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11 janvier 2018

Baptiste Vignol : interview pour Claude François, je reviendrai comme d'habitude

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Baptiste Vignol est un journaliste et biographe pour lequel j’ai beaucoup de respect (son blog). Dès qu’il « attaque » un sujet, il ne laisse strictement rien passer. Pas question pour lui de se laisser aller à une quelconque hagiographie. Il brosse le portrait  le plus précis de l’artiste, sans concession, sans exagération (pour vendre) non plus. Il est pointilleux, précis et obtient des informations souvent  inédites.

(Baptiste Vignol est déjà passé par ici, mais très rapidement, pour son livre Les tubes, ça s'écrivait comme ça.)

Là, il s’est occupé du cas Claude François. « Quoi ? Encore ! » répondit l’écho.

Baptiste Vignol a  tout simplement réalisé LE livre sur Cloclo. Vous pouvez oublier tout ce que vous avez lu/vu avant. Si vous ne deviez posséder qu’un seul ouvrage sur sa vie et sa carrière, ce serait Claude François,  je reviendrai comme d’habitude.

Une bible.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Depuis ses débuts, en octobre 1962, " Cloclo" est resté l'un des plus gros vendeurs de disques en France avec Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, Francis Cabrel et Renaud. Même si sa carrière n'a duré que quinze ans (rappelons qu'il est mort à l'âge de 39 ans), sa discographie compte 23 albums studio, chacun s'étant, du vivant de l'artiste, écoulé à plus de 500 000 exemplaires ! Chanteur culte et vénéré, Claude François n'a rien perdu de son statut d'idole absolue. 
Quarante ans après sa mort, quelques-unes de ses chansons figurent encore parmi les tubes (" Alexandrie Alexandra ", " Je vais à Rio ", " Le lundi au soleil ", " Magnolias for ever ") les plus joués dans les boîtes de nuit du pays ! 
Ce livre est le dictionnaire de sa vie, qu'il mena comme une bataille, folle et tumultueuse. Il permettra aux fans historiques de découvrir quelques anecdotes inédites sur cet éternel séducteur et aux curieux de faire connaissance avec un homme infiniment plus cultivé que ses détracteurs l'affirmèrent. 
Cloclo for ever !

L’auteur :

En parallèle de son activité d'éditeur à l'île de La Réunion où il est installé, Baptiste Vignol, ancien programmateur de La Chance aux chansons, a écrit une dizaine d'ouvrages sur la chanson française, parmi lesquels Cette chanson que la télé assassine (Pirot), Cette chanson qui emmerde le Front national (Tournon), Le Top 100 des chansons que l'on devrait tous connaître par cœur (Carpentier), Guy Béart, il n'y a plus d'après (L'Archipel). 
En 2016, il signe Renaud, chansons d'enfer et Téléphone, 3400 nuits, tous deux aux Éditions Gründ.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorInterview: 

Quand on décide d’écrire sur un artiste qui a déjà été l’objet de nombreuses biographies, quelle est la première question que l’on se pose avant de commencer  le travail ?

Quel est le livre que je souhaiterais lire ? Quelles informations voudrais-je y découvrir ? Et on se lance, avec appétit.

Lit-on les précédents ouvrages sur l’artiste pour s’informer et trouver des informations?

Bien sûr. On commence même par ça. En annotant, en recoupant les informations, en dénichant les erreurs, ou les confusions, nombreuses hélas, en vérifiant les sources, les dates pour établir l’exacte chronologie des événements…

Il y a beaucoup d’interviews de personnalités ayant travaillé ou ayant connu l’artiste. Les témoignages inédits, c’est ça le secret d’une bonne biographie ?

C’est en tout cas une valeur ajoutée ! Et j’étais très étonné de constater que trente-neuf après sa mort, il restait des artistes, des auteurs, des collaborateurs de Claude François qui n’avaient pas été consultés, en tout cas pas avec le sérieux qu’ils méritaient. Je pense à Frank Thomas, Jean-Michel Rivat, ces paroliers de génie, par exemple. À Jeff Barnel. Qui enregistra son premier 45 tours chez Flèche, avant de devenir parolier pour Claude François, puis Dalida. À Gilbert Sinoué aussi, qui a signé deux chansons pour Cloclo avant de devenir l’écrivain qu’on connait. Ou à Jean-Pierre Sabar, qui « lança » Claude François en l’engageant comme percussionniste à Paris en 1961, puis travailla avec lui sur d’innombrables chansons en studio.

