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27 octobre 2017

Laurie Darmon : interview pour l'album Février 91

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Après deux EP, Mesure première et Mesure seconde, Laurie Darmon sort son premier album, Février 91 laurie darmon,février 91,interview,mandor(co-arrangé avec son frère David et co-réalisé avec Florian Rossi et David Sztanke) aujourd’hui. Elle y parle d’amour, de sentiments contraires et de la/sa jeunesse. Composée de treize pistes inédites, elle raconte plus précisément les aventures mouvementées d’une petite fille devenue femme, un peu trop vite.

Je l’avais déjà mandorisé pour son premier EP en 2014. Nous avions beaucoup évoqué le passé. Pour cet album, nous nous sommes revus le 14 octobre dernier, dans un palace parisien, mais cette fois-ci pour parler du présent… et de l’avenir.

laurie darmon,février 91,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Après un premier EP Mesure seconde remarqué, Laurie Darmon revient avec son premier album Février 91. Février 91 ou le chiffre secret d’une mélancolie urbaine, intime et entêtante. Dans cet album, l’écriture de Laurie Darmon emprunte plusieurs voies, mais nous ramène toujours à l’origine : Février 91, date du début d’une décennie d’influences musicales majeures, MC Solaar, Will Smith ou Lauryn Hill. Sans parler des plus anciennes, Christophe (pour qui elle écrit trois titres de son dernier album dont le grand « Océan d’Amour »), Barbara (la base), Reggiani, Sanson etc.

Février 91 donc, date ordinaire inscrite au dos d’une photo de soi qu’on regarde comme la photo d’une autre, qui donne son titre et son final/épilogue à l’album pour remonter le cours du temps et enfin comprendre. Février 91 ou le chiffre secret d’une mélancolie urbaine, intime et entêtante.

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laurie darmon,février 91,interview,mandorInterview :

Enfin ton premier album ! On l’a attendu longtemps.

Il m’a fallu le temps pour être sûre que je pouvais faire le disque que je voulais faire. Il fallait que ça se mette en place à l’intérieur de moi, que je sois au point avec moi-même. Les éléments extérieurs étaient réunis pour que je puisse faire un disque, mais je ne me sentais pas prête. J’ai pris un risque parce qu’habituellement, on sort l’album dans la foulée de l’EP. On est dans une société où tout va très vite. La lenteur n’est pas une valeur d’aujourd’hui.

Prendre son temps permet aussi de vivre des choses dans sa vie et d’avoir de nouvelles inspirations.

Oui, je suis d’accord avec toi. En plus, j’ai eu envie de réaliser le disque. Il a fallu que je rencontre pas mal de personnes avant de trouver les bonnes avec lesquelles j’aimerais travailler. Il fallait qu’elles acceptent que je coréalise et que j’arrange tous les morceaux.

Comment es-tu devenue arrangeuse ? C’est un métier qui ne s’improvise pas.

J’ai commencé à faire ça quand j’avais 18 ans, un peu pour m’amuser et pas de manière officielle. Petit à petit, je me suis perfectionnée dans ce domaine. Pour cet album, j’ai vraiment eu envie d’y aller vraiment.

Tu étais déçue par tes deux EP ?

Non, parce que même si je n’avais pas les mains dans les machines, j’avais beaucoup participé, dirigé, mis mon grain de sel. J’avais un avis très fort sur les choses. Pour mes deux EP, il y a eu de belles rencontres artistiques, donc, je n’ai jamais été déçue,  même si j’étais un peu frustrée de  ne pas être allée plus loin.

Clip de "Je pense".

Dans ton album, il n’y a aucune chanson tirée des EP. Même « Rupture », ton « tube », n’y est pas. Tulaurie darmon,février 91,interview,mandor as voulu faire table rase du passé ?

J’ai voulu aussi justifier le temps que cela a pris. Je propose 13 titres inédits. Mais ce sont des anciens titres. Beaucoup d’artistes ne reprennent pas les premiers éléments de leur travail, ils considèrent cela comme des brouillons. Moi, j’ai voulu aller au bout de mes premières chansons, leur donner une vie. Je ne savais pas si j’avais raison de faire ce choix, car depuis j’ai grandi. Je me demandais s’il n’y allait pas y avoir un décalage. A mesure que j’avançais dans ce travail, j’ai eu l’impression qu’il y avait une cohérence. Ces chansons appartenaient vraiment à ce que l’on peut vivre entre 16 et 24 ans.

