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31 octobre 2017

Buridane : interview pour Barje endurance

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« Barje, barjot, barré. Selon le dictionnaire d'argot, traiter quelqu'un de barje c'est le considérer comme une personne déraisonnable, hors du commun, et qui n'hésite pas à prendre des risques. Voilà une définition qui sied si bien à Buridane qu'elle l'a prise au mot dans le titre de son nouvel album : Barje Endurance, ou l'originalité dans la continuité. » Ainsi commence l’argumentaire de presse du nouveau disque de Buridane.

Buridane, ce sont des mots chocs, une douceur apparente et une fausse fragilité. Personne ne peut rester indifférent à ce qu’elle raconte/chante avec son flow impeccable et sa voix femme-enfant, mutine et troublante. Vous pourrez découvrir cette artiste en tournée (qui passera par Paris, le 14 novembre à la Maroquinerie).

En 2012, pour son premier album, Pas fragile, je l’avais déjà mandorisé. Je n’ai pu faire l’impasse sur son deuxième disque tant il m’a touché. Le 3 octobre dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

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Biographie officielle (un  peu écourtée):

Lorsqu'elle est apparue il y a cinq ans, elfe blond aux allures enfantines et au grain de voix à la sensualité mutine, on s'est dit que cette jeune fille là allait trouver naturellement sa place au milieu des "chanteuses à guitare" du paysage français. Sauf que oui... et non. Car si le single "Badaboum" a bien fait les beaux soirs des radios et des télés, c'était peut-être pour mieux camoufler le reste : des chansons intrépides à la plume incisive, à la tendre noirceur et à l'urgence éperdue, à la fois ombre et lumière, ange et démon. Après tout, elle avait annoncé la couleur dès l'intitulé de son premier opus : Pas Fragile...

Un temps écartelée entre son amour de la danse et sa passion pour l'écriture, à l'inverse du célèbre et tragiquement indécis équidé du philosophe dont elle a emprunté et féminisé le patronyme, Buridane a finalement choisi : elle allait chanter et faire danser les mots. Des débuts prometteurs couronnés de chroniques élogieuses et de prix divers, de concerts et de tournées, et puis le silence et la solitude de l'entre-deux. Un espace de transition qu'elle a mis à profit pour préparer la suite, s'isoler pour mieux ciseler.

buridane,barje endurance,interview,mandorL’album :

La transition, c'est justement le thème général de ce deuxième album. Recommencer à zéro ce qui a été amorcé, prendre conscience de la précarité et de la difficulté à tenir la distance, à l'image des relations sentimentales. Grandir pour mieux savoir qui l'on est et pour mieux l'affirmer.

Le résultat, onze chansons dont elle a signé elle-même tous les arrangements, et dont elle a confié la réalisation à Cédric de la Chapelle (Slow Joe & The Ginger Accident). On y retrouve sa griffe vocale singulière enrichie de chœurs aériens, et ces plages à l'acoustique épurée, cette fois parsemées de touches électro et de rythmiques qui peuvent parfois évoquer hip hop et slam.

Mais ce qui fait aussi et surtout la particularité de Buridane, ce sont les textes, à la densité poétique et au souffle du vécu, lettres émouvantes et prières épiques, constats entre lucidité et autodérision, aux thèmes en forme de catharsis à la fois intime et universelle. Colère contenue dans "Taureau"(le single de l'album), difficulté de communication dans "Electrochoc" ou "Mauvais Sort", épreuve de la disparition d'un proche dans "Bleu", tendresse et angoisse dans "Le déclin", jalousie et désir dans "Toutes les filles", espoir et promesses dans "Perspectives" ou "À l’aube".

Complètement barje ? Unique, plutôt. Et pourtant si étrangement familière.

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buridane,barje endurance,interview,mandorInterview :

Avec le recul, que penses-tu de ton premier album Pas fragile ?

C’est un album qu’on a fait le mieux que l’on a pu. J’avais mes chansons en guitare-voix, je ne savais pas comment les arranger et quelles couleurs musicales leur donner. Je les ai confiées à Pierre Jaconelli que j’ai choisi et qui m’a choisi. Il a donné toute sa générosité pour emmener ce disque là où il  pouvait. Au final, l’autocritique est facile à faire. Il y a des textes assez âpres et sombres et des arrangements qui ont lissé ça. Est-ce que c’était la bonne direction ? Je ne sais pas. En tout cas, ce n’est pas la direction que j’ai décidé de prendre pour ce deuxième disque. Je ne le renie pas. C’est un album d’adolescence et à l’adolescence, on se cherche toujours. 

Le premier titre de Barje endurance est « Transition », un titre et des arrangements loin d’être lisses.

Musicalement, il fallait que ça colle avec ce qui est dit dans le texte. Il y avait aussi l’envie de créer du  mouvement à l’intérieur du corps, et pour moi, ça vient par la rythmique. Habituellement, je compose à la guitare, là, je suis souvent partie sur les batteries et la percussion. 

Musicalement, on voit où tu veux en venir dans le clip de « Taureau ».

Il y a quelque chose de très terrien, très ancré, très percussif. C’était aussi un vieux fantasme que de ramener la danse. Pour moi, au départ, chanson française et danse contemporaine,  c'est incompatible. Les chemins ont fini par se rencontrer de façon évidente sur ce titre. Je tiens à remercier Pierre Jaconelli parce que j’ai beaucoup appris avec lui sur le premier album. J’ai utilisé ce savoir sur Barje endurance.

Clip de "Taureau".