Ce n’est pas un ouvrage hagiographique. Tu n’épargnes pas Claude François. Penses-tu avoir été baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandortotalement objectif… et est-ce facile de l’être ?

Les hagiographies n’ont aucun intérêt et l’immense majorité des livres parus sur Claude François, mis à part ceux rédigés par Isabelle Forêt, la mère de ses enfants, ou Janette, sa première épouse, ont travesti la réalité des événements pour mettre l’histoire de son côté. Comme s’il fallait épargner la légende. Claude François était un homme complexe, à la fois incroyablement généreux et tyrannique. Pourquoi ne pas le dire ? Et chercher d’en comprendre les raisons. Cela fait aussi la richesse de sa personnalité. Mais je rappelle aussi dans mon livre qu’il était très cultivé et, disons, ouvert d’esprit, puisqu’il fut le premier à imposer des danseuses Noires à ses côtés à la télévision.

Même les interviewés ne sont pas toujours tendres avec Claude François. Le souci de la vérité implique l’effritement de la statue du commandeur ?

Chacun sait depuis la sortie du  film « Cloclo » que Claude François était un être « spécial » comme le dit Vline Buggy, sa parolière et amie, qui cosigna avec lui 80 chansons, dont les premiers tubes. Prétendre le contraire ou effacer ses emportements, voire ses travers, pour ne pas dire ses excès, c’est prendre le lecteur pour un gogo.

"Le chanteur malheureux".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorCe livre fourmille d’anecdotes. Est-ce que les anecdotes sur un artiste finissent par décrire une personnalité ?

Les anecdotes, les faits anecdotiques, ceux dont les témoins se souviennent, ont l’avantage de mettre en lumière le caractère, les façons de vivre, les caprices, les angoisses d’un artiste.

Tu as disséqué toutes les chansons. Honnêtement, as-tu tout réécouté pour écrire ce livre ?

Évidemment ! Quelle question ! (Rires) Et plutôt deux fois qu’une. Et je me suis éclaté ! Car la discographie de Claude François est magnifique, riche, dense, novatrice, pointue, populaire, malgré les inévitables « mauvaises » chansons qui polluent tous les répertoires, à l’exception d’un Brassens qui, lui, n’en comptait aucune.

L’iconographie est impressionnante. J’ai rarement vu autant d’archives photographiques inédites… qui s’est occupé de cette partie-là et comment as-tu fait pour obtenir autant d’exclusivité ?

Je m’en suis occupé, et c’était là encore un vrai bonheur. Bizarrement, on retrouve toujours les mêmes clichés dans les livres sur Claude François ! Alors qu’il existe, notamment « chez » Jean-Marie Périer, des photos absolument superbes. Il y en a plein d’ailleurs de Périer qu’on n’a pas pu mettre, faute de place, alors que le livre fait plus de 300 pages…

"Je viens dîner ce soir".

Peut-on écrire sur un artiste que l’on n’apprécie pas ?baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandor

Oui, à condition d’être objectif et de ne pas avoir peur de reconnaître ses mérites, sa constance, son instinct, son sens du tube. Je ne suis pas fan de Johnny Hallyday, par exemple, mais j’aurais beaucoup aimé travailler sur son répertoire.

Au fond, que représente Claude François pour toi ?

Mon enfance, puisque c’est le premier chanteur français dont j’ai écouté les chansons lorsque je suis rentré de Tunisie. Et c’était à l’occasion de sa mort, sans que nous ayons la télévision… Mais sa mort a fait un tel boum qu’avec ou sans télé, on était forcément au courant. Tout ne parlait que de ça. Il est donc devenu mon idole. J’avais 7 ans. Jusqu’alors, j’étais fan des Frères Jacques, que j’adore toujours. Après Cloclo, vers 9-10 ans, je suis tombé dingue de Renaud, de Luis Mariano, de Georges Brassens, de Christophe (à l’époque, au milieu des années 80, on se foutait de moi parce que j’écoutais Christophe) et puis de Charles Trenet, à 17 ans, que je vénère encore. Tu sais tout.

