Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Monsieur Lune : interview pour Un Renaud pour moi tout seul | Page d'accueil | Fabienne Blanchut : interview pour 1749 miles et un peu plus encore... »

20 juin 2017

Michel Fugain et Florent Mothe : interview pour Chante la vie chante (love Michel Fugain)

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

Profondément humain, Michel Fugain est un artiste à la créativité débordante. Du Big Bazar, qui lui confère rapidement un rôle de précurseur, à sa carrière solo en perpétuelle mutation, Michel Fugain n'a rien perdu de son enthousiasme, de sa gaieté et de sa générosité, malgré les épreuves. Pour célébrer ses 50 années de carrière, un album où la nouvelle génération reprend ses plus belles chansons vient de sortir, Chante la vie chante. Il incarne les valeurs chères à Michel Fugain : la transmission, le partage, l’optimisme et la fête.  

Le 5 mai dernier, Michel Fugain et l’un des artistes participant à cet album, Florent Mothe (déjà mandorisé-là il y a 4 ans), ont répondu à mes questions dans les locaux de chez Sony. Pour le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de juin et juillet 2017). En voici la version longue pour  le blog.

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Les plus grandes chansons de Michel Fugain revisitées par : Kids United, Patrick Fiori, Slimane, Olivier Dion, Damien Sargue, Victoria, Claudio Capéo, Ben L'oncle Soul, Anaïs Delva, Sophie Tapie, Arcadian, Corneille, Florent Mothe, Chimène Badi, Mickael Dos Santos. Pour fêter les 50 ans de carrière de Michel Fugain, les artistes incontournables de la nouvelle génération célèbrent un artiste qui a passionnément chanté la jeunesse, et même incarné son élan, sa folie, sa vitalité, sa candeur. Il y a tout juste cinquante ans, il avait enregistré « Je n'aurai pas le temps ». Il n'aurait pas imaginé alors assister à ce retournement du sablier, à cette réappropriation de son répertoire par des artistes qui l'ont découvert au hasard de leurs chemins. Les chansons de Michel Fugain sont tellement bien ancrées dans leur époque qu'elles parlent à la nôtre.

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandorInterview :

Michel Fugain, comment l’idée de ce disque est arrivée à vous ?

Michel Fugain : C’est passé par ma femme, car en général, tout passe par elle avant que je sois au courant. Elle a trouvé l’idée bonne et m’a travaillé au corps depuis 2015 pour que j’accepte. J’ai refusé plusieurs fois ce genre de disque parce que je pensais que c’était le genre de chose que l’on faisait après la mort. Ce qui m’a plu, c’est que je ne considère pas ce disque comme un album hommage. Pour moi c’est une rencontre avec une nouvelle génération d’artistes avec une joie que je n’imaginais pas. J’ai eu une sensation d’innocence et de fraîcheur absolue. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’affectif qui s’est tissée entre nous tous. En ce qui me concerne, c’était très inattendu. J'aime l'idée que les artistes de ma génération fassent partie des racines d'une nouvelle génération, comme d'autres avant moi avaient fixé une éthique à laquelle je me suis tenu dès mes débuts. Bref, j'ai éprouvé un immense plaisir à entendre la nouvelle génération de chanteurs et chanteuses reprendre, adapter à leur manière, des chansons qui ont, il faut bien le dire, quelques heures de vol. "Song writer" et "passeur" depuis longtemps, je suis bien évidemment comblé : partage et transmission. L'essentiel.

Florent Mothe, que représente Michel Fugain pour vous ?

Florent Mothe : Il représente ses artistes français auteurs-compositeurs-interprètes qui ont su faire évoluer leur carrière d’une manière incroyable. J’ai l’impression que l’écriture de Michel s’est bonifiée au fur et à mesure du temps. Il a toujours été dans la tendance. Mes titres préférés de lui sont les plus récents. Il a créé le Big Bazar et a participé à des comédies musicales… c’est tout ce que j’aime.

Michel Fugain : Si j’ai su évoluer avec mon  temps, c’est aussi parce que je suis musicien. Quand on est musicien, on est forcément à l’écoute de tout ce qu’il se fait.

