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14 décembre 2017

Natalia Doco : interview pour l'album El Buen Gualicho

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(Photo : Maria Paula Desch)

Par ce temps hivernal, une petite escale en Amérique du sud serait de bon aloi. Cela tombe bien (les hasards de la vie, quand même…), l’auteure-compositrice interprète argentine installée en France depuis 4 ans, Natalia Doco revient plus chamanique que jamais avec El Buen Gualicho. Elle distille ses sonorités latines dans quatorze nouvelles chansons entre douceur et énergie, comme une seule et même respiration.

Pour en parler, j’ai rencontré la jeune femme dans un bar parisien, le 20 octobre dernier.

natalia doco, el buen gualicho, interview, mandorBiographie officielle :

Préparé avec le soin et les incertitudes d’un premier album, Mucho Chino sort en Juin 2014. Cet opus jazzy-sucré présente les compositions de Natalia, et presqu’autant de reprises, plus ou moins assumées par la chanteuse. Mais quand on a la chance de signer avec un label à Paris, sans parler un mot de français et après des années de vaches maigres en Argentine puis au Mexique, on est prêt à certaines concessions.

15.000 albums et 75 concerts plus tard,  Mucho Chino est un premier album qui a trouvé son public médiatique et scénique : tant celui de Gilberto Gil que de Yannick Noah, de Faada Freddy, Brassens, Flavia Coelho ou Calogero.
En avril 2015, quelques jours avant de nous quitter, Rémy Kolpa Kopoul, connexionneur hexagonal de la world music, met en contact Natalia avec Axel Krygier. Les deux argentins commencent alors à travailler sur deux premiers titres, puis sur un album entier.
C’est en effet la première fois que le génie de la scène indépendante argentine accepte de produire un album pour un autre artiste. Le challenge est grand puisque 11.000 km séparent Natalia et Axel, deux artistes à part entière qui doivent partager une vision sans concession d’une pop argentine moderne.

L’album El Buen Gualicho:natalia doco, el buen gualicho, interview, mandor

Krygier rassemble son équipe de musiciens porteños, réalise et orchestre les morceaux. Natalia les rejoint en été (l’hiver français) pour insuffler sa vision et participer activement à la réalisation de son « vrai premier album… entier ».
C’est tout début 2016, alors que la majorité des instruments est enregistrée, que le label Belleville Music décide de mettre fin partiellement à ses activités. Dans ce contexte, Natalia préfère embrasser totalement son indépendance et monte avec son compagnon, Florian Delavega, le label Casa Del Árbol.

Cette fois, Natalia est aux commandes de son album et elle en signe tous les titres, avec quelques jolies collaborations : Belle du Berry (Paris Combo), le duo Yépa et Florian Delavega co-signent quelques textes en français. El Buen Gualicho, l’incantation bienfaisante, se décline en 14 titres. On y retrouve la nostalgie de la solitude, des doutes, mais aussi l’inspiration puissante du continent sud-américain (cumbia, chacarera, copla…), le réveil d’une féminité assertive, des mantras inspirants aux harmonies complexes.
La jeune sirène ensorcelante annoncée sur le premier album a retrouvé ses jambes, et elle enfonce ses pieds nus dans la terre de ses ancêtres, y puise une énergie nouvelle, convoque la lune et les esprits, incarne le pouvoir féminin ancestral de voix multiples.

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(Photo : Hugues Anhes)

natalia doco,el buen gualicho,interview,mandorInterview :

Axel Krygier n’avait jamais travaillé pour un autre artiste. Comment cela s’est-il passé ?

Pour moi, c’est un vrai génie et une personne extravagante. Quand on parle avec lui, on ne peut pas avoir une conversation normale. Il place toujours son interlocuteur dans une ambiance surréaliste.

Vous aviez fait plusieurs sessions par Skype avant de vous rencontrer personnellement.

Oui, pendant un an. On ne parlait finalement pas beaucoup musique. Quand je lui expliquais en image ce que je voulais dans une chanson, il m’envoyait une maquette et c’était exactement ce que j’avais imaginé. Il y avait une formidable osmose entre nous.

Dans le précédent disque, il y avait des reprises, contrairement à celui-ci dans lequel ne figurent que des chansons originales de vous.

Pour les textes en français, j’ai reçu un peu d’aide. Ça fait presque 6 ans que j’habite ici et j’ai voulu écrire comme je pense. Aujourd’hui, je pense plus en français qu’en espagnol. Ca me parait donc normal de chanter dans les deux langues. Ce n’est pas un choix, c’est une évidence. J’adore cette langue et je ne rêve que d’une chose : ne plus avoir d’accent.