"Cette année-là".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorLe livre est sous-titré « Je reviendrai comme d’habitude », cela sous-entend qu’il sera là éternellement ?

On va « fêter » en mars prochain les quarante ans de sa disparition. Combien tu paries qu’en 2028, on fêtera les cinquante ? Ça ne fait aucun doute. Pourquoi ? Parce qu’on dansera toujours sur « Alexandrie Alexandra », « Magnolias for ever » et « Je vais à Rio ». Ils ne sont pas bezef les chanteurs français qui provoquent ça.

Comment expliques-tu le succès de l’album et la tournée hommage à Claude François de M Pokora ?

M Pokora, dont je ne connais pas les chansons, avait déjà du succès, me semble-t-il, et depuis quelques années, lorsqu’il a enregistré cet album. Il ne sortait pas de nulle part. Et il a eu l’idée, ce qui prouve qu’il a du nez, de reprendre à sa sauce Claude François, et ça a cartonné. Je ne sais pas si c’est bien pour les chansons de Claude François, mais c’est chouette pour les ayant-droits. Frank Thomas, qui avait signé le texte de « 17 ans » qu’a repris M Pokora, m’avait dit, en souriant : « Ça paie l’électricité ! »

Y a –t-il un nouveau Claude François en 2018 ?

Il n’y en a pas eu depuis 1978, si ?… Je crois qu’il n’y aura jamais un nouveau Claude François, avec cette exigence du détail, ce talent de danseur, ce sens du spectacle, je pense aux Clodettes… Et ce don de dénicher le tube imparable, et d’en être souvent à la source.

Medley ("Chanson Française"-"Je vais à Rio"-"Le téléphone pleure"-"Magnolias for ever"-"Alexandri Alexandra").

10 janvier 2018

Alysce : interview pour la sortie de son EP "Désir de Révolte"

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

J’étais membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. C’est là que j’ai vu Alysce pour la première fois. Déjà, dans l’après-midi, mes potes des For The Hackers m’avaient prévenu : « Tu verras, il y a une fille, elle joue de la guitare comme une déesse et elle chante super bien ! » Effectivement, le soir, lors de  sa prestation, cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Que croyez-vous qu’il arriva. Alysce a tout raflé : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! 

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A l'issue de sa prestation à la Truffe d'argent, le 25 août 2017, Alysce pose devant ses prix.

(Photo : Mandor)

Ensuite, je l’ai revu dans un bar de la capitale, le Lou Pascalou. Beaucoup aimé également.alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandor

Le samedi 6 janvier dernier, elle est venue me rejoindre à l’agence pour une première mandorisation. Et c’était bien.

Biographie officielle :

Elle est à la guitare depuis l’âge de sept ans, son père, guitariste de jazz lui a transmis une passion, une culture musicale et une technique au service de sa sensibilité. Puis elle fréquente les cafés concerts, parcourt les couloirs du conservatoire au C.R.R. de Paris et profite ainsi d’une autre formation d’excellence.

Le luthier Gérard Audirac lui a dédié le modèle de guitare Alysce.

Diplômée du Pôle Supérieur de Paris-Boulogne Billancourt et récompensée dans plusieurs compétitions internationales, Alysce est bien armée pour s’exprimer avec sa guitare. Entre classicisme et folk, elle chante son irrépressible désir de s’affranchir.

alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorLe disque :

Des allures de gamine, des convictions immatures, une guitare et des chansons. Avec Alysce, sa voix, ses textes, doucement, on veut vivre une aventure intense.

Désir de Révolte, son premier EP, rend hommage à l’adolescence, aux enfants désobéissants qui se révèlent au monde des adultes, s’aiment, deviennent des hommes, des femmes et des vieux pas tout à fait sages…

Les chansons sensuelles crient la révolte et sans ambages, dévoilent le cœur d’Alysce.

Pour Désir de Révolte, Alysce a voulu un trio acoustique, composé de son père, Benoît Gil, à la deuxième guitare, et de son frère, Julien Ducoin, à la contrebasse. Il a été réalisé par Gilles Olivesi (Jeanne Added, Lambert Wilson chante Montand…), en collaboration avec le Plan, la Halle du Rock (Ris Orangis) et Grand Paris Sud, et a reçu le soutien de Arcadi Ile de France et du Centquatre, établissement artistique de la ville de Paris.

