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25 septembre 2017

Babel : écoute en exclusivité de nouveaux titres en studio et interview

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(© Juliette Rozzonelli)

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorBabel était d’abord un projet solo, celui de Sébastien Rousselet, puis en 2010, l’arrivée de trois musiciens a propulsé le concept dans une autre dimension. La violoncelliste Solène Cosma, de formation classique, elle vient aussi du rock et la musique orientale, le jeune pianiste Nino Vella est un prodige de la composition, et DJ Slade scrache, pratique le beatbox et le beatmaking. Le vrai Babel est là. Des textes, mordants, politiquement engagés et une énergie sacrément communicative, le tout d'une redoutable efficacité. Ensemble, ils ont publié deux EP, et un troisième récemment.

En juin 2016, Babel a signé chez Elektra, un label du géant Warner. Un album est en cours de fabrication pour une sortie prévue début 2018. Parce que je défends le projet depuis longtemps (voir là en 2013 et là en 2015) et qu’ils savent que je porte un fort intérêt à leur travail, Sébastien et Nino m’ont proposé de les rejoindre au studio Motifs le 22 juillet 2017 pour écouter quelques nouveaux morceaux… mais bien sûr, j’ai dégainé mon micro à l'issue de l'écoute.

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(à gauche, Nino Vella et à droite, Sébastien Rousselet en studio).

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorInterview :

Que faites-vous actuellement dans ce studio d’enregistrement?

Sébastien : Nous peaufinons de nouveaux morceaux, sans savoir exactement si nous allons les sortir petit à petit avec des EPs ou si nous allons sortir un album. Nous et notre label nous interrogeons encore sur ces questions.

Nino : Il y a encore des morceaux qui sont à l’étape de maquettes et qui ont un potentiel qui n’a pas encore été exploité, du coup, nous essayons d’en retirer la substantifique moelle, la quintessence.

Jusqu’à présent, vous étiez dans l’autoproduction totale.

Nous sommes désormais accompagnés du label Elektra France (Warner) pour le disque et Décibels Productions pour le tour.

Comment se passe les relations avec le label ?

Nino : Très bien. Comme c’était notre première signature, au début ça a changé beaucoup de choses. On ne savait pas trop comment travailler avec les gens du label. Aujourd’hui, on commence à bien se réguler, car on a appris à se connaître. Nous sommes franchement plus détendus. Nous n’étions pas habitués à ce que des gens mettent le nez dans notre travail. Et maintenant, ça va mieux.

Sébastien : Pour les personnes du label, Babel n’est pas une typologie de projet qui est habituelle, mais ils ont eu envie de ça. Ils sentaient que l’on pouvait amener autre chose dans le paysage musical français. A partir du moment où il y a un partenariat, il y a aussi des débats qui s’instaurent, des petits coups de pression par rapport aux deadlines que l’on te met, mais rien de méchant. Dans une collaboration, ce n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est toujours un mélange des deux.

Session live améliorée de "Bless (e) You". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

Selon vous, qu’est-ce qui a motivé le label à vous signer?

Nino : Ils aimaient bien l’engagement, la rage qu’il y a dans les textes et dans l’énergie. Ils nous ont signés autour du morceau « Bless (e) You ».

Sébastien : Ils ont vu aussi des vidéos de nous en live et ça leur a beaucoup plu. Ils cherchaient quelque chose d’authentique, de rock, de rugueux… avec une histoire.

Le fait que vous ayez déjà un public était aussi un point positif, j’imagine.

Nino : Le fait que le projet existe avec une identité forte était un plus, c’est sûr. Il n’y a pas à fabriquer une image et créer le fond. 7 années de concerts, c'est pas mal. Tout est donc déjà là, même si on doit affiner des choses.

Ça change quoi d’avoir un label ?

Nino : On a plus de moyens pour faire nos chansons. L’argent est le nerf de la guerre, il ne faut pas se le cacher. Avant, nous mettions beaucoup d’énergie pour trouver les fonds. Nous étions endettés en permanence et ça parasitait pas mal de trucs. Aujourd’hui, on se contente de faire de la musique et des concerts. Ça change tout et c'est un luxe!

Session live améliorée de "Climb the Tower". Vidéo captée dans les anciennes mines de fer de Nyoiseau par Joris Favraud - FilmMaker.

Vous m’avez fait écouter 4 nouvelles chansons, qui d’ailleurs peuvent devenir 4 tubes potentiels tant elles sont efficaces. Mais vous en avez combien en tout ?

Nino : Près de 25. Comme on n’a pas fait d’album depuis longtemps, on a un répertoire qui s’étale sur plusieurs années. Il y a des chansons qui sont restées et d’autres qui étaient la photographie d’une époque et dont nous nous sommes lassés. Nous t’avons fait écouter 4 morceaux aboutis et qui nous représentent bien aujourd’hui.

Elles sont d’une efficacité dingue ! Vous savez faire ça, c’est pour ça que je vous apprécie depuis longtemps.