Florent Mothe : En tout cas, je suis admiratif des artistes comme vous que l’on reprend après 50 ans de carrière.

"Chante" par Kids United. 

Florent, quand on vous a proposé de participé à cet album, comment avez-vous réagi ?michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

Florent Mothe : J’étais très heureux. Après, j’ai regardé la discographie et j’ai constaté que parmi les plus de 200 chansons de Michel, il y en avait énormément que j’aime. Finalement, n’arrivant pas à me décider, on m’a proposé de chanter une chanson que je ne connaissais pas, « Tout va changer ».

Michel Fugain, les initiateurs du  projet ont choisi quelques tubes et des chansons moins connues. Vous trouvez que c’est une bonne idée ?

Michel Fugain : Florent l’a dit tout à l’heure et je suis d’accord avec lui, mes vraies bonnes chansons ont été faites après ma flopée de  tubes avec le Big Bazar. C’est bien qu’il y ait les deux sur ce projet. Quand j’avais le Big Bazar, je ne pouvais pas écrire des chansons trop précises, trop incarnées. Il y avait quinze personnes qui chantaient. Quand j’ai commencé à chanter seul, je me suis mis à écrire de manière plus personnelle et aiguisée.

Florent Mothe, pour interpréter une chanson d’un autre, on doit se libérer de la version originale ?

On a tous essayés de sortir de ce que faisait Michel. Personnellement, j’y ai mis beaucoup de moi et de mon style. Il y a plein de chœurs parce que j’adore ça. J’adore l’harmonie de « Tout va changer » car elle passe de majeur à mineur. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Michel Fugain : Ce que dit Florent est capital. Je ne m’attendais pas à ce que chaque artiste reprenne la chanson en la restituant telle quelle. Ça n’aurait eu aucun intérêt. Ils ont adapté à leur sauce et j’adore le résultat, même si je m’attendais à plus de brassages. J’aurais aimé qu’ils respectent encore moins mes chansons.

"Une belle histoire" par le collectif. 

C’est dur de ne pas dénaturer une chanson ?

Florent Mothe : C’est exactement la difficulté principale. On peut très vite aller ailleurs et dénaturer franchement la chanson. Quand un auteur compositeur fait une chanson, il l’enregistre et ensuite il l’interprète. Pour l’interpréter de la bonne manière, il faut mettre la juste émotion et parfois, il n’y a qu’une seule émotion. On ne peut donc pas tout se permettre quand on fait une reprise.

Michel, avez-vous eu peur d’être déçu par les résultats ?

Michel Fugain : J’ai parfois eu des craintes quand j’ai reçu les premières maquettes. Notamment, la chanson interprété par Corneille, « Jusqu’à demain peut-être ». Il n’y avait pas toutes les harmonies. Je savais que la nouvelle génération se contentait de peu d’harmonies parfois, mais là, ce n’était vraiment pas assez. Quand j’ai reçu la version définitive j’ai trouvé que ça le faisait carrément avec la couleur de Corneille. C’était magnifique !

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandorL’idée que les jeunes générations découvrent vos chansons, cela vous émeut ?

Michel Fugain : Oui, évidemment. Mais j’ai aussi la sensation d’avoir fait mon boulot. Pendant 54 ans, j’ai fait mon métier le mieux possible et il en reste quelque chose. J’ai commencé en écoutant les Beatles et Franck Zappa. On a été formés en respectant ceux qui étaient avant nous. Des artistes comme moi sommes des artisans et on a un tour de main. Du Fugain, ça se reconnait et ça, j’en suis fier !  

En tant que créateur, Michel Fugain, vous avez envie parfois de changer de style ?

Michel Fugain : La question ne se pose pas ainsi. Quand j’écoute les nouvelles productions, j’essaie de devenir plus élémentaire pour être dans l’air du temps.

Florent Mothe : C’est amusant de vous entendre dire cela car même si je suis de la nouvelle génération, en tant que compositeur, j’ai vécu la nouvelle façon de composer. Avant, je faisais beaucoup d’harmonies différentes, je cherchais un chemin dans mes chansons. Je suis en train d’apprendre à faire élémentaire, comme vous Michel. Je me sens ce que vous venez de dire, un artisan.