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorInterview :

Ton amour de la musique vient de ton papa, guitariste de jazz ?

Quand je suis née, j’entendais déjà de la musique. J’en ai écouté toute ma vie. Il y a dû y avoir un petit complot familial pour que j’en fasse aussi, mais cela s’est passé naturellement. A 7 ans, j’ai reçu une guitare pour mon anniversaire.

On fait quoi d’une guitare à 7 ans ?

On tente d’en jouer. C’est évidemment mon père qui m’a montré les premières bases. C’est un très bon pédagogue et j’ai accroché immédiatement à cet instrument.

Tu as fait le Conservatoire, tu as des diplômes importants (le Diplôme National Supérieur de Musicien Professionnel au Pôle Supérieur de Paris Boulogne Billancourt (PSPBB), la Licence de Musicologie à la Sorbonne et le Diplôme d’Etat de Professeur de Musique). C’était primordial d’avoir toutes les bases musicales classiques pour ensuite te jeter dans ton propre projet?

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai adoré apprendre et, du coup, j’avais envie d’aller le plus loin possible dans ce domaine. En plus, au Conservatoire, j’ai travaillé avec des professeurs vraiment intéressant comme Ramon de Herrera, Gérard Abiton, Marcin Dylla, Jérémy Jouve, Ibrahim Maalouf…

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L’image que j’ai du Conservatoire, c’est que c’est une formation très exigeante, austère, dure, sérieuse en permanence…

Bien sûr, mais ça a quand même évolué. Ça devient très ouvert. Il y a des possibilités de faire des passerelles entre plusieurs styles musicaux. Par exemple, moi je fais aujourd’hui de la chanson, mais nous sommes plusieurs à avoir une base de musique classique et emprunter un  chemin avec un projet beaucoup plus personnel.

Quand tu écris et compose tes chansons, arrives-tu à te détacher de ta formation musicale très « prégnante » ?

C’est un vrai travail. Il faut vaincre ses automatismes. Toute la recherche est de se libérer des réflexes très cadrés qu’on a pour travailler. En tant qu’interprète, on se met au service d’une œuvre tandis qu’en tant qu’auteure-compositeur-interprète, c’est nous qui choisissons ce qu’est l’œuvre. Il faut trouver ce que l’on a dire soi.

Release party de Désir de révolte, le premier EP d'Alysce - Rêve 1900 - Live La Menuiserie 2017.

Tu aurais pu t’adonner à une carrière de guitariste classique, mais tu as choisi la chanson. Pourquoi ?

Au début, je voulais faire les deux, mais c’était vraiment trop compliqué. Ce ne sont pas les mêmes mondes et ça ne demande pas les mêmes implications et la même attitude par rapport à la musique. C’est beaucoup plus excitant d’écrire mes chansons et de composer mes musiques! On dépasse ses barrières.

Dans le milieu de la chanson française d’aujourd’hui, tes oreilles ne sont pas heurtées par les musiciens que tu rencontres et qui n’ont pas la même formation que toi ?

J’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes métiers. L’essentiel, c’est qu’il y ait une émotion qui passe. Je croise des gens parfois qui chantent ou jouent faux, volontairement ou non, pour passer un certain message et une certaine émotion… et ça passe très bien. Pour toucher les gens, on n’a pas besoin de savoir jouer 36 000 gammes. C’est une grande leçon pour moi.

Quand tu as décidé de te lancer réellement dans la chanson, quel a été ton parcours ?

La première fois que j’ai chanté mes chansons, c’était dans un petit bar qui s’appelle Chez Cosette dans le 19e. Ça s’est plutôt bien passé avec le public, du coup, ça m’a encouragé à persévérer. Je savais qu’il y avait encore plein de choses à travailler, à faire évoluer, mais c’était tellement agréable d’être libre sur scène, sans interpréter des musiciens classiques, que j’ai eu envie de continuer.

Ton père te laisse faire sans mettre son grain de sel ?

On échange beaucoup parce que l’on travaille ensemble. On s’apporte mutuellement des choses… j’ai un  autre parcours que le sien. Je travaille avec mon père et mon frère, mais c’est quand  même moi la patronne, entre guillemets (rires). C’est  moi qui décide artistiquement ce que l’on va faire et ils sont respectueux de cela.

