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13 décembre 2017

Jo Wedin et Jean Felzine : interview pour l'album Pique-Nique

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(Photo : Louis Teran)

jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorLa suédoise Joanna Wedin, ex-membre du groupe MAI et le français Jean Felzine, chanteur et guitariste du groupe Mustang commence peu à peu à se forger un nom dans la french pop. Leur premier album, Pique-Nique, réunit toutes les influences musicales des années 1960-1970 : rocksteady, rockabilly, pop française, soul. Leurs chansons d’amour corrosifs peuvent parfois faire esquisser un sourire. Même si c’est la voix de Jo que l’on entend le plus, leur association vocale idéale laisse filer une certaine nonchalance et des refrains très accrocheurs. Ce disque, harmoniquement et mélodiquement formidable, entre nostalgie et modernité, place la pop sur un beau piédestal.

J’ai rencontré Jo Wedin et Jean Felzine  hier, le 12 décembre, au café des Ondes, pour évoquer l’album et le Divan du Monde de ce soir, qui fait office de soirée de lancement du disque.

Biographie officielle :

En 2015 sort le premier EP auto-produit de ce duo de songwriters franco-suédois, où la guitare de Jean Felzine, nerveuse et expressive répond à la voix de Jo Wedin, très pure, aux accents de soul blanche. Deux titres sont remarqués : « Idiot », gros slow en forme de séance d’humiliation et « Les hommes (ne sont plus des hommes) », disco-funkcaraïbes au texte mordant. Leur premier album réalisé par Etienne Caylou donne une vision plus nette de leur talent singulier.

L’album :jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandor

L’ouverture, « Chanter, baiser, boire et manger » aux accents rocksteady, est un hymne hédoniste en surface, mais une lovesong désabusée en profondeur. Elle a valeur de note d’intention pour l’album : un disque de pure pop, généreux, varié et sexy, plein de chœurs, de refrains et de d’accroches de guitare, mais aux textes surprenants, plus drôles ou risqués qu’il n’y paraît, à l'image de l’autre hymne de l’album, le dépressif « Un jour de plus un jour de moins ».

Au menu de ce Pique-Nique aux allures de best of, un vrai catalogue de sentiments humains, et féminins en particulier, incarnés par Jo à tour de chanson avec juste ce qu’il faut d'accent suédois. Envie (une « Femme de chambre » hitchcockienne qui menace sa patronne sur fond de guitares surf) ; ennui (le très glam-rock « Ne fume jamais au lit »), érotomanie (le calypso « Je t’aurai ») ; nymphomanie et sexe en plein air (« Les eaux claires »), et même une chanson sur la chirurgie esthétique (« Nez, lèvres et menton »). Une variété de thèmes qui répond à celle d’arrangements aux influences multiples : soul, pop, caraïbes… et toujours ces belles harmonies à deux voix. Ils reprennent à leur façon le fameux « After Laughter (Comes Tears) », perle soul de Wendy Rene. Dans « Le jeu » qui clôt le disque, les deux chanteurs jouent avec leurs rôles - ces clichés de blonde sexy et de brun ténébreux - et décrivent toutes les étapes d’une relation d’un soir, ou d’une vie, on ne sait pas trop. Ça ressemble autant à une parade amoureuse qu’à une marche funèbre. Tout l’art du duo est là-dedans.

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jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorInterview :

A votre première rencontre, vous avez vite su que ça allait marcher entre vous musicalement ?

Jean : Au premier rendez-vous, on a remarqué que nous aimions la même chose en musique. Les belles mélodies, les belles voix et l’énergie… nous avions tous les deux la même vision de la pop.

Jo : Nous deux, on a toujours travaillé avec plein de musiciens. Mais c’était la première fois que je n’avais pas besoin d’expliquer ce que je voulais. Nous étions sur la même longueur d’onde.

A la base, Jo, vous aviez fait appel au talent de Jean pour faire des chansons juste pour vous. Il était là simplement pour vous aider, mais c’est devenu un duo très vite.

Jean : Oui, dès le premier concert. Les gens nous disaient que nos voix allaient bien ensemble et que le duo fonctionnait à merveille.

Jo : Avant le concert, effectivement, on faisait des chansons, mais c’est moi qui chantais et Jean qui faisait les chœurs. Après ce fameux concert, effectivement, nous nous sommes mis à écrire des chansons à deux. J’ai laissé tomber momentanément mon projet solo.

Dans l’album finalement, il n’y a que deux duos, sinon, c’est Jo qui chante les dix autres  titres.

Jean : Ce dont nous sommes certains, c’est que dans le futur, nous allons en faire plus. Dans cet album, il reste des vestiges de ce que devait être son projet solo.

Jo : On aimerait avoir la moitié de notre répertoire en duo.

Votre premier EP date de 2015. Sur l’album, vous n’en avez repris que deux morceaux, « Idiot » et « Les hommes (ne sont plus des hommes) ». Pourquoi ?

Jean : On a estimé qu’il fallait que les gens aient une raison d’acheter ce deuxième disque s’ils avaient déjà l’EP. On a choisi les deux chansons qui ont été les plus remarqué. Les autres, nous les jouions déjà sur scènes.

Clip de "Les hommes (ne sont plus des hommes)".

Il y a une constante dans les textes de vos chansons, c’est la domination de la femme sur l’homme… avec  humour.

Jo : Ça vient de moi. Mon côté suédoise (rires).

Jean : Je me souviens d’un concert ou était venu Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax. Il m’a dit : « mais qu’est-ce qu’elle t’envoie dans la gueule ta copine ! » Je lui ai répondu que j’écrivais les chansons avec elle. Il m’a répondu : « tu es un pervers alors ! »

C’est vrai que dans « Les hommes (ne sont plus des hommes) », on en prend pour notre grade.