Cet album te ressemble plus musicalement, car tu as tout fait toi-même, dont les arrangements. Lourd défi ?

L’idée n’était pas de faire quelque chose de nouveau ou de génialissime, mais d’arriver à faire ce que je voulais faire. C’était ça le challenge. L’album n’est sans doute pas parfait, mais il est comme je l’entendais.

J’ai l’impression que l’auditeur peut plus se retrouver dans tes chansons d’aujourd’hui que dans celles de ton premier disque. Elles sont plus ouvertes.

Certainement parce que notre conscience du monde extérieur n’est pas la même à 22 ans qu’à 30. Il y a aussi une conscience politique qui grandit et qui évolue. Sur cet album, une des questions fondamentales que je me suis posée c’est : est-ce que c’est le monde extérieur qui influe sur les mondes intérieurs ou est-ce que c’est l’inverse, ou encore, est-ce un aller-retour permanent. Nous sommes dans une époque de transition inévitable à laquelle on ne peut pas échapper. Nous sommes dans un vieux monde qui est en train de mourir. A toutes les échelles, il y a quelque chose qui se termine. Aujourd’hui, quelque chose doit recommencer. On est dans cette phase d’entre deux et tous les repères bougent. On est tous dans l’attente. Je me demande quand le mouvement va revenir.

C’est un disque d’interrogations.

Oui. On n’est pas là pour donner des réponses. D’ailleurs, nous n’en avons pas. Se poser des questions, c’est avancer.

Clip de "La transition".

Une chanson doit impérativement dire quelque chose d’essentiel ?

Personnellement, j’écris en creusant profond. Je ne peux pas faire autrement. Ça me fait du bien et ça me fait plaisir de mettre des mots pour ceux qui n’ont pas le temps d’en trouver ou qui ne savent pas les mettre. C’est vraiment ce qui m’intéresse, mais ça ne veut pas dire que les chansons des autres doivent être comme ça.

Es-tu étonnée que tes chansons intéressent les gens ?

C’est surtout quelque chose qui me rassure. Pour moi, on est tous pareils. Ça veut dire que les gens sont capables de profondeur et de se poser des questions, de réfléchir. Pour peu que l’on créé un moment de disponibilité pour cela, comme un concert par exemple, on peut se dire que nous ne sommes pas seuls. On sort du culte de l’ego.

Le fait de savoir que d’autres vivaient les mêmes choses que toi t’a fait du bien ?

Mais, ça m’a même sauvé. Soudain, je me suis sentie utile et ça a cassé ma solitude.

Des chansons vaudou...

Dans Pas fragile, tu avais raconté beaucoup de toi. As-tu eu peur de ne pas savoir quoi écrire dans le second ?

Dans le premier, j’ai nettoyé, j’ai déblayé plein de choses du passé. J’ai laissé passer cinq ans pour arriver au second parce que pour écrire,  pour retrouver l’inspiration, j’avais besoin de vivre et de revivre d’autres évènements.

Tu n’es pas restée sans rien faire non plus.

Non, évidemment. J’ai fait beaucoup de concerts et des ateliers d’écritures, ce qui m’a permis de rencontrer  beaucoup de monde.

Cela dit, ces deux dernières années, tu n’as pas fait de concerts. Tu ne l’as pas super bien vécu.

Quand une tournée se termine, il y a un décalage de vie inévitable. Quand il n’y a plus de concerts, on a l’impression de ne pas exister puisqu’on n’est plus visible. On a beau dire qu’on se fiche du retour du public, ce n’est pas vrai. On s’habitue à cet échange-là. Quand on est juste avec nos chaussons chez nous, ça fait bizarre. On doit apprendre à gérer le vide. L’être humain est fait de haut et de bas en permanence. Dans ces métiers-là, c’est un peu plus fort et accentué parce que comme tout est un peu plus haut, tout est forcément aussi un peu plus bas.

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Quand sortent de nouvelles chansons, tu te demandes comment elles vont être accueillies ?

J’ai été beaucoup dans le doute avant de rentrer au  studio, mais depuis que tout se met en place artistiquement, le rendu final du disque, le clip, le disque, je n’ai plus peur. Je me sens tellement bien dans ce vêtement-là. J’ai évidemment envie que ça marche et que les retours soient bons. Il y a une chanson qui s’appelle « Le phénix et la cendre » dans laquelle je dis : et tu me prendras telle, si tu le veux, si tu le peux, si ça te rend heureux… » Ça pourrait être une histoire d’amour, mais ça s’adresse aux gens qui écoutent ma musique. Ce que je propose aujourd’hui, c’est ce que je suis.

Tu as une façon particulière d'oraliser tes textes.  Ça s’appelle du spoken word.

Le travail de la voix parlée m’intéresse beaucoup. Le spoken word offre plus de liberté dans la forme. Ça me donne l’impression de pouvoir plus m’amuser… et de pouvoir plus en mettre aussi. J’aime bien écrire des longs textes.

Tu me sembles plus épanouie qu’en 2012.

Je le suis. C’est la trentaine (rires). Pour rien au monde, je ne voudrais revenir en arrière et j’espère que ce sera comme ça de dizaine en dizaine. C’est agréable de se sentir en construction et en évolution.

Tu as foi en l’être humain ?

Je suis un peu Bisounours. Je crois en l’amour, en la bienveillance et en la gratitude… des valeurs un peu vieille France. En fait non. Dans le monde assez cynique dans lequel on vit aujourd’hui, c’est ça la vraie modernité en fait.

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Le 3 octobre 2017, après l'interview. 

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