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Tu vas faire la première partie de Pauline Croze au Plan à Ris-Orangis. C’est marrant parce que quand j’ai entendu ta voix pour la première fois, j’ai pensé à elle.

C’est un compliment. Une des premières chansons que j’ai voulu reprendre c’est « T’es beau ». Nous ne nous sommes pas encore rencontrées, mais j’ai hâte tant j’ai du respect pour elle.

Cet EP, « Désir de révolte » est à ton image complètement ?

Il fallait que je présente des chansons qui représentent ce que je suis aujourd’hui, en 2018. Avec le réalisateur Gilles Olivesi, j’ai donc  retravaillé des chansons déjà existantes pour qu’elles correspondent à quelque chose de plus actuel. C’est drôle parce que si je devais refaire ses chansons, je les referais encore différemment. C’est sans fin. En tout cas, les nouvelles chansons que je suis en train de travailler ont bénéficié des conseils judicieux de Gilles, un ingénieur du son hors pair. Merci à lui, car j’ai beaucoup appris.

On va parler de certaines de tes chansons. Pour commencer « Milutki ». C’est l’histoire d’une personne qui est née femme, mais qui se sent un homme, c’est ça ?

Ce n’est pas si défini. Je chante « tu es née femme et pas homme, il faudrait que tu t’en contentes. » Comme s’il n’y avait pas d’échanges entre la féminité et la masculinité. C’est quelque chose qui me parle beaucoup. Dans la musique, mais un peu partout d’ailleurs, on n’a pas la même attente des femmes que des hommes. Par exemple, le rapport à l’apparence, l’attitude, la séduction, ne sont pas du tout les mêmes. Le rapport à la sensualité n’est pas non plus le même. En faisant ou en disant les mêmes choses, on ne va pas avoir les mêmes retours. J’ai envie d’explorer des genres qui soient moins restreints.

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La parole des femmes se débloquent depuis quelques semaines… ça correspond pas mal au sujet de tes chansons.

Ce qui s’est passé cette année fait beaucoup de bien. On se rend compte qu’on est tous dans le même panier. 100% des femmes se sont fait harceler dans la rue. Il y a plein d’hommes qui ne s’en rendaient pas compte. Aujourd’hui, ils savent. C’est une vraie avancée de pouvoir dire ce qui ne va pas.

Ton titre correspond bien à ce qu’il se passe.

C’est volontaire. Désir de Révolte, c’est le désir adolescent de s’affranchir. Ça correspond à mon parcours d’interprète, mais aussi à tous les milieux dans lesquels je gravite.

C’est dur de s’affranchir de l’enfance ?

Oui, mais c’est important aussi de pouvoir être tout ça à la fois : enfant, ado, adulte, femme et homme… tous ce que l’on peut avoir comme émotion et état d’âme.

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Dans la chanson « Mon amour », tu prônes l’amour qui rime avec toujours.

Pour moi, l’amour c’est quelque chose de grave. Grave dans le sens profond. J’aime bien la légèreté des débuts, mais ce qui me touche et m’intéresse le plus, c’est la fusion entre deux êtres. Ça procure des choses plaisantes et déplaisantes.

Les deux chansons, « Désir de Révolte » et « Marcher droit » sont deux chansons dans lesquelles on comprend que tu veux sortir du cadre.

Je n’aime pas les cases alors que j’ai fait des études hyper cadrées. Ça m’amuse de me rappeler toutes les règles qu’il y a dans les interprétations de musique classique ou jazz. Mais aujourd’hui, je peux sortir de tout ça et tout casser.

Quand tu écris une chanson, tu ressens quoi ?

Une immense liberté. Pour moi, c’est l’endroit où je peux dire ce que j’ai envie de dire. Ça me donne le temps de choisir les mots que je veux.

Tu es pudique dans la vie ?

Oui. La chanson me permet d’habiter des personnages et de raconter des histoires qui me sont arrivées ou pas. Ce que je raconte dans ce disque me fait vivre et évoluer.

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Pendant l'interview...

Je t’ai connu à un tremplin musical. Tu vas en faire d’autres. A quoi ça sert de participer à des concours de chansons ?

