sa création. Tu avais même orTie.jpgun duo avec Grégoire Gensse qui s’appelait OrTie (photo à droite). Comment Grégoire vous a proposé de travailler avec Loïc ?

Elodie Pasquier : Grégoire a toujours été convaincant. Quand il aimait quelqu’un ou quelque chose, on ne pouvait qu’aimer aussi. On était donc obligé d’aimer Loïc Lantoine avant d’avoir écouté ce qu’il faisait (rires). Comme moi, je suis un peu contradictoire, j’ai préféré ne pas aimer tout de suite… et puis après j’ai adoré.

Loïc Lantoine : De plus, tu n’es pas branchée chanson à la base.

Elodie Pasquier : C’est vrai. C’est grâce à Grégoire que j’ai découvert cet univers. Grégoire est tombé sous le charme de Loïc, il a donc traîné les copains à un concert. Tout le monde est revenu enthousiaste. J’ai mis un peu de temps à adhérer, mais vraiment, aujourd’hui, je le trouve formidable.

Loïc, toi, tu as rejoint le groupe sans crainte ?

Loïc Lantoine : Ce n’est pas la première fois que je collabore à des projets fous. Et puis, on ne prenait pas de risques, si ça ne marchait pas, ce n’était pas grave. Il se trouve que les gens de cet orchestre sont d’une bienveillance extraordinaire, alors, tout s’est bien passé.

Elodie Pasquier : La rencontre s’est faite en douceur. Au début, on a juste réarrangés quelques chansons déjà existantes de Loïc, ce n’était pas compliqué.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri: "Le cheveu blanc"

Toutes les nouvelles chansons devaient être composées par Grégoire. Comme il est parti,  d’autres membres du groupe ont pris le relais.

Elodie Pasquier : Dans cet orchestre, il y a des musiciens qui viennent d’univers très différents, chacun a donc une idée de l’écriture et des arrangements, du coup, on a une couleur différente à chaque titre.

Loïc Lantoine : Je suis passé de main en main. On aurait dit une tournante dans une cave. Je me suis fait souiller de musique (rires). Elodie, la sœur d’âme de Grégoire, a composé une chanson. C’est celle qui parle de lui, « Poison d’avril ». Il y avait entre Elodie et Grégoire un rapport fraternel intense.

Elodie Pasquier : Il faut dire que l’on partageait la scène dans plein de contextes autres que le Toubifri.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "Tu me vieux", filmé à la scène national d'Angoulême le 05 Octobre 2017 par Bob et Yak0 © COUAC PRODUCTIONS

Loïc, as-tu été surpris des propositions de l’orchestre ?

Loïc Lantoine : Bien sûr. C’est ça le but du jeu. J’ai toujours veillé depuis que je fais le boulot, à être étonné. Je suis nul en musique, je suis donc vite saisi.

Elodie Pasquier : Non, tu n’es pas nul. Arrête avec ça. Tu as un vrai sens musical. Tu dis toujours tu n’y connais rien, c’est faux. Tu ressens les structures, tu ressens les élans. Tu comprends immédiatement si c’est bien écrit, si ça marche. Ce qu’on fait n’est pas évident et est parfois compliqué. Toi, tu saisis tout. Tu  as une oreille et une sensibilité étonnante.

Loïc Antoine : La musique reste magique pour moi. J’ai besoin de me faire maltraiter. Si c’est pour que ce soit évident, ça n’a aucun intérêt. Il faut être une bête folle qu’on n’arrive pas à maitriser, c’est là où ça a du sens. C’est du rodéo cette histoire-là !

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "La nouvelle".

Travailles-tu toujours dans la douleur quand tu fais un album ?

Loïc Lantoine : Pas dans la douleur, mais pas dans la facilité non plus. La création, j’aime bien, mais je préfère la scène, je préfère jouer, je préfère quand il y a des gens. J’aime bien voir mes disques physiquement, ça prouve que j’ai fait quelque chose  dans ma vie, mais je n’aime pas les écouter. Je n’aime pas ma voix en particulier. 

Si tu n’apprécies pas spécialement ce que tu fais, tu comprends que les gens aiment par contre ?