Jo : C’est une chanson ironique. Les gens qui écoutent cette chanson et qui le prennent mal, ce sont des hommes ont peur de perdre leur virilité aujourd’hui. On parle toujours de la femme en expliquant comment elle doit être, comme elle doit se comporter… etc. Rien n’a changé depuis les années 50. J’ai voulu inverser la chose en écrivant cette chanson avec Jean. On trouvait ça marrant.

Dans « Idiot », une femme explique à un homme comment il faut la séduire.

Jo : Quand tu dis trop à quelqu’un que tu l’aimes, la magie disparait. Comme c’est moi qui chante cette chanson, c’est une femme qui parle à un homme, mais on peut inverser les rôles et le sujet reste vrai de la même façon.

Clip de "Idiot".

La vie de couple est très présente dans ce disque.

Jean : Ce n’est pas forcément la nôtre. On a transposé pas mal d’histoires vues à droite à gauche.

Vous ne faites pas que des chansons amusantes. « Un jour de plus, un jour de moins », par exemple, n’est pas gaie.

Jo : Nous évoquons la dépression.

Jean : C'est ma chanson préférée de l'album, je crois.  J’aime bien les disques où il y a des émotions différentes. C’est important qu’il y ait à la fois l’humour, des chansons pour danser et des chansons tristes. 

Clip de "Un jour de plus, un jour de moins".

Votre disque est un délicieux mélange de modernité et de rétro.

Jean : On écoute un peu de pop contemporaine, mais on écoute surtout de  la pop des années 50, 60, 70. Fatalement, ça se retrouve dans le disque.

Jo : Avec Jean, on ne se met aucune limite.

J’adore « Le jeu ». Une chanson sur la parade amoureuse que doivent se faire un homme et une femme au début d’une relation.

Jean : C’est surtout une chanson sur la nécessité de faire semblant dans la vie, sur l’importance du mensonge. Le mensonge est primordial dans la vie.

Jo : Dans un couple, si tu dis tout ce que tu penses, il explose en moins de deux.

Clip de "Je t'aurai".

Jean, ce projet en duo n’a pas mis un terme à votre collaboration à Mustang.

Jean : Pas du tout. On enregistre en ce moment. En 2017, il est compliqué pour un artiste de survivre avec un seul projet.

Et vous Jo, vous êtes toujours avec le groupe MAI ?

Jo : Non, moi je fais un projet solo dans lequel je chante entièrement en anglais.

Jean : On a gardé nos deux noms dans notre projet commun, car l’idée n’était pas de se marier sur disque. Ça nous permet de continuer à faire des choses séparément.

Jo : J’ai l’impression que ce n’est pas très français de faire plusieurs projets musicaux. Enfin, je dis ça, mais je trouve que ça commence à changer. En Suède ou aux Etats-Unis, depuis des années, tout le monde joue dans un groupe, en solo, en duo ou accompagne un autre artiste à la guitare. C’est commun.

Jean : J’ai des goûts différents, même parfois un peu contradictoire. C’est difficile de mettre tout ça dans un seul projet.

Clip de "Chanter, baiser, boire et manger".

Il faut garder une cohérence dans un album.

Jean : Voilà, c’est ça. C’est peut-être une erreur que l’on a faite à un moment avec Mustang. En tout cas, avoir plusieurs projets permet de satisfaire ma schizophrénie. Avant, il fallait choisir son camp, savoir à quelle famille on appartenait et s’y tenir. Aujourd’hui, ça n’existe plus.

Il y a une chanson en Anglais, « After Laughter (Come Tears) », une reprise d’une chanson de Wendy Rene.

Jo : J’adore cette chanson depuis très longtemps. Au début, je ne me sentais pas assez douée pour la chanter et Jean a un peu insisté.

Jean : Je voulais la traduire, je n’y suis pas parvenu.

Jo : On ne voulait pas faire cette chanson en moins bien, du coup, on a gardé le texte anglais. Jean a ce talent de reconnaître qu’il ne peut pas faire telle ou telle chose.

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Quand vous écoutez l’album, vous en êtes fier ?

Jean : On aurait aimé avoir plus d’argent pour le faire. Cela nous aurait permis d’avoir de vraies cordes. J’adore les cordes. Il y a des violons sur quasiment toute la musique que nous écoutons. Sinon, je n’ai pas d’énormes regrets sur le disque.

Ce qui est bien, c’est que vous n’êtes pas dans la mouvance actuelle. J’aime votre singularité.

Jo : On a aussi conscience que c’est un risque. Mais l’idée de ne pas faire comme tout le monde est assez jubilatoire.

Vous aimez qui comme artistes français ?

Jean : Polnareff est mon héros absolu. J’aime aussi beaucoup William Sheller. Joe Dassin aussi, je suis fan de country, il a fait de belles adaptations françaises.

Jo : J’aime bien Véronique Sanson.

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Le concert au Divan du Monde, c’est un peu la soirée de sortie du disque.

Jean : Nous serons trois sur scène. Nous avons un batteur avec nous. On a des petites astuces, sans passer par des séquences, pour interpréter les chansons de manière assez proche du son de l’album.

Vous avez le trac ?

Jo : Moi j’ai toujours le trac. C’est terrible d’ailleurs.

Jean : Moi aussi. Mais une fois sur scène, tout va bien.

La scène, c’est le meilleur moment ?

Jean : Oui, mais j’aime bien aussi le studio. Pour être franc, le meilleur moment, c’est quand tu as fini une chanson.

Jo : Ce qui est particulièrement jouissif, c’est quand, en plus, elle est bien réalisée en studio et qu’elle nous satisfait en tout point.

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