Dans ma culture de musicienne classique, faire des concours fait partie du métier. On développe un rapport à ce genre de situation qui est beaucoup plus dans la confrontation et l’apprentissage. Le fait de préparer un concours, ça veut dire qu’on va mettre en œuvre tout ce que l’on peut pour faire au mieux. Comme un sportif de haut niveau, l’idée c’est de se dépasser. J’ai acquis la culture de la performance. Pour moi, ce n’est pas évident de partager ce que je viens de te dire parce que j’ai toujours peur que ce ne soit pas pris comme quelque chose d’artistique. Etre dans la performance est une grande motivation, même si les gens n’associent pas cela à l’émotion, à l’authenticité et à la douceur… c’est pourtant ce que je tente de présenter quand je participe à un tremplin.

Je sais que tu aimes aussi les concours parce que l’on rencontre plein de gens.

Malgré ce que je viens de t’avouer, je considère qu’au final, les rencontres, c’est l’essentiel de ce que l’on gagne.

Que va-t-il se passer pour toi à partir de maintenant ?

Je vais essayer de faire de plus en plus de concerts. J’ai commencé à écrire et composer de nouvelles chansons pour sortir un premier album. Le jeu est désormais de partir à la recherche de nouveaux partenaires : un label, un tourneur… 

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Le 6 janvier dernier, après l'interview.

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04 janvier 2018

Thomas Caruso : première interview avant la sortie de son premier album

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(Photo : Piergab Pichon)

Thomas Caruso est auteur compositeur interprète de grand talent. Nous commençons à être nombreux à le savoir. Cela fait longtemps qu’il chante, mais c’est seulement en 2016 qu’il se fait repérer. D’abord dans La Nouvelle Star, où sa version du tube de Booba, ”Scarface”, impressionne JoeyStarr, les autres membres du jury et le public.

Quelques mois après, il devient Pic d’argent au Pic d’Or 2016 (cliquez sur la photo à droite). Des thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorlabels commencent à l’approcher, à lui faire de l’oeil, à lui proposer des projets qui ne lui  correspondent pas... pour au final, lui faire des propositions concrètes. Merci Barclay!

L’homme est un faiseur de tubes, le dernier en date étant le single de Louane, ”On était beau”, mais pléthore d’autres chansons pour d’autres artistes ne vont pas tarder à sortir. Mais quand je dis que c’est un faiseur de tubes, je parle aussi pour lui. Il y a quelques mois, Thomas Caruso est venu à l’agence me faire écouter 5 titres qui figureront sur son premier album à venir. 5 chansons, 5 tubes en puissance. Impressionnant. Ce n’était pas les versions finales (en plus). Voix singulière, sens de la mélodie et des arrangements musicaux époustouflants, cet artiste a une forte chance de casser la baraque dans le monde de la ”belle” variété française. Il va falloir compter sur lui, j’en suis sûr. Le jour de sa visite (à la fin de l’été dernier), j’en ai profité pour lui poser quelques questions. Seules les deux dernières questions ont été ajoutées hier.

En attendant de découvrir ses nouvelles chansons, cette mandorisation sera embellie de quelques reprises de morceaux de rap qu’il publie régulièrement sur sa chaîne YouTube. Il adore ça.

Notez que toutes les photos professionnelles sont signées par l'excellent Piergab Pichon

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(Photo : Piergab Pichon)

thomas caruso, la nouvelle star, pic d'or, interview, mandorInterview:

Etre signé chez Barclay, c’est un rêve ?

C’est complètement fou. Moi, déjà, jadore Barclay. C’était le label de Jacques Brel, Noir Désir, Léo Ferré, Alain Bashung, et maintenant celui de Gaëtan Roussel, Benjamin Biolay… toutes mes idoles. Il y a quelques années, je suis allé chez Universal amener ma demo de l’époque. A l’accueil, on avait refusé de la prendre. Et je me souviens que je m’acharnais sur la nana de l’accueil en lui disant « mais alors comment je peux faire pour que des gens de chez Barclay écoutent ma musique ? ». La personne m’avait expliqué qu’il fallait que j’envoie mon cd par la poste, mais qu’il y avait très peu de chance qu’il soit écouté car ils en recevaient des caisses entières tous les jours. Je me suis retrouvé dehors, tout seul sur le trottoir et désespéré de ne pas pouvoir accéder aux directeurs artistiques du label. Et puis environ dix minutes après, je vois des gens sortir pour fumer leur clop. La clef était là. Pour trouver des passeurs à ma démo, il fallait attendre la pause clop ! Jai parlé à trois femmes qui étaient là et elles ont fini par me proposer de déposer ma maquette chez Barclay. Bon, ça n’a rien donné à ce moment-là, mais quelque part c’était le début de l’histoire.