Sébastien : Si tu écoutes des tubes super efficaces, à un moment, par mimétisme, tu reproduis ces influences. Nous intégrons des structures, des transitions, peut-être même des façons de placer des phrases, ce genre de choses.

Nino : Tout ça, c’est dans un second temps. Les gimmicks et les mélodies, ça vient en composant la chanson, ce n’est pas réfléchi.

Sébastien : C’est inné et c’est lié à nos influences... un mélange des deux. On est en permanence en train d’écouter ce qu’il se fait, de chercher de nouveaux sons. Nous découvrons tous les jours des nouvelles choses.

Nino : Nous n’avons pas peur d’être influencés par quelqu’un et de copier sur lui, c’est plutôt le fait d’être influencés par trop de choses et de partir dans trop de directions différentes  que l’on craint. Il y a des moments où il faut se recadrer un peu.

Session live améliorée de Solo". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

C’est vous deux, dans le quatuor, qui travaillez les morceaux.

Nino : Je fais la majorité des compositions, des mélodies.

Sébastien : J’écris les textes et je chante.

Nino : Récemment, contrairement à d’habitude, on est beaucoup parti des textes pour concevoir les mélodies.

Sébastien : C’est un peu la méthode Vian. Comme lui,  j’ai besoin d’une mélodie pour écrire un texte. Je me fabrique donc une mélodie, puis j’écris le texte et après, on part du texte et Nino compose une autre musique. Parfois, on peut garder des idées que j’ai amenées, mais souvent, on part sur complètement autre chose. On peut aussi partir d’une grille d’une pré-prod amenée par Nico, le DJ ou par Solène, la violoncelliste. Après, c’est remanié, réarrangé et parfois recomposé un peu par Nino, mais la plupart du temps, c’est lui qui est compositeur principal et réalisateur de la globalité.

Je suis dingue de votre son ! C’est quoi votre patte ?

Sébastien : L’énergie, le grain de voix, la façon de produire. Les 4 titres que tu viens d’entendre sont très différents, mais quelque part, il y  a du lien entre eux.

Nino : Le côté comptines dans les mélodies, les gimmicks et le côté énervé.

Session live améliorée de "Tu mens". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

J’ai l’impression que tu as modifié ton flow Sébastien.

Sébastien : J’essaie d’évoluer. Je n’écoute plus la même chose que ce que j’écoutais il y a 6 ans, forcément, là encore, ça m’influence. J’ai envie de me diriger vers d’autres directions. Du coup, Nino propose des flows, des mélodies que je ne proposerais pas naturellement… cela m’amène à changer.

Avez-vous déjà testé certaines nouvelles chansons en live ?

Nino : Oui, on aime renouveler notre répertoire sur scène. Dès que l’on sent qu’une chanson est aboutie, nous la proposons au public.

Sébastien : Je m’approprie plus facilement un morceau qui a déjà vécu en live. Pour un disque, tu sais mieux l’interpréter que s’il est tout neuf. Parfois, il me faut 6 mois pour bien m’approprier une chanson. Je sais que Loïc Lantoine fonctionne comme ça. Il lui arrive d’enregistrer un titre deux ans après l’avoir tourné sur scène.

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(© Judicaël Olivier)

Vous êtes comment en ce moment ?

Nino : On passe par plein d’émotions.

Sébastien : Quand on enregistre, on est toujours dans le doute. Tant que le public n’a pas validé les chansons, on ne sait pas si ça marche ou pas.

Nino : L’enregistrement est une remise en question perpétuelle, quand on part en tournée, c’est une libération, on ne réfléchit plus. A part le moment de spontanéité quand le morceau arrive, quand il est là, on est plus que dans la réflexion.

On vient d’écouter ensemble quelques chansons, vous ne semblez pas gêné…

Sébastien : Non, je te regardais pour essayer de savoir ce que tu pouvais ressentir en écoutant.

Nino : Nous sommes impatients de dévoiler au public les nouvelles chansons. Tu es notre premier public au fond (rires). Le fait que je n’ai pas été gêné de te les faire écouter, que je n’ai pas ressenti le besoin de me justifier à tout bout de champ, ça veut dire que je suis content de notre travail.

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(© Joris Favraux - FilmMaker)

Tous les deux, vous travaillez avec pas mal d’artistes. Ça vous apporte quoi artistiquement ?

Nino : On apprend beaucoup quand on collabore avec plein de gens. Ça permet de prendre du recul sur son propre projet.

Sébastien : Ce détachement nous permet aussi de relativiser notre travail. Comme nous sommes exigeants avec nous-mêmes et seuls décideurs, ça fait du bien d’être au service des autres.

Vous vous engueulez parfois ?

Sébastien : Non, jamais. Je m’engueule moi.

Nino : Après 7 ans de collaboration, personne n’a jamais haussé le ton. On discute, on essaie de trouver un terrain d’entente et nous y parvenons.