Loïc Lantoine : Oui car je fais tout pour. Je suis consciencieux et je travaille avec amour depuis bientôt 20 ans avec un minimum de savoir-faire. Je n’ai pas à rougir de ce que je fais. Cela dit, je t'assure que j’ai plus de respect pour ce métier en général que pour mon œuvre. Ce boulot, je le trouve noble et utile.

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Pendant l'interview. (Photo: Sissi Kessaï)

Tu as conscience que pour les amateurs de chansons françaises à texte, tu es une référence ?

Loïc Lantoine : J’en ai rien à foutre et heureusement. A chaque fois que les flics m’arrêtent, je leur dis que je suis chanteur, ils sont très sceptiques (rires). Ça remet les pendules à l’heure. Tu sais, je ne suis pas trop sensible aux compliments, ni à la critique d'ailleurs. En tout cas, les superlatifs me concernant, c’est super sympa, mais c’est exagéré.

Ce n’est pas important de se sentir rassuré, de comprendre que son travail est très respecté ?

Loïc Lantoine : Si, bien sûr. Ça, tu le vois en concert. Ce sont les bravos, c’est le public attentif et réceptif..

Elodie, que penses-tu de Loïc humainement ?

Elodie Pasquier : Je suis très marquée par le premier échange que j’ai eu avec lui lors du premier jour de répet’. Grégoire avait arrangé « Pierrot ». Il y avait un solo à la clarinette que je devais interpréter. Je l’ai fait. Tout le monde semblait content. Mais à la pause, Loïc vient vers moi pour me demander si j’ai 5 minutes pour boire un coup au bistrot. Je me suis dit qu’il allait m’engueuler. En fait, il m’a parlé de ce fameux Pierrot. A chaque fois que je raconte cette anecdote, ça me fout les poils et les larmes aux yeux. J’ai appris énormément à ce moment-là. J’ai un humain en face de moi qui me parle d’un truc super important, alors que moi, je m’étais juste dit : « c’est un solo de clarinette avec telle tonalité et un mec qui chante devant ». Ce n’est pas ça. Mais alors pas du tout. Je me suis sentie une responsabilité. Depuis, ce jour, ça m’a donné une putain d’opinion sur Loïc et je n’ai jamais été déçu.

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Pendant l'interview... (Photo : Sissi Kessaï)

Qu’as-tu appris avec ce groupe Loïc ?

Loïc Lantoine : Plein de choses. C’est extrêmement difficile de naviguer en groupe, mais à 18, je ne t’en parle même pas. Il y a une super belle organisation, beaucoup de bienveillance. Tous les membres donnent tout. Ils sont tous très différents, mais c’est une bande indestructible. Je carbure à l’humain, alors putain, ça m’a plu d’être avec eux et de les voir ensemble. A la mort de Grégoire, je les ai vu réagir, pas tous de la même façon, mais j’ai été très impressionné. J’ai envie de faire partie de leur famille.

Elodie, vous vous êtes posé la question de savoir si le groupe allait perdurer ?

Elodie Pasquier : Evidemment. C’était l’orchestre de Grégoire. Il écrivait toutes les chansons, il trouvait les dates,  il régissait et portait tout. Nous on venait jouer. Point. La question n’est pas si on est capable de continuer sans lui, mais plutôt, est-ce qu’on en a envie ? Avec cet album, Nous, Loïc nous a porté. Il nous a incités à ne pas se lâcher. Au début, il  n’était qu’invité, mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout ce qu’il se passe. Ce que nous faisons ensemble forme un vrai groupe. On pourrait presque virer le nom de Loïc Lantoine tant il fait partie intégrante du Very Big Experimental Toubifri Orchestra. Ce n’est plus le chanteur vedette qui est avec un groupe, c’est devenu une entité. C’est monstrueux comme ça nous a fait changer de jouer avec lui. Ça nous a beaucoup ouvert. Ce n’est plus le même orchestre.

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A la fin de l'interview le 10 janvier 2018 avec Elodie Pasquier et Loïc Lantoine. (Photo : Sissi Kessaï)

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