Le nom Barclay et l’histoire qu’il y a autour de ce label, ça fait flipper ?

Un peu, c’est vrai. Mais il ne faut pas trop penser au passé ou au palmarès, moi, j’essaie de rester concentré sur ma musique et sur rien d’autre.

Tu as écrit et co-composé le premier single du deuxième album de Louane, « On était beau ». Le texte n’est pas aussi léger qu’il n’y parait.

Il y a un propos et une vraie profondeur, mine de rien. Parler d’amour permet de mettre en évidence plein d’aspects de la personnalité. Au départ, je l’avais pensée assez crue cette chanson, avec une urgence évidente, un côté écorché. Je la voyais bien revenir avec un titre fort, très direct. Du coup, ça a donné l’angle de la chanson.

Clip de Louane, "On était beau".

Ecrire pour Louane, c’est gratifiant ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

A fond. Elle est au sommet en ce moment, c’est une vraie star et elle va le rester ad vitam aeternam. Et puis c’est vraiment une chouette nana, il y a quelque chose qui me touche chez elle. Pour moi, c’est la nouvelle Vanessa  Paradis. C’est une très grosse référence. J’étais content d’être dans le dernier carré pour lui écrire des chansons. C’était quand même impressionnant, en face de moi, je n’avais quasiment que des gens connus.

Tu as eu des contacts avec Capitol et Warner avant de signer chez Barclay.

J’ai eu plusieurs rendez-vous chez eux oui. A l’époque, il n’y avait que Capitol qui se positionnait, alors on avait échangé avec un DA (directeur artistique) mais le projet que l’on me proposait ne me correspondait pas tellement. Ensuite, j’ai beaucoup échangé avec Warner. Il y avait un DA que je connaissais depuis plusieurs années et que j’appréciais beaucoup alors j’ai vraiment failli partir avec eux. Mais au fond,  je continuais à fantasmer sur Barclay. Et puis il y a eu une concordance hallucinante entre le moment où on a pris contact avec Barclay et l’avancement des négociations avec Warner.

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Après la signature, avec toute l'équipe du label Barclay.

thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorLe destin a bien fait les choses.

Exactement. Je te passe les détails, mais un jour mon co-éditeur va voir Barclay et fait écouter quelques morceaux. Je ne pouvais pas être présent au rendez-vous car je jouais au théâtre à Toulouse ce soir-là. Et le lendemain, je rencontrais un directeur artistique directement à Toulouse, Antonin Roméas. Dès que je l’ai vu et écouté, j’ai senti une concordance évidente. Il y a eu une harmonie immédiate entre nous. On avait une énergie commune, une envie de bouffer la vie. Et puis aucun de nous deux ne pensait détenir la vérité, du coup on a immédiatement eu un rapport extrêmement fluide. J’ai vu chez lui la même fougue et la même détermination que je peux ressentir en moi. On est tous les deux jeunes, on commence en bas de l’échelle, sans prétention et avec une furieuse envie d’expérimenter et d’apprendre… et on sait que l’on a tout à faire. C’est comme ça que ce DA est devenu le mien aujourd’hui.

Il y a un côté mainstream dans ta musique, on ne peut pas le nier.

Il n’est d’ailleurs pas question de le nier ! Parce que j’aime ça. Je ne fais pas de la musique juste pour moi, dans mon coin. Le côté « grand public », je l’assume pleinement. C’est précisément ce que j’aime dans les chansons, leur côté fédérateur et rassembleur. Si demain, je peux être à la fois un artiste populaire et qualitatif, alors j’aurai rempli ma mission. Je travaille dur pour prendre cette place-là, pour faire une musique soignée dans la composition et dans l’écriture et en même temps accessible et fédératrice. Moi, j’aimerais réhabituer les gens à écouter les textes. Il y a tellement de flux à la radio qu’on oublie progressivement d’accorder de l’importance à ce que l’artiste veut nous dire.