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Première partie des Vieilles Canailles (© Joris Favraux - FilmMaker) 

Vous avez fait récemment la première partie de Johnny Hallyday et ses « vieilles canailles » devant 20 000 personnes au stade Pierre-Mauroy de Lille, ce n’est pas rien.

Nino : C’est un concert que l’on a appréhendé beaucoup plus que les autres.

Sébastien : On a joué une demi-heure, ce qui est rare pour une première partie. Nous étions tous les 4 avec notre équipe, donc avec notre son habituel. Il manquait juste  nos lumières. L’équipe technique d’accueil  était génial. Bref, belle expérience !

Et le public qui n’est pas venu pour vous ?

Nino : C’est ce qui nous stressait le plus. On savait que le public venait pour voir trois légendes, il ne fallait pas les faire chier. En fait, il a super bien réagi. Le soir même, on a eu beaucoup plus d’abonnés sur nos réseaux sociaux avec plein de messages hyper positifs.

Sébastien : Oui, le public a été très chaleureux. Il était assez « ancien », c’est normal, alors il a fallu deux titres pour que les gens rentrent dans ce qu’on leur a proposé.

Bon, en tout cas, après ce que j'ai entendu, je suis pressé d'entendre l'album en intégralité.

Sébastien : Et nous donc! (rires)

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En pleine écoute des nouveaux titres de Babel, avec Nino Vella et Sébastien Rousselet, le 22 juillet 2017.

18 septembre 2017

Lisa Portelli : interview pour l'album La nébuleuse

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor6 ans après son premier album, Lisa Portelli fait son retour avec un nouvel album, La Nébuleuse, entre rock et pop, formidable voyage aérien co-écrit avec Andoni Iturrioz (Je rigole, mandorisé en  2010 , en 2012 ici et en 2014 ). "On est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide."

Je suis la carrière de Lisa depuis 2007, je l’avais interviewé en 2009 dans une radio pour son premier album (autoproduit, il me semble) (), puis une seconde fois pour la sortie de Le régal en 2011 (ici). La même année, je l’avais interviewé  à la FNAC Val d’Europe à l’occasion des Muzik’Elles de Meaux () et revu aux Prix Constantin (ici). Bref, Mandor l’apprécie beaucoup. J'ai l'impression.

Cette fois-ci, Lisa Portelli m’a donné rendez-vous sur une terrasse d’un bar de Pigalle, le 5 juillet dernier. Détendue et souriante, visiblement bien dans sa peau et prête à défendre son nouveau disque étincelant.

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(Photo : Yann Orhan)

Biographie officielle (par Sonia Bester) :lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

Jeune femme affranchie, Lisa Portelli sort un nouvel album « La Nébuleuse » aux sons rock envoûtants où s’élève sa voix aérienne et cristalline.

Remontons dans le temps… Lisa a passé son enfance en Seine-et-Marne dans une ambiance plutôt bohême avec des parents ouverts sur le monde artistique (le père est scénographe lumière et la mère infirmière). Attirée comme un aimant par la guitare dès l’âge de dix ans, elle obtiendra le premier prix de conservatoire. Mais son second instrument c’est sa voix. A seize ans, étudiante en pension à Reims, elle écume les bars pour chanter.
Très vite, les choses s’enchaînent avec un passage aux Découvertes du Printemps de Bourges, le prix Paris Jeune Talent, puis un premier opus « Le Régal » salué par la critique et les professionnels suivi d’une longue tournée (plus de cent cinquante dates). 
Quand les choses s’emballent, il est parfois salutaire d’appuyer sur pause. 
Lisa Portelli avoue avoir eu le sentiment de s’être un peu perdue et de ressentir le besoin de se retrouver. 
Sans doute parce qu’elle est habitée par une certaine spiritualité, elle part en retraite dans un couvent et fait vœu de silence pendant un temps pour se ressourcer. Ce qui démontre une indéniable force de caractère. 

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorArgumentaire de presse (par Sonia Bester) :
Aujourd’hui Lisa Portelli revient en douceur et en force avec un nouvel album qu’elle a pensé du début à la fin. Son titre « La Nébuleuse », n’allez pas imaginer que c’est elle...
Co-écrit avec Andoni Iturrioz, elle s’y dévoile par touches et avec pudeur. 
Dans « Naviguer », ou la « Rocaille » elle parcourt le monde intérieur de chacun « ce vaste refuge que l’on porte en soi » pour peu que la sagesse de l’âme nous apprenne à l’atteindre. L’amour et tous ses états se traversent dans les titres « Longtemps », « Je suis la Terre » qui évoquent le désir et l’amour libre où dans le très beau et mystérieux morceau « Appartenir au large ». À l’écoute, on est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide. 
Deux excellents musiciens, Alexis Campet (basse), Norbert Labrousse (batterie), accompagnent divinement la demoiselle, dans une tension qui ne lâche pas du début à la fin. Ils seront rejoints sur scène par le guitariste Clément Simounet (Nilem)
Du très bon rock et de la très belle chanson telle est l’équation de cette « Nébuleuse ». 
Aujourd’hui Lisa Portelli peut tout affronter dans la vie, et en premier son talent qui lui promet un avenir radieux.