Dans la chanson qui porte le nom de l’album, Février 91, tu racontes ta vie de toute petite à l’âge de 18 ans.

Je me suis arrêtée au moment où j’ai commencé à composer et à écrire. J’ai eu l’impression que les chansons que j’ai faites à partir de ce moment-là prenaient le relais. « Février 91 » n’était pas une démarche, c’est sorti comme ça.

C’est une manière de dire : « ça y est, j’ai tout dit, on n’en parle plus » ?

Complètement. Maintenant que j’ai raconté ma jeunesse, je peux passer à la suite. Je suis quelqu’un de pudique, mais bizarrement, je n’ai pas eu l’impression de me dévoiler. Ce que j’ai vécu, beaucoup l’ont vécu.

La live session du titre "17 Ans (Face A)".

Tes chansons sont toutes autobiographiques ?

Pas toutes. Parfois, ce sont des choses que j’ai observées et qui m’ont questionnée et que quelque part, j’ai dû vivre aussi dans d’autres situations. En tout cas, j’écris rarement sur des situations qui me sont étrangères.

Je souhaiterais éviter les écueils, mais en écoutant ton disque, je l’ai trouvé très mélancolique et nostalgique.

Je me suis rendu compte après coup que je suis quelqu’un de très nostalgique. Je pense que c’est une manière d’exorciser cette nostalgie que de l’écrire, de la chanter et d’y consacrer un disque qui porte carrément une date du passé. Ce doit être une démarche inconsciente pour mieux aimer le présent et passer à ma vie d’adulte.

Les années 90, c’était encore les années d’insouciance,  plus précisément, la fin des années d’insouciance.

C’était la fin d’une époque où tout fonctionnait de la même manière. Il y avait encore des disques, du matériel. Le virtuel n’avais pas encore fait son apparition.

Tu te rends compte que dans le prochain album, tu vas devoir évoquer le monde d’aujourd’hui ?

(Rires) Oui. J’appréhende.

La live session de "Monte encore".

Dans ton disque, il y a beaucoup de chansons sensuelles, voire sexuées. Il est question du rapport au corps, de relation sexuelle…

J’ai écrit ces chansons au moment où je suis passée de jeune fille à jeune femme. C’était donc des problématiques qui m’ont animé parce qu’autour de moi, c’était quand même les grandes questions. C’était un grand défi de devenir une femme. J’ai eu l’impression que pour moi ce n’était pas naturel de devenir une femme. Je ne me suis confrontée qu’à des obstacles pour devenir une femme. Il m’a paru important d’exprimer cela dans mes chansons, car je suis certaine de ne pas être la seule à avoir vécu cela ainsi.

On ne peut pas dire que ce disque soit celui d’une jeune femme épanouie.

Non, en effet. Mes chansons racontent une période de ma vie où j’étais beaucoup moins apaisée qu’aujourd’hui. Si désormais je le suis, c’est aussi parce que j’ai écrit toutes ces chansons. Il faut aussi préciser que quand j’écris, c’est la part la plus sombre de moi-même qui m’inspire. Ça ne veut pas dire que je n’ai que cette part dans ma vie de tous les jours. C’est ce que j’aime explorer. J’ai beaucoup de mal à écrire des chansons joyeuses.

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Tu as une façon de chanter/parler qui met en avant les mots.

Ce n’est pas voulu. Dans mes textes, il y a beaucoup de mots. J’ai donc une façon d’imaginer la mélodie un peu parlée. Je n’ai jamais eu de réflexion sur la question, j’ai tout de suite interprété mes chansons de cette façon. Il y a rarement de l’espace pour tenir les notes. Je n’ai pas une démarche de chanteuse, mais de quelqu’un qui raconte quelque chose et qui utilise sa voix pour le faire.

Tes compositions sont plutôt instinctives ou réfléchies ?

Instinctives. C’est d’ailleurs plus facile pour moi de composer que d’écrire un texte. A ce   niveau-là, je suis très cérébrale. C’est encombrant.

Es-tu contente de ton disque ?

Oui, je le suis. Et à partir du moment où je l’ai terminé, j’ai commencé à composer plein de nouvelles chansons.

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Après l'interview le 14 octobre 2017.

Et pour ceux et celles qui seraient passés à côté de ce petit bijou de 2015, voici "Rupture" (qui n'est pas sur l'album Février 91), la chanson qui m'a fait apprécier cette artiste. 

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