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(3 photos lors de l'écoute privée de 5 chansons à l'agence Mixicom, fin de l'été 2017).

Aujourd’hui, tu es donc un homme heureux?

Tu sais, ça fait 15 ans que je fais de la musique et j’ai vécu beaucoup d’échecs. On peut même dire que j’ai survécu à beaucoup d’échecs ! Ces échecs, j’ai essayé de ne les prendre que comme des expériences constructives et jamais comme quelque chose de freinant… alors aujourd’hui, je ne peux qu’être heureux. Heureux de pouvoir vraiment commencer à travailler parce qu’à partir de maintenant, il y a tout à faire.

La raprise de Caruso : "Dommage" de Bigflo et Oli.

Tu n’as pas de manager ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

Non, je me gère tout seul. J’aime bien avoir un rapport direct avec mes collaborateurs, sans intermédiaire. Et puis ça fait partie de moi, je suis quelqu’un de très frontal. Du coup, il y a une fluidité incroyable avec tous les gens avec qui je bosse et ça me va très bien.

En studio, tu es comment ?

Je dois reconnaitre que je suis quelqu’un d’un peu chiant, d’assez dur… Même de très dur en fait, je suis très directif. Enfin, je ne suis pas dur avec les gens qui me sont lointains. Mais je suis plus exigeant avec les très proches. Jai un côté psychorigide. J’ai besoin de tout quadriller, de comprendre comment tout marche pour faire le meilleur choix stratégique tout en gardant une part énorme de liberté. En fait, c’est toujours pour avoir beaucoup de liberté dans ce que je fais que je cadre beaucoup les choses, assez paradoxalement d’ailleurs.

Tu as un studio à disposition ?

Oui. Dans mon contrat d’édition, j’ai la chance d’avoir droit à un studio H 24, 7 jours sur 7. Comme j’écris beaucoup pour les autres, ça me permet de travailler dans de bonnes conditions. J’essaie de travailler au maximum avec mon équipe, celle que j’avais choisie avant de signer et que j’ai gardée précieusement : mon guitariste et mon réalisateur, que j’adore. On est souvent tous les trois en studio même si plus j’avance plus l’équipe s’agrandit avec toujours cette même unité entre nous.

La raprise de Caruso : "Macarena" de Damso.

Les gens de chez Barclay assistent aux séances d’enregistrement ?

Oui, souvent. Il y a plus qu’un dialogue entre nous, il y a un vrai soutien. C’est la première fois que je vois des gens qui travaillent dans la musique qui parlent vraiment de musique et pas uniquement de stratégie, de marketing ou d’image. Vraiment, je suis reconnaissant envers les gens qui travaillent avec moi. Sur tous les secteurs, le label, l’édition, aussi bien l’équipe encadrante, technique et tous les musiciens desquels je m’entoure en songwriting et sur mon album. On a un équilibre que j’adore. Le rapport est incroyable, je ne savais même pas que cela existait. Maintenant, il faut qu’on veille à préserver tout ça, pour que cet équilibre perdure et qu’on continue à bien travailler. C’est comme en amour, il ne faut jamais considérer que c’est acquis.

Quand pourra-t-on découvrir le premier single, voire le clip ?

Le premier single sortira en février, avec un clip au même moment. Je ne peux pas encore trop en parler mais j’en dirai plus très bientôt.

Et l’album, une date est choisie ?

Pas encore. Chaque chose en son temps. Je prends les étapes les unes après les autres, avec précaution. Là, je termine l’album, sereinement, sans projection. Immédiatement après, on va travailler sur le clip et essayer de faire un joli truc. Ensuite je défendrai le single, et je reprendrai la scène progressivement, j’ai vraiment hâte de reprendre les concerts, tu n’as pas idée ! Et ensuite on verra arriver l’album tranquillement. Après toutes ces années à travailler dans l’ombre, sans vraiment pouvoir m’exprimer, je ne suis plus pressé. Ou plutôt si, j’ai toujours cette même urgence en moi mais j’ai appris à la gérer pour savourer chaque instant. Ça doit ressembler à ça, « l’expérience ».

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Avec Thomas Caruso, début juillet 2017, au Festival Pause Guitare à Albi.