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorInterview :

C’est quoi cette histoire de retraite dans un convent accompagnée d’un vœu de silence ? Tu comprends bien qu’à la lecture de ton argumentaire de presse, on s’interroge…

Vers la fin de la tournée en 2012, je n’étais vraiment pas bien dans mes baskets. 6 mois auparavant, j’avais prévu cette expérience et c’est arrivé au moment où j’en avais le plus besoin. J’ai ressenti le besoin de faire silence sans trop savoir où j’allais et comment j’allais le vivre. J’ai même presque eu peur avant de me rendre dans ce couvent. Mais l’envie intérieure était si forte que j’y suis allée.

Tu es resté dans ce monastère combien de jours ?

100. L’idée n’était pas de se taire complètement, mais de ne pas bavarder inutilement. Tout ce qui n’était pas important n’avait pas à être dit. Au début, c’est très dur. Il m’arrivait de chantonner pendant que je faisais mes activités, comme le jardinage. Je me suis rendu compte qu’on a en permanence besoin de remplir le silence. J’ai fait un vrai ménage dans ma tête et ça m’a fait énormément de bien. Je me suis libérée de plein de choses en me taisant et en méditant.

C’était 100 jours où tu es restée vraiment cloitrée ?

Oui ? Mais je n’avais même plus envie de sortir. Je voulais vivre l’expérience à fond. J’ai remarqué que quand on s’éloigne du monde, paradoxalement, on en devient plus proche.

Clip de "Appartenir au large".

Tu as vécu comment le retour à la vie « normale » ?lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

C’est étonnant. On se rend compte que dans le monde dans lequel on vit, on se protège énormément, on met plein de barrières.

Encore aujourd’hui, tu ressens les effets de ce cloisonnement et de ce silence ?

Oui, ça a changé complètement ma vie et la conception de ma vie en profondeur. L’idée s’est aussi d’entretenir ce que j’ai fait là-bas. J’ai mis en place des choses pour continuer à méditer et à ne pas parler inutilement. Je fais en sorte que le silence soit présent assez souvent. Mais ce n’est pas facile, c’est un combat au quotidien.

Parlons musique, cet album est plus rock que le précédent.

A la fin de la tournée du Régal, je voulais faire un album avec le groupe qui jouait avec moi sur scène. Je voulais quelque chose d’organique, ensuite, je ne sais pas pourquoi, je suis parti dans autre direction. Un truc electro, hyper produit. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ça n’allait pas du tout. C’était trop lisse, trop propre, j’ai donc pris la décision de tout jeter et de tout recommencer à zéro, alors que j’avais déjà dépensé un fric fou. Après un concert au Chabada, j’ai compris qu’il fallait que je revienne au rock.

Tu as l’esprit rock ?

Je pense. Ensuite, je fais avec la voix que j’ai, une voix claire. Je veux « salir » la musique dans la guitare et le son pour obtenir un contraste.

Nocturne Session enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorAs-tu déjà des retours sur ton disque ?

Oui, ils sont plutôt positifs. Les gens qui ont écouté me disent tous que mon projet a muri.

Ton album évoque les tourments intérieurs et les tourments d’amour.

Il y a aussi pas mal de chansons qui parlent de spiritualité. Plutôt de recherches et de voyages intérieurs. C’est un peu la même chose.

Tu parles aussi sexualité au sein du couple dans « Longtemps ».

Ça parle d’une histoire d’amour qui dure depuis longtemps. J’interroge sur comment retrouver un désir. Quand tu es au quotidien avec quelqu’un, au bout d’un moment, on a tous le même problème, on se connait trop. Je dis « oublie-moi », mais « reste avec moi quand même ».

On reste avec le couple dans « Je suis la terre ».

C’est mon compagnon, Andoni Iturrioz, qui a écrit ce texte, mais c’est moi qui lui ai demandé d’explorer ce thème. Il s’est donc mis à la place d’une femme. On peut penser que la personne dont il est question dans cette chanson trompe son conjoint, mais ce n’est pas forcément cela. Il a voulu dire qu’il faut accepter que l’être que l’on aime ait d’autres vies. J’ai l’impression que le secret d’un couple, c’est d’accepter la liberté de l’autre.

Clip de "Cherche la joie". 

Dans « Cherche la joie » tu chantes : « il ne faut pas se conforter dans ses amertumes ».  

J’ai tendance à me conforter dans mes amertumes. Je me parle à moi-même. C’est comme si je parlais à la gamine que je vois parfois chez moi, qui est toujours en train de se plaindre. Dans le clip, je suis peintre et l’idée est de démontrer que par la création, la cogitation, le beau arrive.