Clip de "La Ultima Cancion".

En France, on a tout de suite apprécié l’artiste que vous êtes.

Ça m’a touché parce que ça n’a pas été le cas dans mon pays natal. J’ai essayé plusieurs fois d’avoir une carrière en Argentine, mais je n’ai jamais réussi. Là-bas, musicalement, il n’y a pas trop d’évolution. Les artistes qui marchent le mieux sont des groupes de quartier qui font du rock national, et ils sont composés uniquement de mecs. Il n’y a jamais de fille. Je connais plein de copines qui ont pourtant beaucoup de talents et des projets intéressants, mais personne n’investit sur elles. Ici, le public français est bienveillant et curieux de découvrir de nouvelles musiques. J’apprécie beaucoup.

Il y a plein d’images, de métaphores dans ce disque.

Quand on écoute mon disque, il faut mettre les écouteurs, fermer les yeux et on peut éventuellement partir dans un voyage unique. Ce ne sera pas le même voyage selon les personnes qui écoutent. J’ai toujours voulu faire ça avec la musique : transporter les gens ailleurs. J’essaye de ne pas donner beaucoup d’explications précisément pour que chacun s’approprie les chansons à leur manière.

Je n’aime pas parler des pochettes dans les interviews, mais celle-ci n’est pas banale. Elle est pleine de symboles…  On vous voit méditative et sereine.

Ça représente plein de choses. J’ai voulu montrer la femme sacrée qui existe dans toutes les femmes et qui est complètement oubliée à cause notamment de la religion. Les religions annulent la féminité de la femme. Il y a sur la pochette des symboles et des traditions un peu compliqués a expliquer en quelques mots, mais qui ont à voir avec l’intuition et le pouvoir féminin. La fleur de lotus représente l’épanouissement si elle se trouve dans un état intérieur connecté, méditatif. Il y a aussi les cycles de la lune, parce que les femmes sont forcément connectées à elle. On y voit aussi le désert de mon pays, parce que c’est l’endroit le plus mystique que j’ai connu dans ma vie. Dans mes chansons, je parle de tout ça, mais pas au premier degré, parce que j’ai peur de mettre des limites par rapport aux personnes qui n’ont pas toutes ces croyances en elles.

Clip de "Respira".

Que pensez-vous de ce qui marche aujourd’hui en matière de musique en France ?

Quand j’écoute la radio, ça me donne envie de pleurer. On entend des gens qui n’ont rien à dire. Je ne sais pas, au hasard, le dernier album de Shakira… vous ne comprenez pas les paroles, mais heureusement pour vous. On oublie d’élever l’esprit des gens alors qu’il est possible de l’épanouir avec l’art. Je me demande parfois s’il n’y a pas un complot pour endormir le peuple. Le niveau de superficialité et de vacuité dans ce qu’on entend me chagrine. En tant que société ou même en tant qu'être humain, on va où avec ce que l’on nous propose ?

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(Photo : Maria Paula Desch)

L’artiste à la mission d’élever les gens ?

Pour moi oui. Sinon, je ne ferais pas ce métier. Je resterais dans la forêt et la vie serait belle. Ma position de chanteuse me sert à délivrer des messages. Je le prends comme une mission. Si on me donnait le pouvoir de Shakira, je transmettrais d’autres valeurs. J’essaierais de faire prendre conscience aux femmes de leur pouvoir, j’essaierais de faire comprendre aux hommes d’utiliser leur côté féminin pour pouvoir changer les choses, pour élever notre société, lui faire prendre conscience de ce que l’on mange, ce que l’on vit, ce que l’on pense, ce que l’on dit. L’homme qui va réveiller sa part de féminité ne va jamais harceler une femme.

Que pensez-vous de ce qu’il se passe au niveau de la libération de la parole de la femme actuellement ?

C’est le début de quelque chose. Nous sommes fatiguées d’être un objet et on commence à se réveiller vraiment. Moi, je suis indépendante. J’ai des activités professionnelles, je n’appartiens à personne.

 

Est-ce que votre disque est un disque militant ?

Oui. Je voudrais qu’il le soit.

C’est un disque féministe ?

Je n’aime pas le mot féministe parce qu’il laisse de côté les hommes. Je trouve que les hommes ont des qualités incroyables. Ce qui m’importe au fond, c’est d’être dans une énergie équilibrée. Je ne veux pas faire la guerre à un homme complet.

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Le 20 octobre 2017, après l'interview. 

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