Les coulisses de l'enregistrement du disque Chante la vie chante.

Vous vous connaissiez tous les deux ?

Michel Fugain : Non. On se rencontre aujourd’hui. J’en suis ravi.

Florent Mothe : C’est pour ça que j’étais content de faire cette interview avec vous, ça me permet de rencontrer Michel (rires).

Michel Fugain, on vous entend de manière homéopathique dans certaines chansons et parfois pas du tout. Pourquoi ?

Michel Fugain : Je ne pense qu’il soit souhaitable que l’on m’entende sur toutes les chansons. Je trouve que les jeunes artistes chantent différemment que l’ancienne génération. Je me suis retrouvé avec des chanteurs, pas avec des parleurs. Or, notre génération est une génération de « parleur en musique ». Bien sûr que nous chantons, mais on fait passer les mots. Les chanteurs d'aujourd'hui font moins passer les mots, ils font passer la musique. Si j’étais intervenu sur chaque titre, j’aurais eu l’impression de faire des bosses, de rendre moins fluides les chansons. Et puis, ce n’était pas un disque de duo.

Florent Mothe : C’est intéressant ce que vous dites. Ça va m’inciter à interpréter d’une façon différente. En revanche, j’ai l’impression que la musique pop d’aujourd’hui est la musique urbaine et je trouve que les interprètes de ce genre musical-là font pas mal passer les mots.

Showcase de Chante la vie chante avec tous les artistes au Divan du Monde le 10 mai 2017 (5 jours après cet interview).

Vous suivez ce que font les jeunes artistes ?

Michel Fugain : Je ne suis pas très curieux, mais j’entends tout. Je n’ai pas de jugement à porter. Ils ont des difficultés terribles que nous n’avions pas. Ils se retrouvent dans un système qui est strictement marchand.

Parlez-nous de  votre nouveau spectacle avec votre groupe Pluribus, « la causerie musicale ». 

Michel Fugain : Pour cette nouvelle aventure, il y aura plus de cuivre. L'équipe est donc réduite à 7 au lieu de 12. Nous sommes cette fois plus un groupe qu'une bande. Plus "power", plus fusion, aux couleurs des rythmiques du temps... mais toujours une sacrée bande de supers musiciens. J’ai envie d’interpeller, faire poser des questions… les chansons sont toujours des marqueurs directs et très précis de la société dans laquelle elles sont créées.

Les gens vous aiment beaucoup, Michel. Que vous disent-ils quand ils vous croisent dans la rue ?

Michel Fugain : Ils me disent merci. Ils m’expliquent que mes chansons les ont toujours suivies et que je les ai fait rêver. Il m’arrive de discuter très longtemps avec eux… ce  qui énerve parfois ma femme (rires).

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

Quand on a 50 ans de carrière, a-t-on l’impression d’avoir tout dit ?

Michel Fugain : Non,  mais il y a des chemins sur lesquels on ne peut pas repasser. Il y a des thèmes qui viennent avec le kilométrage au compteur. Récemment j’ai fait une chanson sur la mort dans laquelle je lui dis de repasser dans 100 ans, si je suis d’accord. Je n’aurais pas pu chanter cette chanson à 25 ans.

Que diriez-vous à la jeune génération si elle vous demandait un conseil ?

Michel Fugain : Je conseille toujours à des jeunes artistes qui veulent écrire des chansons de faire au moins une chanson par jour. Deux s’ils le peuvent. Tu vas peut être faire dix merdes avant de trouver la bonne idée, la bonne trouvaille, la bonne chanson. Moi, j’ai été compositeur d’édition. J’avais une pièce avec un piano, une guitare, un Revox… et là, on a fait des merdes toute la journée pour soudain composer et écrire une perle. « Je n’aurais pas le temps » sort de ça. Beaucoup de mes chansons sortent de cette manière de travailler…

michel fugain,florent mothe,chante la vie,hommage,interview,mandor

Après l'interview, le 5 mai 2017.

Les commentaires sont fermés.