Tu as voulu faire un album plus grand public ?

Non, je ne pense jamais à ce genre de considération. Si on pense au public quand on crée, on se disperse. Si on pense au public, on pense à ce qui marche. Si on pense à ce qui marche, on devient désespéré (rires).

Nocturne Session, enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

Tu t’ennuies quand tu n’écris pas ?

Oui, et surtout j’angoisse. Je ne supporte pas quand il ne se passe rien. La créativité me fait beaucoup de bien, mais je ne m’en rends pas toujours compte.

Pourquoi aimes-tu être sur scène ?

Si on veut aller à un endroit, il faut cultiver l’opposé. Vouloir être sur scène, c’est vouloir se montrer profondément. Si on est juste sur l’extérieur, on ne se supporte plus. On ne voit que l’image que l’on voudrait projeter et c’est insupportable.

Tu me sembles plus détendue qu’avant.

C’est une certitude. Quand j’étais dans le monastère, quelqu’un m’a dit : « quand tu es arrivée, on avait l’impression que tu avais une armure. » A la fin, je souriais souvent. Avant, j’avais peur de regarder les gens, je baissais souvent les yeux, aujourd’hui, je leur souris. J’ai l’impression d’avoir vécu dans la peur pendant très longtemps... ça va désormais beaucoup mieux.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

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17 septembre 2017

Rosie Marie : interview pour l'album Minuit

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rosie marie,minuit,interview,mandorCe que j’aime chez Rosie Marie, c’est sa dualité. Je l’ai découverte seule au piano,  instrument de musique qu’elle maîtrise parfaitement, avec des chansons originales, mais que je considérais « classiques » et elle nous sort de sa besace un album pop rock electro de très belle facture, avec des textes malicieux et percutants. Pas de doute, la jeune femme a le sens des notes et des mots. Elle a tout chanté dans sa vie : variété, jazz, rock, funk, soulses capacités vocales sont étendues. J’apprécie les artistes qui n’hésitent pas à se renouveler en prenant des chemins de traverse. Après un premier Ep : Appelle Moi Joe (sorti seulement en digital en janvier 2015), voici donc son premier album, Minuit. Avec ce disque, Rosie Marie assume, voire revendique, sans conteste l’idée d’une musique populaire francophone. C’est rare. Et appréciable.

Le 1er aout dernier, je lui ai demandé de me rejoindre sur une terrasse de Trocadero, histoire d’en découvrir plus sur elle. (Et pour être le plus honnête possible, je l’avais mandorisé à l’agence le 7 février 2017, mais l’interview se trouvait dans un IPhone que l’on m’a volé. C’était donc un bis repetita).

Biographie officielle :rosie marie,minuit,interview,mandor

Rosie Marie, c’est l’histoire même de la dualité, du monde qui s’écroule à celui qui s’arrache avec puissance, entre pétillance festive et clairvoyance acide.
Son premier album “Minuit” est lâché, réalisé par Meivelyan Jacquot (Sébastien Tellier, Brisa Roché...).
Rosie Marie matérialise ses obsessions, l'inexorable course contre le temps, l'usure de l'amour, les préjugés, la sincérité nue, au creux d’une électro pop qui rappelle autant celle d’Annie Lennox, Elton John ou Kate Bush que l’esprit de Nach, Véronique Sanson, Sophie Maurin...
Tout juste sorti en plein jour, c’est une épopée chorale acoustico-électrisante qui se cogne à la nature humaine.
Pianiste et chanteuse de formation, Rosie Marie s’est construite entre le Conservatoire de Paris et la Bill Evans Académie. Elle a très tôt composé et écrit des chansons qui seraient à l’image de son regard sur le monde. Baignée autant dans les courants du jazz que de la chanson en passant par le rock, la disco et le funk, c’est depuis la scène que Rosie Marie fait ses armes ( Le Sentier des Halles, Le China, La Scène du Canal, La Péniche Antipode...). Elle reçoit les Prix Sacem, du Public et deuxième Prix du Jury à la Truffe D’Argent, termine demi-finaliste au Pic D’or en 2015, est sélectionnée pour les Labos Chansons D’Astaffort et rejoint le Collectif “les Beaux Esprits” en 2014.
Sur scène, Rosie y impulse une fougue poivrée que Marie agrémente de dentelle et d’envolées lyriques.
Et si Rosie Marie nous faisait oublier demain pour partir au bout du monde ?

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rosie marie,minuit,interview,mandorInterview :

Quand tu étais enfant, ton papa écoutait du rock et du jazz, ta maman, elle, était plus variété. Ce n’est pas anodin. Si on rajoute un peu de pop, ce que tu fais est un mélange de tout cela, non ?

Tout à fait. Ma mère adore Serge Lama, Jacques Brel, Barbara. A la maison, elle a toujours mis ce genre de musique à la maison, mais aussi de la musique irlandaise, les Carpenters et Jimmy Sommerville. Mon père lui, adore Soft Machine, les Pink Floyd, Bryan Ferry, Genesis, mais aussi Olivier Messiaen. Mes oreilles ont donc été éduquées avec tout ce mélange. A l’adolescence, je passais beaucoup de temps à la médiathèque et j’adorais prendre un peu de tout sans nuance. J’écoutais du punk, du rock, du rap américain, les grands comme Michael Jackson, Prince… et même Mylène Farmer.

Au début, et c’est paradoxal, tu voulais devenir comédienne.

Quand j’étais jeune, j’ai commencé à jouer du piano. Ma prof m’a donné le numéro de téléphone d’un homme qui accompagne les chanteurs et chanteuses. Il tenait un bar dans lequel il y avait un piano. J’ai donc fait un peu de piano bar. Quand tu es ado, tu vas aussi beaucoup au cinéma, ça m’a donné envie de devenir comédienne. J’ai pris des cours de théâtre, tout en continuant à prendre des cours de chant et de piano. Je me suis vite rendu compte que je n’étais pas très bonne comédienne, j’ai donc décidé de me consacrer uniquement à la musique. Il faut essayer plein de choses pour savoir ce que l’on aime et où l’on souhaite aller.

Clip de "Le bout du monde". Réalisation : Cécilia Conan.

La chanson t’apporte quoi ?rosie marie,minuit,interview,mandor

J’aime tous les gens, j’aime aussi plein de métiers. La chanson me permet de me mettre dans la peau des autres. Cela incite à farfouiller partout pour t’inspirer et te remplir, ensuite tu le ressors pour donner des chansons aux univers bien précis.

Tu as fait plein de tremplins. Tu aimes ça ?

Je trouve que c’est très intéressant, parce que tu as en face de toi des gens qui ont un autre regard sur ton travail. Que tu sois pris ou pas, ce n’est pas grave, ce qui est important, c’est de se présenter devant des gens que tu ne connais pas, des professionnels et de tout donner sur deux morceaux. Ça passe ou ça casse, mais après, tu peux discuter avec les jurés. Mine de rien, j’ai rencontré beaucoup de personnes en faisant des tremplins. Au Pic d’Or, par exemple, j’ai rencontré pas mal de pros et des artistes  que je vois toujours depuis. A chaque concours, je rencontre quelqu’un avec qui j’avance et je travaille. Au Pic d’Or, c’est toi, Claude Fèvre (Chanter, c’est lancer des balles), Mick de Toulouse (Hexagone), à La Truffe de Périgueux, c’est Olivier Bas. C’est génial, après on garde des liens solides.

Teaser de ROSIE MARIE en concert à "l'Auguste Théâtre" pour la sortie de "MINUIT" .  
Vidéo : Pauline Pénicaud.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu sais que pour moi, avant cet album, je te rangeais dans la case « chanson traditionnelle ». Ce n’est plus le cas. Ton album est moderne et on sent que tu veux casser un peu les codes de la chanson.

En fait, cet album reflète ce que j’aime. J’y ai mis toutes les influences que j’ai, que j’aime et qui me font vibrer. Après être allée dans pas mal de directions, il fallait que j’apporte enfin la carte d’identité de la vraie Rosie Marie. Ma musique est de la pop chanson française.

Variété, c’est un mot péjoratif ?

Il l’est devenu. Mais, moi, ça ne me dérange pas que l’on dise cela de ma musique. Je suis aussi influencée par Michel Berger et Véronique Sanson. Ce que j’aime avec ces artistes, c’est qu’ils n’avaient pas peur du changement. Gainsbourg, par exemple, il  n’en avait rien à faire de changer de registre. Il faisait ce qu’il aimait. Point. Moi, sans me comparer à lui, j’ai décidé de faire pareil.

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Lors de la première interview, à l'agence, le 7 février 2017.

Tu trouves que la chanson française actuelle est cloisonnée ?rosie marie,minuit,interview,mandor

Oui, parce que quand tu fais un album, les gens te cataloguent immédiatement et considèrent que tu dois rester dans ce que tu as fait une première fois. Je suis désolée, mais si j’ai envie de collaborer avec un rappeur ou une chanteuse lyrique, je le ferai. Je n’ai aucun frein à quoi que ce soit.

C’est bien que tu te lances dans des musiques modernes. Je trouve qu’il y a beaucoup de guitare-voix ou de piano-voix en ce moment.

Les gens sont friands de musique acoustique. J’ai l’impression qu’ils reviennent à ça parce qu’ils en ont marre de l’électronique. Le souci en guitare-voix et piano-voix, c’est qu’on a tendance à faire du Brassens ou du Barbara. Ils ont vécu, il faut que nous, nous avancions. Je veux avancer, découvrir des nouveaux artistes inspirants. Marvin Juno, Juliette Armanet, Katel, Robi, Alice Animal, Camille Feist, par exemple, sont des artistes qui m’intéressent beaucoup. J’ai envie de tendre vers cette mouvance.

Clip de "Minuit". Réalisation: Pauline Pénicaud. Danseur : Guillaume Peach. Chorégraphie : Emy.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu fais pas mal de clips. Tu peux aussi jouer la comédie, du coup.

Le clip est ce qui me caractérise le plus. Il y a la comédie, l’image et la musique.

Ce métier est dur ?

Pui, mais je le vis bien. Je fais ma musique et je joue pour d’autres, comme Sîan Pottok, par exemple, pour Sophie Le Cam aussi et pour plein de potes qui en ont besoin. Comme je fais les ateliers de Claude Lemesle, je compose. Et je propose mes compositions à ceux qui pourraient être intéressés.

Si je peux me permette, je te verrai bien encore plus provoc dans tes textes.

Tu as touché dans le mille. Les prochaines chansons, il va falloir s’accrocher. Elles devraient bousculer les gens, parfois en ajoutant du sourire. Je veux montrer mon côté rebelle, avec gentillesse et honnêteté  et évoquer des thèmes qui me touchent vraiment. J’ai donné l’image d’une jeune femme classique, il faut que j’assume mon côté un peu fou.

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Après l'interview le 1er août 2017.

13 septembre 2017

Louis Ville : interview pour Le bal des fous

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S’il y a bien un trésor caché dans la chanson française, c’est bien Louis Ville. Un artiste impressionnant, dont les mots et la voix sont d’une puissance rare. L’homme continue à creuser le sillon de cette chanson terriblement réaliste. 

Ses  textes denses et bouleversants racontent l’amour comme le désespoir, la rage et la douceur de vivre aussi. Louis Ville et ses prédicateurs alternent des titres furieux ou délicats, toujours marqués par une écriture emplie d’images. Sa musique, aussi affûtée que ses mots, navigue entre blues, musiques du monde, réminiscences rock et vapeurs jazz.

En 2012, j’avais reçu à l’agence Louis Ville pour la sortie de la nouvelle édition de "Cinémas", "Deluxe Édition" avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron (Balandras Editions) (lire ici). Cette fois-ci, pour parler de son nouveau disque, Le bal des fous, rendez-vous dans un bar de Pigalle, le 3 juillet dernier. Et c’était bon !

louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorMini bio officielle :

C’est en 2000 que Louis Ville entame une carrière solo, après des aventures au sein de plusieurs groupes. Homme de scène, il a jalonné les routes hexagonales et européennes de plusieurs centaines de concerts. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour aux confins de son univers sensible. Son écriture est d’une noirceur incandescente, d’une poésie charnelle. Et sa voix, rauque’n roll et sensuelle, porte à ses texte une intensité poignante. Sa musique a toutes les couleurs du monde : des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au blues cajun, il peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il promène un monde fantasmagorique, peuplé de tout, de rien… et surtout d’amour. Chanteur dans la lignée des écorchés vifs comme Mano Solo, Arthur H, Arno, Louis Ville a déjà publié cinq albums très reconnus par les médias (Inter, Télérama, RFI, FIP). Le dernier en date, Le bal des fous, a été enregistré en trio avec ses deux prédicateurs, Pierre Le Bourgeois (violoncelle) et François Pierron (contrebasse).

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louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorInterview :

Entre deux albums, tu as besoin de te ressourcer ?

J’ai besoin que  ça se bouscule dans mon cerveau, que des idées jaillissent comme ça, naturellement, même si je ne les prends pas toutes. Le bal des fous s’est fait rapidement. Mes « prédicateurs » Pierre Le Bourgeois et François Pierron m’ont apporté beaucoup d’idées. J’ai agi de la manière la plus opportuniste qui soit, c’est-à-dire que je suis arrivé avec des textes, des mélodies et des bouts d’accords et nous avons créé tous ensemble. On s’est réunis une semaine et à la fin de la semaine, l’album était quasi fini. Je n’avais jamais travaillé de cette manière et si vite.

En tout cas, tu ne fais jamais le même album.

J’aime bien explorer des contrées que je n’ai jamais empruntées, mais je ne fais pas tout pour coller à l’air du temps. Je ne cherche pas le son du moment, ça ne m’intéresse pas. Dans le prochain album, il y aura des chansons très ethniques, parfois très Motown … je m’amuse. J’ai un besoin intense de me renouveler. Le jour où j’aurai l’impression de répéter ce que j’ai déjà dit, j’arrêterai.

As-tu déjà fait des tentatives de chansons rythmées avec ta voix ?

Au tout début de ma carrière, il y a eu pas mal de chansons rock. Après, je me suis calmé. J’ai ressenti le besoin d’être plus introspectif et un peu plus lent dans la narration.

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Pendant l'enregistrement, Louis Ville, Pierre Le Bourgeois et François Pierron.

Quand tu fais un disque, tu es dans quel état d’esprit ?

Je ne prête pas du tout attention à ça. Pour moi, c’est toujours compliqué tant au niveau de l’écriture que de l’arrangement, du mixage et de la post prod. Quand on crée, on a toujours un environnement, que ce soit familial ou autre, et il n’est jamais le même. Le bien être que l’on vit dans l’intimité se répercute sur ce que l’on écrit et compose. Cela dit, je ne vais pas me départir du côté sombre de mon écriture. Je suis d’un naturel joyeux dans la vie, mais je ne peux m’empêcher de coucher mes tourments sur papier. C’est une façon d’exprimer mes fantasmes, mes angoisses et mes révoltes.

Dans « Bla bla bla » tu ironises beaucoup sur les hommes politiques.

Je voulais faire un trait d’humour sur les prédicateurs, que ce soit les hommes de religion ou les politiciens. Ce sont des vendeurs de rêve. J’aime ne pas être frontal dans mes discours, dans mes révoltes, j’ai l’impression que ça fait collégien, alors j’adopte un ton très détaché. Je ne m’inscris pas dans le discours d’une génération.

Composition visuelle, montage : Yannick Delhaye. Images additionnelles : Yannick Delhaye, Fred Diehl.

« Dehors » n’est pas ta chanson la plus joyeuse.louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandor

La misère du monde est intemporelle. J’ai un gros souci avec le monde qui m’entoure, je vois trop l’Histoire se répéter. Je ne peux pas demander aux gens d’ouvrir des bouquins d’Histoire pour qu’ils remarquent que nous sommes en train de rentrer dans les mêmes tourments que les années 30. Il est dangereux de ne pas avoir d’idées neuves.

Tu n’as pas une vision de l’avenir de notre monde extrêmement positive…

J’aimerais beaucoup, je t’assure. On voudrait que les nouvelles générations inventent leur futur. Mais je trouve qu’il y a une sorte d’inertie, de lenteur, d’inaction, de manque de courage, de vision et d’utopie. Tous ces hommes politiques sociales-démocrates, socialistes, communistes, qui avaient de belles idées, on a bien vu ce que cela à donné. Rien. Personne n’a réussi à créer le modèle de société qu’il a décrit dans ses discours.

Est-ce qu’au fond de toi, il y a un gros con qui sommeille? Je fais référence évidemment à une phrase de ta chanson « Le gros con ».

Il y a eu, mais pas longtemps. Il y a eu cette prétention à juger sans empathie, sans la compréhension de l’autre et de ses actes. Je n’ai jamais été raciste, c’est une chose étrangère au mode de pensée de ma famille. On a toujours prôné la tolérance, par contre, je peux juger très facilement et devenir con. Le gros con dont je parle dans ma chanson, lui, est raciste, homophobe, antisémite, très extrême. Je sais qu’en interprétant une chanson comme ça, chacun peut se reconnaître quelque part. Dans nos cerveaux reptiliens, tout le monde peut avoir un jugement très à l’emporte-pièce.

L'instant, extrait de l 'album "le bal des fous". Clip réalisé par Yannick Delhaye, sur une idée d'Yvanna Zoia. Toile de fond, Lepolsk Matuszewski.

Tu travailles beaucoup l’imagerie dans les chansons. Pourquoi ?

Je travaille l’imagerie simple d’accès pour servir mon propos. J’aime quand c’est gouleyant, quand il n’y a pas d’obstacle dans la narration, quand on peut se faire un film.

Estimes-tu que tu progresses d’année en année et d’album en album ?

Je ne parlerai plus de progression, mais de changement de direction. J’essaie de sortir de mes thématiques récurrentes, mais quand on décrit l’humain, on décrit l’humain. Sur le plan musical, j’aime bien me mettre en danger. Dans cet album, le violoncelle, la contrebasse et le guitare-chant, je trouvais ça périlleux parce que ce n’était pas dans l’air du temps, mais je trouve le rendu très intéressant. J’aime l’idée de se mettre en équilibre, de se mettre en danger.

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Pendant l'interview...

Parfois es-tu surpris par tes textes ?

Oui, quand il y a des fulgurances. La fameuse écriture automatique peut me traverser. Il m‘est arrivé de pondre un texte en 4 minutes. C’est le cas dans Le bal des fous avec la chanson « La nuit j’ose ». Il manquait un titre pour l’album, les musiciens arrivaient le lendemain et puis voilà, ce texte m’est tombé dessus.

Comment on fait quand on n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

C’est un peu usant parfois, mais ce n’est pas décourageant. Je n’ai pas à rougir de mon travail. J’ai toujours été mû par quelque chose, peut-être de l’aveuglement, mais je n’ai jamais voulu faire de concession pour autant.

Sans être la compagnie créole, cet album est plus positif que d’habitude, non ?

(Rires). Il y a un peu plus de légèreté. La conscience ne s’apaise pas mais les révoltes si. On ne baisse pas la garde, mais on se rend compte qu’on est impuissant, alors on décide d’être un peu plus léger.

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Après l'interview, le 3 juillet 2017.